RAPPORT
A l'académib FBANÇAISB SUR LA NÉCESSITÉ DTJIŒ NOUVELLE ÉDITION
Lu dans les Séances du !«> Avril, 4» Mai, 1er Juin, le* JnUlet, et 1er Août 184i.
Plus d'une fois rAcadémie m'a entendu exprimer le vœu que , pour préparer et soutenir son beau travail du dictionnaire historique de la langue française ^ elle-même se chargeât de donner au public des éditions correctes de nos grands classiques ^ comme on le fait en Europe depuis deux siècles pour ceux de l'antiquité. Le temps est malheureusement venu de traiter cette
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seconde antiquité , qu'on appelle le siècle de Louis XIV, avec la même relig;ion que la première, de l'étudier en quelque sorte philologiquement, de rechercher avec une curiosité éclairée les vraies leçons , les leçons authentiques que le temps et la main d'éditeurs inhabiles ont peu à peu effacées. Quand on compare la première édition de tel grand écrivain du xvii® siècle avec celles qui en circulent aujourd'hui, on demeure confondu de la différence qui les sépare. Où la pensée dans son jet puissant, une logique sévère, une langue jeune et flexible encore , avaient produit une phrase riche , nombreuse, profondément synthétique, l'analyse, qui décompose sans cesse et réduit tout en poussière, a substitué plusieurs phrases assez mal liées. D'abord on avait cru changer seulement la ponctuation , et , au bout d'un siècle, il s'est trouvé que les vices de la ponctuation avaient insensiblement passé dans le texte et corrompu le style lui-même. Un mot, quelquefois même un tour, c'est-à-dire ce qui caractérise le plus vivement le génie d'un temps et d'un écrivain, ayant paru moins faciles à saisir au premier coup d'œil , pour épargner un peu d'attention et d'étude, on a oté les tours les plus vrais, les locutions les plus naturelles, pour mettre en leur place des façons de parler qu'on a crues plus simples , et qui
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presque toujours s'écartent de la raison ou de la passion. Défendus parle rhythme, les poètes ont été un peu plus respectés ; et pourtant , je n'hésite pas à le dire, il y a bien peu de fables de La Fontaine qui soient demeurées intactes dans les modernes éditions \ Mais pour la prose, ne pouvant faire la même résistance , elle a été traitée sans pitié. Où sont aujourd'hui ces longues et puissantes périodes du Discours de la Méthode, semblables à celles de Cinna et de Polyeucte, qui se déroulaient comme de larges fleuves ou comme des torrents impétueux ? On a rompu leur cours , on les a appauvries en les divisant outre mesure. Il appartient à l'Académie française de s'opposer à cette dégradation toujours croissante de nos grands écrivains, et il lui serait glorieux, ce me semble 9 en leur rendant leur pureté première, d'arrêter la langue nationale sur son déclin ^ comme autrefois elle a tant concouru à la former et à la constituer.
Si, un jour, l'Académie accueillait ce vœu, que je renouvelle , chacun de nous pourrait choisir parmi nos bons auteurs ceux qui se rapportent davantage à ses études particulières. Peut-être m'aurait -on abandonné les philosophes. Parmi
' Il faut en excepter celle de M. Walknaer.
eux, je me serais attaché à Descartes et à Pascal, et parce qu'ils me sont plus familiers et parce que je les considère l'un et l'autre comme les fondateurs de la prose française. Descartes Ta trouvée et Pascal l'a fixée. Or, Descartes et Pascal ce sont deux géomètres et deux philosophes ; et c'est d'eux que notre prose a reçu d'abord les qualités qui désormais la constituent et qu'elle doit garder, sous peine de périr.
De tous les grands esprits que la France a produits , celui qui me paraît avoir été doué au plus haut degré de la puissance créatrice est incomparablement Descartes. Cet homme n'a fait que créer: il a créé les hautes mathématiques par l'application de l'algèbre à la géométrie ; il a montré à Newton le système du monde en réduisant le premier toute la science du ciel à un problème de mécanique ; il a créé la philosophie moderne, condamnée à s'abdiquer elle-même ou à suivre éternellement son esprit et sa méthode; enfin, pour exprimer toutes ces créations, il a créé un langage digne d'elles , naïf et mâle , sévère et hardi , cherchant avant tout la clarté et trouvant par surcroît la grandeur. C'est Descartes qui a porté le coup mortel, non pas seulement à la scholastique qui partout succombait, mais à la philosophie ei à la littérature maniérée de la Re-
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naissance. Il est le Malherbe de la prose ; ajoutons qu'il en est le Malherbe et le Corneille tout ensemble. Avant Descartes il n'y a guère que des styles d'emprunt , parmi lesquels se distingue celui de Montaigne, piquant mélange de grec, de latin , d'italien, de gascon, que le plus heureux génie tourmente et anime en vain , sans pouvoir l'élever à la dignité d'une langue. C'est Descartes qui a fait cette langue. Dès que le Discours de la Méthode parut, à peu près en même temps que le Cid, tout ce qu'il y avait en France d'esprits solides , fatigués d'imitations impuissantes, amateurs du vrai, du beau et du grand, reconnurent à l'instant même le langage qu'ils cherchaient. Depuis, on ne parla plus que celui-là , les faibles médiocrement , les forts en y ajoutant leurs qualités diverses, mais, sur un fond invariable, devenu le patrimoine et la règle de tous.
