PABALYSIES ACCOMPAGNÉES DE LA LÉSION DE L'IRRITABILITÉ
En tête de ces maladies dans lesquelles l'excitation électrique ne peut plus solliciter la contraction des muscles, nous devons placer les paralysies saturnines, puis les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des troncs nerveux. Quant aux paralysies symptomatiques d'une lésion de la moelle, Marshall-Hall avait établi d'une manière absolue, que toute lésion de cette portion du système nerveux entraînait la perte de l'irritabilité. Cette proposition est exagérée ; un fait rapporté par M. Duchenne dans son mémoire sur l'état de l'irritabilité dans les paralysies du membre supérieur, ne permet pas d'accepter les termes rigoureux dans lesquels le savant physiologiste anglais a formulé cette loi physiologique. Cette observation, recueillie dans le service de M. Andral, est relative à un malade, à l'autopsie duquel on trouva la partie grise centrale de la moelle détruite dans l'étendue d'un pouce environ, sans qu'aucun trouble dans l'irritabilité des muscles qui reçoivent leurs nerfs des parties situées au-dessous du point lésé, ait été observé pendant la vie.
« L'électrisation est encore indispensable dans certains cas de paralysies avec perte de la tonicité musculaire. Ainsi nous avons noté, comme signe caractéristique des paralysies saturnines, la position tombante des mains; mais il est une autre maladie, le rhumatisme,
qui, lorsqu'il se localise dans les membres supérieurs, vient graduellement détruire la tonicité des muscles de la main sur l'avant-bras. Comment établir le diagnostic différentiel de ces deux espèces de paralysies? L'éleclrisation nous en fournit encore les moyens ; toutes les fois que l'irritabilité sera intacte, la maladie sera de nature rhumalismale; tandis que si le muscle ne se contracte pas sous l'influence de l'excitation électrique, vous aurez affaire à un phénomène morbide déterminé par une intoxication des sels de plomb. »
IV. Pronostic. — Le pronostic varie dans chaque espèce de paralysie ; il est toujours en rapport avec celui de la maladie qui lui a donné naissance. Voici comment M. Sandras s'exprime au sujet du pronostic :
« Les paralysies chlorotiques sont les moins graves de toutes ; la maladie une fois connue comporte des indications bien précises et parfaitement applicables. On doit guérir définitivement, dans un temps donné, déterminé par l'intensité de l'affection principale, et par les troubles ptysiologiques dont la chlorose elle-même peut résulter.
» Le pronostic des paralysies nerveuses par chlorose ne devient vraiment grave que quand cette dernière est portée à un degré tel qu'on puisse sérieusement craindre un résultat funeste. J'ai vu une jeune fille chlorolique mourir dans une défaillance qu'avaient provoquée des mouveménts trop actifs pour elle ; dans des faits plus nombreux , j'ai observé des maladies intercurrentes que la chlorose avait rendues beaucoup plus graves. Enfin on rencontre quelques exemples de personnes qui sortent très-lentement et très-difficilement de l'état précaire dans lequel cette maladie les tient. A ce triple point de vue , et dans les cas exceptionnels que je viens de rappeler, un médecin prudent se tiendra dans une sage réserve pour le danger et surtout pour la durée de la paralysie.
» Dans les conditions opposées, qui sont beaucoup plus communes, il pourra, et consciencieusement il devra rassurer les familles et surtout les malades.
» Les paralysies d'origine rhumatismale sont plus tenaces et plus fixes que les précédentes; mais elles n'ont pas encore la gravité et la longévité de celles dont nous parlerons tout à l'heure. Elles participent des unes et des autres. On devra les classer, pour le pronostic , ou plus près des premières, ou plus près des dernières, suivant l'intensité des symptômes actuels , suivant le temps plus ou moins long pendant le-
quel la cause aura agi, suivant les rechutes ou la nouveauté de la maladie , suivant la possibilité plus ou moins grande d'agir sur le sujet dans le sens thérapeutique et prophylactique.
