‹ Des passionsChapitre 18 sur 52 · ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ÉDUCATION

Malheureusement l'éducation que reçoit aujourd'hui la jeunesse n'est pas de nature à régler, à réfréner ses passions. On élève'les jeunes gens comme si la vie n'avait pas de lendemain, comme s'il n'y avait pas pour eux d'autres intérêts que ceux d'ici-bas; on cherche à en faire des hommes de science, mais on s'occupe fort peu de leur moral.

Dans la plupart des établissements, l'éducation est confiée à des hommes au moins fort indifférents à ce qui regarde la religion. Il en existe qui sont matérialistes, et qui laissent voir clairement à leurs élèves que s'ils ne se montrent pas devant eux ennemis déclarés des croyances religieuses , c'est que la place qu'ils occupent les oblige à garder encore un certain vernis de religiosité.

Quand au déisme, au panthéisme, on les affiche ouverte

EN GÉNÉBiL. T."

mont, il semble cd vérité que les gouvernements, qui ont pourtant intérêt a se maintenir, ignorent complètement dans quelles conditions ils peuvent le faire. Ils laissent aveuglément

donner aux générations naissantes cette éducation sans principes qui permet à toutes les passions de se développer , qui porte en elle le germe de tous les désordres privés et sociaux.

L'éducation devrait être une arche sacrée, où nul ne pourrait porter la main , sans offrir à la société toutes les garanties possibles. On ne devrait admettre dans le corps enseignant que des hommes d'une moralité à toute épreuve, et surtout profondément religieux. S'il en était ainsi, la jeunesse, nourrie des croyances qui seules peuvent faire de bons citoyens, offrirait à l'avenir de consolantes garanties d'ordre et de prospérité.

Spectacles. — De nos jours, la fureur des spectacles s'est tellement augmentée , qu'il n'est pas une petite ville qui n'ait son théâtre. L'homme ne trouve plus dans l'accomplissement de ses devoirs de quoi remplir son ame. Les jouissances naturelles, qui naissent pour lui de la contemplation de la création, les distractions incessantes que lui procurent ses relations privées et sociales, tout cela est trop fade et trop monotone pour lui plaire. Quoique la vie soit si courte et le temps si précieux, nous passons la moitié de nos jours à apprendre comment gaspiller L'autre. Nous cherchons partout un aliment pour les désirs et pour les passions de notre cœur. Blasés par l'habitude et par la précocité des jouissances , il nous faut des émotions factices, après lesquelles nous courons avec avidité.

.Sous ce rapport, le théâtre convient à merveille à nos besoins, c'est là que la jeunesse va recevoir les premières leçons de volupté , qu'elle va ouvrir sou cœur aux molles langueurs de la passion. Certes on n'y commet pas de mauvaises actions, mais c'est là qu'on s'y dispose. C'est au spectacle de ces intrigues amoureuses que le jeune homme, que la jeune fille, sentent le désir vague d'aimer et d'être aimés ; bientôt ils choisiront un objet sur lequel ils épancheront ces premiers

besoins du cœur trop tôt développés. C'est devant ces scènes menteuses d'une vie qui n'est point la vie réelle , que la sensibilité s'exalte et se fausse. C'est là qu'on va s'initier à toutes les infirmités du cœur, à tous les secrets , à toutes les ruse, de la passion; c'est là qu'on s'intéresse aux coupables, et qu'on voit souvent la vertu, le devoir, sous un aspect au moins ridicule , s'il n'est odieux.

Jamais on ne met en scène l'homme ferme dans le devoir et maître de son cœur; il aurait trop peu d'attraits pour le spectateur. Ce qui lui plaît, ce qui l'attire, c'est la peinture des faiblesses, c'est l'intrigue amoureuse surtout. Le jeune âge voit là comment on séduit , comment on succombe , quels sont les moyens de tromper un époux, de mettre en défaut la surveillance des parents.

Croyez-vous que la jeune fille reste froide devant des scènes brûlantes de tendresse, de désespoir amoureux? Croyez-vous qu'elle ne désire pas souvent être l'héroïne de ces passions excentriques que rêve l'imagination exaltée, et qui sont tout-à fait en dehors des réalités de l'existence? Croyez-vous que le jeune homme voie sans danger ces femmes, entourées du prestige de la scène, se pxétef sans réserve aux situations les plus délicates de l'intrigue? Il faudrait ignorer grandement les dispositions du cœur et la facilité d'impressions du jeune âge ?

A ceux qui voudraient, malgré tout, soutenir que le théâtre n'est pas dangereux, qu'il est au contraire une école de mœurs et de goût, nous demanderons pourquoi tout ce qui peut séduire l'amc par les yeux y est étalé sans réserve ci s;ms pudeur? Quoi ! ce n'est pas une école d'immoralité que ce lieu où la décence est foulée aux pieds , où des femmes apparaissent à peine vêtues, où la moitié du talent de l'actrice consiste à captiver les yeux et à exciter des désirs?

Nous en sommes arrivés malheureusement à ne trouver le vice que dans la grossièreté du langage. Nous avons horreur des mots deshonnêtes, comme nous avons horreur de l'homme qui s'enivre , et de la femme qui jure; mais nous souffrons ,

nous aimons le vice poli, élégant, qui s'insinue dans l'ame avec un certain vernis de belles manières. C'est ce qui l'ai! que nous voyons , que nous écoutons sans rougir tout ce qui se l'ait , tout ce qui se dit au théâtre.