Pascal est le premier homme de génie qui ait manié l'instrument créé par Descartes, et Pascal c'est encore un philosophe et un géomètre. Loin donc de s'altérer entre ses mains, le caractère imprimé à la langue s'y fortifia. Cette régularité géométrique du Discours de la Méthode, qui forme un si frappant contraste avec l'allure capricieuse de la phrase de Montaigne , devient en quelque sorte plus rigide sous le compas de Pas-
s DES PENSÉES DE PASCAL.
cal. Descartes, qui invente et produit sans cesse , tout en écrivant avec soin , laisse encore échapper bien des négligences. Pascal n'a pas cette fécondité inépuisable ; mais tout ce qui sort de sa main est exquis et achevé. Osons le dire: l'homme dans Pascal est profondément original , mais l'esprit créateur ne lui avait point été donné. En mathématique il n'a point fait de ces découvertes qui renouvellent la face de la science , telle que l'application de l'algèbre à la géométrie : le seul grand calcul auquel son nom demeure attaché est celui des probabilités, et Fermât partage au moins avec Pascal l'honneur d'avoir commencé ce calcul '. En physique il a démontré la pesanteur de l'air que Descartes avait trouvée douze ans même avant Toricelli ^. En philosophie , il n'a fait autre chose que rallumer la vieille guerre de la foi et de la raison, guerre fatale à l'une et à l'autre. Pascal n^est pas de la famille de ces grandes intelligences dont les pensées composent l'histoire intellectuelle du genre humain : il n'a mis dans le monde aucun principe nouveau; mais tout ce qu'il a touché , il l'a porté d'abord à la suprême perfection. Il a plus de profondeur dans le senti-
' Montucla, Histoire des Ma1hématiques,t, III, p, 383-386. ' idtd.; t. II, p. 205.
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ment que dans la pensée, plus de force que d'étendue. Ce qui le caractérise, c'est la rigueur, cette rigueur inflexible qui aspire en toute chose à la dernière précision , à la dernière évidence. De là ce style net et lumineux , ce trait ferme et arrêté sur lequel se répand ensuite ou la grâce de l'esprit le plus aimable , ou la mélancolie sublime de cette âme que le monde lassa bien vite , et que le doute poursuivit jusque dans les bras de la foi.
Tels sont les deux fondateurs de la prose française. En sortant de leurs mains, elle était assez forte pour résister au commerce des génies les plus différents, et porter tour à tour, sur le fondement inébranlable de la simplicité, de la clarté et d'une méthode sévère, la majesté et l'impétuosité de Bossuet , la grâce mystique de Fénelon et de Malebranche, la plaisanterie aristophanesque de Voltaire, la profondeur raffinée de Montesquieu, la pompe de Buffon, et jusqu'à l'éloquence fardée de J. -J.Rousseau, avec laquelle finit l'époque classique et commence l'ère nouvelle et douteuse que nous parcourons.
Je regarde donc Descartes et Pascal comme les deux premiers maîtres de l'art d'écrire, et j'aurais aimé à en procurer des éditions fidèles. J'aurais voulu donner de Descartes un petit volume qui comprît ce qu'il a écrit de mieux en français : le
Discours de la Méthode, la préface des Principes, le traité des Passions, et un choix de ses lettres les plus remarquables, collationnées avec soin sur les originaux qui subsistent, et dont plusieurs sont tombés entre mes mains. En effet , toutes les éditions modernes de la correspondance de Descartes , et la mienne comme les autres , ont été faites sur celle de Clerselier, qui ne possédait que les minutes, et non pas les lettres telles qu'elles avaient été envoyées et reçues. On sait que Roberval, qui hérita des papiers de Mersenne et y trouva tant de lettres de Descartes, refusa de les communiquer '. A la mort de Roberval, elles passèrent entre les mains de Lahire, qui les donna à l'Académie des sciences ^, où on les chercherait en vain aujourd'hui. Sorties de là, on ne sait comment, elle se sont répandues partçut. En comparant quelques-unes de ces lettres originales avec les lettres imprimées, on reconnaît avec douleur que la correspondance de Descartes, du moins avec Mersenne , peut être regardée comme encore inédite, non pas sans doute pour le fond des idées , mais pour l'exactitude et la vérité de l'expression. Quant à Pascal, c'est encore bien pis. Si nouspos-
' Préface du t. III des Lettres de Descartes, éd. in•4^ ' Voyez mon édition de Descartes, préface du t. VI.
