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PHYSIONOMIE

La physionomie est l'art de juger, par l'inspection des traits du visage, quelles sont les inclinations habituelles et les passions actuelles d'une personne.

La dépendance mutuelle dans laquelle sont l'ame et le corps, fait que tout ce qui agit sur l'un, réagit immédiatement sur l'autre. Dès que le corps éprouve un dérangement , qu'il est en contact avec un objet quelconque, l'ame en est avertie par les nerfs, ces organes si prompts de la sensibilité. Dès que l'ame est modifiée par la passion , son influence souveraine met immédiatement le corps dans les conditions convenables pour obéir à ce qui se passe eu elle. Mais c'est surtout sur les traits du visage que viennent s'épanouir les modifications de la pensée. C'est dans ce miroir fidèle que se reflètent vivement toutes les nuances du sentiment et de la passion.

La face , cette noble partie de l'homme , qu'il porte élevée vers le ciel , est pourvue de tous les organes des sens. La vue, l'odorat , l'ouïe , le goût, le toucher, concentrent en elle toutes les affections dont l'ame est susceptible. Les nerfs nombreux qui s'y ramifient lui donnent une exquise sensibilité, et les vaisseaux qui s'y distribuent, une énergie vitale extraordinaire. C'est là qu'est la vie tout entière ; c'est là que viennent

relater le? feux de l 'intelligence. Partout ailleurs on ne troin e que des formes matérielles, presque sans animation. La face, c'est la seule partie de l'organisation qui soit eu quelque sorte spiritualisée parla pensée; aussi chez tous les peuples, elle est découverte; c'est le livre du cœur, ouvert à quiconque sait y lire.

Les muscles nombreux de la face, destinés à mouvoir, à entraîner les parties molles qui la constituent, combinent leurs actions de mille et mille façons diverses pour donner à la physionomie humaine cette étonnante mobilité d'expression qu'on lui connaît. Chaque passion, chaque pensée, chaque sentiment, les font agir d'une façon particulière. Chaque état de l'ame fait vibrer une des cordes de cet instrument docile.

Si la nature a donné a tous les hommes une physionomie en rapport avec les impressions de leur ame, la civilisation les a forcés à modifier ce que la nature avait fait. Pour que la société soit possible, il faut entre tous ses membres un échange de politesses, d'égards, de procédés nécessaires à la tranquillité commune. Or, ces rapports ne peuvent exister qu'à l'aide de concessions mutuelles qui exigent, de la part des individus, d'incessants sacrifices de leur manière de voir et de sentir.

Ces sacrifices manqueraient leur but s'ils étaient apparents, aussi l'homme ci\ilisé est-il obligé de cacher le plus souvent le véritable état de son ame, au moyen d'une pantomime artitificielle qui n'est, à vrai dire, qu'un mensonge de toute la personne.

Les hommes sont sans cesse occupés à chercher la vérité sous ce vernis trompeur; mais cet art est difficile. Sous l'empire de l'éducation , les traits ont une mobilité que la plupart du temps rien ne motive. Le visage s'anime, l'œil devient ardent, tendre, triste ou colère; la bouche s'entrouvre pour sourire . ou se resserre dédaigneusement; le plaisir épanouit les traits, la douleur les voile de ses teintes lugubres, tandis que lame . immobile et glacée, est occupée seulement à bien mentir, ou mémo le fait par habitude et sans j songer. Aussi voit-on dans

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le monde 1g vice effronté prendre tous les dehors de la vertu : l'homme cruel séduire par la douceur de son langage, par l'aménité de sa figure ; enfin, chacun se composer un visage suivant les intérêts divers qui le dominent successivement.

Chez l'homme de la nature , qui n'a point pris tous les raffinements de notre civilisation , on rencontre une physionomie naturelle et vraie. Ordinairement calme et sérieux, il ne sort de son immobilité que quand des motifs réels l'y déterminent , que quand de violentes secousses de l'amc viennent l'agiter.

Il arrive pourtant un moment où , quelle que soit l'habileté de l'homme qui façonne sa physionomie à ses intérêts , ses efforts sont impuissants. C'est dans ces troubles véhéments que l'ame, dominée, maîtrisée par la passion, n'a plus de puissance, et s'abandonne à l'action qui l'entraîne. Alors le trouble intérieur se manifeste au dehors, la passion soulève et bouleverse l'organisme, les muscles du visage vibrent irrésistiblement sous l'impression de la douleur ou du plaisir. La volonté anéantie ressemble au pilote dompté par la tempête, il ne tient plus son gouvernail , et laisse errer son vaisseau au gré des vents et de l'ouragan.