Quant à toutes les autres espèces de paralysies provenant de perles de toutes natures, de vices d'alimentation, d'empoisonnements végétaux ou minéraux, elles sont d'une part, les plus difficiles à guérir, les plus longues, et d'une autre part, les plus dangereuses : celles qui résultent de pertes , parce qu'on ne peut ajouter et refaire dans l'économie qu'avec l'aide de la nature , souvent alors devenue intraitable; celles résultant des vices d'alimentation^ parce qu'elles ne sont venues qu'à la suite de longs abus et après une longue résistance de l'organisme ; celles des intoxications , à cause du temps nécessaire pour rétablir les fonctions nerveuses ou suspendues ou troublées momentanément ou peut-être détruites, jusqu'à renouvellement de la partie lésée on ne sait comment. » (Traité des mal. nerv.)
Dans le passage précédent il n'est question que du pronostic des paralysies idiopathico-symptomatiques. M. Sandras ne parle ni du pronostic des paralysies idiopalhiques, ni de celui des paralysies sympathiques dont il n'admet point l'existence, à tort, suivant nous.
Le pronostic des paralysies idiopathiques ne paraît pas bien grave, puisque sur neuf des malades dont nous avons rapporté l'histoire, un seul a succombé.
Dans les paralysies sympathiques le pronostic se tire de la nature et de l'intensité de la maladie qui leur a donné naissance. Le pronostic des paralysies urinaires est, en général grave; celui de la paralysie dentaire l'est beaucoup moins.
Lorsque la paralysie dynamique frappe les membres inférieurs, le pronostic est plus sérieux que lorsqu'elle frappe toute autre partie du corps. Il faut en outre, s'il y a lieu, tenir compte de la gravité qui est propre à la paralysie du rectum et de la vessie qui accompagne quelquefois la paraplégie, et particulièrement de celle qui a pour effet les évacuations involontaires soit des urines et des matières fécales, soit de ces deux évacuations à la fois.
§ V. — IVotnrc des parulysica dynaitiiqnetr.
M. Duchcnne (de Boulogne) a découvert, dans la fibre musculaire, une nouvelle propriété qu'il désigne sous le nom iVaptitude motrice ou de motibilité. Cette aptitude motrice ou celle motibilité est le pou-
yoit que possèdent les muscles de réagir sous riiitliieneo de l'excitation cérébro-spinale.
Celle force spéciale, inhérente à la fibre musculaire, qui rend, di- Bons-nous, les muscles aptes à réagir sous l'excitation des centres nerveux, n'est pas Virritabiliié liallérienne, elle en est, au contraire, tout à fait distincte et tout à fait indépendante ; car tantôt, comme le dit M. Duchenne, on voit l'irritabilité intacte alors que la fibre musculaire a perdu son aptitude motrice, et tantôt celle aptitude existe dans toute son intégrité quand la contraclilité électro-musculaire est perdue en tout ou en partie. On voit par là que- l'irritabilité hallérienne n'est pas même nécessaire à la Conservation des mouvements volontaires» C'est ainsi, par exemple, qu'on peut guérir, à l'aide de la galvanisation, la paralysie saturnine, sans que la lésion de l'irritabililé qui existe toujours dans cette paralysie, soit aucunement modifiée. N'estce pas là la preuve la plus convaincante qu'il y a une autre force qui rend les muscles impressionnables à l'agent cérébro-spinal ? Eb bien ! celte force n'est autre que l'aptitude motrice de la fî^bre musculaire. Yoici comment il est encore possible de démontrer la réalité de la motibilité. Si l'on analyse ce qui se passe dans les différentes phases d'une paralysie consécutive à une hémorrhagie cérébrale, on voit que, pendant les premiers mois, cette paralysie symplomatique ne peut pas être modifiée par l'électro-galvanisme. Mais plus tard, lorsque la résorption de l'épauchemenl s'est opérée et que toute compression a disparu, le stimulus cérébral reparaît dans les muscles, et cei)endant ceux-ci sont souvent dans l'impuissance de réagir. Mais dirigez, comme l'a fait M. Duchenne (de Boulogne), un courant galvanique à travers les muscles paralysés, et les mouvements volontaires se rétabliront aussitôt. Celle expérience prouve, d'une manière incontestable, que la paralysie siégeait ici dans les parties afi'oclées, c'est-à-dire dans les organes du mouvement eux-mêmes, et que, parlant, elle était d'une nature purement dynamique, purement fonctionnelle, c'est-à-dire que les muscles avaient perdu l'aptitude motrice, l'aptitude de se contracter sous l'influence de l'excilation nerveuse. C'est précisément ce qui se passe dans toute paralysie dynamique, soit idiopalliique, soit idiopathico-symptomatique, soit sympatbique.
