‹ Des parasites de l'appareil de la visionChapitre 11 sur 12 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES AFFECTIONS DETERMINEES PAR LA PRESENCE DE DIVERS INSECTES DANS LES ANNEXES DE L'ŒIL.

§ 1. Larve de la mouche à viande. — La mouche à viande vient quelquefois, soit pendant le sommeil, soit à l'état de veille, reposer sur les yeux et dépose ses œufs entre les paupières. Par leur éclosion ces œufs donnent naissance à des larves, qui peuvent occasionner des accidents plus ou moins graves, comme nous l'avons indiqué à l'historique de la question. De nos jours pourtant, ces affections sont excessivement rares et nous n'avons pu en recueillir que quatre faits, dont trois ont été rencontrés en France et le quatrième à l'ile de Puerto -Rico. Dans cette dernière observation, rapportée par Carron du Villards (1), il s'agissait d'une jeune fille atteinte depuis quelques semaines d'une « ophthalmie palpébrale > ayant son siège principal au grand angle de l'œil, accompagnée d'écoulement purulent fétide et de démangeaisons insupportables. Fatiguée de montrer son œil à différents médecins du pays, elle se rendit auprès du médecin français, résidant alors à Ponce. A la première inspection, Carron du Yillards reconnut la cause du mal et déclara qu'il s'agissait d'une larve de mouche à viande, dont il distinguait les crochets mandibulaires au rebord d'un trajet comme fistuleux. Au moyen d'une petite pince il chargea l'insecte par la tète et la retira au dehors, non sans quelque peine, car la larve était de beaucoup plus grosse que l'ouverture de

(1) Ann. d'oculistiq., 1856, t. 35, p, 265. Observation recueillie par le Dr Tettamanzi.

la fosse où elle était logée. C'était une larve apode, ayant neuf lignes anglaises de longueur, pourvue de treize anneaux, recouverte de poils et munie d'un appendice respiratoire caudal à trois branches ; sa tète était armée de deux crochets mandibulaires très-forts et noirs. — Tout mal disparut tôt après l'extraction du parasite.

Dans les autres observations, qui présentent entre elles une très-grande analogie, les désordres furent bien moins marqués, sans doute à cause du séjour peu prolongé des parasites. Bans les trois cas les larves occupaient le cul-de-sac palpébral supérieur et avaient provoqué une conjonctivite traumatique, dont le début coïncida avec le dépôt probable des œufs. Dans chacun de ces faits, en effet, le malade a eu parfaitement conscience de quelque chose qui lui avait effleuré ou légèrement frappé l'œil et toujours à partir de ce moment les souffrances se sont déclarées. L'incubation des œufs parait avoir été de très-courte durée ; à chaque fois le malade s'est présenté au médecin vingt-quatre heures après les premières douleurs et déjà les larves existaient en grand nombre sous les paupières : au nombre de huit dans deux des observations et de dix dans l'autre. — Pour débarrasser l'œil de cette engeance, il suffit d'ectropionner la paupière supérieure, ce qui permet de voir les larves à découvert; si après cette manœuvre, on craignait qu'il n'en restât au fond du cul- de- sac, on pourrait y pratiquer des injections d'eau pour entraîner au dehors tous ces corps étrangers. L'inflammation concomitante de la conjonctive disparait facilement, d'après l'adage : sublatâ causât tolhtur effectus.

Obs. XX. — Ophthalmies occasionnées par des insectes existant sous les paupières, par Armand B..., chirurgien à Nogaro (Gers).

