‹ Des passionsChapitre 2 sur 52 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

duquel je ne dirai pas le sentiment religieux, mais le Catholicisme , fut le fondement tout entier. Je voulais sinon proclamer, du moins reproduire scientifiquement, autant que le comportent les questions que je traite, que les croyances de notre religion , que les récits de nos livres saints , sont complètement d'accord avec les besoins de notre nature , avec les lois qui président à la vie morale et physique de l'homme. Je voulais faire l'histoire de nos passions sous ce double point de vue religieux et physiologique ; les étudier dans leurs rapports avec la vie présente, dans leurs tendances vers la vie future. Pour faire ce travail , que je donne au public comme une œuvre de conscience avant tout , je me suis donc inspiré des croyances de la foi chrétienne. S'il m'avait fallu m'isoler de cette lumière, pour parler le langage de la science livrée à elle-même, certes le courage m'eût manqué. Je ne sais point bâtir dans le vide, et je ne veux pas mettre mon nom sur une œuvre que ma conscience réprouve. En ne traitant mon sujet qu'en médecin et en philosophe, j'aurais agi, vis-à-vis du public, comme un témoin infidèle qui vient tromper la justice en ne disant la vérité qu'à demi.

A mes yeux, la science n'est qu'une chose vaine , qu'une aberration de l'orgueil humain , qu'un chétif édifice d'hypothèses , quand elle n'enfonce pas ses racines dans les vérités religieuses.

Parler de l'homme moral en dehors de ces idées , ce serait oublier le premier chapitre de son histoire, qui doit dire d'où il vient, et le dernier, qui doit dire où

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il va. Ce serait rayer d'un trait de plume son origine et son but éternel.

J'ai puisé mes principes de morale dans l'enseignement de l'Eglise, dans les croyances émanées de l'éternelle vérité, et admis par le bon sens général. Autant que je l'ai pu, j'ai pris dans les auteurs sacrés, dans les pères , les idées que j'émets. L'ancien et le nouveau Testament m'ont très souvent fourni des textes à l'appui des vérités que j'avance ou que je soutiens.

Les moralistes anciens , les modernes, ont été pour moi une source féconde. Les excellentes conférences de l'abbé Frère m'ont servi pour mes généralités.

Pour la partie médicale et physiologique, j'ai suivi les données de la science actuelle, arrivée, quoi qu'on en dise, à un haut degré de perfection.

Quant aux systèmes nouveaux, tels que la phrénologie , j'en ai parlé avec réserve , ne leur accordant que le degré d'importance qu'ils m'ont paru mériter.

Je n'ai rien dit du magnétisme, parce que je ne crois pas qu'on puisse encore formuler de loi à propos des faits extraordinaires qu'il présente, et que personnellement j'admets en grand nombre. Dans l'état actuel de celte science, les hommes sages doivent observer et se défier surtout, car le charlatanisme et l'immoralité en ont souvent abusé. Je suis également éloigné de l'enthousiasme qui s'engoue, et du dédain superbe qui oie sans regarder suffisamment. Quelquesuns m'ont fait le reproche d'avoir étudié ces phénomènes. Quel crime, eu effet, que de vouloir s'instruire ! Us ont lâchement exploité ce reproche confie moi.

Mil PRÉFACE.

Tant pis pour eux ! Une mauvaise action ne tarde pas à punir celui qui la commet. Je suis heureux de la leur pardonner.

Si j'ai donné une nouvelle division des passions , je ne l'ai point fait par envie d'innover, mais parce qu'elle m'a paru vraie, fondée surtout sur l'observation du cœur humain, sur la destination de l'homme et sur les vérités révélées.

On me reprochera peut-être d'avoir fait entrer dans mon cadre, des sentiments, des vertus, qui ne sont pas, à proprement parler, des passions. Ainsi la charité, par exemple. J'ai étudié le cœur humain dans ses instincts primitifs, dans ses passions émanées de l'éducation , de la civilisation. Pourquoi ne l'aurais-je pas étudié sous l'empire de la grâce? Si la charité, par exemple, vient plus encore du secours d'en haut que de l'homme lui-même , une fois qu'elle existe , elle n'en est pas moins un sentiment, une vertu , une passion de son cœur, ou plutôt la sanctification de toutes les passions nobles et généreuses qu'il renferme. Je ne pouvais, ce me semble , me dispenser d'en parler.

Pour traiter ce sujet si vaste, si difficile, j'ai puisé largement fà des sources étrangères; mais je me suis autant aidé de l'observation que j'ai faite des hommes. On observe vite, quand on veut s'en donner la peine; maintenant les événements se précipitent , et les hommes lâchent la bride aux penchants de leurs cœurs. Il est rare que je n'aie pas décrit d'après des types, des modèles que j'aie rencontrés dans la société. Elle nous montre rapidement , à nous médecins, ses joies et ses

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