Nous avons vu que la paralysie du mouvement et la paralysie du sentiment peuvent exister indépendamment l'une de l'autre. Comment «xpliquer ce phénomène? On s'en rend parfaitement compte en ad-
luetlaat qu'il esl des nerfs qui président au mouvement eX d'autres aii sentiment ; et ceci n'est pas une hypothèse, c'est un fait rigoureusement constaté par les expériences de Ch. Bell, Shaw, Magendie et Louget, que les cordons postérieurs de la moelle président au sentiment, et les antérieurs au mouvement. Dès lors, rien de plus facile à comprendre que l'amyostbénie doit se déclarer lorsque les cordons antérieurs sont affectés, et l'anesthésie lorsque ce sont les cordons postérieurs. Il y a paralysie du mouvement et du sentiment lorsque les cordons antérieurs et postérieurs sont simultanément affectés.
On remarque très-souvent que les deux paralysies n'ont pas atteint le même degré; celle du mouvement, par exemple, peut être complète, et celle du sentiment à peine prononcée ou vice vei^sâ. Dans ce cas, il faut, de toute nécessité, admettre que les cordons antérieurs et postérieurs sont inégalement affectés.
L'observation suivante prouve d'une manière claire et évidente la théorie sur la distinction des fonctions des faisceaux antérieurs et des faisceaux postérieurs de la moelle. Un homme, atteint depuis plus de deux mois d'un abcès dala région mammaire interne, fut pris presque subitement d'un engourdissement dans les membres supérieurs, et d'une paralysie complète des mouvements des membres inférieurs et de la vessie. Le malade mourut. A l'autopsie, on trouva la moelle parfaitement saine, mais on constata l'existence d'une collection purulente située entre la partie antérieure de la dure-mère rachidienne et le corps des vertèbres, et s'étendant depuis la sixième vertèbre cervicale jusqu'à la deuxième dorsale, tumeur qui comprimait la partie antérieure de la moelle.
g VI. — Traitement.
Le traitement doit varier suivant qu'on a affaire à une paralysieidiopathique, idiopalhico-symplomatique ou sympathique, et, dans chacune de ces classes, il doit encore être modifié suivant la maladiequi lui a donné naissance.
Avant tout, le médecin commencera par combattre l'affection qui tient sous sa dépendance les phénomènes paralytiques. Ainsi, il opposera à la chlorose ou à l'anémie un régime tonique, les préparations martiales, l'insolation, les eaux minérales alcalines ou sulfureuses, telles que les eaux de Vichy, de Pougues, de Contrexéville, des Pyrénées, el surtout l'hydrothérapie. S'il y a constipation et développe-
ment de flatuosités abondantes, on prescrira la magnésie calcinée, ou mieux encore, la magnésie Iluide (bi-carbonatc de magnésie), l'eau de chaux, de légers purgatifs, etc. On enverra les malades respirer l'air de la campagne. Le même traitement convient aux malades épuisés par les excès vénériens.
L'hystérie sera combattue par des moyens appropriés. Si elle est compliquée de phénomènes chloro-anémiques, ce qui est très- fréquent, on prescrira le traitement que nous avons indiqué plus haut. S'il y a, par coutre, des symptômes de pléthore, on aura recours aux émissions sanguines, aux sangsues à l'anus, à la nuque, etc., et les phénomènes convulsifs seront combattus par les anlispasmodiqjies, sous toutes les formes, et particulièrement par la belladone, dont M. Sandras dit merveille.