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sédons les Provinciales dans toute leur beauté et leur perfection , sauf les altérations trop nombreuses que leur a fait subir une ponctuation vicieuse souvent transportée dans le texte, les Pensées, publiées par lambeaux et d'intervalle intervalle, sans cesse augmentées et remaniées, attendent une édition vraiment critique qui recherche et restitue la véritable forme de ces admirables fragments.
Que dirait-on si le manuscrit original- de Platon était, à la connaissance de tdwt le monde, dans une bibliothèque publique ,. et que , au lieu d'y recourir et de réformer le texte convenu sur le texte vrai , les éditeurs continuassent de se copier les uns sur les autres, sans se demander jamais si telle phrase sur laquelle ils disputent, que ceuxci admirent et que ceux-là censurent, appartient réellement à Platon? Voilà pourtant ce qui arrive aux Pensées de Pascal. I^ manuscrit autographe subsiste; il est à la Bibliothèque royale de Paris; chaque éditeur en parle, nul ne le consulte, et les éditions se succèdent. Mais prenez la peine d'aller rue de Richelieu , le voyage n'est pas bien long : vous serez effrayés de la différence éi^orme que le premier regard jeté sur le manuscrit original vous découvrira entre les pensées de Pascal telles qu'elles sont écrites de sa propre main et toutes
les éditions, sans en excepter une seule , ni celle de 1669, donnée par sa famille et ses amis^ ni celle de 1779, devenue le modèle de toutes les éditions que chaque année voit paraître. Si j'avais reçu de l'Académie la commission de préparer en son nom une édition des Pensées de Pascal, je me serais fait un devoir de consulter le manuscrit autographe, d'y rechercher et d'en tirer Pascal luimême.
On ne peut se défendre d'une émotion douloureuse en portant ses regards sur ce grand in-folio, où la main défaillante de Pascal a tracé, pendant Fagonie de ses quatre dernières années , les pensées qui se présentaient à son esprit, et qu'il croyait lui pouvoir servir un jour dans la composition du grand ouvrage qu'il méditait. Il les jetait à la hâte sur le premier morceau de papier, en peu de mots et fort soux^ent même à demimot '. Quelquefois il les dictait à des personnes qui se trouvaient auprès de lui. L'écriture de Pascal est pleine d'abréviations, mal formée, presque indéchiffrable. Ce sont tous ces petits papiers sans ordre et sans suite qui , recueillis et collés sur de grandes feuilles, composent le manuscrit autographe des Pensées.
L'abbé Périer, qui en hérita, le déposa, en 1 7 1 1 ,
' Préface de la première édition.
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à l'abbaye de Saînt-Germain-des-Prés, comme il Fatteste lui-même dans trois lettres qu'on trouve en tête du manuscrit. Elles méritent d'être remarquées '. D'abord on ne conçoit guère trois lettres pour constater le dépôt d'un seul manuscrit. Et puis la première lettre parle seule d'un volume
« composé de petits papiers qui sont les
originaux du livre des Pensées de M. Pascal ^ imprimées chez Després » , ce qui se rapporte parfaitement au manuscrit autographe que nous avons sous les yeux; mais la seconde lettre fait mention d'un volume contenant *i plusieurs pièces imparfaites sur la grâce et le concile de Trente; »
« * Je soussigné, prestre , chanoine de l^église de Clermont, « certifie que le présent volume, contenant pages, dont la « première commence par ces mots « et la dernière par ceux-ci
« est composé de petits papiers écrits d'un côté, ou de feuilles « volantes qui ont été trouvées après la mort de M. Pascal, mon « oncle, parmy ses papiers, et sont les originaux du livre des « Pensées de M. Pascal^ imprimé chez Desprez à Paris, pour la « première fois en Tannée , et sont écrits de sa main, hors « quelques-uns quMI a dictez aux personnes qui se sont trouvées « auprez de luy ; lequel volume j*ay déposé dans la bibliothèque « de Saint-Germain-des-Prez poury être conservé avec les autres « manuscrits que l'on y garde.
« Fait à Paris, ce vingt-cinq septembre mil sept cent onze.
