PREMIÈRE OBSERVATION
Le 25 janvier 1830, à la Maternité de Copenhague, une femme non mariée accoucha de deux enfants à la trente-sixième semaine de la grossesse: le premier-né, une fille bien conformée, resta en vie; quant au second, ayant l’apparence d'un garçon et étant plus petit, il mourut peu après.
Les deux placentas étaient soigneusement réunis, et les deux cordons s'inséraient sur le bord. La partie correspondant à l’enfant moins développé était beaucoup plus mince et plus petite que l’autre.
L enfant mort n’avait aucune trace d’anus ni indice de rectum. Les testicules ne se trouvaient ni dans le scrotum ni dans l'anneau; sur le scrotum, qui est du reste bien formé, il n’existe pas de raphé. Le prépuce se laisse facilement refouler; le gland, perforé à son extrémité, admet une sonde qui arrive aisément dans la vessie. Le gland lui-même est remarquablement grêle ; il ne présente pas de renflement et a plutôt la forme d'un canal court, mince, ouvert en avant. Les deux pieds sont fortement tournés en dedans, de sorte que la cavité plantaire regarde vers la partie interne des jambes. A la main droite, le pouce n’a pas d’os dans sa première phalange et adhère au métacarpe par la peau.
Le gros intestin est distendu par le méconium. Le colon descendant décrit une paire de fortes courbures et s’arrête sur le côté droit; en cet endroit, il devient vide brusquement, tout en conservant le même calibre. En effet, il existe à ce niveau une valvule transversale qui obture complètement l’intestin ; audessous il y a une partie dilatée qui aboutit à la vessie, mais sans communiquer avec cet organe, car son extrémité terminale est oblitérée.
La vessie était très-grêle et n’était guère plus grosse qu’une artère ombilicale; sa petite cavité était encore amoindrie par le cul-de-sac de l’intestin, qui est renversé à l’intérieur.
Derrière la vessie et derrière le point d’attache du gros intestin, adhère un corps de forme allongée, long d’un pouce, à structure charnue étayant l’aspect, de l’utérus chez le nouveau-né. Par son col, ce corps adhère à la vessie, alors que son fond est fortement incliné à gauche. De ce fond se détache à gauche une trompe entortillée en haut et en dehors, et terminée par des franges trèsdéveloppées. Elle formait le bord d’une duplicature péritonéale dans laquelle était contenu un corps allongé, mollasse, parcouru par un profond pli longitu" dinal qui à première vue pouvait faire croire que cet ovaire était formé de deux corps parallèles. Enfin, sur le même côté et également du fond de la matrice, part un autre cordon court qui, s’engageant dans le canal inguinal correspondant, doit être interprété comme le ligament rond.
On a donc une matrice très-oblique, fortement tirée à gauche, ayant de ce côté toutes ses annexes (ovaire, trompe, ligament rond), alors qu’à droite celles-ci font défaut. Cette matrice contient une cavité fortement plissée, se terminant en cul-de-sac du côté delà vessie ; elle adhérait à cet organe par ses parois et n était point suivie de vagin. Qu’étaient devenues les annexes du côté droit? C’est ce qu’il fallait rechercher.
Elles furent rencontrées dans la région lombaire droite, mais sans connexion évidente avec une matrice. Elles consistent en un cordon un peu contourné
(trompe?) qui offre en haut un renflement vésiculiforme du volume d'une petite lentille. Sur celui-ci et vers le haut s’insèrent des franges assez marquées, entre lesquelles existe une petite ouverture ; en y injectant du mercure on arrive à distendre la vésicule, mais quelque soin qu’on y apporte, on ne peut aller audelà, preuve manifeste que le canal s’arrête à ce niveau et ne se continue point dans le cordon. Sur le côté interne de ce cordon existait l’ovaire plus grêle, mais aussi un peu plus allongé que l’ovaire gauche. Plus has, le cordon tubaire s’élargit un peu plus et vient s’engager dans le canal inguinal. De la partie la plus supérieure du cordon, se détache en dehors un pli du péritoine, qui est interprété comme un ligament supérieur de l’utérus ; dans son milieu se détache au contraire un prolongement grêle qui se dirige en dedans et vient se mettre en rapport avec le point de réunion du gros intestin avec la vessie et l'utérus.
