‹ Des paralysies du larynxChapitre 9 sur 9 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Obs. I. — Aphonie nerveuse ; sensibilité extrême du pharynx; électrisation

interne-, guérison.

Mlle B., âgée de 32 ans, marchande de vins en gros à Boulognesur-mer, consulte le D'' Ch. Fauvel, le 30 septembre 1873.

Grande, d'une santé faible, brune, d'un tempérament lymphatique, il y a trois ans, sa voix se perdit presque subitement en l'espace d'une heure à la suite d'une vive contrariété. Elle ne revint qu'au bout de onze mois subitement à la suite d'une peur. Trois mois plus tard, elle disparut de nouveau le lendemain d'une nouvelle contrariété. Depuis ce temps, elle n'a pas reparu, elle ne peut faire entendre qu'une voix de chuchotement. Cependant la malade dit bien è lorsqu'on l'examine au laryngoscope.

La malade est très-impressionnable et très-nerveuse ; elle perd facilement connaissance, aussi bien à la suite d'une émotion triste qu'à la suite d'une émotion gaie. — Sensation de boule hystérique très-prononcée.

Rien- à notera l'examen de la poitrine. Pas de toux pas de crachements de sang. Palpitations de cœur très-fortes sous l'influence delà plus petite émotion. Sensation de froid général. Constipation opiniâtre. A eu toutes les maladies de l'enfance.

La voix revient instantanément sous l'influence d'une électrisation interne. La malade devant repartir de suite, le traitement suivant lui est prescrit.

Emplâtre dethapsiasur la poitrine pendant 12 heures.

5 pastilles de capsicum par jour.

Avant les repas 4 gouttes de teinture alcoolique de noix vomicLue.

Tous les matins un verre d'eau d'Enghien.

8 octobre. — La malade revient à Paris. La voix est de nouveau perdue. Elle s'est perdue pendant le cours d'une attaque cliolcriforme (diarrhée, vomissements bilieux).

Nouvelles électrisation interne. Rejet d'une grande quantité de mucosités bronchiques filtrantes et visqueuses. Les cordes vocales rouges redeviennent instantanément blanches, la voix revient complètement et ne se perd plus jusqu'au 15 octobre, date de son départ.

10 novembre. — La voix est toujours bonne ; le larynx est sain. L'état général et la sensibilité nerveuse est moins prononcée depuis que la malade suit un traitement hydrothérapique qui lui a été prescrit.

Obs. II. — Aphonie hystérique; hoquet persistant; écartement des cordes vocales inférieures; électrisation interne et externe; aucune amélioration.

La nommée M, V. âgée de 24 ans journalière àRoinville consulte le D'" Ch. Fauvel le 2 juin 1872 pour une aphonie complète et un hoquet qui persiste depuis six semaines.

La malade est brune, forte, assez grande et bien réglée. Elle prétend n'avoir jamais eu ni attaques de nerfs ni pertes de connaissance. Pas de sensation de boule hystérique.

Au mois de mars 1872, elle fut prise d'un rhume violent à la suite duquel sans cause appréciable, elle perdit subitement la voix. Depuis cette époque elle n'a plus parlé qu'en voix de chuchotement.

Elle ne souffrait d'ailleurs aucunement lorsque il y a 6 semaines environ, elle fut prise d'un hoquet qui persista pendant trois jours. Six jours après, il reparut pendant deux autres jours, enfin il disparut encore une fois pendant deux jours pour revenir d'une façon définitive. Ce hoquet est bruyant, il ressemble plutôt à un aboiement qu'à un véritable hoquet. On sent très-bien le diaphragme se contracter.

La malade nous dit que les efforts que ces contractions nécessitent lui donnent de temps à autre des convulsions dont nous n'avons d'ailleurs pas été témoin. Il disparaît complètement la nuit, ce qui d'abord nous fit penser à de la simulation. Ayant interrogé

à part la parente qui accompagnait la malade, celle-ci nous dit que V. n'avait aucun intérêt à cotte simulation.

Depuis l'apparition de cette singulière affection, il y a un amaigrissement assez marqué et un affailalissement général prononcé. La respiration ne se fait pas normalement, et de temps à autre il y a des étouifements.

Au laryngoscope, tout le larynx est sain et ne présente aucune rougeur ; les cordes vocales inférieures sont blanches et nacrées, mais elles restent écartées comme on les trouve dans la respiration tranquille et, chose remarquable, elles se rapprochent ainsi que les cordes supérieures par les efforts nécessités par la toux. Ceci tend encore à nous faire croire à de la simulation.

Rien à noter du côté de la poitrine ni au cœur. La malade est mise au bromure de potassium à la dose de 6 grammes par jour, en solution à prendre par cuillerées à café toutes les lf2heures.

Avant le repas, quatre gouttes de teinture alcoolique de noix vomique. Tous les matins une douche froide de 30 secondes,

Electrisations internes et externes.

Ce traitement suivi pendant dix jours consécutifs n'amène aucune amélioration.

L'hydrothéraphie est continuée ainsi que le bromure de potassium. On ajoute au traitement des préparïitions belladonées et M. le D"" Choron veut bien traiter la malade par les courants continus.

Sous l'influence de l'électrisation faite au niveau des attaches du diaphragme, le hoquet se ralentit mais ne disparaît pas. Enfin, après un mois de ce traitement, infructueusement suivi, malgré des injections de morphine faites au niveau du creux ôpigastrique, malgré de violents révulsifs appliqués sur la peau, la malade repart dans son pays exactement dans le même état que le jour de son arrivée.

Nous croyons pouvoir ranger cette observation dans la classe des paralysies hystériques et avoir eu affaire en ce cas à une affection analogue aux hémiplégies de même nature qui disparaissent subitement d'elles-mêmes.

No as sommes d'autant plus fondés à admettre cette manière de voir, que le D'' Martin, qui avait

adressé cette malade à M. Fauvel, nous a aanoncé depuis sa guérison complète et spontanée.

Obs. III, — Paralysie des deux cordes vocales inférieures de nature nerveuse ; ajDparitions successives de l'affection sous Tinfluence du froid, de la grossesse, de contrariétés ; électrisations ; traitement tonique ; guérison.

M°B... G..., âgée de 33 ans consulte le D"" Ch. Fauvel le 4 avril 1873. Elle est châtain foncé, grande, élancée, pâle. Cette dame a eu cinqenfants, le premierà Tâge de 18ans. Quatre de ces enfants sont vivants, le cinquième, une petite fille de 12 ans, est morte il y a 14 mois de phthisie galopante.

En 1866 pendant le cours d'une grossesse M^^Gr... perdit subitement la voix, sans cause appréciable et la recouvra tout à coup dix jours après la délivrance. Vers le septième mois de cette grossesse, pendant la durée de laquelle elle maigrit beaucoup, il survint un grand amaigrissement et il y eut une attaque de fièvre intermittente revenant tous les deux jours à deux heures de l'après-midi, et qui céda à l'administration du sulfate de quinine.

Pendant la grossesse même, l'aphonie fut combattue par un vésicatoire au devant du cou, par deux saignées dubras, par des respirations d'éther, parlé goudron, l'huile de crotonsur la poitrine, tout cela sans résultat.

Avant 1866 la santé était très-bonne et malgré son état de grossesse la malade a attribué son extinction de voix à un refroidissement brusque.

A partir de 1866 M" G..., perdit la voix plusieurs fois par hiver et cela pendant un ou deux jours.

En 1870 elle eut une grossesse très-heureuse sans perte de voix ni fièvre.

Au mois de septembre 1872, rhume très-insense, affaiblissement très-marqué de lavoix pendant 2 jours, le troisième, aphonie. Depuis ce temps, suffocations, palpitations de cœur, perte de l'appétit et du sommeil, sensation de gonflement de chaque côté du cou, sur le trajet des récurrents. Pas de toux.

La voix est revenue pendant un jour le l»' janvier à la suite d'une vive contrariété. Elle disparut de nouveau le lendemain.

Amaigrissement assez notable depuis le mois de septembre, essufflements surtout en montant les escaliers, û'oid aux extré-

mités, Leucorrhées. Depuis 6 mois les règles sont peu abondantes (3 jours au lieu de 7), sensations de fatigue subito dans les genoux et les bras, toujoura suivies d'une attaque de nerfs.

Les traitements les plus variés ont été employés. La malade n'a cependant pris que très-peu de bromure de potassium, et il n'y a que quinze jours qu'elle prend du phosphate de fer.

Au laryngoscope, on trouve une décoloration assez marquée de toute la muqueuse du larynx. Les cordes vocales inférieures ne peuvent se rapprocher; ellee sont légèrement rosées et détendues.

M. Fauvel prescrit l'exercice à la malade.

Bromure de potassium 6 grammes par jour en deux fois.

Tous les jours une douche froide de 30 secondes suivie d'une friction sèche.

Electrisations internes et externes.

Ce n'est qu'à la onzième électrisation que la voix reparut.

Sous l'influence dn traitement général, la santé s'améliore; la malade peut murcher, se promener, les palpitations de cœur et les essoufflements disparaissent.

Au bout de vingt électrisations la voix qui se reperdait quelque temps après l'excitation, demeure permanente, et la malade repart guérie.

Obs. IV. — Paralysie nerveuse des deux cordes vocales inférieures, déterminée par une peur violente ; aphonie complète ; électrisation interne et externe; retour complet de la voix.

Mlle X..., do Lunévillc, âgée de 17 ans consulte le D'' Ch. Fauvel le 16 juin 1873. Elle est complètement aphone depuis 11 mois. A cette époque elle perdit subitement la voix en voyant son père blessé, perdre une grande quantité de sang. Jamais elle n'a pu faire entendre le moindre son depuis ce moment. Elle parle en voix de chuchotement. La toux est sonore, et des efl'orts assez considérables peuvent être faits sans trop de fatigue.

Cependant, la santé générale de la jeune malade laisse beaucoup à désirer. Elle est grande, un peu maigre et très-lymphatique. Elle est en même temps un peu anémique. D'un tempérament trèsnerveux, elle n'a cependant jamais eu d'attaques de nerfs proprement dites ; elle n'a pas de sensations de boule hystérique, mais elle

pleure et elle rit avec une extrême facilité. On ne trouve rien à noter à l'examen de la poitrine. D'ailleurs la malade n'a jamais craché de sang et ne tousse pas.

