ARTS
Donc les cas d’hémiplégie dans la pneumonie, appartiennent à deux catégories distinctes: les hémiplégies des vieillards, les hémiplégies des adultes et des enfants.
l. — HÉMIPLÉGIE DES VIEILLARDS. — On en trouvera une excellente description dans la thèse de Lépine.
Quelquefois les accidents cérébraux éclatent brusquement. Un vieillard, soit brusquement, soit après quelques jours de malaise, est pris d’une attaque d’apoplexie (obs. xix, xx11, xxviu1). Dans tous ces cas, la pneumonie est secondaire ; à tel point que l’on pourrait même se demander s’il ne s'agissait pas alors de pneumonie venant, comme cela est fréquent, compliquer une affection cérébrale. Mais à un examen plus attentif on reconnaît, tantôt que la pneumonie a apparu quelques heures après l'attaque, tantôt qu’à r'autopsie il n’y avait pas de lésion en foyer du
cerveau.
Parfois même, chez le vieillard, le début apoplectique est si net, les phénomènes de paralysie prennent tellement le dessus que la pneumonie passe inaperçue. Dans l’obs. xxx, il n’y a eu que de l’apoplexie; dans l’obs. xxx1 la malade pendant toute la durée de son séjour à l'hôpital a été considérée comme atteinte d'hémorrhagie cérébrale : la pneumonie n'avait pas été soupçonnée pendant la vie.
Plus souvent, les phénomènes apoplectiques initiaux font défaut; le malade est amené à lhôpital parcequ'il est souffrant depuis quelques jours ; il a de la torpeur intellectuelle, un peu d’hébétude, de la fièvre ; quelques heures après son entrée on constate chez lui une paralysie d’un membre ou de tout un côté du corps. La pneumonie est reconnue, les accidents s’aggravent et la mort survient. Dans tous ces cas, qu'il s’agisse de pneumonies larvées (1), c'est à dire dans lesquels les phénomènes thora-
(1) Kuux. Rudimentare und larvirte pneumonie. (Deutsch. Arch. für klinioche Médis. 1877) a bien étudié ces pneumonies larvées.
fr
ciques sont tout à fait masqués ou d'hémiplégie survenant en même temps que la pneumonie, on voit qne les symptômes cérébraux sont prédominants. :
Les choses peuvent se passer différemment. C’est au cours d'une pneumonie confirmée se traduisant par de la fièvre peu élevée d'habitude, de la dyspnée et des signes physiques d’inflammation du poumon qu'nn vieillard est pris d’hémiplégie. Telles sont les observations xxv et xxvir; telle est l'observation si complète de Strans que nous résumons ici :
OBSERVATION 1. — Pneumonie lobaire droite. Hémiplégie gauche complèteavec flaccidité. — Autopsie. — Foyer de ramollissement occupant la partie moyenne du noyau lenticulaire de l'hémisphère célébral droit (Srraus. Revue mensuelle, 1877, p. 754) (Résumée.)
Fou, 76 ans, entre le 17 mars 1887. — Il présente une dyspnée et une
prostration extrème ; point de côté à droite datant de 4 jours. — A la.
percussion, on constate dela matité à la base du poumon droit en arrière et dans l’aisselle. Souffle tubaire, Ràles crépitants humides. Expectoration visqueuse, rouillée.
T. ax, 38-2, pouls 108.
Le 19. La dyspnée a encore augmenté ; le malade a à peine la force
d’expectorer. On constate une hémiplégie complète du côté gauche ; le
bras gauche retombe inerte, l'extrémité inférieure est dans le même.
état. Ilest difficile de s'assurer s'il existe une paralysie faciale à gauche. Coma.
T. R. 39-8. Mort le même jour.
Aulopsie. — Poumon droit : Le lobe supérieur et presque tout le lobe moyen sont en hépatisation rouge, sans mélange d’hépatisation grise. Péricarde surchargé de graisse. Cœur volumineux. La valvule mitrale offre sur son bord libre et sur la face auriculaire de petites végétations sessiles, molles, d’un rouge foncé presque violacé.
Quelques plaques d’athérôme sur l'aorte.
Encéphale. — Les artères de la base sont athéromateuses, mais leur lumière persiste. Elle ne contiennent pas de caillots.
L'hémisphère gauche n'offre aucune lésion ; le droit présente un foyer de ramollissement de7 mm. de diamétre environ, arrondi, jaunûtre, siégeant dans la partie moyenne et interne du noyau lenticulaire.
On ne découvre pas de vaisseau oblitéré dans le voisinage du foyer de
ramollissement.