On enverra les rhumatisants et les goutteux aux eaux deNéris et de Vichy, aux eaux sulfureuses, ou bien encore on leur prescrira les bain de vapeurs résineuses à haute température dont l'efficacité est si grande dans les affections rhumatismales surtout; on fera pratiquer des frictions stimulantes ou aromatiques sur le corps des malades, etc.; on appliquera des ventouses scarifiées, on administrera la vératrine, le sulfate de quinine à doses modérées, particulièrement l'infusion de feuilles de frêne, etc.
Quant à l'intoxication par le plomb, je renvoie le lecteur à ce que j'en ai dit au paragraphe qui concerne la paralysie saturnine. J'ajouterai seulement ici que M. Sandras recommande particulièrement 2 ou 3 grammes de persulfure de fer matin et soir, dans le but de rendre insolubles les molécules métalliques jusqu'à leur évacuation par les purgatifs. Il ajoute à ce moyen des lotions et des bains savonneux. La diathèse syphilitique sera combattue par des préparations mercurielles ou iodées, suivant les cas.
Dans les paralysies sympathiques, on dirigera le traitement contre l'affection qui a produit la paralysie. Ainsi on commencera par guérir la fièvre typhoïde, la dyssenterie, l'entérite, etc., dont la paralysie n'est qu'une des expressions. Les calculs vésicaux seront extraits ou broyés; le catarrhe vésical sera traité par les balsamiques, les résineux, le sel ammoniac, par les injections et les cautérisations, et particulièrement par les bains de vapeurs lérébentliinées ou résineuses, dont il existe un appareil dans l'établissemcut hydrothérapique que je dirige.
On combattra les rétrécissements de l'urètre par la dilatation, la cautérisation ou les scarilications, suivant la méthode de M. Ileybard. Le gonflement de la prostate sera combattu par des applications de sangsues au périnée, par des injections détersives, la cautérisation légère de la région prostatique du canal de l'urètre, par des frictions sur le périnée, faites avec la pommade d'iodure de plomb ou de potassium, l'onguent mercuriel-, les vésicatoires volants; les bains de mer ou des sources de Gaulerets secondent merveilleusement ces moyens. La compression de la prostate, au moyen de l'instrument que nous avons indiqué plus haut, a été quelquefois couronnée de succès. Contre la néphrite, on prescrira les ventouses scarifiées, les révulsifs externes, tels que moxas, cautères, vésicatoires sur la région rénale, les bains sulfureux, et on couvrira les malades de flanelle.
Dans tous les cas, il faudra, s'il y a lieu, employer le cathétérisme autant de fois qu'il sera nécessain;.
Très-souvent les moyens indiqués suffisent pour guérir la paralysie, en ôtantla cause qui l'avait produite ; mais quelquefois aussi elle persiste. Alors il faut attaquer de front les symptômes paralytiques euxmêmes.
Dans ces cas, la première indication à remplir consiste à rendre à la fibre musculaire la faculté qu'elle a perdue de se contracter sous l'influence de la volonté et des excitateurs naturels. On obtient cet effet par une médication stimulante élective. Les stimulants peuvent être appliqués localement sur les parties paralysées, on bien être administrés â l'intérieur. Nous allons les passer en revue.
1* Excitation locale. — Les moyens les plus simples auxquels on a tout d'abord recours sont les frictions sèches, ou aromatiques et irritantes, le long de la colonne vertébrale et sur les membres paralysés. L'eau sédative de Raspail pourrait peut-être rendre des services. La fustigation, la percussion, le massage et l'urtication ont quelquefois réussi. Les bains simples ou médicamenteux sont également indiqués. On les admiiiistre lièdes lorsqu'il y a éréthisme nerveux ou vasculaire. Dans les cas contraires, ils doivent être pris froids, et on les rendra alcalins, sulfureux ou aromatiques, suivant les circonstances. On a prescrit aussi les bains iodés, les bains de mer, et différentes eaux minérales (eaux de Néris, de Bourbon-l'Archambault, de Plombières, d'Aix en Savoie, d'Aqui en Piémont, de Louêche en Suisse, de Pyrmont en Allemagne); les eaux de Gastein (Autriche), conviennent par-
ticulièremeiit pour la paraplégie, au poinl que quelques auteurs en font un véritable spécillque, surtout lorsqu'elle est liée à l'impuissance virile.
