‹ Des passionsChapitre 17 sur 52 · INDUSTRIALISME · texte numérisé non relu

INDUSTRIALISME

Chaque époque a ses tendances particulières , la notre esl rongée par un mal profond, horrible pour qui sait en prévoir les conséquences, ce mal c'est l'industrialisme. Aux yeux du moraliste surtout . cette plaie est effrayante pour l'avenir. I>e toutes parts , les hommes se jettent dans le gouifre de l'indus-

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trie; ils ne voient plus, comme l)iit de leurs efforts, que l'intérêt personnel, et le plus déplorable égoïsme succède aux nobles sentiments de l'ame.

Partout les machines ont remplacé les bras, partout l'ouvrier cesse d'être l'agent intelligent de son œuvre, il devient un rouage et s'abrutit. Bientôt, grâce aux perfectionnements, dix hommes feront l'ouvrage de dix mille , et la misère étendra sa griffe sur la classe travailleuse et pauvre de la société. La richesse sera la proie de quelques industriels puissants, qui exploiteront, au profit de leurs passions, de leur ambition , les troupeaux de serfs enrégimentés dans leurs usines.

Dans ces cloaques, le corps perd sa santé, l'ame, sa pureté native. La misère, la débauche, ravagent l'organisme et la pensée. L'homme dégradé, abruti de plus en plus, s'éloigne du type originel. Déjà nous marchons rapidement dans cette voie funeste , et les améliorations matérielles devant lesquelles nous nous extasions sans cesse, tendent à nous y précipiter de plus en plus.

Bientôt un vaste réseau de chemins de fer va envelopper le le monde. De tous côtés , on nous prône les immenses avantages de ces nouvelles voies de communication. Sans aucun doute , les hommes feront une grande économie de temps ; l'important serait de savoir s'ils en trouveront davantage pour être heureux. Nous pensons que , sous bien des rapports, ces prétendus progrès sont des calamités publiques. Ceux qui ne voient que la superficie des choses, qui n'attaquent jamais du regard la profondeur des questions , seront tentés de rire peut-être, et de nous taxer de pessimisme; nous ne croyons pas nous abuser cependant sur les tristes résultats que le règne exclusif de l'industrie nous prépare pour l'avenir.

Qu'arrivera-t-il de l'établissement des chemins de 1er par exemple? Les distances disparaîtront en quelque sorte. Trente lieues seront parcourues aussi rapidement qu'à présent trois ou quatre. Les hommes n'auront plus besoia de demeurer aussi près de leurs propriétés , des lieux où des relation*

d'affaires les appellent ; les nécessités du commerce les forceront à se réunir aux points les plus centraux. Tandis que les villes intermédiaires disparaîtront, Paris et deux cm trois

autres ailles augmenteront dans d'énormes proportions; la province sera forcée de les alimenter sans cesse, au détriment moral el physique de l'espèce. N'avons-nous pas la fatale expérience du passé, ne savons-nous pas comment Paris et Londres dévorent leurs habitants ! Ne savons-nous pas combien ces immenses cités démoralisent peu à peu les nations?

C'est au sein de ces Babylones modernes que vont périr l'innocence et la pureté des mœurs; c'est de cette mer de corruptions, d'immoralités, que débordent sans cesse les flots impurs qui viennent inonder les cités et les campagnes; c'est là que viennent se briser les liens de la famille; c'est là que les affections maternelles et la surveillance publique ne protègent plus la jeunesse contre les dangers du vice; c'est là que les hommes , sans cesse attirés hors d'eux-mêmes par les distractions de toutes sortes qui les environnent, ne s'occupent plus des choses de l'ame, et ne vivent plus que pour leur corps et ses jouissances.

.Nous sacrifions tout aux intérêts matériels et à l'industrie, nous déifions le monde animal, et le panthéisme, cette expression grossière des tendances de notre époque, s'empare de nos écoles philosophiques.

Nous sommes orgueilleux de notre science, et certes elle est incontestable; seulement , elle est tout entière appliquée à la matière. Nous tournons toutes nos facultés vers les connaissances physiques; de plus en plus, nous abaissons l'intelligence devant le corps. Dans ces conditions d'existence, toutes les passions se l'ont jour , l'homme n'a plus qu'un seul but : posséder et jouir. Il perfectionne tous les jours ce qui peut augmenter son luxe, son bien-être physique; il vit comme s'il ne devait jamais mourir , ou comme si la vie terrestre était le dernier mot de sa destinée. Le matérialisme pur n'est pas dans les croyances du grand nombre . mais il est dans la pra

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tique, c'est l'idolâtrie de notre siècle. Nous ne courbons plus nos genoux devant des images de bois ou de pierre ; mais nous courbons nos âmes devant les intérêts matériels , nous déshéritons l'intelligence des sublimités de la poésie, de la religion, pour l'asservir au culte du veau d'or.

Nous dédaignons le penseur, nous nous moquons du prêtre, et nous exaltons les industriels et les mathématiciens. Toute notre jeunesse se jette dans l'industrie ; à peine daigne-t-ellc songer qu'il existe une ame dans l'être humain. Notre société pullule de ces nullités morales, adeptes du négoce, commisvoyageurs de l'industrie. Cette race matérielle, toute dévouée aux intérêts d'ici-bas, est à la fois pleine d'ignorance et de présomption. C'est elle qui parle le jargon stupide des Voltairiens de bas-étage , et traite les plus hautes questions de morale, de politique, de religion, dans les lieux publics , au milieu de l'orgie. Quand la fortune favorise ces hommes, ils deviennent les sommités sociales ; c'est parmi eux qu'on choisit des députés, des conseillers municipaux. Rien n'est meçant comme l'avenir d'une société confiée à de pareilles mains.

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