CHAPITRE PREMIER
Définition.
On observe parfois des paralysies présentant les caractères suivants :
1° Eïles apparaissent au cours ou à la suite d’une anesthésie générale, par le chloroforme ou par l’éther, d’une façon absolument imprévue, surprenant le malade et le chirurgien.
2° Elles n’ont aucun rapport avec la région opérée, et l'opération elle-même ne joue aucun rôle pathogénique direct.
M. Schwartz, chirurgien de l'hôpital Cochin, les a désignées sous.le nom de paralysies post-anesthésiques.
Cette expression ne signifie pas que, dans tous les cas observés, l’anesthésique agit directement sur le système nerveux pour produire ces paralysies. L'action de l’anesthésique n’est pas loujours un facteur étiologique immédiat, — tel est le cas des paralysies dues à une compression mécanique s’exerçant pendant l’anesthésie ; — ce n’est sûrement pas un facteur unique. Mais toutes ces paralysies ont ceci de commun qu'elles se sont montrées à la faveur d’une anesthésie générale qui en a été la cause occasionnelle ou déterminante, sans laquelle elles ne se-
raient pas apparues.
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Garrigues (1) en a recueilli divers cas sous ce titre : « Anesth@sia paralysis » ; Vautrin (2) publie des faits de : « Paralysies chloroformiques » ; Casse (3) communique une : «note au sujet des paralysies post-chloroformiques ». Ces auteurs font donc jouer un rôle capital à l’anesthésique. M. Phocas (4), au contraire, combat la dénomination de « paralysies post-anesthésiques » adoptée par M. Schwartz dans sa communication au Congrès de chirurgie (1897). IL propose de désigner ces faits sous le nom générique de « paralysies post-opéraloires » pour ne rien préjuger de leur nature, de leur pathogénie, de leur pronostic.
En effet, dit-il, il faudrait séparer des paralysies postanesthésiques les paralysies observées à [a suite d’une narcose et produites par une compression avérée. D’ailleurs rien n’est plus obscur que la pathogénie de ces derniers accidents : une même position sisouvent prise par les opérés pendant l'opération n'a élé suivie que bien rarement de paralysies, et d'autre part dans certains cas la compression n’a pu être incriminée. De sorte que nous ignorons souvent la cause des paralvsies localisées aux membres. Quant aux paralvsies centrales, elles ne sauraient être attribuées à l’anesthésique, sans tenir compte
(1) GarriGues, AnesthϾsia paralysis. American journal of the medical sciences, Philadelphia, p. 81, 1897.
(2) VaurRiN, Paralysies chloroformiques. Bulletin de lu Soc. de méu. de Nancy, p. XXIX, 1895.
(3) Casse, Note au sujet des paralysies post-chloroformiques. Bulletin de dr royale de médecine de Belgique, 4° série, t. IX, n°2, p. 147,
(4) Procas, Le Nord médical, 1° août 1898.
ET
de l'état anémique ou artério-scléreux de l'opéré, de certaines condilions mécaniques, comme la position de Trendelenburg, qui, par la congestion cérébrale qu’elles provoquent, ont pu être pour beaucoup dans la production des accidents.
En somme, quand une cause mécanique n’a pu être invoquée, rien ne prouve que l’anesthésique ait joué un rôle prépondérant.
Le terme de « post-anesthésique » est donc trop précis pour un objet qui ne l’est pas et trop exclusif.
Telle est l'opinion de M. Phocas.
. En réalité l'expression: «paralysies post-anesthésiques » n'implique pas que le chloroforme ou l’éther interviennent comme cause exclusive. Elle signifie seulement que l’anesthésique est un facteur étiologique constant. Et ceci répond à la réalité des faits.
Jamais en effet on n'observe de ces paralysies quand on opère sans anesthésie générale ; la narcose est une condition nécessaire. Le malade éveillé n’eût pas supporté, pendant une opération, une compression, un liraillement si violents ou si prolongés qu’ils puissent causer une paralysie durable. La malade de M. Phocas non endormie eût-elle pu supporter une heure et demie la position de Trendelenburg ? Chez les hystériques, le fait même d’être endormies, aussi bien que l'émotion et le traumatisme, — et concurremment avec ces deux causes, en l'espèce, — ne peut-il pas provoquer la paralysie? Enfin lorsque la cause de la paralysie est absolument inexpliquée, le qualificatif post-anesthésique ne préjuge rien de plus que la dénomination post-opératoire. Bien plus, s'il n’est pas
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démontré, si même il n’est pas probable, que ces paralysies chloroformiques de cause obscure soient des paralysies toxiques, comme les paralysies alcooliques, par exemple, la chose est cependant possible.
L’anesthésie générale est donc la condition même de l'apparition des paralysies que nous envisageons ici. Elles ne sont pas post-opératoires, car on peut concevoir que ces paralysies se montrent sans qu'il y ait eu opération, mais après une anesthésie. L'opération n'entre pas en jeu comme facteur étiologique dans leur pathogénie ; elle pourrait être incriminée quand la région paralysée est voisine de la région opérée. Ces cas sont précisément éliminés par définition.
La dénomination générique de paralvsies post-anesthésiques, heureusement choisie par M. Schwartz, suffisamment large, sera donc adoptée.