‹ Des pansements simples dans quelques maladies communes de la peauChapitre 16 sur 23 · L'ART · texte numérisé non relu

L'ART

Elles en sont fortement imprégnées et avant de les appliquer on à soin d'en exprimer le liquide. Elles réalisent en somme l'atmosphère humide et aseptique que préconisait Lister ; en effet, elles protègent les surfaces eczématisées contre des inoculations nouvelles provenant du milieu extérieur ; en outre, elles protègent le malade contre lui-même, contre ses ongles riches en microbes.

Le prurit se trouvera sinon supprimé du moins très sensiblement diminué et le malade sera de la sorte moins porté à se gratter.

Le pansement qui diminue les démangeaisonsapportera done aussi un utile obstacle à la furie de grattage à laquelle trop de malades sont sujets. Cet apport de pyogènes par la voie des ongles mal tenus disparaîtra et une cause très importante d'infection se trouvera ainsi immédiatement supprimée. Il ne se fera donc pas de nouvelles lésions, de nouvelles portes d'entrée. Les ancienneslésions n'étant pas mécaniquement irritées d’une façon continue guériront. D'autre part l’action émolliente des pansements humides s’exercera avec fruit ; en effet, ces derniers empêchent l’évaporation et préviennent la dessiecation : rougeur, chaleur, eczématisation diminueront.La lutte entre les pyocoques envahisseurs qui n’augmenteront plus de nombre et des phagocytes toujours renaissants et toujours remplacés ne tardera pas à se terminer par la victoire des phagocytes.

I faut en outre dans les pansements humides tenir compte de la chaleur des compresses dont l’action ne peut être traitée comme quantité négligeable, elle favorise l'effet de l’antiseptique en le faisant pénétrer dans les points

SAGE re qu'il n'avait pas atteint primitivement, elle conserve la vitalité des tissus, laissant ainsi aux globules blancs accomplir leur tâche.

Cet emploi de l’eau bouillie a été introduit dans la thérapeutique el fortement préconisé par M. le D' E. Besnier et ce mode de traitement donne en somme dans l'immense majorité des cas Les plus heureux résultats.

Cataplasmes aseptiques. — Le cataplasme si décrié dans ces dernières années peut dans certaines conditions (surfaces d’eczématisation circonscrites) rendre de grands services à la condition de le faire parfaitement aseptique. Si les mousselines ou gaze d’enveloppe ont été soigneusement bouillies, si la substance est bien choisie (fécule et non graine de lin), on peut user de ces cataplasmes. Mais leur emploi exige de minutieuses précautions, le cataplasme ne doit pas dépasser la limite des lésions, etcomme en somme il est plus simple de préparer un pansement humide qu'un cataplasme dont les garanties d’aseptie sont beaucoup moindres, l’emploi de ce mode de traitement encore que simple sera restreint.

B. Pansements antiseptiques faibles sans modificateurs énergiques. — On à voulu faire mieux en employant à la place d’eau bouillie des solutions faiblementantiseptiques, salicytate, bicarbonate de soude à 5 0/00, borate de soude, boricine. Sous ce nom on comprend une combinaison d'acide borique et de borate de soude qui donne les plus heureux résultats. La solubilité de l’acide borique très faible (4 0/0) monte de 15 à 17 0/0 lorsqu'on lui adjoint du borate de soude, On peut ainsi dans un litre d’eau faire

dissoudre une bien plus grande quantité d'acide borique

CHICOTOT 8

Le

par l’adjonetion du borax, l’action de chaque antiseptique est augmentée d'autant et l’on obtient ainsi des solutions qui empêchent, arrêtent l'infection tout en demeurant peu ou pas loxiques.

Nous avons pu traiter simultanément les deux membres eczématisés d'un même malade l’un avec l’eau bouillie, l'autre avec la boricine, la guérison s'obtenait sensiblement plus vite du côté boriciné.

Il est encore beaucoup de substances du même ordre, qui peuvent être très utiles dans le traitement de ces dermites communes.

L'alun et le tannin seront utilisés à la dose de 1 à 5 pour 1000.

L'ichthyol à 2 ou 5 0/0.

L'eau végéto-minérale en solution à 2 0/0.

Qu'on emploi les unes ou les autres de ces solutions, on y trempera des compresses de tarlatane pliées en 6 ou 8 doubles, assez larges pour recouvrirla surfaceeczématisée. On aura soin de les débarrasser de l’amidon qu'elles coutiennent par l'ébullition qui aurra en outre l'avantage deles stériliser.

Si l’eczéma est localisé et de petite dimension on couvrira ce pansement de taffelas gommé d’une feuille d’ouate et d’une bande maintenant le tout en place.