Au lar^mgoscope, on trouve les deux cordes vocales inférieures écartées, légèi'ement rosées et ne faisant pas le moindre mouvement pendant les efforts de phonation pour prononcer la lettre è.

Le reste du larynx est sain : la muqueuse paraît être légèrement décolorée.

L'examen est rendu très-facile par suite de l'insensihilité complète du pharynx.

Nous retrouvons d'ailleurs cette insensibilité aux bras et sur le dos des mains où il y a certainement de l'analgésie.

Dès la première application de l'électricité sur le ti-ajet des récurrents, la malade peut prononcer quelques mots à haute voix, pendant le passage même du courant.

Le lendemain, 17 juin, électrisation interne avec le réophore double. La voix revient instantanément bonne, et au laryngoscope, nous constatons que les cordes vocales inférieures qui, un instant auparavant étaient rosées, sont redevenues blanches, bien tendues et se rapprochant complètement.

La malade est forcée de partir pour Lunéville.

On lui prescrit le bromure de potassium, 4 grammes par jour. Sirop d'iodurede fer. Douche froide tous les deux jours. Tous les jours, électrisation sur le trajet des nerfs récurrents.

Un mois plus tard, la malade écrivait qu'elle était complètement guérie.

Obs. V. — Défaut d'action musculaire de rary-aryténoïdien; défaut de rapprochement des cordes inférieures à leur partie postérieure .

Le 26 août 1872, nous examinons au laryngoscope Mlle P. Ch..., âgée de 9 ans 1{2. Cette enfant, bien constituée, blonde, lymphatique, dans de bonnes conditions hygiéniques, n'a eu, comme maladie d'enfance, que la rougeole. Depuis le moment de sa naissance, elle a la voix rauquc et dure, mais seulement lorsqu'elle fait entendre des sons à voix ordinaire ; lorsqu'au contraire elle veut crier, elle ne fait plus entendre aucun son, ce qui étonnait toujours le» parents, avant que l'enfant parlât.

Aujourd'hui, la voix parlée est rauque, ainsi que nous le disions

plus haut et le cri est toujours impossible. Lorsque l'enfant veut appeler quelqu'un, l'on n'entend plus qu'un sifflement.

La petite malade ne souffre aucunement ; elle ne tousse pas, la respiration se fait avec facilité, on ne trouve d'ailleurs rien à la poitrine.

Elle se prête très-bien à l'examen laryngoscopique qui, chez elle, se fait avec une grande facilité, car l'épiglotte est très-relevée, ce qui est très-rare chez les enfants.

La coloration de tout le larynx est normale ; les cordes se meuvent avec facilité et se rapprochent très-bien dans leurs deux tiers antérieurs.

Le tiers postérieur, au contraire (glotte inter-cartilagineuse), reste béant malgré les efforts de phonation, ainsi que cela se passe lorsqu'une tumeur existe dans l'espace inter-aryténoïdien.

Chez la petite malade, cet espace est parfaitement libre. Il n'y a, selon nous, qu'une seule façon d'expliquer ce défaut de rapprochement des cordes, c'est le manque d'action de l'ary-aryténoïdien qui fait subir aux deux aryténoïdes un déplacement en totalité sur la surface articulaire cricoïdienne, mouvement de glissement qui tend à mettre en rapport les deux faces internes des deux cartilages, et par conséquent leurs apophyses antérieures internes oii s'insèrent les cordes vocales inférieures.

Il n'y a dans ce cas aucun traitement actif à prescrire et nous recommandons à la mère de l'enfant de lui faire faire de la gymnastique vocale ou la faisant solfier sur les différentes voyelles. Nous n'avons plus eu de nouvelles de la malade.

Obs . VL ■— Paralysie incomplète des deux cordes vocales inférieures ; défaut d'action musculaire résultant d'une anémie profonde entretenue par des pertes de sang fréquentes; cessaf.iou des hémorrhagies ; traitement tonique; électrisations: guérison.

Mme S.. . de New-York, âgée de 42 ans, consulte le D'" Ch.Pauvel le 23 septembre 1873. La malade, d'une faiblesse extrême, très-maigre et très-pâle, est complètement aphone depuis trois ans. La voix s'est perdue petit à petit à la suite d'une bronchite

très-intense. Depuis plusieurs années cléjcà, la malade souffrait d'hémorrliagies rectales déterminées et entretenues par un polype. Ce polype fut enlevé par le D-" Hemet, de New-York, mais incomplètement, de telle sorte que les hémorrhagies, tout en étant moins abondantes, persistent toujours. Aujourd'hui encore, elles se reproduisent de temps à autre.

A l'auscultation de la poitrine, on trouve la respiration normale des deux côtés ; le cœur ne présente rien de particulier à noter. Les digestions se font mal, et d'ailleurs l'appétit est presque nul- La malade n'a jamais présenté aucun symptôme d'hystérie.

Lorsque l'on fait l'examen de la gorge, ce qui frappe tout d'abord c'est la décoloration du voile du palais.

La muqueuse du larynx est elle-même extrêmement pâle, les cordes vocales inférieures sont blanches, mais, malgré les plus grands efforts produits par la malade, ne peuvent arriver à se rapprocher. Les aryténoïdes font bien un léger mouvement de bascule, mais ne pivotent pas sur leur axe. Il y a là un défaut d'action très-manifeste des crico-aryténoïdiens latéraux.

Sous l'influence de l'électricité appliquée extérieurement sur le trajet des récurrents, les mouvements de bascule des aryténoïdes, mouvements qui se font sous l'influence de la contraction de l'aryaryténoïdien sont légèrement accentués, mais là se borne l'action de l'agent thérapeutique.

Ce défaut d'action musculaire ne peut être rapporté qu'à l'état anémique profond de la malade. La première indication à remplir est donc de soumettre Mme S... à un examen approfondi pour amener la cessation des hémorrhagies rectales.

Cet examen, pratiqué par M. le D"^ Chéron, donne les résultats suivants :

A 5 centimètres à peu près de l'ouverture anale, sur la paroi postérieure de l'intestin, on trouve un polype de la grosseur d'une noix, de consistance élastique, paraissant être ulcéré à sa surface, ce que confirme l'examen fait avec le spéculum. Cette tumeur est mal pédiculée. Elle ne paraît pas être de mauvaise nature, ce que semblent indiquer les symptômes accusés par la malade, son état général, qui tout en étant mauvais, n'est pas celui d'une cachectique, et enfin la durée même de l'afl'ection. •

Cette tumeur est enlevée le 30 septembre à l'aide de l'écraseur.

Il n'y a pas d'hémorrhagio consécutive. Le 12 octobre, la cicatrisation est complète. Le calibre de l'intestin n'est pas diminué. 11 n'y a pas eu de perte de sang.

L'état de la malade s'améliore chaque jour, mais la voix ne revient pas encore.

28 octobre. Les électrisations sont recommencées. Elles sont faites à l'aide de l'excitateur double porté directement dans le larynx. La malade est soumise en même temps à un traitement tonique énergique. Préparations de fer. Teinture de noix vomique. Hydrothérapie. Les électrisations sont continuées chaque jour jusqu'au 15 novembre.

15 novembre. La malade peut faire entendre quelques mots à haute voix. Les aryténo'ides se meuvent avec facilité, mais les cordes vocales sont encore détendues et flasques.

Ce n'est que le 30 novembre que la voix est complètement revenue. La malade a repris de l'embonpoint et des couleurs ; ses forces sont revenues et elle peut faire à pied des promenades.

Elle part en Angleterre au mois de décembre et au mois de janvier, de retour à New-York, elle écrivait que sa santé était complètement rétablie.

Obs. Vn. — Paralysie pai" anémie dataat de 3 ans; électrisations; régime tonique; guérison (observation communiquée à M. le D"" Tissot et rapportée dans sa thèse) .

Mme B..,, âgée de 35 ans, est atteinte d'une aphonie complète qui s'est déclarée subitement il y a trois ans.

La malade n'a jamais craché de sang. Pas de toux. La respiration, au début de la maladie, était pénible, surtout la nuit. Actuellement, elle est bonne.

La santé générale, qui était d'abord languissante, est revenue à un état satisfaisant.

Au commencement de la maladie, Mme B... était sujette aux maux de gorge et présentait à gauche un point de côté assez douloureux. Rien à noter à l'auscultation. L'aphonie est survenue à la suite d'une perte utérine très-intense qui occasionna une syncope d'une heure. Cette perte survint sans raison aucune, au milieu d'une parfaite santé. La malade avait eu ses règles moins d'un mois auparavant. Pas de souffrances dans le larynx. Les cordes Poy.'t /,.

vocales iûfcrieuros sont très-blanches, mais ne se rapprochent pas. Le reste du larynx est sain.

On électrise la malade régulièrement pendant un mois sur le trajet des i-écurrents. On la soumet à une médication ferrugineuse et hjdrothérapique. Actuellement, la voix est revenue complètement.

Obs . VIII . — Paralysie complète de la corde vocale inférieure droite probablement de nature syphilitique ? électrisation ; traitement par l'iodure de potassium ; amélioration très-sensible de la voix .

Mme B..., âgée de 43 ans, est adressée au D' Ch. Fauvel le 12 mars 1873 par M. le D'^ Bouland. Cette femme, grande, brune, femme de chambre, est d'une constitution vigoureuse. Il y a quatre mois environ, à la suite d'un rhume violent, survenu en même temps que l'arrêt des règles par immersion des mains dans l'eau froide, la voix commença à s'altérer légèrement.

Bien que le rhume fût complètement passé, il sui-vint à la même époque des quintes de toux violentes pendant lesquelles la malade devenait violette et vomissait les aliments ingérés. Ces quintes de toux, très-fortes le jour, disparaissaient presque complètement la nuit. De chaque côté du larynx, sensation très-vive de piqûre.