Les modifications que les passions de l'ame impriment au visage sont de deux sortes, gaies ou tristes. Dans le premier cas, la face s'étend, se dilate, s'arrondit; le bonheur anime tous les traits, il jaillit de tous les points à la fois. L'amc , confiante parce qu'elle est heureuse , illumine de ses clartés la toile vivante qu'elle anime. Dans le second, timide, craintive comme les malheureux, elle se retire et se rapetisse; elle entraine la face , qui perd sa rondeur, devient terne et glacée, se couvre de rides profondes et verticales.

Pour exprimer les affections gaies ou tranquilles, la face est dans le relâchement. Tout est mou, souple et moelleux en elle. Le tendon dort et s'efface dans le tissu cellulaire qui l'environne. Le muscle affaissé repose près du muscle voisin, et la peau, doucement étendue, laisse à peine distinguer Tinter-

t \ GÉNÉRAL. SI

vallc qui les sépare. Partout elle semble glisser, ondoyer mollement; elle adoucit la dureté de l'angle, comble le vieux et donne à tous les traits une angélique douceur, lu sang rose circule dans les vaisseaux capillaires, que rien ne comprime ,

et les teintes les plus suaves illuminent le visage. Ces teintes se marient sans effort, sans brusque transition de la lumière à l'ombre.

Mais si quelque passion triste ou terrible s'empare de L'âme, les muscles se contractent. Tout devient dur et heurté, le tendon raidi se montre comme une corde sous la peau, les angles se dessinent; à la douce sérénité du visage, succède tout-acoup la sévérité de l'expression. Les muscles, repoussés les uns par les autres, forment des saillies brusques; les sillons qui les séparent se creusent et s'enfoncent. La lumière et l'ombre se heurtent d'une manière désagréable. La peau , qui glissait naguère comme une onde qu'efilcure une caresse du vent, monte et descend, s'élè\e et se précipite, passe du relief au creux sans ménagement pour l'œil. C'est comme une eau qui roule sur un sol déchiré par l'éruption d'un volcan.

Au milieu de ce repos et de ces troubles de la physio nomie ; le moraliste étudie la pensée ; il vient saisir les impressions de rame: dans ce miroir fidèle , il voit les secrets du cœur et les mystères de la vie. C'est dans ces états divers que le peintre et le statuaire étudient leurs modèles. L'homme, comme la nature, est beau dans son calme et dans ses tempêtes ; comme elle, il a ses jours sereins et ses jours orageux ; comme elle, il charme, séduit, épouvante; il a des beautés suaves et douces, et des beautés grandioses et terribles. Examinons successivement quelle part chacune des parties du corps a dans l'expression physionomique, et quelle est la signification des sigues qu'elle donne.

Système hleux. — Un système pileux abondant , épais et bien fourni, annonce la force, la vigueur, et, partant, la constance, la fermeté, le courage, l'audace, parfois la dureté Quand les poils sont rares ou nuls , les individus sont en géné-

rai faibles , mous et pusillanimes. Des cheveux soyeux dénotent la souplesse et la faiblesse du caractère ; blonds , la sensibilité, la tendresse; bruns ou noirs, l'énergie, les passions chaudes et lubriques. Plats et fournis, ils sont l'indice d'un esprit épais et lourd. Rouges , ils sont , dit-on , celui de la méchanceté ; contrastant avec les sourcils, celui de la dissimulation.

Fiuot. — C'est le front qui correspond aux facultés élevées de l'intelligence ; les affections et les instincts sont relégués en arrière. Au degïé le plus infime de l'échelle animale, cette partie de la face est absolument nulle. Chez les animaux même les mieux doués, les singes par exemple , elle est étroite, peu élevée et comme rudimentaire. L'homme seul, ce roi du monde par l'intelligence , possède un front majestueux qui, dans les plus belles races de l'espèce , forme à peu près la moitié de la face.

