CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Après avoir analysé les paralysies puerpérales dans leurs différentes variétés, il faut signaler quelques points de vue généraux qui ressortent de cette élude, et préciser aussi l’influence de l’état puerpéral sur ces affections.
I. Un fait qui frappe tout d’abord, c’est la prédominance des paralysies urémiques. Il a été démontré qu’il fallait rattacher les paralysies,
(1) Wepfer, De apoplexia, obs. XVII.
(2) Idem, obs. XV.
(3) F. Hoffmann, t. IV, cent. 1, obs. XXetXXVll.
(k) Percival, Essays, t. II.
(5) Arciiier, Journal de médecine, 1789, 3* p., p. 176.
(6) Bung, Journal, 1786, nov. 8.
(7) Belhke, loc. cit., p. 107.
(8) Ley, Journal des progrès, 1829, t. XVIII, p. 226.
(9) Schupmann, Journ. der praktische Heilkunde, 1830.
(10) Lallemand, Recherches sur l’encéphale, letl. 2, obs. IX.
(11) Idem, obs. X.
(12) Wiltson, Gazette médicale, 1839, n* 3.
(13) Basset, Une première année à Saint-Nectaire, 1859, p. /|8.
IMBERT - GOtRBEYRE.
suites d’hémorrhagie cérébrale, à la paralysie albuminurique. La paralysie rhumatismale est probablement plutôt d’origine urémique. La paralysie pyoémique a plus d’un rapport avec l’urémie, ainsi que certains cas de paraplégies puerpérales. Nous avons même émis quelques doutes sur quelques cas de paralysie hystérique ou nerveuse : voilà donc pour l’urémie, ou la maladie de Bright, un domaine bien étendu.
IL Nous avons vu l’éclampsie jouer un grand rôle dans la paralysie urémique, et constamment, dans ce mémoire, nous nous sommes appuyé sur l’identité de l’éclampsie et du mal de Bright. J’ai déjà dit que celle thèse avait été principalement démontrée par Braun (1) et Wieger, et que je l’avais également soutenue dans un mémoire déjà cité. Dans l’analyse de plusieurs observations, j’ai signalé, en outre, plus d’un rapport qui établit l’identité de l’éclampsie et du mal de Bright.
III. Si l’éclampsie n’est que la manifestation du mal de Bright, les paralysies puerpérales le sont aussi dans la majorité des cas. A côté de la paralysie urémique, nous avons établi aussi une manie de même nature : d’un autre côté, le mal de Bright puerpéral peut se réduire à la simple albuminurie avec complication hydropique. Voilà donc des convulsions, des paralysies, des vésanies, des hydropisies puerpérales, qui ne sont plus que des expressions contingentes du mal de Bright. Quel vaste champ que celui du mal de Bright, où nous trouvons plusieurs maladies que l’on croyait autrefois bien distinctes et isolées, et que nous sommes obligés aujourd’hui de confondre dans une même unité pathologique !
Et ce champ s’agrandit encore par la liaison déjà signalée du mal de Bright avec la diathèse purulente des femmes en couches. Il y a souvent plus que liaison, il y a métaplose, ou transformation réelle, et quand Braun a dit que la maladie de Bright était le premier anneau d’un enchaînement de transformations morbides se terminant à l’éclampsie, il a dit vrai, mais il a été incomplet. La chaîne va plus loin encore;
(1) La monographie de Braun n’est autre chose que le chapitre sur les convulsions urémiques, extrait du Traité d’accouchement, publié par l’auteur (1857). Elle a paru en anglais la même année dans le Journal d’Édimbourg, et a été traduite en français dans la Revue étrangère, de Pétard (1858).
elle atteint jusqu'aux maladies purulentes des femmes en couches.
On me reprochera peut-être d’avoir trop systématisé, en essayant de ! amener la plupart des faits à l’unité pathologique du mal de Bright. Mais au milieu de la dissection minutieuse de l’observation contempo- • aine qui, poursuivant l’analyse à outrance, oublie trop parfois et la synthèse et la doctrine, en présence surtout des prétentions exagérées de 1 école organopalhique, c’est à coup sur rendre un service à la science que d entrer dans une voie de systématisation. Je suis descendu à fond dans les faits, mais je n’y suis pas resté, et j’en suis sorti pour les juger. Je n admets pas que la véritable observation soit un métier de collectionneur. Le médecin doit faire comme le botaniste qui, après avoir ramassé de nombreux échantillons, les analyse, et, suivant leurs ^apports déterminés, les classe par famille, genre et espèce. Et que si 1 on m adresse quelque critique sur des faits de détail, je demande au moins qu on m’accorde raison sur l’ensemble des faits et les conclusions que j’en ai tirées.
IV. À côté de la paralysie urémique qui paraît constituer à elle seule la majeure partie des paralysies puerpérales, faut-il admettre d’autres vaiiétés? Existe-t-il réellement une paralysie rhumatismale? Quant à la paralysie pyoémique, les faits paraissent très rares, et quelques-uns sont même en faveur de l’urémie. Pour les paralysies dites nerveuses ou hystériques, il existe encore la même rareté de faits, ce qui n’empêche pas d’en tenir compte pour établir celte variété. Ce n’est au fond que par analogie que nous avons disserté sur la paralysie anémique. I! n y a à ce sujet dans l’étal puerpéral, pour ainsi dire, ni faits, ni opinions.
Pour toutes les autres espèces de paralysie dont j’ai parlé, à part quelques cas qui peuvent être rapportés à l’urémie, ii faut, pour le moment, se borner à les enregistrer comme des échantillons à déterminer et à classer plus tard après de nouvelles études.
V. Ces prémisses posées, quelle est l’influence de l’état puerpéral sur les paralysies? Je ne parlerai ici que de la paralysie urémique, comme variété plus importante et plus connue. Sans doute, il est incontestable que la grossesse a une influence étiologique manifeste sur le
IIIBERT-GOIRBGYRG.
mal de Briglit et, par conséquent, sur les paralysies qui en émanent. Elle y prédispose évidemment par les modifications physiologiques du sang dans l’étal puerpéral. Mais, d’un autre côté, quand on considère que le mal de Brigjit, hors l’état de gestation, se présente aussi avec la même série d’accidents cérébraux et inflammatoires, et qu’il répète sur l’homme, comme sur la femme en état de vacuité, les mêmes manifestations symptomatiques que sur la femme enceinte, n’esl-on pas tenté de quitter le terrain d’une étiologie vulgaire pour s'élever plus haut et redire avec Van Helmont : Millier bis patitur morbum?