‹ Des Pensées de Pascal (volume 2)Chapitre 21 sur 56 · XXXII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXXII AVANT-PROPOS

qu'il rassemblait. Le cardinal de Bérulle est assurément 4'homme qui a le plus fait pour le cartésianisme en lui donnant l'Oratoire ^ Je Tai déjà tiit: rOratoire a manqué de succomber par fidélité à Descartes et au vœu de son illustre fondateur^ et cependant quelle réunion choisie d'esprits excellents et bien cultivés en tout genre d'études I Sur ce fond si pur se détache Malebranche, ^excessif et téméraire, je le sais, étroit et extrême , je ne crains pas de le dire, mais toujours sublime, n'ei^primant qu'un seul côté de Platon , mais l'exprimant dans une âme toute chrétienne et dans un langage angélique. Malebranche , c'est Descartes qui s'égare , ayant trouvé des ailes divines et perdu tout commerce avec la

* Baillet, dans la vie de Descartes, lîv. 2, chap. xiv, raconte en quelles circon^nces le cardinal de Bérulle connut les desseins philosophiques de Descaries , et quels encouragements il leur donna. Ailleurs, liv. 3, chap. v ; « M. Descartes avoit toujours eu beaucoup de vénération pour son mérite , beaucoup de déférence pour ses avis. Il le considéroit, après Dieu, comme le principal auteur de ses desseins et de sa ^retraite hors de son pays. » Ce furent les Pérès de Condren , Gibieuf et de Labarde qui introduisirent parmi leurs confrères le goût de la nouvelle philosophie. Voyez encore Baillet, et surtout le Père Tabaraud dans son Histoire de Pierre de Bérulle, Paris, 1817, t. ii, p. 187, et dans la Biographie universelle , article Bertille.

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terre \ Saint-Sulpice n'est point suspect. Si Port- Royal est plus grand, si l'Oratoire est plus iustruit, Saint-Sulpice est plus sage. C'est après tout la plus saine école de théologie qu'il y ait eu en France. Voit-on que Saint-Sulpiçe ait proscrit le cartésianisme

* Partout Malebranche reiid témoignage à Descartei , et le défend contre ses ennemis. Recherche de la viriiij liv. 1*', chap. vi : « M. Descartes a prouvé démonstrativement l'existence d*an Dleo, rimmortalîté de nos âmes , plusieurs autres questions métapby* siques, un très-grand nombre de questions de physique, et notre siècle lui a des obligations inCnîes^ur lestérités qu'il nous a découvertes. » Sur l'accord de la foi et de la raison ; Eniretienê sur la métaphysique : « Je ne croirai jamais que la vraie philosophie soit opposée à la foi La vérité nous parle de diverses

manières ; mais certainement elle dit toujours la même chose. It ne fautdonc point opposer la philosophie à la religion, si ce n'est la fausse philosophie des payens... » « Nous sommes tous raisonnables et essentiellement raisonnable?; et de prétendre de se dépouiller de sa raison comme on se décharge d'un habit de cérémonie , c'est se rendre ridicule , et tenter inutilement l'Impossible. » Traité de fnora;le : « Mais, dit-on, la raison est corrompue; elle est sujette à l'erreur ; il faut qu'elle s<i4t soumise à la foi; la philosophie n'est que la servante; il

faut se défier de ses lumières; perpétuelles équivoques (

La raison doit toujours être la maîtresse; Dieu même la suit.... L'intelligence est préférable à la foi : car la foi passera; mais l'intelligence subsistera .éternellement La^ foi sans intelligence, je ne parle pas ici des mystères dont on ne peut ayoir d'idée claire ; la foi, dis-je, sans aucune lumière, si cela est possible , ne peut rendre solidement vertueux. C'est la lumière qui perfectionne l'esprit et qui irègle le cœur. »

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et la philosophie? son plus brillant élève , son élève avoué et chéri est le cartésien Fénelon. Et de nos jours encore, j'ai vu , j'ai connu dans ma jeunesse un pieux et savant supérieur de Saint-Sulpice , en môme temps conseiller de lllniversité , qui croyait suivre la tradition de son ordre et du grand siècle en professant et en recommandanl Taccord de la foi et de la raison. Loin d'être un adversaire de D^cartes^ M. l'abbé Eymery en était un admirateur éclairé. Son dernier ouvrage est un choix de morceaux classiques de Descartes en l'honneur commun de la religion et de la philosophie ^ Ce digne prêtre nas'étak pas fait scrupule de donner aussi de3 Pensées de Leibnitz.^; etLeibnitz c'est Descartes avec nn dmni-

* Pensées de Descaries sur la religion et la inorale: 1811^ Le discours préliminaire est une apolo^e complète et régulière de Descartes. Le sa^nt éditeur est même contre Pascal dans la question obscure si Descartes avait réellement conseillé à Pascal Texpérience de la pesanteur de l'air. U défend aussi Descartes d'avoir préparé la voie à Spinoza.

* Esprit de Leihnitz, ou recueil dépensées choisies sur la reli^ gion, la morale, Vhisioire, laphilosophie^ etc., extrtxites de toutes ses SBuvres latines et françaises ; hyon ^ 1772 ; 2 volumes. Seconde édition en 1783. En 1819 , Exposition de la doctrine de Leibniiz sur la religion , suivie de pensées extraites des ouvrages du même amteur.

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