Entre le front étendu , développé en tous sens , presque vertical, de l'homme capable de grandes choses , doué d'un jugement sur, d'une puissante intelligence , et le front bas, étroit et fuyant , de l'homme frappé d'incapacité intellectuelle , il existe une foule de variétés. Chez la plupart des individus, le front tient le milieu entre ces deux extrêmes ; la médiocrité est le partage du grand nombre. Un front large et renflé aux deux angles externes, plus étendu par conséquent en haut qu'en bas, dénote le génie créateur du poète , de l'écrivain, de l'artiste. Saillant dans son milieu , il annonce l'amour de l'étude et la propension à remonter des effets aux causes. Il signifie la ruse , la finesse , quand il est rétréci au niveau des sourcils et renflé vers les tempes. C'est la physionomie du renard , si frappante chez M. Villèle et chez Fouché. Quand , de chaque côté de la ligue médiane , un peu au-dessus des sourcils, il offre un renflement prononcé, il marque ordinairement l'esprit de saillie, la causticité. Sterne et Rabelais sont dis types parfaits de ce genre d'organisation.

Un front droit, très-élevé, mais rétréci, annonce peu d'ima-

^nation, de finesse, mais beaucoup de fermeté el de caractère. Chez la femme, le Iront a'a jamais la même étendue que chez l'homme; ses facilites morales comme ses membres offrent plus de délicatesse, mais moins de puissance. I o front uni, sans aucune ride, est l'indice dune ame froide , superficielle. Les jeunes gens , les femmes, ont souvent le front poli comme une glace. Les émotions, les travaux de l'intelligence, les soucis de la vie ne l'ont pas encore sillonné de leurs rides ; le bonheur ou l'insouciance l'ont toujours épanoui. Des rides horizontales, parallèles et rapprochées des sourcils, sont le résultat de l'attention et de réflexions profondes. Rapprochées de la racine tics cheveux, elles expriment la fierté et le dédain. Nielles existent partout et forment des plis épais, elles indiquent de la paresse et de la nonchalance. Des rides croisées en tous sens , appartiennent à un original, à un imbécile ou i un fou : verticales, situées à la racine du nez, entre les sourcils, elles tiennent à des habitudes de réflexion sérieuse, de pensées profondes , ou bien à des idées de haine et de vengeance.

Sourcils. — Le renflement des sourcils au niveau de l'angle externe de l'œil annonce l'esprit de calcul ; s'il existe au milieu , le goût musical; si les sourcils sont écartés, plats et minces, ils indiquent peu d'intelligence; mais, au contraire, un esprit puissant, quand ils sont rapprochés, épais et bas. Les premiers marquent encore la faiblesse, la timidité, la douceur ; les seconds, la luire et la vigueur. L'homme vif et nerveux, agite par les mouvements de la passion, a des sourcils mobiles et irrégulicrs; chez l'homme froid, ils offrent les caractères opposés. Dans la joie et les passions expansives , les sourcils se dilatent, s'élèvent et s'écartent; dans les passions tristes et haineuses, ils se rapprochent, se crispent et s'abaissent. La colère les gonfle et les rend saillants.

\r.i\ — <;Vst l'œil qui donne a la figure humaine toute son animal ii m ; quand les yeux sont fermes à la lumière, tous les traits sont voilés d'nne lugubre ti istessc . presque plus rien

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ne manifeste la pensée ; l'intelligence , concentrée au-dedans , cesse de se communiquer par ces illuminations soudaines, qui la mettent à nu devant le regard d' autrui. Voyez le pauvre aveugle , il ressemble a la maison fermée de toutes parts ; on dirait que la mort aurait passé là. Privé du langage des yeux, il n'a plus d'éloquence persuasive et animée, il n'est capable que des tristes intonations de la douleur et de la prière.

Les yeux ont été à bon droit nommés les fenêtres de l'ame ; c'est en eux que la pensée vient se montrer avec vérité, quand la bouche altère sa franchise. L'œil sait rarement mentir; le fripon, le criminel, n'osent regarder en face ; il y a dans leur regard, qu'ils baissent ou qu'ils détournent, quelque chose d'indécis qui les trahit et les dévoile ; ils ont toujours soin de regarder à la dérobée. On dit que chez les Chinois , les juges prononcent principalement d'après les indications qu'ils puisent dans les regards des accusés.

La timidité baisse les yeux avec une certaine grâce facile à reconnaître; la bonté les incline vers la terre; la fierté les porte vers le ciel. La colère les allume, les rend menaçants ; l'espérance les dirige doucement en haut ; l'amour les rend plus brillants , les voile un peu, et les projette en avant.