« Sig^ié : Périeb. »
« Je soussîgoé, prestre, ehanoioe de l'église et Clermont, cerc tifîe que le présent volume contenant pages, dont il y en a « plusieurs en blanc, a été trouvé après la mort de M. Pascal ,
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et la troisième de a cahiers qui sont des abrégés de la vie de Jésus-Christ. » Or notre manuscrit ne renferme ni les cahiers ni les pièces désignées dans la seconde et la troisième lettre; d'où il suit évidemment que ces deux lettres se rapportent à deux manuscrits que nous n'avons plu^, et dont la trace nous échappe.
La Bibliothèque royale de Paris possède aussi deux copies du manuscrit des Pensées, toutes deux ae la fin du xvii* siècle ou du commencement du xvni*, en général conformes entre elles. Une de ces copies contient la note suivante : « S'il arrivait que je vienne à mourir, il faut faire tenir à Saint-
tt mon oncle, et est en partie écrit de sa main , et partie quil a « fait copier au net sur sa minute, lequel volume contient plu • « sieurs pièces imparfaites sur la grâce et le concile de Trente ; « et je Tay déposé dans la bibliothèque de Tabbaye de Saint- « Germain-des-Prez à Paris , pour y être conservé parmy les « autres manuscrits.
« Fait à Paris, ce vingt-cinq septembre mil sept cent onze.
« Signé : Pbbiea. »
« Je soussigné, prestre, chanoine de Téglise de Clermont, cer- « tîfie que les cahiers compris dans ce volume , qui sont des « abrégez de la vie de J.-C, sont écrits de la main de M. Pas- « cal, mon oncle, et ont été trouvés après sa mort parmy ses « papiers; lequel volume j'ay déposé dans la bibliothèque de « Tabbaye de Saint-Germain-des-Prez, pour y être conservé avec « les autres manuscrits que Ton y garde.
« Fait, ce vingt-cinq septembre mil sept cent onze.
« Signé : Périeb. » *
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Germain-des-Prés ce présent cahier pour faciliter Ja lecture de Foriginal qui y a été déposé. Fait en Tabbaye de Saint Jean-d'Angély, ce i** avril 17113. Fr.-Jean Gu£abi£r. » Les vœut de dom Jean Guerrier, de Tordre de Saint-Benoît, ne furent point accomplis. A sa mort, ce manuscrit passa entre les mains de son neveu Pierre Guerrier, de rOratoire, intime ami de la famille Périer, qui reçut aussi de Marguerite Périer, avec une foule de papiers , Fautrë copie plus ancienne et bien plus précieuse, dont il sera question tout à l'heure. Plus tard les deux copies tombèrent en la possession de M. Guerrier de Bezance, maître des requêtes, qui les confia a Bossut , pour servir à l'édition que celui-ci préparait; elles lurent ensuite déposées à la Bibliothèque du roi*. La première y porte le n"* 'ioo'i bis , Supplément aux manuscrits français; la seconde le n° j 76, même fonds. Cette dernière contient, à la suite des Pensées, un bon nothbre
* Lettre maauscrite de M. le garde des sceaux à M. Bignon, conseiller d'État, bibliothécaire du roi.
« MOMMEOR,
« M. Guérier de Bezance, matlre des requêtes, est potseiBeur de deuxYoluroet c UMnoscrits des ouvrages de M. Pascal, qui ont servi d'oHginàùx à1a nouvette « édition qui vient de parofiro, et il in*a écrit pour roe prier d'en Taire hom* « mage au roy, et de les donner à la bibliothèque de SaMi^esté. Je viens de « lui répondre que je m*eu chargerois bien volontiers et que je vous- en jdoiir c nerois avis, parce qu'il est juste que l'on sache que c'est à lui que l'on aura « celle obligmlioD. ' ' -
« Je suis, Monsieur, Vou-e affectionné serviteur,
« À Paris , U U avril 177d. • « MimoiUMiL.
14 DES PBNhÉES J)B PASCAL.
(Je pièces relatives à Pascal et dç P^çal lui-mpne, çntrè aut;res la lettre au père Noël^ tjçut entière de sa main et avec sa signature , l'affaire (1^ père Saint- Ange qù sa signature se trouve encore , les divers, morceaux sur la gmcç et sur le concile de Trente^ dont parle la seconde lettre de l'abbé Pé:rier, une comparaison des anciens chréùiens a^ec ceux d^aujourd'hui j et une dissertation sur ce ^ujet : quil ny a pas une relation nécessaire entre la possibilité^ et le pouvo ir.
Enfin je dois indiquer deux manuscrits trèsprécieux, l'un provenait de l'Oratoire, l'autre du Supplément aux manuscrits^ français. Le preipier est. xxxk in-folip qui a pour titre : Manuscrit concernant M. Pascal, M. Arnauld, etc. