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Des peines infamantes à infliger aux négriers

‘Abolition légale de la Traite, continuation de cet horrible trafic: Doit- on le punir par la peine de mort ?

| Janresre négrier, non-seulement le capitaine de na-

! vire qui vole, achète, enchaîne, encaque et vend des . hommes noirs , ou sang-mêlés , qui même les jette à:la ; mer pour faire disparaître le corps de délit, mais én-

core tout individu qui, par une coopération directe ou indirecte, est complice de ces crimes. Ainsi, la dénomination de négriers comprend les armateurs, affréteurs, actionnaires, commanditaires, assureurs , colons-planteurs , gérans, capitaines , contre-maîitres, et jusqu’au dernier des matelots, participant à ce trafic honteux.

L’abolition delatraite des Noirs fut résolue à Vienne, dans un congrès, où l’on fit équivalemment. la traite des Blancs, puisque des provinces et des peuples, sans leur consentement, y furent distribués à quelques familles, comme on partagerait des troupeaux de bœufs , et même comptés par têles comme du bétail,

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Quelques législations prononcent des peines afflictives contre les négriers. L’Angleterre les déporte pour quatorze ans à Botany-Bay. Les États-Unis infligent la peine capitale. La France confisque le navire, et déclare le capitaine incapable de servir.

Une ordonnance du 24 janvier 1818 établit une escadre sur la côte d'Afrique, pour empêcher la traite sous pavillon français ; et cependant, sous ce pavillon, la traite continue... Elle continue avec une fureur qui élude et brave toutes les mesures de répression.

Il y a deux ans qu’à la tribune législative on niait ces faits, et l’on menaçait de mettre en jugement M. Morenas qui les avait dénoncés ; l’année suivante, par une seconde pétition, il demanda lui-même d’être livré aux tribunaux, et présenta une série nouvelle de faits épouvantables. Cependant on a gardé le silence sur cette pétition accusatrice et si importante, quoiqu’on ait rendu compte d’une foule d’autres, postérieures en date, et dont un grand nombre étaient d’un moindre intérêt. Que de réflexions suggère un tel si-

lence ! 5x

SE quelqu’un voulait encore élever des doutes sur la continuation de la traite, sous pavillon français et par des Français, qu'il lise la correspondance du cabinet anglais avec les autres gouvernemens : correspondance présentée l’an dernier à la chambre des communes d'Angleterre, publiée officiellement , et résumée dans les ouvrages cités ici en note, dont le second circule à Paris (1).

À (1) V. Abstract of the information recently laïd on the table of

the house of commons on the subjectof the slave -trade, 8°, Lon-

(3) Si la lecture de ces écrits, auxquels dés faits nou: veaux fourniraient un affreux supplément, ne déchiré

Pas son cœur , il n’est pas homme :

c’est un tigre ou un négrier.

Ces prévarications naissent :

1°. De l’imperfection des moyens préventifs et répressifs. Qu'est-ce qu’une croisière sur dix ou quinze myriamètres , près de nos établissemens d'Afrique, tandis que sur mille ou quinze cents myriamètres de côtes non surveillées ; les négriers peuvent exercer leur brigandage (1)?

La crainte d’être capturés, peut-elle balancer l’espérance mieux fondée de ne l’être pas ? La chance de perdre une cargaison est compensée par la certitude d'énormes bénéficessur la vente de celles qui échappent aux croiseurs,

2°. Les prévaricateurs ne trouvent-

ils pas aussi une :

sauvegarde, dans l’incurie et 1

a connivence de cer= tains honimes , chargés par état de les poursuivre? En

traçant ces mots, je me rappelle involontairement quelques écrivains, quelques orateurs courtisans. Ontils émis un reproche trop mérité, une proposition courageuse? vite , ils s’efforcent dé l’atténuer par des complimens, commesi la vérité n’était qu’un badinage. Si l’on n’a pas prévenu ou réprimé le crime, c’est sûrement , disent-ils, parce qu’on ne connaissait pas les faits... ils n’attaquent Pas les intentions... Strément j PSP ST eme plate Saudi cle. 4 711, Le don 1821. De l'Etat actuel de latraite des IVoirs, etc., 8e, Londres,

1821 ; traduit de l’anglais , avec une préface bien pensée et bien écrite , par M. Benjamin La Roche:

(1) Lbid, p. xiv et xv de PAvant-propos.