SA
Ces paralysies n’ont pas de caractères spéciaux. Elles reproduisent les traits des paralysies cérébrales ordinaires; le plus souvent ce sont des hémiplegies. Parmi nos 17 observations, 40 fois il y avait une paralysie complète de toute une moitié du corps; les autres fois il y avait simplement une monoplégie, tantôt isolée (obs. xx et xx1v), tantôt s’accompagnant de paralysie de la face (obs. xxv et xxiv), dans un cas même, (obs. xxvinr), il y avait uniquement une paralysie du facial inférieur d’un seul côté.
L'examen de la sensibilité n’a été que rarement pratiqué ; étant donné l’état de stupeur dans lequel se trouvaient la plupart des malades, il ne pouvait donner que des renseignements peu précis.
Ainsi que dans l’hémiplégie vulgaire, on peut constater la dévialion conjuguée de la tête et du cou.
Il est un point de l’hémiplégie pneumonique des vieillards sur lequel nous aurons plus tard à revenir, ce sont les modifications thermiques que l’on peut constater du côté paralysé. Dans un cas (obs. xxv), Lépine a trouvé dans le côté atteint d’hémiplégie une paralysie vaso-motrice caractérisée par une augmentation ordinaire de la chaleur de la peau alternant avec refroidissement intermittent ; 1l y avait également une légère tuméfaction de l’avantbras. Dans l'obs. xxvi, la paralysie du membre supérieur droit a été précédée durant quarante-huit heures d’un refroidissement manisfeste. Une autre fois (oës. xxvi1), il y avait du côté paralysé un augmentation de la chaleur; à l'inverse de ce qui se produit d’ordinaire sur les membres paralysés, l'exposition à l'air déterminait plus vite l’abaissement de la température que du côté sain.
Trois observations d'hémiplégie de l'adulte suivie de guérison, contiennent des renseignements sur l’état de la température du côté paralysé ; une fois (Favre)il y avait élévation, les deux autres fois (Carrieu, Stéphan) abaissement de la température.
Comme on le voit, l'examen de la température locale dans les hémiplégies pneumoniques est d’une importance médiocre. Il suffit d’ailleurs de se rappeler la divergence des résultats auxquels
ont abouti les observateurs qui ont étudié la température des membres paralysés pour comprendre la difficultéde ces recherches. CI. Bernard observe une élévation de température au lieu de l’abaissement qu'ont signalé Bequerel, Andral, Briquet; Schiff constate de l'hypothermie qui disparait au bout de quelques semaines (1). Blaise (2) arrive aux conclusions suivantes : le plus souvent on trouve de l’hypothermie dans le côté paralysé, quelquefois cependant il y a une hypothermie permanente. Donc, les troubles de la calorification dans les membres paralysés n’ont absolument rien de spécial dans l’hémiplégie pneumonique ; quelle que soit la cause de la paralysie et la nature de la lésion, il peut y avoir mise en jeu du grand sympathique et de ce fait modifications, de la circulation périphérique.
En terminant cette courte histoire clinique de l’hémiplégie pneumonique du vieillard, nous devons rappeler que les paralysies rentrent dans le cortège des accidents cérébraux provoqués si fréquemment, à cette époque de la vie, par l'apparition des maladies aiguës, eten particulier par la pneumonie. On sait comme, à cet âge, cette affection peut facilement passer inaperçue. Hermann et Dechambre (3) ont recueilli quarante-neuf observations de pneumonie des vieillards, où dix-neuf fois, les accidents pulmonaires ne furent constatés qu’à l’autopsie. On sait de plus comme le dé- . ire estalors fréquent dans la pneumonie puisqu'il a été signalé dans vingt-cinq pour cent des cas environ. Ainsi, il est facile de comprendre comment la pneumonie peut évoluer silencieusement sous le masque d’une hémiplégie ou de tout autre accident cérébral (4). « Il est permis de penser, écrit Barth (5) qué la pertur-
(4) Nous empruntons tous ces détails. au traité de Grasser sur les Ha- Ladies du système nerveux, 1886, p. 277
(2) Bzaise. Contribution à l'étude des températures périphériques et particulièrement des températures dites cérébrales dans les cas de paralysie d’origine encéphalique. Th. Montpellier, 1880.
(3) Hermmanx et Decxamsre. Arch. G. Med. 2e série. T. XII, p. 37: $
(4) C’est un point sur lequel a surtout insisté Georrroy dans sa thèse inspiré par Grasser. (Montpellier, 1880).
(5) Barr. In Dict. Encyc. des Sc. méd. Art. pneumonie,