‹ Des passionsChapitre 9 sur 52 · GÉNÉRALITÉS SUR L' HOMME · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS SUR L' HOMME

\ussi le tentateur lui dit, pour flatter son orgueil: « Vous serez comme des dieux , connaissant le bien et le mal . » ( Genèse, ehap. 5, verset 5.) Insigne tromperie, qui ne l'ut hélas ! que trop manifeste pour l'homme, quand il eut éprouvé la peine de son péché. La menace divine fut immédiatement exécutée, et le coupable sentit le joug des sens. « Ils reconnurent qu'ils étaient nus. « (Genèse,, chap. 5, verset 7), ce dont jusque-là ils ne s'apercevaient pas. Mais dès-lors les aiguillons de la chair leur firent sentir leur nudité, et Dieu porta la fatale sentence qui assujettissait à la douleur tous les enfants des hommes. « Dieu dit aussi à la femme : Je vous affligerai de plusieurs maux pendant votre grossesse, vous enfanterez dans la douleur. » (Genèse, chap. 5, verset 46.) Il dit ensuite à Adam : « Vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage, jusqu'à ce que vous retourniez en la terre, d'où vous avez été tiré. » (Genèse, ehap. 5, verset 19.) C'est ainsi que l'homme fut précipité du ciel en terre], qu'il devint l'esclave de l'ignorance, de la douleur et de la mort. C'est ainsi qu'il tomba, des hautes régions où Dieu l'avait placé, sous la puissance du roi de la matière et des ténèbres.

Avant d'aborder ce sujet, à la fois si intéressant et si difficile, nous avions besoin de poser les grandes vérités qui font l'objet des pages qui précèdent. Sans elles, nous ne pourrions expliquer ni comprendre les passions humaines telles qu'elles existent maintenant. Triste apanage de la dégradation que nous subissons , elles ne pouvaient entrer primitivement dans le plan que s'était tracé la divine sagesse. A elles seules, elles suffisent pour nous démontrer évidemment les vérités que la révélation nous enseigne , et qui sont les fondements de notre foi.

Certes, nous ne contesterons pas que les passions n'aient existé avant la chute, dans ce sens que le corps faisait sentir ses besoins àl'ame, la sollicitait à les satisfaire , et l'en récompensait par le plaisir qu'elle trouvait dans l'action des organes. L'homme, être mixte, à la fois àme et corps, devait jouir de tous les avantages dont cette double condition d'existence le rendait susceptible ; mais, comme nous l'avons dit déjà , l'ame dominait le corps, pouvait à son gré maîtriser son action, arrêter ses mouvements. L'entendement, ou la faculté qu'a l'esprit de concevoir la vérité pure, immatérielle, éternelle,

régnait d'une façon souveraine sur l'imagination, sur cette faculté qu'a l'ame de recevoir la pensée par les sens, d'être impressionnée par les organes. Tout était dans l'ordre, et les passions, ainsi gouvernées, entrant dans le plan des œuvres de Dieu, étaient nécessaires à l'homme pour son bonheur. L'ame était simplement unie au corps; depuis la chute, elle lui est assujettie. L'ordre naturel a été détruit par la faute de l'homme, mais il n'en est pas moins l'ordre voulu par Dieu, le type de perfection que nous devons chercher sans cesse à reconquérir. Ce que Dieu avait voulu au commencement, il le veut encore; l'inconstance d'Adam n'a pas pu changer ses desseins éternels. Quoique l'homme ait enfreint la régie, elle n'en est pas moins impérieuse et obligatoire pour le salut. Mais il n'a point en lui-même la force suffisante pour rétablir entre l'ame et le corps ces rapports normaux qui doivent exister ; abandonné à lui-même, il resterait éternellement sous le poids de sa déchéance. L'ordre naturel est détruit, comment pourra-t-il y suppléer? En aucune façon, si Dieu ne vient pas à son secours, car il ne peut ajouter aucune perfection à son être, vu qu'il n'a rien que ce que Dieu lui donne, et qu'il ne lui appartient pas de créer le bien là où il est détruit. Il eût donc à jamais été perdu , si Dieu n'eût réparé l'ordre naturel par l'ordre de la grâce. C'est ici le lieu de faire voir l'erreur de ceux qui prétendent que les passions sont naturelles à l'homme , et qu'il doit s'abandonner à touies leurs impulsions. Ce raisonnement captieux s'évanouit devant les considérations que nous venons d'émettre. Sans doute les passions sont naturelles à l'homme, mais seulement dans l'ordre voulu par Dieu, et sous la domination de l'esprit. Quand il les laisse dominer son ame , et qu'il obéit aveuglément à leurs inclinations, il s'éloigne de l'ordre naturel, qui veut que la matière soit soumise à l'intelligence. Le moyen d'obéir à la nature, ce n'est pas de subir le joug des passions, mais de les soumettre avec le secours de la grâce d'en haut , faite pour réparer, et non pas pour contrarier la nature.

22 DES TASSIONS

Page 1