A. la même époque, la malade accuse un engourdissement trèsmarqué du bras droit, qu'elle croit être de nature rhumatismale. Petit à petit, ces douleurs disparurent, ainsi que l'engourdisscmeni du bras; les quintes de toux devinrent de moins en moins fréquentes, mais la voix s'altéra plus profondément et il survint une légère dyspnée. Ce sont ces symptômes qui l'ont décidée à consulter.

Aujourd'hui, 12 mars, la voix est loin d'être aussi bonne qu'elle était anciennement. Elle est dure, un peu rauque, et il arrive souvent à Mme B... de ne pouvoir finir un mot commencé; autrement dit, elle commence un mot à voix haute et le termine en voix de chuchotement. . ■ ■ •

Au laryngoscope, on trouve toute la partie supérieure du larynx complètement saine. Toute la muqueuse laryngée a sa coloration normale, et les différentes parties qui constituent le larynx sont dans leurs rapports lorsque la malade donne le son è. Lorsqu'au contraire elle reprend sa respiration, on voit alors que la corde

— ol

vocale inférieure droite est complètement paralysée. En effet, au lieu de s'écarter, comme sa congénère, de la ligne médiane, elle reste immobile, diminuant de moitié l'aire de la glotte. Il est à remarquer que dans ce cas, la coloration de la corde malade est parfaitement semblable à celle de la corde gauche, ce qui nous fait penser immédiatement que le thjro-arytcnoïdieu ne prend pas part à la paralysie.

Pendant les mouvements de la respiration, le cartilage aryténoïdc droit est complètement immobile.

Quelle est la cause de cette paralysie ?

A l'examen du cou, nous ne trouvons que quelques ganglions sous-maxillaires insignifiants. Le corps thyroïde est peu volumineux.

Du côté de la poitrine, bien que la malade accuse de l'oppression, nous ne trouvons rien à noter soit à la percussion, soit à l'auscultation. Nous rattachons donc la gêne de la respiration à la diminution de surface de l'aire respiratoire, en même temps que les muscles inspirateurs sont forcés de fournir un travail double pour suppléer à ce défaut. Rien dans les médiastins, rien non plus du côté du cœur. Le tronc bracMo-cèphalique et la sous-clavière droite ne paraissent pas être atteints. Le pouls est parfaitement régulier et semblable des deux côtés.

La paralysie est-elle rhumatismale ? Nous le croyons encore moins, car, dans ce cas, il faudrait admettre cette lésion comme étant la seule manifestation de la diathèse. Enfin, nous ne la croyons pas hystérique, car dans ces sortes de paralysies, les deux cordes sont également affectées.

En interrogeant la malade, elle nous dit avoir eu la syphilis il y a vingt ans. A cette époque, elle eut des ulcérations du voile du palais dont on peut encore voir des traces. Elle eut des croûtes dans les cheveux qui tombèrent beaucoup. Elle eut des taches sur le corps. Enfin, elle fit une fausse couche de 6 mois. L'enfant vint mort, et il y avait déjà plusieurs semaines qu'elle ne le sentait plus remuer.

Il y a cinq ans, elle eut quelques nouvelles manifestations. Croûtes dans les cheveux, ulcération de l'aile du nez, plaies à la jambe gauche.

Tout cela disparut rapidement sous l'influence d'un traitement qu'elle ne peut spécifier.

Ne pouvant rattacher sa paralysie à aucune autre cause, nous crpyons devoir en faire une paralysie syphilitique et la malade est mise à l'iodure de potassium et aux clectrisations sur le trajet des nerfs récurrents.

Sous l'influence de ce traitement, il revint quelques mouvements dausl'aryténoïde. La corde put s'écarter légèrement de la ligne médiane et la voix revint complètement. La gêne de la respiration demeura ce qu'elle était par le passé. Trois semaines plus tard, la malade, que nous désirions suivre, ne revint plus.

Obs. IX. — Paralysie complète de la corde vocale gauche qui reste complètement immobile sur la ligue médiane ; raucité de la voix qui est cependant encore assez forte ; antécédents syphilitiques ; traitement mercuriel et iodé ; amélioration très-sensible .

M. V..., capitaine, âgé de 34 ans, s'aperçoit que depuis un au déjà, sa voix s'altère chaque jour davantage. Aujourd'hui, quoiqu'il puisse se faire entendre pour commander, la voix est extrêmement rauque. De plus, il se plaint de ne pouvoir courir ou monter un escalier sans faire entendre un bruit de cornage assez fort. Cependant, il ne soulfre pas de la poitrine, il tousse et n'a pas d'expectoration.

Il y a douze ans, il contracta un chancre infectant à la suite duquel il eut de la roséole et des plaques muqueuses sur les amygdales et sur le voile du palais. Il suivit alors un traitement par les pilules de Ricord et par l'iodure de potassium. Il n'a jamais revu d'autre manifestation de l'infection vénérienne, que des croûtes dans les cheveux qui existent encore maintenant.

A l'examen laryngoscopique, nous trouvons une paralysie complète de la corde vocale inférieure gauche, qui est immobile sur la ligne médiane. La corde paraît être bien tendue ; son bord libre, on effet, est rectiligne et toute la muqueuse de l'organe vocal est parfaitement saine.

En présence de cette paralysie, qui ne s'annonce que par trèspeu de symptômes généraux, nous pensons de suite à un anévrysme de l'aorte ou à des ganglions péri-bronchiques comprimant le récurrent sur son trajet. Nous ne trouvons aucune trace de ces différentes affections. Pas de tumeur du médiastin, pas de tumeur du cou.

En examinant le malade nous remarquons que la pupille de son œil droit est très-contractée et complètement immobile ; on a beau approcher ou éloigner une lumière de cet œil, elle conserve sa dimension. En même temps, la vue est beaucoup affaiblie de ce côté. Le malade nous apprend que sa pupille présente cet état depuis le jour où sa voix a commencé à s'altérer.

Nous cherchons alors s'il n'y aurait pas une paralysie de la sensibilité. La joue droite est complètement insensible à la douleur seulement.

En raison de l'absence de symptômes d'affections thoraciques, et parle fait même que le malade nous avoue qu'il a eu la syphilis, et que nous trouvons dans la tête des croûtes que nous jugeons être impétigineuses, nous portons le diagnostic de paralysie laryngée de cause syphilitique. C'est encore à la syphilis que nous attribuons la paralysie évidente du muscle ciliaire. Cependant, dans la crainte d'une erreur de diagnostic, M. Fauvel prie M. le D"" A. Fournier de vouloir bien examiner le malade.

De même que M. Fauvel, celui-ci est absolument d'avis qu'il faut de suite éliminer toute idée d'affection de l'aorte ou des ganglions intra-thoraciques. Tout en admettant que la paralysie du muscle ciliaire puisse être produite sous l'influence d'une lésion du grand sympathique, il conclut à la nature spécifique de la paralysie vocale et conseille les frictions mercurielles, l'iodure de potassium à hautes doses, les sudations, et en même temps l'électrisation de la corde paralysée.

Le malade suit pendant deux mois consécutifs ce traitement. Tous les huit jours, les frictions mercurielles étaient interrompues pendant cinq jours.

Dès la seizième électrisation, la voix s'était déjà améliorée,- et le 4 avril l'aryténoïde du côté malade commençait à faire quelques légers mouvements.

Cette amélioration alla progressivement en augmentant jusqu'au mois de juin.

Le malade est revu le 26 de ce mois. La voix est bonne, et quoique la corde ne fonctionne pas encore normalement, tout permet d'espérer une guérison absolue. La gêne de la respiration et le cornage ont complètement disparu. La pupille droite est toujours aussi contractée que par le passé et rinsensibilité de la joue droite est exactement la même.

Obs. X. — Dysphonie, datant de deux ans, causée par la paralysie des adducteurs de la corde vocale gauche, chez un sujet syphilitique . (Mackenzie.)

Sara H., âgée de 30 ans, modiste, fut amenée en janvier 1867 à l'hôpital des maladies de la gorge pour une affection de cet organe. Elle nous dit que dix ans auparavant, peu de temps après son mariage, elle fut atteinte de syphilis. Ses deux premiers enfants moururent à peine nés. Depuis, elle a eu trois enfants qui se portent bien. Il y a deux ans, elle à eu une affection ulcéreuse de la gorge, et en même temps une large ulcération du voile du palais et la voix devint rauque.

Habituellement, grande gêne pour la déglutition des liquides.

Toutes les médications ont été employées en vain : inhalations de vapeur, de chaux ; pulvérisations diverses ; applications locales de l'électricité : iodure de potassium à hautes doses.

Obs. XI. — Paralysie diphthéritique du larynx, précédée de paralysie complète du voile du palais et suivie de paralysie incomplète du bras droit; guérison .

Le 12 mai 1876 Mme S... vint à l'hôpital Saint-Louis consulter M. le D"' Péan pour une angine au début. Depuis huit jours déjà, la malade, âgée de 35 ans, grande et forte, est prise d'un rhume de cerveau très-intense, l'air ne passe plus par les fosses nasales et celle du côté gauche est très-douloureuse.

A l'inspection de la gorge, on trouve les piliers extrêmement rouges et les deux amygdales sont tuméfiées et couvertes d'un enduît pultacé. La malade a la peau très-chaude et des frissons. Elle ne veut pas entrer à l'hôpital ; on lui prescrit un vomitif.

14 mai. Le vomitif n'a produit aucune amélioration ; l'état général de la malade est toujours mauvais; fièvre très-intense. Les amygdales sont couvertes de fausses membranes épaisses ayant absolument l'aspect couenneux. La respiration est difficile, mais il n'y a pas de dyspnée à proprement parler. La voix est simplement un peu rauque. Badigeonnages au nitrate d'argent, à la teinture d'iode et au perchlorure de fer ; gargarismes d'eau de chaux et d'eau de guimauve et de pavot. A l'intérieur, ohlorntc de potasse ; extrait mou de quinquina ; vin ; lait.

Le 15. La malade, en faisant des efforts pour se moucher^ mouche une fausse membrane de la longueur du petit doigt et qui araît être moulée sur un des cornets. Cette expulsion est suivie d'une légère perte de sang.

