‹ Des parasites de l'appareil de la visionChapitre 12 sur 12 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

IDes parasites végétaux.

§i.Leptomitus de la chambre antérieure de ï œil (Fam. des Algues, classe des isocarpées, tribu des psorospermées (Ch. Robin). Gomme nous l'avons dit à l'historique, M. Robin raconte, d'après Helmbrecht, le fait d'un prédicateur qui, étant guéri d'une inflammation rhumatismale des deux yeux, aperçut tout à coup, sans cause connue, des figures de formes constantes dans l'œil gauche. Cette image, située à gauche du champ visuel, ne disparaissait jamais et se mouvait en divers sens, suivant la direction donnée à l'axe visuel, de telle sorte que le malade pouvait indiquer d'une manière déterminée le changement de place du corps étranger. Ce produit semblait toutefois fixé par l'un de ses points. Helmbrecht pensa qu'il se trouvait au devant du cristallin, baigné dans l'humeur aqueuse. A quelque temps de là, le malade fit une chute de voiture, dans laquelle l'objet déterminant cette image fut détaché et flotta librement dans la chambre antérieure. Le chirurgien, consulté à cette époque, jugea opportun de faire la paracentèse de la chambre antérieure, dont le liquide, en s'échappant, entraîna avet; lui la production morbide. Examiné à un grossissement de 250 diamètres, on y reconnut des cylindres confervoïdes et des séries despores disposées en chapelet

M. Robin, rapportant cette observation, la fait suivre d'un point d'interrogation, indiquant ainsi le peu de confiance qu'il lui accorde. Telle est aussi notre manière d'apprécier ce fait ; nous ne saurions admettre qu'on ait eu affaire ici à un parasite végétal ; nous sommes fortement porté à croire, au contraire, qu'on aura pris pour tel un exsudât inflammatoire, résultant

d'une iritis antécédente. Nous nous refusons donc a. admettre l'existence de productions végétales à l'intérieur de l'œil, bien que Neuber dise, à propos de cette observation, qu'elle confirme ce qu'il a écrit en traitant de la cause des taches ou mouches volantes, dans son mémoire sur ce sujet de pathologie oculaire. Pour Neuber, celles-ci reconnaissent pour cause une végétation parasite, qui doit avoir quelque ressemblance avec les conserves ou les algues microscopiques. 11 indique en môme temps, comme moyen de 1er, faire disparaître, la paracentèse de la chambre antérieure de l'œil. (Neuber, Confervenartige Afterprodukte in Wockenscrift Von Caspcr, 1842, n° 33.)

§ 2 . Du Leptothrixdans les conduits lacrymaux • . — Le leplothrix est jusqu'à présent, le seul parasite végétal qu'on ait rencontré dans l'œil, et c'est dans les voies lacrymales seulement qu'on l'a observé; presque toujours c'est dans le conduit lacrymal inférieur qu'il s'est développé; une fois il s'est montré dans le conduit supérieur, et une seule fois aussi il occupait le sac lacrymal.

Le leptothrix est une algue du groupe des chlorospermées. 11 est constitué par des filaments simples, non rameux, non engainés, non mobiles, non adhérents, à sommet non atténué. Ces filaments sont droits ou courbés, quelquefois' coudés brusquement, incolores, élastiques, disposés en faisceaux., à base placée dans une gangue amorphe. Leur diamètre estd'environ un millième de millimètre, et leur longueur de un deux centièmes à un centième de millimètre (Bocquillon).

Le leptothrix, développé dans les conduits lacrymaux, se présente sous l'apparence d'une tumeur, pouvant dépasser le volume d'un gros pois, et offrant, à première vue, une très-grande ressemblance avec un orgeoiet. Généralement, la conjonctive de l'angle interne de l'œil est injectée, et les parties circonvoisines sont tuméfiées, ce qui augmente encore l'analogie des deux espèces de tumeur. Cependant, le doute ne saurait sub-

sister longtemps : la production parasitaire se trouve située sur le trajet du canal lacrymal et proémine surtout vers la conjonctive distendue en cet endroit, tandis que l'orgeolet tend vers l'extérieur. Au loucher, on sent une tumeur cylindrique, dure, peu compressible, et la pression fait sourdre par le point lacrymal, généralement élargi, un peu de pus ou de muco-pus, mais jamais pourtant la gro-seur ne se réduit complètement. Sehirmer seul, dans le cas qu'il a observé, a noté qu'en comprimant la tumeur on faisait sortir par le point lacrymal une masse jaune, qui ne se laissait pas enlever et qui rentrait dès. qu'on

sait la compression. On remarque à la paupière un changement le long du conduit; il y existe un gonflement : le contact avec le globe est moins intime, et il y a un indice d'ectropion, lorsque l"œil est dirigé en haut. Si par l'orifice extérieur, rouge et dilaté, du canal, on introduit un stylet pour en faire le catéthérisme, on se trouve arrêté par un obstacle, et si l'on y injecte de l'eau, on la voit refluer, preuve que la tumeur occupe le conduit lui-même.

Lorsqu'on abandonne l'affection à elle-même, il se manifeste peu à peu ou subitement, après un refroidissement, une forte blennorrhée du canal, et le gonflement inflammatoire devient plus prononcé. La partie intéressée se montre alors très-sensible à la palpation, et l'occlusion palpébrale est douloureuse.