Un des moyens les plus puissants est la douche écossaise. Voici comment on l'administre : on fait arriver le long du rachis et sur les membres paralysés une ondée alternativement chaude et froide, de manière à produire un vif saisissement. On l'administre soit avec de l'eau de rivière, soit avec de l'eau minérale.
L'hydrothérapie est très-efticace dans un grand nombre de paralysies dynamiques, et notamment dans celles produites par la chlorose, l'hystérie, l'anémie, les pertes séminales, etc.
M. Grisolle a guéri une paraplégique au moyen des douches ascendantes.
Si tous ces moyens sont insuffisants, on aura recours à l'emploi des révulsifs, tels que le marteau deMayor, lesvésicatoires, la cautérisation Iranscurrente, les moxas et surtout les cautères. M. Sandras s'en tient à ces derniers, et proscrit tous les autres révulsifs, dont quelques-uns peuvent être nuisibles, comme les vésicatoires, par exemple, chez les personnes irritables.
Les cautères conviennent dans presque toutes les formes de paraplégie, pour peu qu'il y ait de la douleur et de la tendance aux contractures. On les appliijue sur chaque côté du rachis, à la sortie des nerfs qui vont se distribuer aux membres paralysés.
L'emploi des révulsifs est contre-indiqué dans la paralysie chloroanémique, et chez tous les paralytiques dont la constitution est détériorée, et ils sont au moins inutiles dans la paralysie hystérique, et probablement aussi dans la paralysie saturnine.
Enfin, le plus énergique et le plus efficace des excitants locaux est, sans contredit, Cèkctricité . On a obtenu par ce moyen des guérisons instantanées et vraiment merveilleuses. On peut se servir de la bouteille de Leyde très-légèrement chargée, de la pile de Volta, des appareils électro-magnétiques avec ou sans acupuncture, de plaques ou de pinceaux métalliques mis en contact avec la peau, de chaînes électriques. On a, dans ces derniers temps, inventé une foule d'appareils; les plus usités étaient naguère les appareils électro-médical de M. Breton, et électro-magnétique de M. Duchenne. Le premier agit ordinairement sans douleur, le second produit sur la surface de la peau des picotements douloureux qui le rendent utile dans les paralysies essen-
liellemcnt nerveuses, mais qui doivent le faire exclure dans celles qui sont accompagnées d'irritation le long de l'axe cérébro-spinal. Dans tous les cas, il faut éviter la trop grande intensité des courants, de crainte d'user la contractilité au lieu de l'entretenir.
Enfin, quelques médecins ont conseillé le magnétisme animal. Nous avons rapporté l'histoire de deux malades qui ont été guéris par ce moyen.
2" Excitation générale. — Le traitement a ici pour but de stimuler les centres nerveux et l'innervation divergente. C'o^st, en un mot, une médication perturbatrice qu'on emploie concurremment avec la médication èxcitante locale. Une émotion vive, énergique, qui porte un trouble profond dans l'âme, est un moyen perturbateur puissant qui a été quelquefois couronné de succès. C'est ainsi qu'on a vu des paralytiques recouvrer tout à coup l'usage de leurs membres pour se soustraire à un danger imminent. Les paralytiques de l'Iîôtel-Dicu de Paris, lors de l'incendie de cet hôpital, s'enfuirent à toutes jambes à l'approche des flammes qui gagnaient la salle où ils étaient couchés. Boërhaave guérit la femme d'un calife atteinte de paraplégie, en lui touchant les pieds. On sait qu'un pareil attouchement est un signe d'impudeur en Asie, chez les disciples de Mahomet; la malade pour s'y soustraire, fit de violents efforts et fut guérie.