Chaque fois que les cautérisations sont faites dans la gorge, il y a expulsion de fausses membranes dont les plus larges sont de la grandeur de l'ongle. Ces cautérisations sont fort douloureuses.

La fièvre persiste, la respiration est de plus en plus gênée, la voix est complètement éteinte.

Le D'" Péan est appelé en consultation dans la nuit du 15 au 16 ; il conseille à la malade de se faire transporter à l'hôpital Saint- Louis, car il est d'avis que si de nouvelles attaques de suffocation survenaient, il deviendrait nécessaire de faire la trachéotomie.

Le 16. Le Ch. Fauvel voit la malade, La fièvre a un peu diminué, mais la respiration est toujours très-difficile ; cependant le pouls est assez fort et l'état général semble se remonter. Du côté du poumon il n'y a rien à noter. La respiration est faible, mais il n'y a pas de râles. La toux, peu fréquente, est rauque et dure par moment, lorsqu'elle a rendu des fausses membranes. Autrement, elle est aphone. Les ganglions du cou sont volumineux et trèsdouloureux.

La même médication est suivie. De plus, applications de jus de citron sur les amygdales.

Les 17, 18, 19. Même état. Les suffocations sont de moins en moins fréquentes ; l'appétit commence à reparaître, mais la déglutition est extrêmement douloureuse, non-seulement parce que les aliments un peu solides frottent sur des surfaces dénudées, mais encore parce qu'une partie des liquides sont rejetés par le nez.

L'état général de la malade se rétablit petit à petit, mais la voix ne revient toujours pas.

Le 25 II n'y a plus de fausses membranes sur les amj'-gdales ni dans le pharynx. Le larynx paraît s'être aussi dégagé, car la respiration est bonne maintenant mais la voix est toujours rauque. La malade, qui a maintenant de l'appétit, est très-faible et a beaucoup maigri.

12 juin. Le rétablissement est complet, mais la voix est toujours dure et rauque, ce qui inquiète beaucoup la malade.

Le 14. La voix est encore plus mauvaise, car il est survenu une paralysie complète du voile du palais. Les solides et les liquides

reviennent par le nez. A ce moment, je pratique l'examen laryngoscopique.

Les cordes vocales inférieures sont rouges et tuméfiées, mais elles se rapprochent bien. Toute la muqueuse laryngée est trèsrouge.

La paralysie du voile du palais est combattue par l'électricité, par la teinture de noix vomiquc, et par les toniques. Elle cède au bout de douze jours environ.

Quelques jours après sa disparition, la voix se perd complètement.

A l'examen laryngoscopique, je trouve les cordes un peu moing rouges que lors de mon premier examen, mais les cordes qui, à cette époque, se rapprochaient complètement, restent maintenant béantes pendant les efforts de phonation. Il y a manifestement paralysie, paralysie portant sur les -crico-aryténoïdiens latéraux

probablement sur , les thyro-aryténoïdiens et les ary-aryténoïdiens. En même temps, les glandes de l'espace inter-aryténoïdien semblent être tuméfiées.

Pendant quinze jours consécutifs, je touche le larynx avec une une solution 1];30 de nitrate d'argent. Quelquefois je fais une application de teinture d'iode.

A trois reprises différentes, je fais une électrisation externe. Au bout de ce temps, les cordes vocales inférieures sont redevenues blanches et se rapprochent très-bien. La voix est complètement revenue.

C'est pendant le cours de ces quinze jours qu'apparut une paralysie incomplète du bras droit.

Dans ce bras, la paralysie de la sensibilité est complète ; la malade ne sent pas les objets qu'elle touche.

La motilité n'est pas abolie, mais elle est considérablement diminuée.

Le traitement général tonique, continué pendant deux mois consécutifs, a fait disparaître tous les symptômes, et aujourd'hui la guérison est complète.

Obs. XII (Mackenzie). — Dysphonie, datant de 14 mois, occasionnée par la paralysie des adducteurs de la corde vocale gauche, à la suite d'une diphthérie; guérison par l'électrisation de la corde vocale.

Patrick 0., âgé de 19 ans, me fut envoyé en avril 1863, mais je ne commençai le traitement que vers la fin de mai.

Il nous dit qu'en mars 1861 il a eu une attaque de diphthérie. Depuis ce temps, il a toujours éprouvé une grande difficulté à parler à voix haute, et que lorsqu'il veut crier sa voix est toujours étranglée.

En examinant la gorge, les piliers et le voile du palais semblent atrophiés. Sur la paroi postérieure du pharynx une grande quantité de mucosités épaisses.

En appliquant le laryngoscope et en invitant le malade à dire la lettre è, on voit que la corde vocale droite vient bien jusque sur la ligne médiane ; la gauche, au contraire, vibre lentement et n'affronte pas complètement sa congénère. Le son produit est faux et il est nécessaire de faire un grand elfort pour produire un son grêle.

Avant son attaque diphtéritique, le malade nous assure qu'il possédait une voix haute et forte.

Aussitôt après l'application de l'électricité, le malade put parler distinctement à voix haute et basse. Bientôt elle redevint basse et rauque.

Les applications électriques furent continuées tous les deux ou trois jours, pendant deux mois, après lesquels la voix revint et la corde put se mouvoir parfaitement. Aucun traitement général ne fut employé dans ce cas.

Obs. XIII (Mackenzie). — Aphonie persistante depuis 10 mois, à la suite d'une diphthérie; paralysie partielle de l'adducteur droit; guérison par l'application directe de l'électricité sur le muscle atfecté.

M. Charles E..., âgé de 19 ans. habitant Brighton, fut confié à mes soins le 15 juin 1865. Il me dit qu'à la fin de juillet 1864, il a souffert d'une grave atteinte de diphthérie, et qu'après la période aiguë de cette affection il a souffert d'une grande gêne de la déglutition et de la perte complète de la voix. Actuellement, la déglu-

tition est rétablie en grande partie, bien qu'il ait encore des accès de toux qui lui surviennent quand il avale do travers. Cet accident est surtout plus fréquent lorsqu'il boit. D'après les ordonnances qu'il me montre, je vois qu'il a pris du fer, du quinquina, et de la strychnine dans les derniers temps. Enfin, il me dit que depuis six semaines on lui a fait chaque jour des applications externes d'électricité.

La voix n'a cependant pas été améliorée. L'examen laryngoscopique me montre une légère paralysie des adducteurs de la corde vocale droite.

Le malade ne peut suivre régulièrement qu'en août le traitement que je luis prescris. Le 16 de ce mois je commençai à appliquer le courant électrique sur le muscle affecté, en introduisant l'un des pôles dans le larynx.

Cette opération fut répétée tous les jours jusqu'au 10 septembre, A cette époque, le malade fut en état d'articuler les mots qu'il ne pouvait, auparavant, ne prononcer qu'en chuchotant. Dix jours plus tard, la voix haute qui, auparavant, était exceptionnelle, est devenue la règle et, à la fin d'octobre, le malade pouvait parler en voix forte, claire, me semblant parfaitement naturelle.

Il lui semble que le timbre est un peu différent de celui qu'il avait avant sa maladie.

L'action de la corde vocale est parfaitement normale.

Obs . XIV (Mackenzie) . — Pai'alysie des adducteurs de la corde vocale droite avec aphonie, datant de 6 mois (intoxication saturnine chronique) ; guérison par l'application directe de l'électricité sur les muscles affectés .

W. H. peintre, âgé de 31 ans, fut amené à l'hôpital des maladies de la gorge en décembre 1865. La voix était perdue depuis 5 mois.

Il affirme que depuis 4 ans, il est très-sujet aux coliques saturnines, et que en juillet 1865 il a été atteint d'une paralysie de la main droite. Il a été traité pour cette infirmité à Middlesex hôpital, et il a entièrement retrouvé la force de sa main. Le malade est pâle et grêle, mais il n'a pas l'aspect cachectique que l'on trouve si souvent chez les saturnins.

On peut voir distinctement sur ses gencives ]o liseré caractéristique de l'intoxication parle plomb.

En pratiquant l'examen larynoscopique, on voit que l'adduction de la corde droite est complètement annulée.

Je prescris au malade du quinquina et de l'iodure de potassium et des applications électriques sur les muscles affectés, l'un des pôles de la pile étant introduit dans le larynx et l'autre placé extérieurement sur cet organe.

A partir de la troisième séance, le malade fut en état de parler ^ à voix fausse et âpre. Pendant deux mois les èlectrisations furent continuées un jour sur trois jusqu'à ce que l'action de la corde fxU complètement rétablie et que la voix fut totalement retrouvée.

Obs. XV, — Paralysie complète de la corde vocale inférieure gauche par compression du récurrent par un anévi'ysme de l'aorte ; raucité très-marquée de la voix .

M, L..., âgé de 47 ans, vétérinaire à Paris est grand et fort. Il est bien constitué, et a depuis 4 ans des accès du goutte fréquents, et d'une grande violence.

n y a un mois à peu près, sa voix devint subitement couverte, sans cause appréciable ; l'enrouemeut dans l'espace de trois jours fit de notables progrès, de telle sorte, que le quatrième jour, la voix était presqué éteinte. Aujourd'hui 23 juillet, elle est devenue en peu plus forte, mais elle est rauque et dure.

Jusqu'au 18 juillet, il n'y eut ni toux, ni expectoration et l'état général était bon. D'ailleurs M. L..., était à Vichy où il suivait un traitement anti-goutteux.

Le 19 juillet, le malade fut pris subitement d'accès de toux trèsintenses qui existent encore aujourd'hui et que l'ont surtout décidé à consulter.

Ces accès reviennent surtout la nuit et seulement lorsque M. L.., est couché sur le côté gauche. En changeantde côté, l'accès s'éteint petit à petit.

Depuis 3 jours il y a une expectoration un peu puriforrac.

Sifflements d'oreilles accentués surtout du côté gauche. De ce côté l'audition est beaucoup moins bonne.

A l'auscultation de la poitrine, on trouve le murmure respiratoire plus faible à gauche qu'à droite, en même temps, à la partie postérieure de la poitrine, entre les deux épaules, on entend les bruits du cœur très-marqués et très-foi-ts.

