‹ Des paralysies puerpéralesChapitre 19 sur 20 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Il est difficile de fixer le traitement des paralysies puerpérales, affections symptomatiques de plusieurs maladies, affections rares et d’ailleurs nouvelles pour l’observation contemporaine. On ne peut, au fond, que procéder par analogie, et appliquer le traitement banal par tous les agents antiparalytiques connus, depuis la noix vomique, le rhus toxicodendron et autres hyposthénisants céphalo-rachidiens, jusqu’à l’électricité et l’hydrothérapie pure ou minérale, tout en se conformant au traitement général des maladies qui ont déterminé la paralysie. Le caractère transitoire de certaines paralysies exclut tout traitement ; il ne s’applique évidemment qu’aux paralysies permanentes.

On n’exigera pas de moi de répéter ici toute une série de médicaments et d’agents thérapeutiques divers. Je veux étudier l’action d’un seul médicament, l’arsenic, question qui nous ramène à celle des eaux thermales, et sur laquelle je pourrai peut-être dire quelque chose de neuf.

L’arsenic peut-il guérir la paralysie? Partant de certaines données, dont je parlerai plus bas, j’ai voulu essayer ce médicament dans un cas bien tranché de paralysie presque générale, cl le succès m a paru si prompt et si remarquable, que je m’empresse de citer ce fait que je crois être le premier et l’unique en ce genre jusqu’à ce jour.

Obs. LII. — Ant. Papou, vingt-qualre ans, soldat au 90e de ligne, se refroidit en fauchant un pré et buvant de l’eau froide, en juin 1858, et par suite est pris de trois ou quatre accès de

de fièvre tierce. La fièvre passée, P... ne peut pas travailler; fatigue générale, avec céphalalgie, connue s’il était ivre.

C’est un mois après la fièvre qu’il a commencé à sentir de l'engourdissement dans les doigts de pied, engourdissement qui a fini par envahir les membres inférieurs dans toute leur étendue. A mesure que l'affection se caractérisait sur les jambes, la tête était moins lourde, et il se sentait pris dans les reins. Bientôt la faiblesse des membres inférieurs l’oblige à prendre une canne.

Quinze jours après les premiers accidents du côté des jambes, les bras ont été pris de la même manière, avec fourmillement, engourdissement et faiblesse commençant par les doigts. Mais les symptômes paralytiques n’ont pas dépassé le coude.

Cet état a persisté en s’aggravant peu à peu jusqu’à son entrée à l’hôpital. Huit jours avant son admission, il ne pouvait presque plus marcher, et la canne s’échappait de ses mains. Ses bras étaient lourds ; il ne pouvait les lever. Aucun symptôme de paralysie du côté du rectum et de la vessie. Pendant huit jours seulement, il a éprouvé un peu de difliculté pour uriner. L’insensibilité de la peau n’a jamais été complète.

Entré à l’hôpital le 19 novembre, il peut à peine faire quelques pas : vacillation et tremblement général, comme chez un homme ivre; engourdissement des extrémités et sensibilité obtuse des téguments.

Pendant la première semaine, lemal augmente, surtout la faiblesse des membres supérieurs; il ne peut pas tenir un objet à la main, et ne marche que très difficilement avec deux béquilles sous les bras. Il s’alite définitivement au bout de quelques jours, parce qu’il ne peut plus se tenir debout.

Jusqu’au 5 novembre, le traitement a été nul ou insignifiant. Depuis, il prend tous les jours, en quatre doses, une potion de 125 grammes, additionnée de U gouttes de teinture de Fewler.

Sous l’influence du traitement arsenical, les forces sont peu à peu revenues dans les membres.

Le 3 décembre. 11 commence à faire le tour de son lit en s’appuyant. Depuis deux ou trois jours, il peut faire cinq ou six pas sans béquilles, et serrer plus fort avec les mains.

Le 8. Il quitte ses béquilles, et marche assez longtemps d’une manière dégagée sans porter de canne.

Le 16. Il a pu, pour la première fois, me serrer fortement la main, de manière à me faire mal. Souffre des pieds et des chevilles depuis quelques jours.

Le 18. La potion arsenicale est supprimée.

Le 27. L’amélioration est progressive. Éprouve quelques douleurs eriatiques dans les pieds, les épaules et le dos; sa démarche est encore roide.