Mais il n'est pas toujours donné au médecin de provoquer à son gré des émotifins violentes. C'est pourquoi il doit avoir recours à d'autres moyens thérapeutiques dont il peut toujours disposer.
Les vomitifs administrés à des intervalles rapprochés, les purgatifs réitérés ont rendu quelquefois des services. Ils sont surtout indiqués lorsqu'il y a quelque complication gastro-intestinale. D'ailleurs, l'excitation qu'ils provoquent sur le tube digestif agit d'une manière sympathique et favorable sur les membres paralysé.-;.
On a préconisé les excitants diffusibles, tels que l'éllier, l'ammoniaque, le musc, le camphre, etc., dans le but de stimuler Pinnervalion aUaiblie. Ces moyens sont surtout uiiles dans les paralysies consécutives aux affections nerveuses, comme l'hystérie, l'épilepsie, la chorée, etc. Mais, suivant M. Sandras, la belladone vaut infiniment mieux que tous les agents que nous venons d'énumérer, ainsi que nous l'avons déjà dit. Quelques praticiens ont obtenu de bons effets de l'opium.
Les préparations de noix vomiquc, et particulièrement la strychnine
et la brucine, sont des remèdes bien plus Onergiques que ceux dont nous venons déparier, et le médecin peut avoir en eux une grande conliance; mais il doit en user avec la plus grande réserve, et s'en abstenir en cas de surexcitation cérébrale ou médullaire. La strychnine et la brucine sont surtout efficaces dans les paralysies hystérique, rhumatismale, saturnine, etc.
Il est important de suivre attentivement les effets de ces médicaments héroïques, et dès que les convulsions se manifestent dans les membres paralysés, il faut maintenir la dose pendant plusieurs jours, et ne la dépasser qu'avec de grandes précautions ; autrement des accidents formidables peuvent se manifester.
La préparation de noix vomique la plus usitée est la strychnine. On l'emploie à la dose d'un centigramme qu'on élève successivement à 2 et même à 3 centigr. et plus. On la prescrit souvent par la méthode endermique. On saupoudre un petit vésicaloire avec 5 milligr., jusqu'à 25 milligr. de strychnine ou de sulfate de strychnine en poudre.
La strychnine à l'extérieur peut aussi s'employer sous forme de pommade, à la dose suivant'î :
Prenez : Sulfate de strychnine. 1 gramme. Axonge 60 —
On pratique, matin et soir, des frictions le long de la ^olonne vertébrale jusqu'à ce qu'on obtienne des secousses.
M. Sandras n'emploie pa^ la strychnine autrement; car, suivant lui, la méthode endermique irrite douloureusement et sans profit les malades, et provoque souvent des accidents locaux, tels que des érysipèles et des érythèmes.
M. Bricheteau préfère la brucine à la strychnine, par la raison qu'elle peut s'administrer à des doses plus élevées ; il l'emploie à la dose d'un centigramme, et il augmente chaque jour d'un centigramme tant qu'il n'y a pas d'effet produit.
Lorsque la brucine détermine des convulsions à une dose donnée, il ne faut pas de suite augmenter cette dose, mais attendre une diminution dans les effets; mais lorsque celte diminution est notable, on recommence à augmenter d'un centigramme. 11 est des malades qui ont pu prendre jusqu'à 20 centigr. de brucine. On l'administre ordinairement sous forme de pilules.
Sf.igle ERGOTÉ. — Dernièrement OU a vanté ce médicament contre
certaines paralysies dynamiques. « Dans 2 cas de paralysie, M. Barbier (d'Amiens) a observé, après l'ingestion de 36 grains de seigle ergoté, des secousses dans les jambes et les cuisses, et une émission d'urine par jet involontaire, d'où il a conclu que le seigle ergoté agit aussi sur le renflement lombaire de la moelle épiniôre dans les cas d'affection de cet organe. >> (Bibl. de thérap., t. Ill, p. 530.)