L'observateur doit examiner dans l'œil deux choses : sa forme et son expression. La grosseur du globe de l'œil est àpeu-près toujours la même , seulement l'ouverture plus ou moins grande des paupières donne à cet organe des formes différentes. Quand elles sont épaisses, lourdes et peu ouvertes, elles dénotent en général un esprit pesant et grossier. Quand elles sont très ouvertes, et la sclérotique très apparente autour delà prunelle, l'esprit est ordinairement original et bizarre. Souvent une pareille disposition est le signe d'une affection cancéreuse interne , ou bien il coïncide avec une extrême maigreur. Des yeux largement fendus, voilés et humides, sont l'indice d'une profonde sensibilité; quand ils sont ronds, petits et perçants , ils marquent de la finesse , de la ruse , parfois de la malice et des dispositions à la satire. Très clairs et trans-

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parents, ils annoncent un esprit timide et faible; noirs ou bruns , une anic courageuse et ferme.

Hais c'est surtout l'expression du regard qui révèle mieux que tout le reste quel est l'état de raine. Si les yeux sont toujours vifs et brillants, eela tient plutôt à la constitution qu'à l'expression de la pensée. L'ame n'est point continuellement dans cet état d'exaltation, qui vient se traduire au dehors par le feu du regard. Quand elle n'est pas agitée par la passion , dominée par une pensée forte, l'œil se repose comme elle dans un calme nonchalant] il y a quelque chose de moelleux et de rêveur dans le regard; mais si quelque émotion, si quelque secousse imprévue fait éclater la pensée , le regard éclate a\ ec elle et lance des éclairs. L'œil qui reste toujours terne et glacé, appartient à un homme sans intelligence, incapable d'être ému par la passion ; celui qui s'anime au moindre sujet, qui brille, étincelle ou foudroie sans cesse, appartient à un mime, à un homme superficiel, ou bien h un petit esprit qui vise à l'effet. L'homme dont les yeux ne sont jamais mouillés de larmes est un être sans cœur, incapable d'aimer, et indigne de l'affection d' autrui.

Les larmes sont une puissance ici-bas , rien ne leur résiste, surtout quand elles baignent un jeune et beau visage. On a dit qu'elles étaient à la fois la lance et le bouclier des femmes. Elles coulent dans la joie et dans la tristesse, elles sont à la fois l'indice du bonheur et de l'infortune ; elles tombent silencieusement sur la pierre des tombeaux , et mouillent avec volupté le front d'une personne aimée. Elles implorent la pitié, et désarment la colère; elles sont communicatives : on pleure de voir pleurer. Les larmes sont une harmonie du cœur qui trouve toujours un écho dans celui d'autrui.

C'est dans l'œil qu'on lit la stupidité de l'ame et la froideur d'un cœur de glace ; mais c'est dans l'œil aussi qu'on lit la jouissance, le bonheur. 11 suffit souvent d'un regard pour éveiller une ame endormie, pour poétiser une existence en tière, et l'initier aux espoirs si doux de l'éternité.

Le .nez. — Le nez n'étant point susceptible de se mouvoir , comme les autres traits de la face, mais restant toujours impassible et muet, ne contribue presque pas à exprimer les passions actuelles dont l'amc est agitée; mais il dénote , avec assez de vérité , ce qu'il y a de fondamental dans le caractère et dans les dispositions.

Un nez continu avec le front, sans trace d'enfoncement, d'inclinaison à sa racine, n'annonce ni grandeur d'esprit, ni noblesse de sentiments. Aquilin , il indique la force du caractère, la puissance de la volonté et de la pensée. Quand avec cela il a un dos large et aplati , il est le signe d'une intelligence supérieure. Un nez épaté , incliné sur la bouche , appartient à la luxure, à la gourmandise ; obtus et court, à un esprit simple et facile à duper; petit } maigre et mobile , il annonce le penchant à la moquerie ; gros et charnu , il est un indice de la constitution lymphatique. Quand il est uni comme du marbre et que ses ailes sont fixes , immobiles et peu écartées , il marque l'étroitesse de l'esprit et la froideur du cœur ; si ses ailes sont écartées , vibrantes et minces , elles présagent la volupté, la sensualité. Un nez retroussé est aussi l'indice d'un caractère amoureux; si cet organe est rouge et bourgeonné, il est le signe de l'ivrognerie et de la débauche. La pudeur et la honte couvrent presque subitement le nez d'une très vive rougeur.

Bouche. — De tous les traits du visage, le plus mobile, la bouche est aussi l'un des plus caractéristiques. Elle est le siège du sourire , ce signe gracieux du bien-être de l'amc, cet indice presque certain de la bonté du cœur et de la douceur des mœurs.