A la percussion, on trouve en avant, à la région du cœur une matité qui remonte jusqu'à la fourchette du sternum. Pas de double centre de battements.

A l'auscultation, les bruits du cœur au niveau de la pointe sont normaux, on entend un bruit de souffle double, mais éloigné et allant en s'accentuant à mesure que l'on remonte vers la base. Au niveau de la base, des claquements valvulaires sont rudes et le bruit de souffle que l'on entendait à la pointe est très-accentué. II atteint son summum au niveau de la fourchette du sternum. Les bruits sont d'ailleurs bien rhythmés, et les deux pouls battent bien à l'unisson. Le gauche est plus faible que le droit. En un mot, M. L..., présente tous les signes manifestes d'un anévrysme de l'aorte.

Au laryngoscope, nous trouvons tout le larynx sain, sauf la corde vocale inférieure gauche, qui, quoique blanche, paraît être raccourcie et reste absolument immobile sur la ligne médiane.

Malgré les plus grands efforts de phonation, les deux bords libres des cordes ne se rapprochent pas très-complètement, ce qui fait que la voix est rauque.

D'autre part, la diminution de l'aire glottique rend la respiration difficile, le malade fait entendre un bruit de cornage marqué extrêmement gênant d'ailleurs pour pratiquer l'examen de la poitrine.

Bien que M, L..., accuse des antécédents syphilitiques qui remontent à 18 ans, bien que l'on trouve sur le côté gauche du cou, un engorgement ganglionnaire assez marqué, nous n'hésitons pas à rapporter la paralysie à la compression du récurrent par un anévrysme de l'aorte.

Cependant, nous faisons quelques réserves et nous prescrivons au malade de prendre soir et matin un gi-amme d'iodure de potassium dans un verre d'eau. Nous revoyons le malade trois fois dans l'espace de deux mois, il ne s'est produit aucune amélioration. Les quintes de toux sont tout aussi violentes, ce que nous attribuons à la compression et à l'irritation du pneumo gastrique.

Nous cessons de voir M. L... et nous apprenons sa mort subite sept mois plus tard.

Obs. XVI. — Anévrysme de l'aorte comprimant le récurrent gauche et ayant amené une paralysie complète de la corde vocale inférieure gauche.

Le nommé L..., âgé de 42 ans, plombier, est examiné le3 août 1875, à la clinique de M. Fauvel.

Ce malade, grand et vigoureux, jouissant d'une bonne santé, a été pris d'un chaud et froid au mois de février dernier. Depuis cette époque, il tousse, mais n'a pas d'expectoration. Jamais il n'a craché de sang. Depuis trois mois, il ressent des battements de cœur violents, de plus sa voix est allée progressivement en s'altérant, et aujourd'liui elle complètement éteinte. La respiration de même que la voix s'est altérée progressivement. Elle a d'a,bord été simplement courte, et aujourd'hui, elle est très-difficile. Le malade ne peut ni courir, ni monter un escalier, ni remuer les bras pour faire un ti'avail un peu rude.

A la percussion de la poitrine, la région du cœur donne une matité beaucoup plus étendue et beaucoup plus marquée qu'à l'état normal. De plus, cette région présente une voussure très-marquée.

A la palpation, le choc de la pointe paraît être normal, mais il se fait sentir dans le cinquième espace intercostale.

A l'auscultation, on entend à la base un double bruit de souffle très-marqué et très-rude.

Il est à noter que jamais le malade n'a eu de rhumatisme et qu"il n'a jamais présenté aucun signe d'affection cardiaque. Trois fois il a eu des pertes de connaissance, depuis deux mois, et il accuse de forts bourdonnements d'oreilles.

En examinant les deux pouls, on trouve le droit plein et fort, le gauche au contraire est imperceptible.

A l'examen laryngoscopique, nous trouvons la corde gaucho complètement paralysée ; la paralysie semble porter sur le cricoaryténoidien latéral et sur l'ary-aryténoïdien. En efl'et, la corde est blanche, immobile sur la ligne médiane et plus courte .que sa congénère, carl'aryténoïde semble avoir basculé en avant. Ce cartilage ne fait aucun mouvement; le reste du larynx est sain.

Ces différents symptômes nous font porter le diagnostic d'anévrysme de l'aorte comprimant le récurrent gauche.

Nous revoyons le malade les 6, 40, 13, 22, 30 août.

Depuis le jour où nous l'avons examiné pour la première fois, il est soumis à un traitement par l'iodurc de potassium et la digitale.

La toux est moins fréquente et la respiration est un peu meilleure. La voix est toujours très-rauque. En un mot, il n'y a aucune amélioration du côté de l'organe vocal. Depuis cette époque nous n'avons plus eu de ses nouvelles.

Obs. XVII, par Poyet et Barety (1). — Adénopatliie trachéo-bronchique tuberculeuse diagnostiquée pendant la vie ; lésions avancées des poumons perte de la voix; intégrité complète du larynx; adhérences complètes des pneumo-gastriques et des récurrents avec les masses ganglionnaires, dont quelques-unes compriment la trachée et les bronches .

Le 31 mars 1874, le nommé Keller, Charles, journalier, âgé de 19 ans, entre à l'Hôtel-Dieu dans le service de M. le D"" Oulmont. Il est malade depuis deux mois environ ; depuis ce temps il tousse et a maigri assez notablement.

A l'auscultation, on trouve une respiration un peu rude aux deux sommets et des râles sous-crépitants nombreux aux deux bases des poumons en arrière. Sentiment de courbature générale, fièvre assez prononcée, inappétence.

Le 17 avril, sous l'influence d'un traitement tonique et de vésicatoires à la base de la poitrine, amélioration marquée.

Le malade part à Vincennes.

Il entre de nouveau à l'hôpital le 15 mai. Il nous raconte aloi'S que la veille, il a eu une attaque de dyspnée très-violente, pendant laquelle il est devenu bleuâtre.

H accuse des sueurs nocturnes, de la fièvre revenant tous les soirs et des accès de toux très-pénibles. La voix n'a subi aucun changement.

A l'examen de la poitrine, nous la trouvons globuleuse comme celle d'un emphysémateux. Les creux sus et sous -claviculaires ont disparu.

A la percussion, on éprouve une résistance légère sous le doigt, du côté gauche et une sub-matité assez marquée. Rien d'appréciable du côté droit.

(1) Observation publiée dans la thèse de M. Bnréty. De Tadénopathie «i trachéo-bronchique. Paris* 1874.

A l'auscultation, inspiration rude, expiration prolongée. Râles sous ci'épitants très-nombreux dans toute la hauteur du poumon gauche et à la base du poumon droit. Pas d'expectoration.

Le ventre est légèrement ballonné, pas de diarrhée, appétit nul.

Bien d'appréciable au cœur.

Le diagnostic de phthisie aiguë est porté.

Pendant plusieurs jours l'état du malade parut s'améliorer bien que tous les symptômes décrits plus haut se fussent accentués. C'est alors que survinrent de nouvelles attaques de dyspnée qui, les premiers jours ne se renouvelèrent qu'à des intervalles aszez éloignés.

Le ballonnement du ventre alla progressivement en augmentant, sans douleurs, du reste et on put constater une légère ascite. Pas d'albumine dans les urines.

Le 21 mai. — Les jambes commencèrent à enfler, la face devin pâle et bouffie et une diarrhée s'établit qui ne put être arrêtée. La dyspnée qui n'apparaissait que sous forme d'attaques, devint permanente.

Le 25. — Le malade est pris d'une aphonie presque complète.

La dyspnée était tellement intense que je n'osai pratiquer l'examen laryngoscopique. En présence de ce nouveau symptôme, survenu subitement, je pensai à la compression possible des récurrents par des tumeurs ganglionnaires. On pratiqua de nouveau la ercussion, et on trouva alors nne matité assez considérable en avant, limitée au manubrium sternal. En arrière, matité presque complète au niveau des premières vertèbres dorsales.

En ce point, à l'auscultation, expiration très-rude et très-prolongée. Sous l'influence de l'iodure de potassium prescrit au malade, il se produisit une légère amélioration.

La voix revint au bout de deux jours, mais elle n'avait plus le même timbre, elle était plus rauque

La dyspnée parut s'apaiser un peu, mais elle revint par accès ainsi que cela se passait dès le début de la maladie. Ces accès se rapprochèrent de plus en plus, tout en devenant plus intenses. Le malade ne pouvait plus demeurer dans son lit.

Le 3 juin, il mourut asphyxié pendant un de ces accès.

Autopsie, le 7 juin 1874.

Hypertrophie et caséification jaune ptile, rénitente des ganglions

cervicaux (sous maxillaires, cervicaux latéraux, sus claviculaire s) intra thoraciques, intra-abdominaux ; légère hypertrophie avec induration des ganglions axillaires et inguinaux.

Cavilè Ihoracique, Infiltration granuleuse des deux poumons, avec noyaux caséeux ; caveruules et légères indurations des sommets surtout du côté gauche.

Adhérences des deux plèvres, de chaque côté.

Adhérence du poumon avec le péricarde. Adhérence générale et absolue du péricarde à la paroi du cœur. Compression manifeste de la trachée à sa partie inférieure, mais surtout au niveau de son éperon, converti en dos de selle, et des grosses bronches, surtout de la gauche qui se trouve comme aplatie.

Adhérences avec èpaississèment et vascularisation sur tout leur 'parcours intra et ecctra-thoracique des nerfs pneumo gastrique et récurrents.

Intégrité absolue du larynx.

Légère rougeur de la muqueuse trachéo-bronchique.

Cavité abdominale. Les ganglions mésentériques forment le long de la colonne vertébrale une énorme masse qui comprime les vaisseaux.

Rate. Contenant de nombreux tubercules jaunes, puriformes.

Masse ganglionnaire de l'angle du maxillaire gauche du volume d'un petit œuf de poule.

Masse ganglionnaire sus-claviculaire de même volume. Masse ganglionnaire intertrachéo-bronchique du côté droit du volume d'un œuf de poule.

Masse ganglionnaire intertrachéo-bronchique de même dimension.