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elles sont pures , ils en sont persuadés Eh non, vous ne l’êtes pas. Soyez circonspects, pour ne pas blesser injustement les réputations. N'aceusez pas, si vous n'êtes armés de preuves matérielles et positives. Assez de lâchesetinfâmes calomniateurs ,sans exceptermême des dévots, proclameront impunément des 1npostures atroces, démenties par la seule inspection d'un proces-verbal ; mais quand des probabilités s'élèvent à la certitude morale, à quoi bon ces précautionsoratoires, qui semblent inspirées par le désir de conserver sa popularité, sans compromettre une ambition mal déguisée? Ce qu’on vient delire trahit le secret de beaucoup de gens.

La traite est un attentat contre la loi naturelle , qui défend de faire à autrui ce que nous ne voulons pas qui nous soit fait ;

Un attentat contre la loi évangélique, qui, sanctionnant celle de la nature, y ajoute l'obligation de faire pour nos semblables, nos freres , tout çe que nous désirons qu’on fasse pour nous-mêmes (1);

Un attentat contre le pacte social, dont il enfreint les principes ;

Un attentat contre le droit des gens. Que diriez-vous, si des pirates noirs venaient sur vos-côles voler des blancs, les mettre aux fers, et les traîner dans un marché africain pour y être vendus ?

Le négrier , en état d’hostilité contre une portion de l'espèce humaine est plus criminel que l'assassin, car l'esclavage n'étant qu'une agonie cruellement pro-

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(1) Voy. Math., 7, v- 12, bc. 19, V. 19- — Mare, 12, v. 3», et passim.

| (5) longée, la mort est préférable à la perte dela liberté, aux yeux surtout des tribus sauvages. L’homme de lanature

préfère, à tout, son indépendance. Telle est la cause des suicides multipliés parmi lesesclaves. Les planteurs n’ont-ils pas êté réduits à chercher des mesures contre lès tentatives fréquentes des Noirs, pour s’étoufler en avalant leur langue? D'ailleurs, fussent-ils même indifférens sur la perte de leur liberté, le prix d’une chose doit être calculé sur sa valeur réelle. Dérober une somme d'argent à un homme désintéressé, est-ce un crime moindre que de voler un aÿare ?

Presque toutes les nations condamnent à mort celui qui a donné la mort. Cen’est point ici le cas de discuter si la société a droit d’ôter la vie à l’un de ses membres, il suffit d’énoncer que cette question est encore problématique (1): et quand M. de Maistre, dansses Soirées de St.-Pétersbourg , disserte longuement pour démontrèr que la guerrerest divine, que dans la structure du corps social le bourreau est an personnage très-Im— portant ; l’ame épouvantée se réfugie dans ces soctétés dé paix , qu’onne peut s’empêcher d'estimer et d’aimer,

ét qui, en Angleterre, 6m Amérique, s’occupent sans

relàche des moyens d’extirper la guerre, et des «alamilés quien sont les suites inévitables,

Plusieurs fois l’auteur de cet ouvrage :a réclame Tabolition de la peine de mort, surtout le 15 novembre 1792. Il demandait à la Convention que cette barbarie disparûülde notre code.

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(1) Voy. contre la peine ‘de mort, ‘untexcellent Mémeire publié récemment par M. Heiberg.

== PORTE APR ES CRE MAT EE SRE NS EDS PT ï UE ’

Toute peine décernée doit avoir pour but de corriger le coupable, de réparer le mal qu’il a fait, de garantir la société contre ses attentats : le corrige-t-on en lui tant la vie, et rend-on la vie à celui qu’il en a privé? La société est garantie, dès que le coupable est constitué dans l’impossibilité de nuire, parla détention, les fers, les galères de mer, les sonnettes, ou galères de terre, établies en certain canton de la Suisse. L’aspect journalier d’un forçat, condamné à des travaux pénibles, continuels et productifs, est plus efficace pour décourager le crime, et ceux qui seraient tentés de le commettre, que lespectacle effrayant, mais passager, de l’échafaud.

Aux États-Unis d'Amérique , la loi punit de mort les pirates: plusieurs coupables furent exécutés à Boston il y a peu d’années , et quoique cet événement eût produit une très-vive sensation , la piraterie fut exercée ensuite avec plus d'extension et d’audace. L'écrivain qui me fournit ces details y ajoute plusieurs déclarations faites à la barre de la chambre des Communes d'Angleterre. Il en résulte la preuve d’expérience que la peine capitale est inefficace pour prévenir ou réprimer le crime (x).

(1) The Panoplist and Missionary Herald , 8° , Boston , juillet 1820, p. 304.

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