TRAITEMENT
Le traitement des paralysies du larynx est absolument subordonné à la cause de la paralysie.
(1) Diagnostic d'un anévrysme do l'aorte qui serait passé inaperçu sans le secours au laryngoscope, \m' Potaiu (Gaz. méd., 1865). j
Dans les paralysies de causes générales, il doit être local et général.
Nous entendons par traitement local les électrisations soit externes, soit internes, et les applications topiques sur les cordes vocales paralysées.
L'électrisation externe parait avoir été pratiquée il y a longtemps déjà. .Pelligrini la pratiquait en 1843.
Elle se fait à l'aide d'une pile (M. Fauvel se sert habitiiellement de la pile de Fauché) dont les deux pôles, terminés par des plaques métalliques, recouvertes de peau sont appliqués de chaque côté du cou sur le trajet des récurrents.
Cette méthode donne souvent de très-bons résultats mais seulement lorsque la paralysie ne date que de peu de temps.
Dans les cas de paralysies anciennes, il est préférable d'employer l'électrisation interne qui, croyons-nous, fut faite pour la première fois par Duchenne (de Boulogne), et ensuite par Mackenzie.
Cette électrisation se fait de deux manières.
Dans l'une, l'un des pôles est porté dans le larynx, précisément sur la corde paralysée, tandis que l'autre pôle est mis en communication avec la main du malade ou mieux, avec un collier portant à sa partie antérieure interne une plaque métallique qui s'applique sur le devant du cartilage thyroïde.
La seconde manière consiste à porter dans le larynx, les deux pôles de la pile. Cette opération, qui se fait avec un réophore double, imaginé par le D'" Fauvel est extrêmement facile, lorsque le médecin se guide avec le laryngoscope.
Poyel. 3
On devra faire en sorte que le courant ne soit pas trop intense pour éviter au malade des spasmes trop violents. Ponr cela, avant d'introduire le réophore dans le larynx ou devrca graduer le courant en appliquant les boutons de l'instrument sur les lèvres mêmes du patient.
L'électrisation du larynx est généralement très-bien supportée. Lorsque la voix revient, le malade rejette une grande quantité de mucosités visqueuses et filantes, et en même temps, les cordes, si elles étaient rouges se décongestionnent instantanément.
Les séances doivent être continuées régulièrement jusqu'au retour complet de la voix qui, quelquefois, peut se faire attendre très-longtemps. Mackenzie cite des cas ou la voix n'est revenue qu'à la trentième électrisation. Nous même, nous avons été témoin de faits ou le retour définitif de la phonation ne s'est fait qu'au bout de plusieurs semaines. Il est bien entendu que nous ne parlons ici que d'aphonies nerveuses.
Dans le cas de paralysie par peur ou a fricjore, la voix revient -presque toujours à la première séance.
Dans les cas de paralysies anémiques, dyphthéritiques, syphilitiques, les électrisations sont loin d'être aussi utiles. Il n'en est pas de même des applications topiques et même caustiques.
Dans les paralysies syphilitiques etdiphthéritiques, ces applications rendent les plus grands services. On devra donner la préférence aux solutions de nitrate d'argent 1/30 à la teinture d'iode pure, et au perchlorure de fer portés dans le larynx à l'aide d'une petite éponge ou d'un pinceau. Mackenzie conseille encore les inhalation? de
chloroforme et de créosote, et cite plusieurs cas de guérisons.
Gomme traitement général, dans les paralysies hystériques on prescrira le bromure de potassium à doses assez fortes, jusqu'à six ou huit grammes par jour, et l'on conseillera en même temps un régime tonique et l'hydrothérapie.
Dans les paralysies par peur et a frigore, on prescrira les préparations de strychnine et en particulier la teinture alcoolique de noixvomique.
Pour l'anémie et les paralysies diphthéritiques ce sont les reconstituants, le fer, le quinquina qui donnent les meilleurs résultats.
Quant aux paralysies syphilitiques, nous conseillons comme le recommande M. Fournier la méthode des frictions mercurielles selon Sigmund,et l'iodure de potassium à haute dose.
Pour terminer le traitement des paralysies de causes générales, il ne nous reste plus qu'à parler de la gymnastique vocale telle que la fait pratiquer Bruns (1).
Voici le passage de son livre où il parle de ce traitement à l'appui duquel il cite sept observations favorables.
« Pendant que je tiens le miroir dans la bouche du malade, et cela de la manière habituelle, pendant que j'examine la fente glottique, je fais prononcer ou plutôt pousser avec effort au malade des voyelles simples ou composées,|telle3quea,e,œ, au. D'abord, (l'effort n'aboutit pas. On n'obtient qu'un murmure sifflant ou bien un
(1) Klinik der Kanckeiteur des Kelkoples. Vienne, 1866,
piaulement rauque, qui fait place plus ou moins vite à l'émission distincte des voyelles, tandis que l'on remarque en même temps de légers mouvements saccadés dans les cordes vocales.
(( Alorsje fais donner ces voyelles à diverses hauteurs et pendant un espace de temps variable. Lorsque le malade réussit aisément, je fais joindre à ces voyelles une ou plusieurs consonnes, de manière à passer à la prononciation de mono-syllables , al-ach-acht-aus-auf-han-inein, etc., etc.
(' Quand le malade en est là, je lui fais prononcer d'autres monosyllables sans le miroir dans la bouche. Je lui fais compter jusqu'à 12, puis je passe à des mots de plusieurs syllabes, puis à des phrases.
« Aux malades sans voix qui auparavant chàntaient,je fais donner quelques notes, à quelque hauteur que ce soit et lorsque au lieu de sifflements rauques, ce sont des notes distinctes qui se produisent, je fais donner ces notes en allongeant de plus en plus la ^amme, soit en montant, soit en descendant, puis je lui fais donner des tierces ou des accords soit en montant, soit en descendant.