Obs. XVIII. — Adénopathie trachéo-bronchique comprimant le récurrent droit et ayant amené une paralysie complète de la corde vocale inférieure droite; déviation du larynx sur son axe; accidents de dyspnée; voix trèspeu altérée.

Le 8 décembre 1876, Mme P... consulte le D'" Ch. Fauvel pour des accidents du côté de la respiration et pour une légère altération de la voix.

Cette dame, âgée de 52 ans, forte, bien constituée, n'ayant jamais eu aucune maladie grave, vit survenir il y a quatre ans

sans aucune cause appréciable, une gêne toujours croissante de la respiration. Cette gêne s'accentuait lorsqu'elle montait un escalier, et en général toutes les foi.s qu'elle se livrait à un exercice un peu violent. Elle s'inquiéta bientôt de cet état, surtout lorsqu'elle commença à faire entendre un léger bruit de cornage.

Elle alla consulter M. le Archambault qui l'adressa au IV' Isambert, qui reconnut l'existence d'une adénopathie trachéobroncliique et en même temps, comme symptôme de cette affection, une parésie marquée de la corde vocale inférieure droite,

La malade suivit à cette époque un traitement ioduré qui paraît n'avoir donné aucun résultat, car ayant consulté de nouveau le D"" Isambert le 15 avril 1875, cet habile praticien constatait chez la malade l'état suivant : « Mme P... présente encore les mêmes phénomènes que l'an dernier : Anxiété respiratoire, cornage trachéal. La voix est conservée.

« L'examen laryngoscopique montre toujours une dilatation impai'faite de la corde vocale inférieure droite, imperfection suvr tout relative quand on la compare à l'action énergique de la corde vocale gauche, qui semble fonctionner de manière à suppléer à la dilatation défectueuse du côté di'oit. En somme, il n'y a pas de rétrécissement notable de la glotte pendant la respiration, et ce que nous observons à droite serait insuffisant pour expliquer le cornage. Mais de plus la direction des cordes vocales et de l'orifice glottique est tout entière modifiée d'une façon remdrquable ; la trachée semble avoir subi une légère torsion sur son axe, de soi'tc que la fente glottique présente une direction oblique de droite à gauche et d'avant en ai-rière. Cette torsion indique une pression exercée du dehors sur le larynx et sur la trachée par quelque tumeur extérieure, et cette pression est la cause du cornage, car elle doit rétrécir le calibre de la trachée, en même temps qu'elle porte le larynx à gauche.

« Quel est l'agent de cette pression?

'< La tumeur fluctuante de la région antérieure du cou semble insuffisante pour l'exercer. Elle se déplace trop facilement ellemême pour exercer une action aussi forte sur la trachée. Sa présence nous indique que des tumeurs analogues doivent exister dans les ganglions profonds du cou, si ce n'est même dans ceux du médiastin antérieur. Un anévrysme ne comprimerait guère la Poyel 5

traclicc on ce sons et d'ailleurs l'auscultation n'en révèle' pas l'existence.

« Le murmure vésiculaire de la poitrine est dominé partout par un ronilement qui se produit évidemment dans la trachée. Notre diagnostic est donc toujours adénopathie trachéo-bronchique, sau!< que les signes généraux présentés par la malade indiquent précisément à quelle diatUèse il faut rattacher cette adénopathie. Cependant elle nous a mentionné quelques antécédents d'herpétisme.

« M. Isambert conseilla de continuer le traitement iodique ef de plus les eaux de la Bourboule. »

Il revoit la malade le 5 juin 1874.

« L'examen du larynx de Mme P..., dit-il, donne toujours le même résultat : déplacement total du larynx et de la trachée vers la gauche ; torsion légère de la trachée sur son axe ; ^Jfw de paralysie des cordes vocales, par conséquent, pas de compression du récurrent, ce qui détruit l'hypothèse d'une lésion de l'artère aorte dont il n'y a d'ailleurs aucun signe appréciable. Pas de matité présternale ; pas de souffle anévrysmal, ni à la région antérieure, ni à la région postérieure, ni même dans l'aisselle gauche, où Ton perçoit quelquefois les anévrysmes commençants de l'aorte descendante, ceux qui pai^alysent le nerf récurrent gauche.

« En revanche, tous les symptômes sont ceux d'une adénopathie trachéo-brouchique (cornage, dyspnée, non aphonie, déplacement en totalité de la trachée, dyspnée augmentant par la compression du cou à gauche, tandis qu'on ne produit rien de pareil à droite ; présence d'une tumeur adipeuse au cou, etc.) »

M. Isambei't maintient le traitement antérieur et revoit la malade le 18 juillet 1876.

(c L'état de Mme P... est toujours le même, sans qu'il se soit aggravé. La corde vocale droite reste absolument immobile dans l'inspiration et l'expiration, ce qui est une augmentation du symptôme déjà noté il y a deux ans. Il n'y avait alors que parésie ou paralysie incomplète de cet organe. On peut en conclure que le nerf récurrent droit est plus que jamais comprimé dans une production ganglionnaire du médiastin. En revanche, la trachée est moins tordue sur son axe. La lumière de la glotte est redcA-cnuc à peu près antéro-postérieure, au lieu d'être oblique comme elle l'était l'an dernier.

Ceci montre que la compression exercée par la tuméfaction ganglionnaire près de la région cervicale a diminué. La matité le long de la colonne vertébrale en arrière, au niveau du scapulum, existe toujours, mais elle ne semble pas s'être étendue et le murmure vésiculaire est bon dans tout le reste du poumon.

« On peut conclure de tout cela que l'engorgement ganglionnaire du médiastin postérieur droit tend plutôt à se limiter et à se restreindre dans le thorax, n

Continuer les préparations iodées.

Lorsque nous voyons la malade, nous constatons que la voix est relativement bonne, il n'en est pas de même de la respiration. Quand la malade est assise et qu'elle ne fait aucun mouvement, la respiration est bruyante. Lorsqu'elle a fait un effort, elle fait entendre un bruit de cornage intense et sou visage se cyanose.

A l'auscultation et à la percussion, nous constatons les signes décrits par M. Isambert. Au laryngoscope, nous constatons la paralysie complète de la corde, mais aucune déviation du larynx.

Mme B... n'ayant jamais été soumise au traitement par la teinture d'iode, nous le lui prescrivons suivant la méthode de M. Noël Crueneau de Mussy. Nous n'avons pas encore revu cette malade.

Obs. XIX, — Adénopathie trachée-bronchique comprimant le récurrent gauche; paralysie de la corde gauche ; autopsie (Observation communiquée par notre excelleut collègue et ami M. Hirtz. interne des hôpitaux).

Le nommée..., garçon de salle dans une imprimerie, entre à l'Hôtel-Dieu pour une paralysie symétrique des extenseurs.

Il présente le liseré gingival, se plaint de coliques anciennes et d'une constipation opiniâtre, tous signes d'une intoxication saturnine. Au bout d'une huitaine de jours, après l'emploi de phosphure de zinc à la dose de deux pilules de 0,004 milligrammes, les mou-^ vements des doigts sont presque entièrement revenus. Dès le deuxième jour, du reste, l'amélioration était sensible.

Le faciès l)ouffi, une certaine gêne dans la respiration avait éveillé l'attention de M. Gueneau de Mussy. L'examen des urines, trouvées normales, ne lui permit pas de s'arrêter à l'idée d'albuminurie.

Il rechercha alors soigneusement l'état du cœur et des poumons.

Le coeur ne présente rien de particulier.

A la percussion thoracique on constate : une tonalité très-élevée sous le manubrium sternal à droite.

A gauche, dans la région sterno-claviculairc, on trouve une matité complète, matité que l'on retrouve encore en arrière des deux côtés, dans la région inter-scapulaire.

A la base des deux poumons la sonorité est normale.

A l'auscultation, on entend un souffle trachéal manifeste à gauche. La respiration est plus obscure dans tout ce côté, en arrière et en bas.

M. Guéneau de Mussy porta le diagnostic d'adénopathie bronchique, affectant principalement les ganglions de la partie gauche du médiastin.

L'interrogation et l'examen, poussés dans ce sens, le malade nous apprend qu'il tousse par quinte depuis une quinzaine de jours, que depuis deux mois sa respiration est embarrassée et que la bouffissure de la face remonte à une huitaine de jours.

Pas de symptômes généraux, pas de crachats ; depuis deux jours seulement, apparition de sueurs nocturnes. L'embonpoint paraît exagéré.

Mais ce qui vint ratifier le diagnostic d'une façon éclatante ce fut l'examen du larynx et son fonctionnement.

La voix était eni-ouée, aphone par moments, et présentait de la façon la plus nette ce que M. Jaccoud appelle le timbre bitonal.

M. Gueneau de Mussy n'hésita pas à porter le diagnostic de pai^alysie de la corde vocale probable du côté gauche.

M. Krishaber examina le malade au laryngoscope et constata en effet que la corde vocale gauche restait immobile pendant la phonation.

Quelques jours après, on entendit au sommet droit des craquements, puis le sommet gauche se prit. Au bout 'de dix jours, une excavation s'était formée à droite. Le malade dépérissait à vue d'œil. sous l'infinence d'une fièvre hectique, de sueurs nocturnes et d'hémoptysies répétées. Pendant ce temps, la face restait œdématiée.

Le malade mourut après trois semaines de séjour à l'hôpital. Autopsie : granulations disséminées dans les deux poumons ; excavations à leurs sommets.

Dans le médiastin antérieur, on trouve des ganglions compri-

mant le confluent des veines jugulaires à droite. A gauche, un ganglion de la grosseur d'un œuf de pigeon entouré de tissu cellulaire enflammé ; le tout formant une gangue épaisse, comprimant le laryngé inférieur gauche à son émergence même du tronc du pneumo-gastrique.

Obs. XX. — Paralysie complète de la corde vocale inférieure gauche; enrouement, puis aphonie presque complète ; tumeur probablement ganglionnaire comprimant le récurrent gauche dans sa portion pectorale ; guérison.

Le 4 août 1872, M. B... âgé de 42 ans, conducteur des travaux du chemin de fer de l'Est, en résidence à Lure, consulta le I)"" Cli. Fauvel.