Quand la bouche est bien faite, régulière, et que, sur ses bords, s'épanouissent les roses de la santé, elle annonce en général un caractère honnête et bon , un cœur bien placé. Si au contraire elle est irrégulicre, grimaçante et flétrie, elle appartient à quelqu'un qui est dominé, quelquefois dégradé par les passions. Une bouche toujours béante, appartient à la

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bêtise, à la stupidité; contractée, à la fierté, à la suffisance, à la

ruse, parfois à des penchants méchants ou cruels. De grosses lèvres sont un signe de bonhomie. l)e> lèvres minces et affrontées, sout celui de l'ordre, de la régularité; elles annoncent un petit esprit, enclin à la ruse, à l'égoïsmc et aux préjugés de toutes sortes. Quand la lèvre supérieure; grosse et tuméfiée, dépasse l'inférieure, cela peut tenir à une disposition lymphatique ; niais souvent aussi à la faiblesse, et au peu de portée de l'intelligence. Si c'est au contraire la lèvre inférieure qui déborde, on peut présumer le génie et la supériorité. Pendante et renversée, elle coïncide avec la stupidité, ou certaines affections des grands organes.

Le rire est le signe de la joie et de la satisfaction intérieure. Celui qui rit toujours, est d'ordinaire un homme d'un esprit épais et lourd. On rire éclatant part d'une grosse joie et d'une satisfaction matérielle. Le sourire appartient à l'homme d'esprit et de goût, c'est le rire de l'intelligence. Souvent il tient à la bonté, à la bonhomie, quelquefois il sert de masque à la ruse et à la perfidie.

menton. — Si le menton avance un peu, et que la bouche soit légèrement rentrante , la physionomie y gagne en noblesse. S'il est saillant, pointu, il dénote un esprit railleur, saicastique et malicieux. Retiré en arrière, un caractère doux et tranquille. Un menton gros et épais, indique une intelligence très pesante, et celui qui mérite l'expression figurée de mâchoire, est ordinairement partagé de cette lourde conformation.

pommettes. — Des pommettes très saillantes , marquent quelquefois la cruauté, la voracité , surtout quand les masticateurs se dessinent vigoureusement , et font corde sous la peau.

oheilles. — De grandes oreilles plates et char Dues, vont d ordinaire avec un esprit obtus. Lisses et immobiles, elles sont un signe de froideur et d'insensibilité jointes à un pro- Fond égOÏsme. Légèrement séparées de la tète, mobiles et

minces, elles annoncent une intelligence déliée, de la spontanéité dans le caractère , du courage et l'amour de l'indépendance.

cou. — Un cou gros et charnu , existe chez les individus forts, courageux, actifs, portés à la colère; il est au contraire mince et long chez les gens faibles, nonchalants et timides.

extrémités. — De grosses mains avec des doigts épais et charnus, dénotent presque toujours une intelligence faible, un naturel paresseux, quelquefois de la bonté, de la bonhomie. Des pieds longs et larges donnent à peu près les mêmes indications.

FHRÉYOLOGIE.

Le célèbre Gall , médecin allemand , crut remarquer que les affections et les penchants de l'ame développent certaines parties du cerveau qui correspondent à chacun d'eux et viennent se traduire en bosses sur la boite osseuse. Après avoir beaucoup observé, il présenta une classification de nos facultés localisées d'après cette croyance. C'est un abrégé de son système modifié par Spurzheim , que nous allons donner ici. Ce dernier auteur admet 37 divisions.

-1° Amativité, amour physique. — L'organe ou le siège de ce penchant, est le cervelet : on juge de sa puissance par la largeur de la nuque d'une oreille à l'autre.

2° Philogéniture ou attachement pour les enfants. — L'organe de ce penchant, plus développé chez les femelles que chez les mâles, est situé derrière la tète , au-dessus du précédent. C'est à son développement qu'on attribue l'allongement de la tête de la femme en arrière.

5° Concentrativité , habitativité. — D'après Spurzheim, c'est la propension à la résidence, au séjour. L'organe en est très développé chez les écrivains, habitués à concentrer leur pensée dans un style concis, clair et nerveux. Gall confondait cette faculté avec l'estime de soi. L'organe existe au sommet de l'occipital, au-dessus du précédent.

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4° Affectionnivité ou adhésivité. — Ou trouve l'organe de ce penchant, qui est le principe de l'affection cuire les hommes et les animaux, sur les côtés de l'occipital, un peu au-dessus et près de la philogénitore.

5° Combativité. — Cette faculté indique la disposition à la dispute, à la résistance , à l'attaque. Son siège es! au niveau de l'angle inférieur et postérieur de l'occipital, au-dessus et en arriére de l'oreille.