« Tout cela se fait pendant que le miroir laryngien est à sa place accoutumée et que l'on observe la mobilité croissante des cordes vocales. En poursuivant ces exercices, et tandis que, le malade pousse des sons, je retire le miroir sans qu'il s'en aperçoive et je le laisse immobile au milieu de la cavité buccale; enfin, je le retire tout à fait tandis que le malade continue à produire des sons. Enfin, je continue ces exercices sans introduire aucunement le miroir dans la bouche.
u Pendant que je poursuivais ce traitement, j'ai fait plusieurs observations pour lesquelles je n'ai pu trouver aucune explication satisfaisante. Par exemple : une malade qui après trois semaines d'un pareil traitement donnait des tierces et des accords, en montant et en descendant, avec une voix claire et pure de soprano, n'était pas en ce même moment capable de prononcer une seule syllabe à voix ordinaire.
« Une autre malade qui était déjà parvenue à chanter une petite chanson, en articulant très-nettement les mots, ne pouvait réciter la poésie qu'elle venait de chanter.
La durée des séances de cette gymnastique doit être de 1/4 d'heure à 1/2 heure. Le traitement peut durer jusqu'à quatre semaines, tandis que d'autres fois, après quelques séances, et même dans une seule, on arrive au but. »
Tout en approuvant ce mode de traitement, nous lui préférons celui employé par M. Fauvel qui conseille au malade de prendre simplement quelque leçons de solfège sur les voyelles a-e-i-o-u.
Les 7 cas rapportés par Bruns sont manifestement des cas de paralysies hystériques qui probablement auraient guéri tout aussi vite par l'électricité.
Il ressort manifestement de l'ensemble des faits que nous avons observés, qu'il est rare que la thérapeutique soit impuissante contre ces paralysies de causes générales.
Il est loin d'en être de même pour les paralysies de causes locales.
La effet, chacun sait combien le traitement estineffi-
cace dans les cas d'anévrysme soit de l'aorte, soit de toute autre artère intra-thoracique. Or, dans ces cas, la paralysie de l'une des cordes n'estplus qu'un symptôme, et c'est à la cause que doit s'attaquer la médication.
Il n'en esc plus de même dans l'adénopathie bronchique, surtout si cette adénopathie est de nature scrofuleuse ou syphilitique.
Dans ces. cas, le meilleur médicament à employer est certainement l'iode sous ses différentes formes et principalement sous la forme de teinture alcoolique non acide (un gramme d'iode pour dix d'alcool à 90°).
On prescrit au malade de prendre cette teinture par gouttes, en commençant par 5 gouttes et en augmentant chaque jour d'une goutte jusqu'à ce qu'il ait atteint 30 ou 40 gouttes, selon les âges.
Lorsque le nombre fixé sera atteint, on lui recommandera de diminuer !a dose de une goutte chaque jour.
La teinture peut être prise telle qu'elle dans du vin de malaga ou de xérès, comme le prescrit M. Noël Guéneau de Mussy, ou bien encore dans de l'eau d'amidon.
La teinture d'iode prise de cette façon, semble mieux agir que l'iodure de potassium car dans ce cas, selon M. le professeur Gubler, elle se transformerait en iodure de sodium, forme sous laquelle elle est le mieux supportée. En effet, les sels de soude sont loin d'être éhminés aussi rapidement pas les différentes glandes, que les sels de potassium.
La teinture d'iode pourra encore être prescrite en badigeonnages sur la poitrine, et concurremment avec la médication interne.
Il est aussi d'usage de prescrire l'huile de foie de mo-
rue, mais pour cela il faut que le tube digestif du malade puisse la supporter.
Dans l'adénopathie de nature scrofuleuse, les eaux arsenicales donnent souvent de bons résultats, de plus, le séjour à la campagne vient se joindre dans ces cas à l'heureuse influence du traitement.
L^adénopathie syphilitique devra être combattue par les frictions mfrcurielles, et par l'iodure de potassium.
Enfin, c'est encore à, l'iodure que Ton devra avoir recours dans les cas de tumeurs du médiastindont la nature est si difficile à préciser.
On pourra dans ces cas essayer le chlorure d'or préparé et administré selon la méthode de Ghrestien, mais nous devons avouer que nous n'avons jamais vu obtenir de résultats sérieux avec ce médicament.
Dans les cas de paralysies des cordes par tumeurs du cou, il est indiqué d'enlever la tumeur, si elle est simplement ganglionnaire, et si les organes voisins permettent cette ablation. Quant aux kystes du corps tyroïde, s'ils ne sont pas de nature cancéreuse, si l'état général du malade le permet, on peut tenter de les ponctionner, mais il faut bien être prévenu .que ces ponctions sont loin d'être exemptes de tout danger.
Enfin, dans les cas de cancers de l'œsophage, quelle que soit la situation de la tumeur, elle est au-dessus des ressources de l'art.
Dans toutes ces paralysies de différentes natures, le médecin devra donc surtout s'appliquer à soulager le malade en lui prescrivant surtout des narcotiques (belladone, ciguë, opium), car c'est souvent la gêne de la
respiration et surtout les quintes de toux qui le fatiguent.
Contre la toux, on se trouve généralement bien de gargarismes au bromure de potassium et de fumigations faites avec une décoction de guimauve et de pavot.
L'électricité elle-même ne devra pas être négligée, surtout, si la paralysie est incomplète. Il arrive quelquefois que l'on peut rendre ainsi au malade un peu de voix, ce qui le trompe sur son état et nous savons que si le médecin ne peut guérir, il doit consoler toujours.