Jusqu’au 1er février, il a marché habituellement avec une canne, pour moins se fatiguer, se promenant par tout l’hôpiial. 11 l’abandonne à partir de ce jour, et quitte l’Hôtel-Dieu le 1er mars parfaitement guéri. Il a fait depuis toute la campagne d’Italie ; il en est revenu sans avoir été malade. 11 sert aujourd’hui, comme infirmier, dans le même hôpital où il a été guéri.

Cette observation peut être classée parmi les paralysies causées par le froid, paralysies véritablement rhumatismales. Or, c’est un fait bien reconnu en hydrologie minérale que c’est dans ce genre de paralysies que les eaux thermales jouissent le plus d’efficacité. — Les paralysies de

ISiBESâT “ COURBE YRE.

cause rhumatismale, disait Michel Bertrand (1), sont celles contre lesquelles les eaux du Mont-Dore réussissent le mieux.

La plupart des eaux thermales qui jouissent le plus de réputation contre les paralysies, sont ar.se» ifères : faut-il rapporter à l’arsenic leur effet curateur da'ns les paralysies?

Parmi tous les éléments chimiques, dit M. L’Héritier, que l’analyse a signalés dans les eaux de Plombières, nous ne voyons que l’arsenic qui puisse expliquer leur action curative dans le traitement des maladies chroniques.

Mais l’histoire physiologique de l’arsenic fournit des données remarquables pour le traitement des paralysies. Depuis quelques années, on a parlé beaucoup de paralysies arsenicales : je citerai pour mémoire la uote de M. L. Leroy (d’Étiolles), et ce que j’ai publié moi-même à ce sujet (2).

L’action paralysigèno de l’arsenic est aujourd'hui chose établie comme fait physiologique, et, à ce point de vue, l’arsenic jouit des mêmes propriétés physiologiques que la noix vomique; et maintenant, pourquoi ne guérirait-il pas les paralysies aussi bien que les slrychnées ?

J’ai eu occasion de citer, dans ce mémoire, plusieurs observations de paralysies puerpérales guéries par l’usage des eaux minérales; elles sont de Mauriceau, Fréd. Hoffmann, Michel Bertrand et L’Héritier. Ce dernier a cité, en outre, dans son ouvrage, une observation fort intéressante d’irritation spinale essentielle, précédée d’éclampsie , et guérie par les eaux de Plombières (3).

Tous ces faits autorisent, sans doute, à attribuer à l’arsenic des eaux minérales une grande part dans leur action bienfaisante (4). Mais, au fond, que de difficultés s’élèvent dans l’examen de ce problème! Si les eaux minérales peuvent être ramenées par la pensée à l’unité de médicament, il n’en est pas moins vrai que, en réalité, ce sont des agents

(1) Loc. cit.

(2) Leroy (d’Étiolles), Note sur la paralysie causée par l’arsenic [Gaz. hebd., 27 févr. 1857). — Imbert-Gourbeyre, Études sur la paralysie arsenicale ( Gazette médicale, 1858).

(3) Loc. cit., obs. XXV.

(Zi) Voyez Dictionnaire général des eaux minérales et d’hydrologie médicale, par MM. Durand-Fardel, Le Bret el Lefort. Art. Arsenicales (Eaux), t. I, p. 123.

composés d’éléments bien divers; véritable polypharmacie naturelle, où la main du créateur, se jouant avec des particules minérales, les a mêlées en proportions non définies, en les charriant dans des torrents d’eau, de gaz et de chaleur; et pourquoi, dans un médicament si complexe, faire jouer à l’arsenic un rôle principal que lui disputent peutêtre le fer, le soufre, la silice et tant d’autres éléments minéralisaleurs, sans parler des vapeurs et de la thermalité?

Quoique nous fassions toutes ces réserves, l’élude comparée de l’arsenic, pris isolément, ou dans les eaux minérales, n’en est pas moins digne d’intérêt, et peut servir à lever un coin du voile qui pèse sur la question hydrologique.

Quant au traitement des paralysies par l’arsenic, c’est un fait à vérifier, surtout dans les paralysies rhumatismales. J’ai apporté la première pierre; mais pour élever l’édifice, il faut encore bien d’autres matériaux.

Page 1