6° Destructivité. — Tendance à la destruction, à la cruauté. Elle réside au-dessus et dans la direction du pavillon de l'oreille. Très marquée chez les grands criminels, les meurtriers, les sabreurs, les duellistes.

7° Secrétivité ou ruse. — C'est une faculté qui , à un certain degré, se nomme prudence, à un autre, duplicité, trahison. Audessus de l'oreille et de l'organe précédent. Prononcée chez les diplomates et les fripons.

8° Acquisivité ou convoitise. — L'organe de cette faculté est au-dessus et un peu en avant du précédent. Il est très apparent chez les voleurs, les pirates, les avares, les collecteurs de tableaux, de médailles, les bibliophiles.

9° Constructivité, aptitude à la mécanique. — L'organe est un peu au-dessus et en arrière de l'angle de l'œil. Prononcé chez les oiseaux qui font des nids , les lapins, les castors, et \e> fameux constructeurs et mécaniciens.

40" Estime de soi, orgueil. — En arrière et au-dessous du sinciput. Cette faculté, unieàl'acquisivité, produit l'égoïsme.

1 1" Approbativité, amour de l'approbation. — Principe de l'émulation, de la vanité, de l'ambition. L'organe est situé aux deux côtés du précédent, et un peu plus bas que lui.

12" Circonspection. — Le siège de cette faculté est au centre de la partie latérale du crâne, entre ceux de la convoitise, de la ruse; de la combativité, de la conscience.

!.">" Bienveillance, bonté. — Ce penchant existe au-dessus du monticule qui surmonte le front, sur la ligne médiane.

I I" Vénération ou respect — On trouve cette faculté au

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dessus de la précédente, au sommet de la tête. Elle est le principe de tout sentiment religieux.

-15° Fermeté, caractère. — Son siège est au sommet de la tête, derrière la vénération.

-IG0 Conscienciosité ou justice. — Cette faculté est placée eu avant de l'approbativité, au-dessus de la circonspection et derrière l'espérance.

17° Espérance, illusion. — L'espérance est en avant de la justice , derrière le merveilleux , et au-dessus de la cou\oitise.

18° Merveillosité. — Cette faculté, principe du sentiment de l'infini, du grandiose, de la superstition, se trouve sur le côté de la tète, au-delà de l'angle frontal.

19° Idéalité, poésie. — Développée chez le poète, l'orateur, l'écrivain, elle existe au-dessous et en dehors de la précédente.

20° Gaieté, esprit de saillie. — Cette faculté, qui porte à tout considérer sous le côté plaisant, a son siège sur le côté du front, entre le merveilleux, l'idéalité, l'imitation, la causalité , la musique.

21° Imitation. — L'imitation est située sur les deux côtés de la bienveillance, près du merveilleux. On la trouve très marquée chez les acteurs, les peintres de portraits, les paysagistes.

22° Individualité. — Située au milieu de la partie infé rieure du front, au-dessus du nez et des sourcils, elle est la source de la mémoire des faits et de la tendance à individualiser.

23° Configuration ou forme. — Cette faculté dispose à saisir les ressemblances, les formes. Elle est très prononcée chez les peintres; plus les yeux sont écartés, plus elle a de puissance.

24° Etendue ou perspective. — L'organe de l'étendue est placé au côté interne de l'arcade orbitaire. On le trouve proéminent chez les peintres, les ingénieurs, les généraux.

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25° Pesanteur ou résistance. Faculté qui dispose à garder l'équilibre, et à mettre les corps en état de le garder. Elle est située à l'arcade orbitairc entre l'étendue et lo coloris.

26° Coloris ou sens de la peinture. — L'organe du coloris <^t au milieu de l'arcade orbi traire, entre ceux do l'ordre et de la pesanteur.

27" Localité ou espace. — Cette faculté, porte à voyager et a se rappeler les lieux. Elle correspond à un tout petit espace situé au-dessus de la partie-interne du sourcil et de la racine du nez.

28° Calcul, nombre. — La faculté du calcul a son siège à la partie externe de l'arcade orbitaire .

2'.)" Ordre ou arrangement. — L'organe de l'ordre est sur la même ligne que le précédent et en dedans. Il est développé «lie/ les faiseurs de collections, les célibataires, les femmes.

30» Éventualité, conjecturalité. — Elle est située au milieu du front , forme les grands politiques, les bons médecins, les historiens judicieux.

."I" Temps ou durée. — Aptitude à mesurer le temps, à se rappeler les dates. L'organe a son siège au-dessus du milieu du sourcil.

