PLACE DE L’ÉCOLE -DE -MÉDECINE
Tous droits réservés.
AVANT-PROPOS
Lors de mon dernier séjour à Berlin pendant 1 hiver 18(56-67, M. de Grade fut nommé professeur titulaire d’ophthalmologie près l’ université de cette ville.
Il dut alors, suivant l’usage, écrire en latin, un travail inédit, sorte de thèse, que les Allemands appellent Habilitationsschrift.
Immédiatement après, parut l’édition allemande; frappé de la lucidité de ce travail ainsi que de la hauteur des vues qu’il contenait, et convaincu d’autre part de l’utilité de sa publication en France, je conçus le projet d’en entreprendre la traduction, sans me dissimuler toutefois les difficultés d'une semblable tâche. L’allemand, en effet, est, de toutes les langues vivantes, celle qui se laisse le moins traduire, surtout en français. Il expose à d’inévitables longueurs qui sont souvent préjudiciables à la clarté. Je demandai donc à mon cher et illustre maître l’autorisation d’entreprendre ce travail, et voici la lettre qu’il m’écrivit à ce sujet :
AVANT-PROPOS
« Mon cher ami,
» Votre intention de traduire en français mon opuscule sur les symptômes des paralysies des muscles moteurs de l’œil, ne peut m’être que fort agréable, et je vous donne avec plaisir l’autorisation que vous me demandez à ce sujet.
» Je serai, en effet, heureux de vous voir interpréter, auprès du public médical français, un sujet qui me paraît de la plus haute importance au point de vue de la pathologie générale.
» Seulement je ne puis pas vous dissimuler que la forme que, pour des raisons particulières, j’ai adoptée dans l’exposition de ce sujet, augmentera les difficultés de l’étude pour ceux qui sont encore peu familiarisés avec ces matières spéciales.
» Cette forme, d’une part, est trop abstraite pour bien représenter chaque cas en particulier, ainsi qu’eût pu le faire, un mémoire appuyé sur des observations soigneusement choisies. D’autre part, cette forme embrasse trop de détails pour pouvoir donner aux étudiants une idée aussi générale que le ferait la forme plus précise d’un traité.
» Ces deux imperfections qui, certes, doivent se faire sentir pour l’étude, sont peut-être contre-balancées, au point de vue de la science, par un exposé plus exact et plus minutieux des symptômes qu’il n’eût été possible de le faire dans un autre mode de description.
» Pour conserver ce résultat et remédier en même temps aux inconvénients susmentionnés, il serait certainement fort utile de faire suivre l’exposé que j’ai donné, d’une réunion d’observations types, qui serviraient d’exemples vivants aux propositions formulées.
» Les riches matériaux de votre clinique vous fourniront facilement l’occasion d’atteindre ce but, et si, pour telle ou telle forme plus rare, cette occasion vous faisait défaut, je me mets volontiers à votre disposition pour combler les lacunes.
» Par un choix bien réfléchi de semblables observations, qui représenteraient à la fois les différentes phases et les diverses transitions des formes de maladie en question, vous donneriez au tout une empreinte d’étude clinique, et lcriez de mon petit ouv rage une source à laquelle ceux que ce chapitre de l’ophthalmologie intéresse pourraient puiser aussi longtemps que ces études ne seraient pas entrées dans une voie nouvelle.
» Croyez-moi, mon cher ami, etc.
» A. von Ghaefe.
» Berlin, le 15 octobre 1869. »
AVANT-PllOPOS. III
Conformément au désir de mon bien-aimé maître, je me propose donc de faire suivre prochainement la publication de cette traduction, d’une seconde partie composée surtout d'observations, et renfermant, en outre, quelques mots sur l’étiologie, la fréquence, la marche et le traitement de ces affections.
J’ai tâché, dans les pages qui vont suivre, d’être constamment exact; aussi je réclame l’indulgence pour le manque d’élégance du style, cette dernière ayant toujours été sacrifiée à l’exactitude de la traduction.
Je m’estimerai trop heureux si mes efforts peuvent être suivis de quelque succès.
A. SlCHEL.
Paris, le 1er mars 1870.
INTRODUCTION
Ce n'est pas pour l’ophthalmologie seule, que l’élude des paralysies des muscles moteurs de l’œil offre de l’intérêt; elle est encore d’une très-haute importance pour la science médicale en général. Cette importance repose surtout sur la délicatesse des observations qui s’offrent à nous sur ce terrain . Tandis que nous ne pouvons tracer qu’à grand ’peine, dans les autres parties du corps humain, la limite entre les oscillations physiologiques du degré des forces et des états pathologiques peu accusés; tandis que, notamment, pour de petites assymétries de l’action musculaire sur les deux moitiés du corps, cette délimitation devient pour ainsi dire impossible, nous possédons, au contraire, une mesure d’une exactitude surprenante pour l’innervation des muscles oculo-moteurs. Cette mesure, les lois des mouvements associés nous la fournissent. Arrive-t-il même, dans un cas semblable, que le défaut absolu de mobilité tombe au delà des limites de l’observation, la déviation ne s’eu montre
INTRODUCTION
pas moins d’une façon suffisamment nette, si l’on prend en considération les excursions des mouvements provoqués par des efforts de volonté identiques des deux côtés, tels qu’ils sont dictés par les lois de l’association (voyez chapitre T'). Ajoutons à cela que les phénomènes de diplopie nous fournissent une expression d’une exactitude spéciale pour constater l’anomalie de position.
A cette faculté de découvrir les troubles, même les plus délicats, se rattache naturellement la possibilité de bien saisir le début des maladies, d’apprécier exactement les phases des troubles établis, d’en suivre scrupuleusement l’évolution tout entière, et d’acquérir, sur les processus et les phénomènes secondaires, des vues précises, résultat d’un poids considérable pour de nombreuses questions de pathologie générale.
Un puissant auxiliaire pour ces études nous est fourni par l’organisation tout entière du système musculaire des yeux qui, bien qu’elle ait causé de grands embarras aux observateurs, présente, comparativement cà la musculature du reste du corps, des principes mécaniques d’une éminente simplicité. En s’appuyant sur ces principes, on peut aussi montrer, d’une façon claire et rigoureuse, les influences que le manque d’action de certaines forces détermine sur les mouvements.
Un nombre considérable de nerfs présidant aux mouvements de l’œil humain, il en résulte que la connaissance des paralysies de ces muscles présente une haute importance pour les différents points du diagnostic des
INTRODUCTION
maladies nerveuses, principalement pour celles du système central. Leur rôle devient d’autant plus important que le début des maladies en question est d’ordinaire obscur, que les signes pathognomoniques font longtemps défaut, tandis que les symptômes existants sont de nature vague. La découverte d’un trouble des fonctions des muscles oculaires est fréquemment appelée à jeter la première lumière sur l’existence d’une affection nerveuse matérielle et, en s’associant plus tard à d’autres symptômes, à en élucider la localisation.
Puisque, pour toutes ces raisons, la connaissance des paralysies des muscles oculo-moteurs se recommande à une étude plus approfondie, je me permets d’en rassembler ici les points essentiels de la symptomatologie. J’aurai surtout soin, en faisant cela, d'appeler l’attention sur certaines sources d’erreurs qui pourraient égarer ceux qui ne sont pas spécialement exercés aux études ophtalmologiques, et qui cependant, dans l’étude de la pathologie, ne sauraient se passer d’une mine si riche de diagnostic.
DES