Le 24 juin 1844 je fus consulté par une jeune femme de la campagne, qui se plaignait d'une vive inflammation de l'œil droit : cet organe était en effet très-rouge, tuméfié et larmoyant. Ce désordre datait

du 22; le 23 elle avait consulté son chirurgien, qui pratiqua une sai- . Cette évacuation sanguine ne produisit aucun effet, et une seconde fut proposée, mais le malade ne voulut pis s'y soumettre et vint me trouver. Sur la demande que je lui fis, si aucun coup n'avait pu déterminer le mal, elle me dit que le 22. vers neuf heures du matin, étant occupée à couper du seigle, elle avait ressenti un coup assez léger, h la vérité, dans l'œil et qu'aussitôt elle avait commencé à souffrir. Je crus alors avoir affaire à un corps étranger, et je me mis en devoir de m'en assurer. Après avoir écarta les paupière?, j'aperçus un point blanchâtre; je l'enlevai et le mis sur l'ongle pour le faire voira la malade. A cet instant quel ne fut pis mon étonnement de voir ce. corps en mouvement. Je l'examinai avec attention, et je reconnus que c'était un petit ver. Me rappelant alors que certaines espèces de mouches déposent leurs larves sur certaines parties des animaux, je pensai que ce petit insecte n'était peut-être pas le seul; je fis couler trois goutt-s d'huile d'olive sur le giobe Ue l'œil, et je pus bientôt retirer dix vei,s successivement. Ces petits animaux se mouvaient avec une -se incroyable; ils étaient ronds, assez allongés et plus petits que ceux qui sont déposés par la grosse mouche sur les viandes ; il y en avait dont la tète paraissait avoir un point noir ; ceux-ci semblaient plus vigoureux que les autres.

- la fin du même mois de l'année 1815, une femme conduisit chez moi son fils, âgé de 10 à 11 ans, qui se plaignait d'une vive démangeaison à l'œil depuis la veille. Cette démangeaison était survenue tout à coup, après le contact d'une mouche, qui à peine marqua un temps d'arrêt sur l'organe; cette fois le malade était sur que c'était un insecte qui l'avait touche. J'examinai attentivement, et je découle petits vers tout à fait au fond de la paupière supérieure. J'employai le même procédé que la première fois, et je relirai six vers. Je crus avoir uni ; l'enfant s'en alla sans souffrir. Comme on parla de cela comme de quelque chose d extraordinaire, un médecin eut l'occasion de voir l'enfant, et, en examinant son œil, il aperçut d'autres vers; il mêle renvoya aussitôt, et j'en enlevai encore deux. Depuis lors l'enfant est bien guéri et n'a plus rien ressenti à l'œil. [Ann, •ïo:ul.: t. XV. p. 133, et Abeille médical

Ubs. XXI. — Ophthalmie causée par des vers, par Nicouleau.

Une femme alla prier ce médecin-vétérinaire de lui regarder l'œil, siège de vives souffrances. Ayant écarté les paupières, il vit a\ec éton-

nement un petit corps rampant à la surface du globe; bientôt un autre ver, car c'était un ver, succéda au premier, puis un troisième, puis un quatrième. Quand ils eurent été enlevés, on en vit encore quatre autres s'agiter dans le cul-de-sac palpébral. Des lotions d'eau fraîche suffirent pour dissiper tous les symptômes. La veille du jour où ils s'étaient manifestés, la malade avait tout à coup senti, pendant qu'elle gardait ses vaches, quelque chose de froid, qui lui avait frappé l'œil, comme si une petite pierre y avait été lancée; elle avait entendu en même temps une espèce de bourdonnement. Evidemment les la: avaient été déposées par une mouche voltigeant dans l'air. (Moniteur des hôpitaux, janvier !859.)

£ '2. Phthiriase des sourcils et des cils. — Cette affec-ion, causée par les pediculi pubis, se logeant dans les sourcils et à la base des cils, semble avoir été connue dans les temps anciens, puisque Celse même en parle d'après Carron du Yillards. De nos temps les exemples en sont rares et Ton n'en cite que trèspeu d'observations. — Ces insectes provoquent sur le bord libre des paupières une inflammation chronique, accompagnée d'une démangeaison insupportable, la nuit principalement. On pourrait croire, au premier aspect, à une blépharo-adénite, mais un examen un peu attentif fera toujours découvrir les parasites. Une ou deux frictions avec une pommade mercurielle suffiront pour débarrasser les paupières de cette ignoble vermine. Carron du Yillards qui dans son Guide pratique des maladies des yeux, rapporte quelques fails de phthiriase oculaire, raconte [1) qu'en revenant de Sierra-Leone à Libéria, le Dr Riel, son secrétaire, ayant passé la nuit sur le pont du navire où dormaient plusieurs nègres, eut tous les cils garnis de ces hôtes aussi incommodes que dégoûtants. Tourmenté par une démangeaison très-vive et ne la voyant pas finir, malgré des lavages répétés, il s'adressa à son maître, qui, en lui examinant les yeux, trouva au milieu des cils plusieurs individus de