Ce malade, grand et vigoureux, commença à être enroué vers' le 6 avril 1872, à la suite d'un refroidissement. Bien que cet enrouement alla progressivement en augmentant, il le négligea tout d'abord. Bientôt il eut de la'fièvre tous les soirs, il se fit alors traiter.

Emplâtre de thapsia. — Sulfate de quinine.

Les forces qui avaient diminué revinrent dès que les accès de fièvre eurent disparu; les forces reparurent mais l'enrouement fit des progrès tels, qu'ayant repris son service un moment interrompu, il fut de nouveau forcé de l'abandonner ne pouvant plus se faire entendre des ouvriers. Le D'' Boisson lui fit alors des cautérisations au nitrate d'argent qui n'amenèrent pas de résultat.

Il consulta alors le D"" Michel de Strasbourg. A la suite du traitement suivi pendant un mois et demi, la voix revint un plus claire le matin, mais était inintelligible le soir.

Lorsque nous voyons le malade, la voix est presque complètement éteinte ; ce n'est qu'en faisant de grands efl'orts qu'il peut faire entendre des sons rauques. Depuis douze jours il perd un peu de ses forces et nous dit avoir un peu maigri depuis ce temps — Fièvre légère le soir — Dyspnée qui n'apparaît que lorsqu'il fait des efforts ou lorsqu'il marche vite ou monte un escalier.

Les digestions se font bien mais il a peu d'appétit.

Toux par quintes qui reviennent assez rarement.

A l'âge de 18 ans, M. B... a eu une fluxion de poitrine. — Depuis ce temps il n'a jamais craché de sang. A contracté la syphilis à l'âge de 22 ans, étant soldat, n'a jamais ou de manifestations.

Examen laryngoscopique. — Toute la muqueuse du lai>ynx est saine, les cordes vocales inférieures sont blanches, la gauche, complètement paralysée reste immobile sur la ligne médiane, son bord libre, au lieu d'être rectiligne est légèrement incurvé.

Quelle est la cause de cette paralysie ?

Le professeur Michel de Strasbourg, qui a diagnostiqué la paralysie au laryngoscope, pense qu'il y a au niveau de l'articulation cricoaryténoïdienne gaucho une tumeur blanche ou arthrite qui immobilise cette articulation.

Il conseilla donc d'insister sur les applications locales de teinture d'iode et sur l'iodure de potassium à l'intérieur.

Le malade examiné par le professeur Jaccoud, à Paris, nous ne pouvons faire mieux que de transcrire ici le résultat de l'examen que le professeur a bien voulu nous dicter.

Abaissement du cœur de deux espaces intercostaux.

A. la pointe souffle au premier temps et frottement péricardique. A la base, dans le deuxième espace intercostal de chaque côté du sternum, souffle au premier et au deuxième temps qui a son maximum dans le deuxième espace du côté gauche du sternum.

Dans toute la moitié interne do la région sous-claviculaire gauche, matité complète ave6 absence du bruit respiratoire. Du môme côté, en arrière, au niveau du point où la bronche gauche pénètre dans le poumon, diminution de la sonorité, souffle et bronchophonie.

Il y a donc certainement une tumeur dans la moitié gauche de la poitrine. Cette tumeur est-elle anévrysmatique ou solide ? J'incline vers la deuxième opinion pour les raisons suivantes : Si l'on rapproche le fait de la matité sous-claviculaire des signes perçus en arrière, il faudrait admettre, dans l'hypothèse d'un anévrysmc, une tumeur vraiment énorme.

Or, il n'y a nulle part de battements à l'œil, pas de pulsations à la main, et les deux pouls radiaux sont tout à fait semblables. D'un autre côté, depuis quinze jours, le malade a sensiblement maigri.

Pour ces raisons, je conclus à l'existence d'une tumeur solide, probablement un lymphosarcôme, dont les seuls signes de compression, jusqu'ici, sont la paralysie du récurrent gauche et le resserrement de la bronche gauche.

Pour M. lo professeur Ct. Séo qui examina aussi le malade, la tumeur était anévrysmatiquo.

M. Pauvel en se rendant à l'opinion du professeur Jaccoud émet la possibilité de ganglions bronchiques.

Quoi qu'il en soit, le malade fut mis à l'iodurc de potassium à haute dose, à l'huile de foie de morue et à l'eau de la Bourboule.

Au mois de septembre la tumeur avait considérablement diminué et la voix était en partie revenue.

Bien que la paralysie do la corde n'eût pas complètement disparu, on la voyait parfaitement s'écarter pendant les mouvements d'inspiration. •

Le 22 septembre, M. le professeur Sée constatait ces résultats et écrivait : Curatio naturam morherum ostendit; la tumeur, probablement ganglionnaire, a diminué, c'est certain, et c'est ce qui explique et le retour de la voix et la disparition du cornage.

Le 18 avril 1873. L'amélioration s'est toujours continuée, la voix est complètement revenue et le malade à repris ses travaux.

Obs. XXL — Paralysie complète de la corde vocalé inférieure droite par compression du récurrent droit par une tumeur du corps thyroïde ; aphonie complète .

M. B... 70 ans, régisseur à Thorigny, est assez fort de tempérament. Il est grand, maigre et a le teint un peu cachectique. 11 n'a, nous dit-il, jamais pris 'que fort irrégulièrement soin de sa santé.

La profession d'instituteur qu'il a exercée pendant vingt ans et la nécessité de chanter à l'église lui étaient contraires, nu point qu'on lui fit suivre ùn traitement tendant à prévenir une phtlusie pulmonaire ?

Il a fait deux fortes maladies qui paraissent avoir été des bronchites intenses. A la suite de ces deux bronchites, il cracha à plusieurs reprises du sang clair rutilant, presque toujours le matin et il la suite de violentes quintes de toux.

Pendant le cours de ces deux maladies, outre le traitement interne qu'on lui fit suivre et sur lequel il ne peut nous donner de renseignements, on lui tira du sang à plusieurs reprises soit par des sangsues, soit par des saignées.

De ces deux bronchites, il lui est resté un catarrhe qui réapparaît a cliaque rhume.

Au début de l'affection laryngée actuelle, il y a quatre mois, une application de 12 sangsues à la gorge et plusieurs gargaiùsmes, des fumigations, des cigarettes de camphre, des cautérisations, (tout cela fait très-irrégulièrement), restèrent sans résultat.

Affaiblissement marqué de tout l'organisme, prostration des forces, incontinence d'urine. — Vertiges, étourdissements trèsdésagréables (le malade insiste sur ces symptômes). Il lui semble qu'il a une irritation de tout le larynx ; la bouche est sèche sans salive.

Etat actuel. — Il y a quatre mois, la voix se perdit subitement. Le malade pouvait cependant se faire encore entendre.

Avant ce moment, M. B... n'avait jamais eu aucune extinction de voix. Aujourd'hui, voix de chuchotement.

Dès le début la respii\ation ne fut aucunement gênée. Actuellement, elle est encore normale. Aucune souffi'ance si ce n'est une pesanteur ressentie au niveau de la fourchette du sternum.

Examen laryngoscopique . — Cet examen révèle une paralysie complète de la corde vocale inférieure droite dont le bord libre reste immobile sur la ligne médiane pendant les efforts d'inspiration, tandis que sa congénère qui parait avoir acquis des mouvements plus étendus qu'à l'état normal (probablement pour suppléer à l'insuffisance de la corde droite) la corde gauche, dis-je, s'écarte à un tel point, qu'elle disparaît complètement au-dessous de la corde vocale supérieure gauche.

En même temps qu'elle ne fonctionne pas, la corde droite paraît plus courte que la gauche, surtout pendant l'inspiration. De plus, elle est rosée dans toute sa longueur.

Tout le reste du larynx est parfaitement sain, sauf une légère rougeur de toute la muqueuse.

A l'auscultation du poumon, je trouve que l'air pénètre manifestement moins bien dans le sommet droit que dans le sommet gauche. Il faut faire faire au malade de grandes inspirations pour parvenir à entendre le murmure respiratoire en ce point. Légère matité à ce niveau.

A l'auscultation de latracliéc, souffle un peu rude.

Le cœur bat lentement et n'offre aucun bruit anormal.

Les deux pouls battent parfaitement ensemble.

A l'inspeclion du cou, ou trouve sur le côté droit une tumeur assez volumineuse (un gros (cuf de poule) ayant, cliose extraordi-

naire, passé inaperçu et du médecin et du malade. Cette tumeur arrondie, se présentant sans changement de couleur à la peau, sans adhérence aux parties sous-jacentes est située en avant du bord antérieur du sterno-mastoïdien. Cependant une partie de cette tumeur paraît passer au dessous du muscle et se prolonger assez loin.

Son sommet atteint à peu près le bord supérieur du cai'tUage thyroïde sur la ligne médiane et ne déborde pas cette ligne. En bas, elle semble s'enfoncer au-dessous du sternum. A ce niveau, elle s'aplatit.

A la palpation, elle donne une sensation élastique, sans grande résistance, on a presque une sensation de fluctuation. Elle ne paraît pas multilobce et semble être un kyste du corps thyroïde,

La tumeur n'adhère pas à la trachée ; pendant les mouvements de déglutition, elle ne subit qu'un très-léger déplacement et n'accompagne pas le tube aérien.

Cette tumeur comprime manifestement le récurrent droit et est cause de la paralysie de la corde vocale inférieure correspondante. Sauf les vertiges et les étourdissements accusés comme symptômes par le malade, on ne trouve aucun autre phénomène de compression. Pas de stase veineuse dans les vaisseaux du cou, pas d'inflammation de la muqueuse laryngienne.

Le 13 janvier le malade est examiné par M. Voillemier qui confirme toutes les particularités que je viens de décrire, il ne s'agit que de s'entendre sur la nature de la tumeur que le chirurgien dit être de nature carcinomateuse. Il s'appuie pour formuler son dire sur les caractères mêmes de la tumeur, sur l'âge du malade, et sur les phénomènes physiques généraux concomitants, maigreur, teinte jauâtresans être jaune-paille. Le malade dit cependant n'avoir jamais été plus gras et avoir toujours eu la même teinte de peau.