52° Tons ou mélodie. — Cette faculté existe à l'angle externe du front, un peu au-dessus du sourcil.

55° Langage ou mémoire des mots — La marque de celte faculté est la proéminence de l'œil. Plus un individu l'a saillant, plus il a d'aptitude à retenir les mots, à apprendre les langues.

.">'»>' Comparaison, similitude. — Au milieu du front, audessus de l'éventualité. L'organe est développé chez les orateurs et les écrivains.

55° Causalité, esprit philosophique. — L'organe est au haut du front, sur les côtés de celui de la similitude. C'est a lui tpie sont dus les systèmes, les explications et les hypothèses qui établissent un rapport entre les causes et les effets.

."('•" Minieniivité. coût matériel. — L'organe de l'alimcn-

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tivité, placé sous les masticateurs, et probablement confondu avec eux, est situé devant l'oreille, un peu au-dessus de l'arcade zygomatiquc.

57° Biophilie, amour de la vie. — Le siège de cette faculté est au niveau de l'alimcn tivité derrière l'oreille, sous les organes de la destructivité et de la combativité.

Nous venons de passer très succinctement en revue toutes les divisions qu'établit la pbrénologie. Une chose surtout nous a paru extraordinaire. I' nous a semblé que les pbrénologistes ont pour la commodité de leur système, localisé tous les penchants, toutes les affections de l'ame aux points extérieurs du cerveau ; qu'ils ont déshérité toute la partie inférieure, tout ce qui correspond à la base du crâne, de la faculté de représenter aucune des puissances de l'ame. Ce fait est grave à nos yeux , et nous porte à croire que ce système est une création de l'esprit, enfantée en dehors d'une observation rigoureuse et exacte des faits.

Quand môme chaque portion du cerveau représenterait une faculté, la pbrénologie nous semblerait une science vainc et futile. Si deux ou trois organes sont déprimés, l'organe voisin fera saillie sans qu'il y ait en lui puissance réelle. Si plusieurs organes voisins sont uniformément développés , aucun d'eux ne sera appréciable.

Quelles que soient les facultés de notre ame , il faut quelles se manifestent par l'action, que l'énergie vitale vienne à leur aide; et si les tempéraments, les constitutions, l'âge, le degré de force , l'alimentation et une multitude d'autres causes peuvent modifier leur développement, que devient la pbrénologie avec ses déterminations absolues?

Maintenant que l'engouement est passé, elle est moins affirmative et plus prudente. Elle ne dit plus, vous avez tel talent, telle passion : mais bien,, vous êtes capable d'acquérir tel talent, d'éprouver telle passion, pourvu qu'aucune influence n'y vienne faire obstacle. On conçoit que de semblables

pronostics n'exposent pas beaucoup à l'erreur. On dit encore, l'organe est très puissant, mais il est paresseux; il est neutralise par d'autres.

L'exercice de certaines facultés peut développer plus ou moins les organes , nous croyons qu'on peut approximativement lire certains laits généraux dans certaines données physiologiques générales ; niais nous répugnons essentiellement à la localisation morcelée de nos facultés. Nous avons peine à croire à la vérité d'un système, qui matérialise en quelque sorte l'intelligence, et dont l'absolutisme tendrait à nier en partie, l'influence des causes morales et l'indépendance de la volonté, en la soumettant à des nécessités mathématiques.

S'il y a quelque chose de vrai dans cette science, ce doit être : que c'est la faculté qui développe l'organe, et non pas l'organe qui règle et influence la faculté. Nous voulons eu tout et toujours la suprématie de l'intelligence et l'inviolabilité du libre arbitre.

FACULTÉ D'AIMER

L'amour, on la faculté d'aimer que nous avons considérée comme la souche de toutes les passions de l'homme, se divise en deux branches principales. L'une se dirige vers lis créatures et se réfléchit vers le moi , l'autre se dirige -sers le créateur. La première a trait aux intérêts de l'homme organique et à la vie terrestre; la seconde s'occupe des intérêts de l'être intelligent et songe à la vie future.