2° PANSEMENTS occLUSIFS. — Leurs indications. — À côté des pansements humides aseptiques ou faiblement antiseptiques, bien d’autres ressources restent au thérapeute el peuvent s'imposer à son choix en vertu d'indications particulières. C’est qu'en effet le pansement humide ne répond pas à tout, il-est des cas où son emploi est illégi-

Pr

Te

time, devient malencontreux, il est des moments où ce mode de traitement doit céder la place à d’autres qui agiron plus opportunément, comme les poudres, les emplàtres simples. « L’indication de couvrir de poudres diverses la surface entière du corps d’un eczémateux, dit M. le D: Besnier (Thérapeutique appliquée, p. 10-155), ou seulement quelques régions, est fréquente, mais presque toujours éventuelle, épisodique, à terme limité. »

Par exemple tel malade se présente au praticien avec unedermite eczémateuse qui s’est rapidement généralisée, qui occupe des surfaces considérables, la dermatose n’a pour ainsi dire plus de siège particulier, parce qu’elle à tout envahi, on conçoit qu’en pareil cas, on ne puisse se proposer d'appliquer un traitement consistant en pansements humides aseptiques: on serait obligé de recouvrir Le malade de la tête aux pieds; pour faire tenir un pareil pansement, on éprouverait en pratique les plus grandes difficultés, les pièces se déplacent incessamment et on ne parvient à les fixer qu'en surchargeant le malade d’un nombre de tours de bande vraiment trop considérable. 11 étouffe bientôt sous son pansement, sa gène devient insupportable et si grande que soit sa bonne volonté on ne peut lui faire endurer longtemps une pareille épreuve. En présence de ces eczématisations diffuses, il faut de toute nécessité abandon ner le vaste pansement humide et recourir à un autre mode de pansement. C'est alors qu’on se trouve bien de l'emploi des poudres. Au reste leur emploi ne sera jamais que transitoire; aussitôt que l’état des parties le permettra, qu'une amélioration se sera manifestée, on reviendra aux modes de pansements ordinaires

qui seuls pourront mener à bien la restitution ad integrum.

IL n'y faut voir qu’un moyen palliatifauquel on est heureux de recourir, mais qui a pour ainsi dire son heure et qu'il conviendra d’abandonnerau temps voulu, c’est-à-dire quand les surfaces d’eczématisation s'étant restreintes, le retour aux pansements occlusifs sera rendu possible.

Poupres. — Les poudres ont pour premier effet de protéger contre lesirritationsdu dehors; elles ont d'autre part une action décongestionnante manifeste. Débarrassant la couche cornée de sa matière grasse, elles permettent aux liquides des couchés sous-jacentes, de parvenir plus aisément à la superficie,de là la sensation de fraicheurqui résulte de cette évaporation.

Les poudres les plus fréquemment employées sont la poudre d’amidon qu'on trouve partout, dont toutes les ménagères sont pourvues, ce qui n’est pas un mince avantage, elle a pourtant l'inconvénient de s’altérer très facilement. |

Les poudres de lycopode, d'oxyde de zinc, le tale, le sous-nitrate de bismuth, dont l'emploi doit être réservé, en raison du plomb, de l’arsenie et des sels ammoniacaux qu'il contient fréquemment (Manquar, Traité de (hérapeutique, L. 1, p. 580).

Mode d'action. — On remarquera que toutes ces pou-

-dres, bien qu’elles constituentun mauvais milieu de culture pour les pyogènes, ne sont pas à proprement parler antiseptiques ; leurs qualités sont en somme purement négatives, elles ne favorisent pas le développement des espèces microbiennes, mais n’exercent pas non plus sur

elles une action destructive, les éléments cellulaires normaux se trouvent bien de l’inertie de ces poudres dites inertes et c’est là peut-être leur grand avantage.

L'action des poudres s'exerce donc :

1° En faisant un magma avec la sérosité qui suinte de chaque point, elles localisent l'agent irritant.

2° Elles forment de cette façon le plus simple des pansements occlusifs.

3° Elles sèchent la place et empèchent les liquides irritants de couler au loin.

4° Leurs grains en roulant Les uns sur les autres évitent les frottements des vêtements sur les surfaces irritées ou celles-ci les unes sur les autres.

Mode d'emploi. — La façon de les SON est toute simple. On prend des tampons de coton hydrophile stérilisé, suffisamment étirés, aérés, pouvant facilement s'imprégner de poudre. On applique discrètement le tampon ainsi poudré sur la surface malade et on le jette ensuite. I ne faudrait pas songer à l'utiliser n1 à le mettre à nouveau dans la boîte à poudre,ce ne serait pas,comme il a été dit, ensemencer à plaisir le reste de la provision, car nous ne croyons pas que les micro-organismes y pousseraient,mais bien parce qu'on remettrait sur la peau les germes adhérents au tampon, il faut done pour chaque application un tampon nouveau. Les mêmes règles de propreté qui s’imposent dans tous les pansements de chirurgie doivent ici être obéies avec la même rigueur. C’est un fait devenu trop banal pour que nous y insistions plus longtemps.