1) Ann. d'ocul., t. XXXIII, p. 241. Histor. des affections de l'œil, etc., par Carron du Yillards.

l'espèce qui nous occupe. Une application d'onguent citrin tua à l'instant ces insectes repoussants.

Un fait à peu près semblable a été publié dans ces derniers temps (1867) par Steffan (1). Chez un petit écolier de 13 ans, ce médecin a trouvé aux deux paupières, à la base des cils, trois ou quatre pediculi pubis, qui, entourés d'amas d'œufs et d'excréments, simulaient à première vue uneblépharo-adénite. Une pommade au précipité rouge eut promptement raison de ces parasites. — Au dire de cet auteur, et d'après des informations prises par lui, cette affection ne serait pas irès-rare dans les collèges. La remarque peut être fort juste en ce qui concerne les écoliers allemands, il faut môme le croire, puisque Steffan le dit. Franchement ils sont heureux, ces petits écoliers ! Yoilà un point d'histoire naturelle qu'il leur est donné d'étudier sur les yeux mêmes de leurs camarades ! En France on n'est pas si favorisé. Nous croyons, en effet, cette affection, nonseulement rare, mais absolument inconnue dans nos collèges. Au surplus, c'est encore là un de ces privilèges que nous nous garderions bien d'envier à ces voisins.

§ 3. Œstre. Taon. — La femelle de cet insecte, au moyen de de la forte tarrière tubulée qu'elle porte à l'anus, perce le cuir des animaux, pour y déposer ses œufs, qui y incubent, y éclosent sous formes de larves, jusqu'à ce qu'elles se transforment en nymphes. Certaines espèces s'attaquent aussi à l'homme et peuvent déterminer dans les paupières, en y déposant leurs œufs, des accidents souvent assez graves. Carron du Yillards a observé un fait de ce genre. Il a extrait à Léon de los Aid a mas, les larves de cet animal de tumeurs situées sur plusieurs points du corps et dans les paupières, et dans lesquelles elles préparaient leur métamorphose. A ce propos ce même auteur ajoute (1) : « Les malheureux Français, qu'une infâme trom-

(i) Annales d'oculistiq., t. LVIÏI, p. 152, 1867.

(u2) Hist. des affections, etc., Ann. ocul., t. 33, p. 24! et suiv.

perie transporta en Amérique, pour coloniser les Guazacolco, ne trouvèrent dans cet Eldorado tant vanté que déception, misère, maladies, famine et la mort.

Parmi les fléaux de toute sorte qui les assaillirent, il faut mettre en première ligne les insectes parasites de toute espèce, car ils les trouvaient dans leur domaine classique, dans leur essence natale.

Celui qui leur occasionna le plus de tourment fut un Œstre nocturne qui les piquait de préférence aux paupières, aux sourcils et y déposait un œuf, qui, par son développement, occasionnait un phlegmon au milieu de la suppuration duquel se trouvait une larve. J'en ai vu plusieurs conservés dans de l'eaude-vie, et l'on ne pouvait méconnaître qu'elles appartenaient à des Œstres, étant en tout semblables à celles que j'avais extraites à Léon de los Aldamas.

Dès que les colons connurent là cause de ces tumeurs, ils s'empressèrent de les ouvrir pour extraire avec une épingle crochue cette larve, avant son plus ample développement. Ceux qui s'apercevaient de la piqûre la scarifiaient et y introduisaient du tabac mâché ou de la cendre de cigare, remèdes que leur enseignèrent les indiens du pays. »

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