Pour de Graefe. le champignon apparaît d'abord, entraîne à sa suite l'obstruction du conduit lacrymal, et, comme conséquence, une sécrétion purulente. La plupart des malades ont indiqué un épiphora, qui avait précédé l'irritation de l'angle interne de l'œil ; mais, dans bien des cas, ce larmoiement s'esl ensuite dissipé, et généralement, pour tous symptômes subjectif-, en n'a noté qu'une sensation de légère pression et une démangeaison peu vive, rarement de la douleur.

Comment le leptothrix parvient-il dans les voies lacrymales? Vient-il du dehors ou serait-il importé dans l'œil avec la salive, que beaucoup de personnes y mettent comme un remède

souverain? L'identité du leptolhrix buccaUs et du champignon

qui n ;.je porterait à faire croire à c s ne.

Le traitement consiste dans la section longitudinale du conduit, l'enlèvement du parasite, et dans le passage, pendant quelque temps, d'une sonde d'Anel. On a trouvé le canal lacrvmal plus ou moins dilaté en forme de sac, à partie plus étroite vers le point lacrymal, où le corps étranger était plus voisin des p.. linairement, l'embouchure dans le sac la-

crymal était ouverte.

Obs. XXII. — Concrétions dues à la formation de champignons dans le conduit lacrymal inférieur, par de Graefe.

ï ne dame présentait dans la région du point lacrymal inférieur, une tumeur un peu plus volumineuse qu'un grcs pois. La compression et les injections par le point iacrymal n'avaient aucune action sur la position de cette tumeur. Après avoir introduit ul Anel, on

parvint dans une petite cavité* occupée par cette tumeur, qui s'était développée du côté de la conjonctive, fortement amincie en cet endroit. Une ouverture ayant été pratiquée sur la conjonctive, une légère compression en fit sortir trois concrétions, qui avaient chacune la seur d'une demi-lentille. La petite cavité sembla alors complètement vide, et l'on put pénétrer facilement au moyen d'un stylet d'Anel le dans le sac lacrymal. En examinant ces petites productions au microscope, on y reconnut l'organisation des champignons. Le jour suivant quatre nouvelles concrétions sortirent encore par la plaie conjonctivale. Trois jours plus tard deux concrétions, presque aussi fortes que entes, furent de nouveau évacuées, et enfin trois autres

après cinq je - toute espèce de tuméfaction avait disparu sur

la conjonctive, et la plaie se cicatrisa complètement.

Obs. XXIII. — Leptothrix dans le canal lacrymal supérieur, par ^ehirmer (Archiv fur Ophthalmologie, Bd. I, Abth. i, p. 284).

Raet: le 48 ans, se plaint depuis longtemps de douleur

et de démangeaison à l'angle interne de l'œil gauche. La caroncule et le repli semi-lunaire sont un peu rouges ; les points lacrymaux sont ouverts sans être élargis ; la région du sac lacrymal n'est pas tuméfiée, mais, au-dessus et en dedans du point lacrymal supérieur, on voit une petite tumeur offrant l'aspect d'un orgeolet. La cession,

à ce niveau, fait sortir par le point lacrymal une masse jaune qui ne se laisse pas enlever, et qui rentre dès qu'on cesse de presser. L'auteur sectionna longitudinalemeni le conduit, ce qui donna issue à de petits noyaux, au nombre de seize, d'un jaune clair, ressemblant à des grains de framboise. L'auteur, examinant ces corpuscules à l'aide du microscope, y trouva les éléments du leptothrix buccalis.

La question du leptothrix dans les voies lacrymales semble s'entourer d'un nouvel intérêt, depuis les travaux d'Eberth et Straumann. Ces auteurs ont récemment entrepris des recherches sur l'action des différents corps sur la cornée. Dans une de leurs expériences, ils ont implanté dans le tissu de cette membrane des corps en putréfaction, la matière des dents cariées entre autres. Ils ont observé, en ce cas, que la cornée entrait en suppuration avec une rapidité effroyable ; la perforation survenait souvent au bout de quarante-huit heures. Or, on sait que le leptothrix existe dans les dents cariées. Du moment que ce champignon se trouve dansles conduits lacrymaux, il est possible aussi qu'il puisse s'inoculer, dans ces conditions, à la cornée ; pour cela, toutefois, il faut que celle-ci soit dépouillée de son épithélium en un de ses points. Quelques auteurs tendent aujourd'hui de plus en plus à admettre que les kératites graves sont souvent dues à une inoculation, et certes les parasites végétaux doivent entrer ici en ligne de compte pour une large part ^De Vecker, Leçon orale).

Index bibliographique. — Archiv fur ophthalmologie, Ed., I, Abth., I, p. 284; Id., 1858, p. 294 et Ann. d'ocul. t. XXXIX, p. 168; Archiv fur ophthalmologie, Bd. XV, Abth. I, p. 324,34-2, par de Graefe; Id,,p. 318, parFœrster; Klinische Monatsblàtter fur Augenheilkùnde (1871), et Ann. d'ocul., t. LXVIII, p. 245, par Schirmer ; Ann. d'ocul., t. Vil, p. ioO, par Desmarres (i).

(1) Mémoire sur les dacryolithefi de la conjonctive, des voies lacrymales et du canal nasal. En lisant ce travail, on est convaincu que dans plusieurs des faits, dont on rapporte l'observation, il s'agissait de tumeurs produites par des amas de champignons plutôt que par des corps véritablement calcair

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