Ces parties ne présentent aucun point de ressemblance avec les organes masculins, et doivent être interprétées comme la moitié droite de l’utérus séparé en deux parties. M. le professeur Jacobson, qui a appelé mon attention d’une façon spéciale sur le faible prolongement qui s’étend jusqu’à la réunion du gros intestin à la vessie, estime que ce prolongement représente la corne droite très-atrophiée d’un utérus bicorne, alors que la corne gauche figure une partie tout à fait analogue à une matrice. Peut-être aussi ce jjrolongement doit-il être regardé comme le commencement particulier de la trompe droite, alors que l’extrémité inférieure représente au contraire le ligament rond de ce côté. Dans cette manière de voir, la trompe prolongée, au lieu de se réunir au fond de l’utérus, viendrait se souder à l’origine du col. Dans deux casque j’ai observés d’obliquité congéniale de l’utérus, la trompe avait du moins une origine semblable.
Avec ces anomalies coexistaient d’autres arrêts de développement. A la place des reins il y a, à droite et à gauche, un corps aplati, arrondi, long d’un pouce, incomplètement divisé sur ses deux faces par des sillons profonds, et dont la coloration et la structure rappellent incontestablement les capsules surrénales. Beaucoup plus bas, et placées dans le bassin, se montrent de chaque côté, sans cependant se réunir, deux rangées de quatre ou cinq vessies contenant un liquide transparent : ce sont là des reins très-incomplets.
La rate était anormalement configurée et munie de plusieurs encoches profondes. Dans le voisinage, était une rate surnuméraire, d’un aspect rouge-clair, et suspendue à l’estomac par un cordon solide. N ’était-ce point un diverticule?
Le cœur est également vicieusement conformé. Les deux ventricules communiquent par une ouverture placée au haut de la cloison. De cet endroit, part un grand vaisseau commun aux deux ventricules, mais plus spécialement au ventricule droit : c’est l’aorte, delà paroi postérieure de laquelle se détache, à la hauteur d’un demi-pouce, une forte branche qui se divise immédiatement en
deux branches destinées à l’un et h autre poumon. L'aorte, à son point d'émergence, a trois valvules semi-lunaires : la plus grande des valvules empêche par sa position le retour du sang dans le ventricule gauche; les deux autres le retour du sang dans le ventricule droit. Les oreillettes étaient séparées ou presque séparées. La valvule du trou ovale était assez grandement ouverte pour admettre une sonde. Les carotides et le tronc innommé ont leur origine normale. (Eschrieht; Muller’ s Archiv. 1836, pag. 139 à 144, avec une planche.)
Cette observation, ainsi que la suivante, m’étaient connues depuis longues années ; mais, faute de l’être dans la totalité de leurs détails anatomiques, elles n’avaient point été appréciées à leur exacte valeur. La faute en était aux résumés mis à contribution (Schmidt's Jahrb. 1856,n° 12. — Gazette médicale de Paris. 1846, p. 599. — Lefort; Des vices de conformation de l’utérus et duvagin. Paris, 1863, in-8°, p. 199); mais dès qu’il a été possible de les lire dansl’original, d’en peser les moindres particularités, mon opinion a dû se modifier, et leur traduction a paru devoir être rapprochée avec avantage du narré de la sixième observation. Ce n’est point dire cependant qu’il n’existe des différences, niais celles-ci ne sont pas assez tranchées pour faire oublier les points de contact existant entre ces cas d’origine diverse. Abstraction faite des anomalies multiples accompagnant les faits d’Eschricht et de Lévy, on ne saurait méconnaître leur similitude avec ceux qui nous sont propres. Dans ces quatre cas, il y a ectopie lombaire (deux fois à droite, une fois à gauche et une fois des deux côtés), détachement de l’ovaire et de la trompe, absence ou tout au plus atrophie extrême de la corne correspondante ; mais tandis que dans les deux cas recueillis par nous l’ovaire avait un volume normal ou même dépassant la moyenne, dans les deux recueillis à Copenhague, l’ovaire était petit, grêle et à l’état rudimentaire à en juger et par les planches et par la description. Je regrette de n’avoir pu faire graver les dessins conservés dans mes cartons, mais si je les compare à ceux donnés par Eschricht et par Lévy, je suis amené à croire que c’est là le point capital par lequel les observations vi et vii se différencient de celles-ci. Voici du reste celle recueillie par Lévy ( Neue Zeitschrift f. Gehurtsk. 1845, t. 18, p. 440), elle est complètement analogue ; mais comme elle est trés-peu connue, j’en donnerai une traduction à peu près littérale.