De deux paraplégiques auxquels M. Barbier le Dt prendre, il y en eut un de guéri, l'autre resta dans le même état ; tous les deux éprouvèrent des secousses dans les membres pelviens. M. Ducros (de Marseille) rapporte plusieurs cas de guérison de paraplégie par l'emploi de l'ergot pris en infusion caféiforme, à la dose de 75 centigrammes à 1 gramme 50 centigrammes par jour. M. Payan (Bull, de thérap.) a également rapporté quatre cas de paraplégie traités avec succès par le même moyen. Je citerai le suivant comme très-remarquable. Un homme ayant fait abus de liqueurs alcooliques, est affecté de delirium tremens en même temps que de paraplégie. L'opium et la belladone, dirigés contre le premier de ces accidents, restèrent sans effet. On administra alors le seigle ergoté; le tremblement ne tarda pas à diminuer, et deux mois après le malade était guéri.
M. Boudin a vu l'ergot réussir dans un cas d'abaissement et de paralysie du rectum compliquant une paraplégie. M. Ulo a administré ce médicament aune fille de 47 ans, atteinte d'une paraplégie complète depuis vingt jours. Après douze jours de traitement, il survint une légère amélioration : le médicament fut porté à la dose de 30 centigrammes (jusqu'ici la dose avait été de 25 centigrammes), et au bout de deux mois et demi, la paray)légie était parfaitement guérie. M. Gérard (de Marseille), a répété ces expériences, et il dit avoir obtenu une amélioration rapide et durable dans deux cas de paraplégie ; mais dans deux autres cas, où il y avait paralysie des membres supérieurs, l'ergot resta sans effet. Cela prouverait que l'action élective du seigle s'exerce sur lerenflement lombaire de la moelle, comme l'a ditM. Barbier, d'Amiens.
Dans les paraplégies compliquées de paralysie de la vessie, l'ergot est doublement indiqué, car il a la propriété d'augmenter la contractilité de cet organe. En effet, M. 01 lier l'a employé avec succès dans des cas où la vessie avait perdu sa contractilité, par suite de la distension excessive produite par l'accumulalion de l'urine; et M. Guersant a signalé l'application qu'il a faite de ce médicament pour déterminer
l'expulsion (les fragments de calculs résultanldu broiement. C'est surtouL chez les vieillards, dont la vessie a si peu d'action, que l'ergot est employé avec avantage.
Ilhus toxicodendron, Rhus radicam. — Dufresnoy, professeur de botanique à Valenciennes, publia, en 1788, des guérisons de dartres rebellesel de paralysies soit récentes, soit anciennes, par l'usage de cette plante. Depuis cette époque. Van Boccalen, Rumpel, à Bruxelles, Poutigon etGouan, à Montpellier, Alderson, Kellie et Dunkan, en Angleterre, ont employé ce végétal avec succès, contre certaines paralysies fonctionnelles. 11 est à remarquer que c'est particulièrement dans les cas où celle maladie est due à la débilité générale, au rhumatisme ou à la goutte, que l'action de cet agent thérapeutique est efflcace. MM. Brelonneau et Trousseau ont également préconisé le sumac vénéneux, {rkus radicans) contre certaines paralysies. C'est ordinairement sous forme d'extrait qu'on administre le rhus. On le prépare avec le suc bien dépuré de la plante. On pile les feuilles dans un mortier de marbre, en y ajoutant une petite quantité d'eau ; on exprime et on évapore le suc en couches minces sur des assiettes, à la chaleur de l'étuve.
On donne d'abord l'extrait de rhus à la dose de 20 centigrammes à 1 gramme trois à quatre fois par jour ; ou augmente progressivement de manière à arriver, en six semaines ou deux mois, à 4 ou 8 grammes chaque fois. Les malades prennent alors 12 à 30 grammes d'extrait en vingt-quatre heures.
Quel que soit le traitement employé contre les paralysies dynamiques, le médecin n'oubliera pas de l'aider par des soins hygiéniques bien entendus.
L'insolation, les promenades en voiture, les distractions morales de toute sorte, concourront puissamment à la guérison.