I n moraliste, dont certes l'autorité ne sera pas suspecte, J.-J. Rousseau , a émis cette pensée en parlant des spectacles : « Que pour qu'un amusement fût permis, il fallait qu'il lui nécessaire. » Sans aller aussi loin, nous voudrions seulement qu'il ne fût pas dangereux.

Boulins. — « Il faut des spectacles dans les grandes villes et des romans aux peuples corrompus, » a dit J.-J. Rousseau. De son temps, le peuple lisait moins de romans qu'aujourd'hui, aussi maintenant est-il plus corrompu. Nous ne prétendons pas qu'il le soit plus à la superficie, ostensiblement , mais il l'est davantage au fond. Il s'est défait du cynisme de la ré gence , voilà tout.

Les romans ont tous les défauts du théâtre, moins la mise en scène; ils en ont de plus grands, en ce qu'ils disent au lecteur tout ce qu'on n'oserait dire à l'auditeur. En lisant un roman , on n'éprouve point la honte qu'on éprouverait en entendant publiquement des choses trop libres ou même indécentes. C'est dans ce tête-à-tête qu'il a avec celui qui lit ses ouvrages que l'auteur du roman fait passer les immoralités de toutes sortes, met son> ses yeux les scènes les plus expressives de débauche et de libertinage, et qu'il peut même franchir dans l'expression la réserve qu'exigerait le débit théâtral.

Les romans peignent à leurs lecteurs les charmes d'un état, d'une position , qui ne sont point les leurs ; ils les identifient avec des personnes dont les actions, les aventures, n'ont rien qui tienne au cours ordiuaire de la vie. Les victimes des romans font un échange imaginaire de leur individualité contre celle des héros de roman ; à force de désirer être ce qu'ils ne sont pas , ib finissent par oublier ce qu'ils sont réellement , et tel esl le secret du vertige qui vient troubler leur raison.

C'csl i li lecture de ces productions que dous devons cette

foule innombrable de prétendus artistes, de femmes incomprises, déjeunes gens misanthropes et fatigués delà vie. C'est grâce à ces livres que tant de femmes jouent de funestes rôles dans des intrigues qui compromettent à la fois leur honneur, leur repos et la paix de leur ménage. Ce sont les romans qui poussent tant de malheureux au suicide, tant de coupables au bagne et à l'échafaud.

Ce sont les romans qui jettent à la prostitution le plus grand nombre de ses victimes, qui souillent les plus belles existences, les plus pures et les cœurs les mieux prédestinés par Dieu au bonheur et aux douces jouissances de la vertu. Car le plus souvent ce sont des âmes d'élite qui succombent , celles que la nature avait le mieux ornées ; les autres échappent au danger a couvert sous leur apathique indifférence et leur nullité morale.

Journaux. — Une des plaies les plus profondes de notre époque, c'est le journalisme. C'est un des plus puissants moyens de corruption qui existent : et certes, il use bien largement de cette puissance pernicieuse. C'est lui qui imprègne les masses des plus désolantes doctrines, qui sape les croyances les plus saintes et les plus conservatrices.

Les hommes ont une tendance fatale à aimer ce qui est en opposition avec le pouvoir, quel qu'il soit; avec l'autorité politique ou religieuse , et c'est là ce qui constitue la force des journaux d'opposition. C'est en flattant les passions qu'ils réussissent , c'est en faisant appel aux mauvais penchants qu'ils se font des prosélytes. Deux ou trois ambitieux n'ont qu'à publier un journal, invectiver l'autorité , attaquer ce qui est honorable, insulter les croyances religieuses, et bientôt ils seront à la tète d'un parti. Honteux succès sans doute, mais à la longue il mène au pouvoir, à la fortune, on arrive à des places ou bien à vendre son silence. Le journalisme de province nous parait plus honorable sous ce rapport que celui de la capitale ; en général il écrit d'après ses convictions.

Le journalisme pénètre dans la chaumière et dans les châ-

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teanx ; dans le cabaret de village et dans les calés de nos villes. C'est lui qui s'adresse aux désœuvrés et principalement aux ignorants; c'est lui qui leur donne des opinions sur toutes les questions , un certain nombre de formules adaptées à tous les sujets. 11 est arrivé au dernier degré d'impudeur et de mauvaise foi ; il se fait corrupteur par système.

Il y a quelque chose d'exorbitant dans le droit qu'on laisse presque sans contrôle à certains hommes de se faire les directeurs de l'opinion publique, et quelque chose de dérisoire dans cette prétendue mission de quelques individus qui se posent ainsi au milieu de leurs concitoyens , et dévastent moralement les villes et les campagnes.

Il y a tant d'hommes qui croient ce qu'ils lisent , tant qui ne peuvent pas vérifier les assertions qu'on leur jette, que l'influence des journaux est immense. Sous prétexte d'apprendre a tous les citoyens quels sont leurs droits, de les éclairer sur leurs devoirs , ils les poussent au désordre et à la haine de l'autorité; ils entretiennent dans les masses une agitation vague , un malaise indéfinissable qui s'opposent incessamment au maintien de l'ordre et de la sécurité publique. Sous prétexte de détruire les préjugés , ils éteignent la foi populaire, ils tournent en dérision les choses saintes, ils insultent les croyances les plus vénérées, les hommes les plus recommandables.

11 existe de bons journaux, par conséquent de bons journalistes; mais en vérité le bien n'équivaut pas au mal , et tout bien compensé , reste au sein de notre ordre social une plaie horrible et des plus dangereuses pour l'avenir; il faut que les douceurs de l'ambition , que les séductions qu'elle exerce soient bien puissantes, pour que des hommes consentent à se faire corrupteurs systématiques de la société , pour qu'ils prennent la responsabilité du mensonge politique ou religieux.

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