Bien que le malade, d'autre part, nie complètement toute infection syphilitique, M. Fauvel l'a soumis depuis quatre jours au traitement suivant : liuile do foie de morue, proto-iodure d'hydrargyre (une pilule de 0,05 centigr. matin et soir), iodure de potassium 10 gr., sirop de cuisinier 300 (une cuillerée matin et soir).

Eau d'Orezza aux repas,

Il y a déjà quatre jours que le malade suit ce traitement lors-

qu'il est vu par M. VoUlomier et déjà la tumeur ,soml)lf avoir un peu diminué.

Sans préjuger de la nature de la tumeur (sjpliilitique ou kyslif[ne) il est d'avis d'instituer un traitemunt mixte.

Parler le moins possible; huile de foie de morue; liqueur deFow- 1er; iodure de potassium ; révulsifs sur le haut du thorax; régime tonique.

Le malade devant repartir immédiatement chez lui doit nous tenir au courant de l'effet de ce traitement.

Nous apprenons sa mort trois mois plus tard survenue dans le courant d'une pneumonie.

Obs . XXII . — ■ Paralysie de la corde vocale inférieure gauche par compression du récurrent gauche par une tumeur carcinomateuse? de l'entrée de l'œsophage qui rétrécit ce conduit ; dysphonie ; gêne de la respiration .

Le nommé Bl.,. Théodore, âgé de 46 ans, cuisinier à Paris, consulte le D"^ Fauvel, le 17 janvier 1873.

Le malade est atteint d'une dyspnée très-intense qui tout d'abord ne nous semble pas siéger dans le larynx, car sa voix quoique éraillée est relativement bonne. Cependant sur la remarque que nous lui en faisons, il nous dit que, il y a trois semaines, elle s'est éteinte subitement pendant plusieurs jours, mais que depuis ce temps elle est revenue peu à peu.

Au mois d'août dernier, nous dit-il, il commença à ressentir des picotements dans le gosier. Un mois plus tard il s'aperçut qu'il avait de la difficulté à avaler. Au début ce fut une simple gêne, mais petit à petit, elle alla en augmentant, sui^tout depuis trois mois, il prétend avoir maigri de 70 livres depuis le mois de septembre. D'ailleurs il est dans un grand état de maigreur, il a une légère teinte subictérique, en un mot, il présente les caractères d'une cachexie déjà avancée.

Il nous dit n'avoir jamais été malade. En 1850 ou 1851 il avoue avoir eu un chancre, et il n'aurait eu que du psoriasis palmaire comme manifestation secondaire de l'affection.

Ekit aciuel. — Voix mauvaise, mais pouvant se faire entendre à distance. Respiration très-gênée et attaques de suffocations pendant la nuit seulement depuis trois jours.

M. B... attribue ces symptômes ù une sensation très-vive de sé-

clieresso de la boiiclie, bien qu'il ait une salivation abondante, car il ne peut avaler cotte salive.

Déglutition très-difficile, ne se faisant que très-lentement et avec rejet par les narines. Une fois les aliments déglutis, le malade les digère parfaitement.

Par moments et irrégulièrement soit de jour, soit de nuit, quintes de toux violentes.

Presque rien à noter à la poitrine, soit à la percussion, soit à l'auscultation. Cependant du côté droit du cou, immédiatement audessus de la clavicule, on obtient un peu de submatité, et la respiration à ce niveau paraît être un peu diminuée.

Rien au cœur,

Au lari/ngoscope. — La corde vocale gauche est presque complètement immobile sur la ligne médiane. Il se passe encore quelques mouvements dans le cartilage aryténoïde correspondant.

Pendant les efforts de phonation les deux lèvres glottiques se touchent en avant et en arrière, au milieu, il reste un espace béant dû à la concavité de la corde malade.

Le reste de l'organe est sain.

Nous ne voyons rien du côté de l'œsophage.

Le médecin du malade, qui l'a sondé a porté le diagnostic de rétrécissement de l'œsophage, sans en préciser la nature.

Nous le sondons à notre tour, nous ne pouvons faire pénétrer qu'une boule de la grosseur d'un noyau d'olive.

La sonde est repoussée à gauche et en avant dès son entrée dans le tube œsophagien. Nous ne trouvons pas d'autj^e obstacle sur tout le trajet du tube.

La manœuvre est douloureuse pour le malade qui à la suite rend quelques filets de sang.

Nous portons donc le diagnostic de cancer de l'œsophage comprimant le récurrent, et probablement le pneumogastrique et la trachée, nous basant sur l'état général du malade, sur la mai^che de l'affection, sur la paralysie laryngée, sur les quintes de toux et In gène de la respiration.

Nous engageons vivement le malade à entrer dans un service hospitalier où l'on pourra le nourrir k l'aide de la sonde œsopha gienne et nous lui prescrivons simplement de l'iodure de potassium, Nous n'avons pu malheureusement le revoir.

Obs. XXIII. -- Paralysie complète de la corde vocale inférieure gauche par section du récurrent? Voix très-mauvaise.

Mlle R..., âgée de 20 ans, feuillagiste, demeurant à Paris, vient consulter au dispensaire de M. Ch. Fauvel le 16 mars 1874, pour une aphonie ou mieux une diaphonie qui date de sept ans et demi.

Cette femme a un enfant de 7 mois qui se porte très-bien. Jamais elle n'a eu de fausses couches ;, elle est très-bien réglée depuis l'âge -de 15 ans, et depuis ses couches ses règles se sont bien rétablies. Pas de flueurs blanches. Aucun antécédent hj'stérique. Pas de sensation de boule ; pas de pertes de connaissance; pas d'attaques de nerfs.

11 y a sept ans et demi, en mangeant un morceau de pain, il se trouva dedans, à ce qu'elle croit, un fragment de bois, une épingle ou une aiguille qu'elle avala. Au moment même de la déglutition, elle sentit quelque chose qui la piqua très-fortement du côté gauche. Elle conserva cette sensation douloureuse très-vive pendant quatre jours environ. On lui prescrivit des gargarismes et des vomitifs sans que la douleur fût le moindrement atténuée. Le douleur disparut spontanément et complètement le cinquième jour. La malade ne se préoccupa plus de cet accident, lorsqu'au bout de trois mois elle s'aperçut que son cou gonflait beaucoup du côté gauche. En même temps que la peau devenait tendue, rouge, luisante, elle ressentait des battements dans la tumaur qui se circonscrivit bientôt en prenant, nous dit-elle, les dimensions d'une grosse noix.

Elle était située en avant du bord du sterno-mastoïdien, le long de la trachée, un peu plus bas que le cricoïde.

La voix était trés-honne. On lui prescrivit des cataplasmes.

Son médecin incise l'abcès et, au dire de la malade, enfonce le bistouri jusqu'à la moitié de sa longueur.

La malade 'poussa un cri au moment de la ponction, mais la voix se coupa instantanément et elle ne put continuer- ce cri. Elle ne peut nous dire si avec le pus qui sortit on retira un corps étranger quelconque.

Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment la malade ne put se faire entendre à une distance de 3 mètres environ, et aujourd'hui i

il est presque impossible de l'entendre parler ou a})peler d'une pièce dans une autre, et cependant, nous dit-elle, sa \'oix tend à devenir un peu plus forte depuis un an.

A l'examen du cou, nous trouvons une cicatrice blanche trèsenfoncée au point où siégeait la tumeur. Cette cicatrice semble adhérer aux parties profojides.

Au laryngoscope, dont l'application est très-facilement supportée, nous trouvons une paralysie complète de la corde vocale inférieure gauche, qui est blanche, et paraît être un peu plus courte que sa congénère. Son bord libre est légèremeht excavé, au lieu d'être rectiligne ; enfin, au lieu d'être situé sur la ligne médiane, il est dans la position intermédiaire à la phonation et à la respiration.

La coi'de vocale droite, dans les efforts de phonation, dépasse la ligne médiane et tend à rejoindre par son bord libre le. bord de la corde paralysée. La jonction se fait presque en avant et en arrière, mais sur la moitié de la longueur elle ne se fait pas, ce qui explique Taphonie presque complète.

L'aryténoïde gauche est absolument immobile mais sain. En cherchant la cause de cette paralysie, nous ne trouvons absolument rien.

Pas de syphilis antérieure ; pas de trace d'intoxication saturnine ou autre.

Les battements cardiaques sont absolument normaux, ainsi que les bruits. Il n'y a pas de souffle ; pas d'hypertrophie de l'organe ; pas de palpitations.

Les poumons sont absolumcnts sains ; la sonorité est normale dans toute l'étendue de la poitrine.

Il n'y a au cou absolument aucune trace de tumeur ; le corps thyroïde n'est pas volumineux.

Rien à l'œsophage. D'ailleurs, la malade n'est pas à l'âge où se font les dégénérescences carcinomateuses de cet organe.

La santé de Mlle R... est, en un mot, parfaite. Cependant, elle tousse quelquefois en hiver, et elle accuse un peu de gêne de la respiration qui lui survient lorsqu'elle fait de grands efforts. Elle n'a jamais craché de sang et nous venons de dire que nous trouvons la poitrine complètement saine.

A l'auscultation de la trachée, nous trouvons un bruit de drapeau assez fort, ({ui se produit loi-sque la malade respire d'une façon

précipitée. En y portant attention, on entend ce bruit sans Stétlioscope. Nous l'attribuons à laflaxitcde la corde paralysée, de môme que nous attribuons la légère dyspnée accusée à la diminution de l'ouverture glottiqiie.

En rapprochant de cette absence de toute affection pouvant produire la paralysie de la corde vocale gauche, le fait de la perte subite et totale de la voix au moment où le bistouri était enfoncé dans l'abcès, nous sommes tentés d'attribuer cette paralysie à la section du récurrent.

Malgré la profondeur et la situation même du nei-f par rapport aux organes environnants, n'est-il pas possible qu'il ait été repoussé au dehors par l'abcès même se développant dans le tissu cellulaire périphérique, ce qui aurait facilité sa section, n'est-il pas possible qu'il ait été sectionné à sa place môme, sans aucune lésion de l'œsophage et des vaisseaux?

Page 1