Pütes. — Les pâtes sont des mélanges consistants, dans la composition desquels entrent des poudres et des corps

DE

gras: huile, vaseline, glycérine, etc. Les pâtes sont employées à titre d’isolants et comme tels en réalisent parfaitement les conditions. Etendues sur les surfaces privées de leur revêtement corné de protection, elles en tiennent lieu dans une certaine mesure et le remplacent temporairement. |

Pâtes inertes : elles mettent à l'abri de nouvelles inoculations les parties profondes et si on fait entrer dans leur composition les corps légèrement antiseptiques, elles formeront un milieu où les germes se développeront mal et ne tarderont pas à disparaître.

Mode d'emploi. — Mises à la période de réparation de l'épiderme lorsque la vésiculation et le suintement auront disparu, par leur épaisseur, elles permettront à un épiderme, à une frêle cuticule de se refaire,de se réparer plus solidement. Leur emploi est donc justifié à une période particulière de l’évolution des dermites et donne de bons effets, la pâte imbibant les tissus ne se dérange pas comme un pansement, ses utiles services ne seront donc pas méprisés.

Les pâtes à l’oxyde de zinc (vaseline et oxyde de zine en parties égales) sont très employées.

Les pâtes varient à l'infini « toutes les huiles, toutes les graisses, la glycérine, tous les excipients nouveaux simples ou composés peuvent servir de base à leur exécution. »

Nous tenons à signaler en bon rang une pâte de composition un peu particulière et dont nous sommes redevables à un dermatologiste distingué, M. le professeur Boëck de Christiania; au cours d’un voyage qu'il faisait en France

que

en 1896 il vint à St Louis eten présence de dermites eczémateuses rebelles siégeant plus particulièrement dans les plis (coudes, cuisses, fesses), il nous conseilla l'emploi de la pâte suivante. La voici elle qu'elle nous fut donnée :

Amidons.. 14 }),, IRIS ER RAR DR NU A GARD Fe Aa RO RÉR SN pr 20: — Extrait de Saturne. . . . 100 —

Mélanger avec parties égales d'eau. Frictions matin et soir avec un tampon d'ouate. L'application de cette pâte est absolument indolore etles résultats qu’elle donne méritent vraiment qu'on en conserve la formule.

EmPpLATREs. — Les emplâtres sparadraps ont le même mode d’action que les pâtes isolantes, s'appliquent dans les mêmes circonstances et sont également recommandables (appendice sur les emplâtres. Thérapeutique appliquée de M. le Dr Besnier, p. 115-178).

VERNIS SOLUBLES A L'EAU. — À côlé de ces moyens de traitement, il en est d’autres plus nouveaux et dont l’emploi encore peu avisé s'’étendra beaucoup plus peut-être. Nous voulons parler des vernis. Nous nous permettrons d’en dire un moten renvoyant le lecteur à l'étude intéressante qu’en a fait notre maître M. le D' J. Darier, étude à laquelle nous avons emprunté ces détails (Thérapeutique des maladies de la peau, par Lersrikow. Traduction par J. Darter, actuellement sous presse).

Ces topiques aqueux, qui se concrètent rapidement en une couche de mince consistance, formentun enduit qu'un lavage fait aisément disparaître. On peut adjoindre à leur composition telle poudre inerte qu'on veut. [ls offrent

LRQ ÈE.

cet avantage de ne pas faire obstable à l’évaporation tandis qu'ils protègent très efficacement le revêtement corné en voie de réparation, dans cette classe rentrent les onguents de caséine fort employés par l’école de Vienne.

La gélanthe (gomme adragante et eau).

On fait des vernis à l’ichthyol, à l'acide salicylique, au tuménol, etc., etc.

SUPÉRIORITÉ DU PANSEMENT ASEPTIQUE SIMPLE. — En sommeet pourconclure de ces divers modes de pansements auxquels on peut avoir recours dans le traitement des dermiles communes, les plus avantageux sont encore les plus anodins, c’est-à dire les pansements purement et simplement aseptiques.

Nous avons vu qu’ils protégeaient très efficacement les surfaces éeczématisées contre touteirritation nouvelle, qu'ils prévenaient l'apport de germes infectieux venant du dehors par les voies Les plus variées.

Autre avantage important et dont leur emploi fait bénéficier, ils empêchent l’'évaporation et la dessiccation, circonscrivant ainsi et isolant le champ de bataille entre les tissus qu'ils n’altèrent point et les microbes, ils favorisent l'effort des leucocytes et leur permettent de se débarrasser des pyogènes envahisseurs.

Ce ne sont pas là de simples vues de l’esprit, non seulement les résultats cliniques apportent à ces assertions leur victorieuse confirmation, mais il suffit de faire une étude comparée de la microbiologie sous les pansements aseptiques, antiseptiques légers, antiseptiques forts, pour se rendre comple de la supériorité des pansements aseptiques sur tous les autres. Ce sont les résultats de cette étude que nous allons donner maintenant.

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