L'amour inférieur, celui qui tient à l'être organique, cherche à tout ramener au bonheur physique et à la sensation ; il a pour but l'individuel, le fini , le contingent. L amour supérieur, celui qui tient à l'être intelligent, tend à l'union avec l'infini; il cherche à se rapprocher de plus en [dus du bien , du vrai . de Dieu en un mot. Ces deux amours ne sont point

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contradictoires, ils sont même nécessaires dans l'homme, parce qu'il correspond à deux mondes comme nous l'avons établi. C'est entre eux qu'ont lieu les combats de la chair et de l'esprit; tous deux l'ont effort pour entraîner l'ame dans des directions opposées. Quand elle obéit à l'amour inférieur, elle se matérialise et se rapproche de l'animalité brute, elle devient l'esclave du corps et des besoins physiques ; quand, au contraire, elle suit les impulsions de l'amour supérieur , elle se perfectionne , en se rapprochant de Dieu.

Aucun de ces deux amours ne doit et ne peut absorber l'autre. Sans la tendance vers l'organisme, l'individu meurt; sans la tendance vers l'infini, l'intelligence s'abrutit.

Ainsi que nous l'avons vu , ce sont les expressions diverses de la faculté d'aimer qui constituent les passions humaines (*).

Au seuil de l'existence, l'homme n'éprouve que des besoins matériels , les premières lueurs de sa faculté d'aimer se dirigent vers les satisfactions grossières du sens du goût. L'instinct de la conservation commence à se manifester ainsi par rapport aux choses les plus nécessaires à la vie physique. L'intempérance est en germe chez lui.

Bientôt il aime la main qui lui procure des aliments, le sein qui le désaltère; il sourit à celle qui lui a donné la vie, à l'ange gardien de son berceau. Le premier hommage de son intelligence appartient aux auteurs de ses jours. Déjà les affections de la famille font palpiter son cœur.

Mais l'horizon intellectuel s'agrandit peu à peu , et la réflexion fait naître chez l'homme le sentiment du moi; il a conscience de son existence, il connaît son individualité ; se comparant aux autres êtres, il se préfère à tous. L'égoïsme a jeté ses racines dans le cœur, V amour de soi est la loi suprême qui le gouverne.

Plus tard, ses instincts sociaux se développent au sein de ses rapports journaliers avec ses semblables. Les aiguillons de

('} Voir le Tableau , page i-î.

EN GENERAI . '.)"

l'amour, les émotions de la pitié, les élans de la reconnais sance te sollicitent intérieurement, il sent qu'il a des frères . «les amis, une compagne sur la terre. L'amour des autres se révèle à lui comme une source inépuisable de jouissances en même temps que de devoirs.

Le voilà donc membre de l'humanité par l'amour aussi bien que par nature; forcé de s'intéresser au bonheur de tous en même temps qu'au sien propre. 11 s'élève au rang de citoyen , s'attache au lieu de sa naissance, à la patrie qui lui garantit ses devoirs et ses droits, par dessus tout à la liberté qui lui assure l'usage raisonnable et volontaire de ses facultés. Dans chaque membre de la grande famille humaine, ] amour des lieux et des institutions est la sauvegarde de la société.

Mais un sentiment étrange, une inquiétude intérieure, immense et incessante lui disent que tous ces objets de ses affections ne sont pas assez pour son bonheur. Des destinées plus hautes que la terre le réclament, son cœur cherche instinctivement l'infini , dévore successivement les éléments des félicités d'ici-bas , et rien ne peut le satisfaire. Cette tendance , jusque-là incomprise, explique la versatilité de l'esprit humain.

Enfin sa curiosité l'emporte dans un autre monde , ses espoirs l'y convient, et bientôt il sent que sa véritable patrie est au ciel. Il s'abîme dans la contemplation et dans l'amour de son auteur, puis redescend sur terre, comprenant sa mission et son but. Son amour pour les hommes s'élève dans la charité jusqu'à l'immolation de sa propre individualité. II devient plus qu'un homme, il est un serviteur, un ministre de Dieu, aimant ses semblables plus que lui-même et son auteur par-dessus tout.

Il a l'énigme de ses tendances , elles lui sont révélées.

Alors la joie, qui est le repos d'une conscience juste et tranquille sur son avenir, vient inonder son ame.

Mais L'homme ici-bas est dans un chemin de douleurs et de humes ; il est l'esclave de la souffrance morale et de la *ouf

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franco physique. Après l'avoir étudié dans ses affections, il faut bien le considérer dans ses haines , c'est à dire . dans les répulsions que le mal lui fait éprouver. 11 faut le suivre dans le désespoir ou la tristesse qui navre son ame quand elle est , malgré ses efforts, assujettie à la douleur.

C'est d'après ces idées et ces faits qui naissent de la plus simple observation du cœur humain, que nous étudierons la faculté d'aimer , ainsi que nous l'avons dit, en parlant de la division des passions.

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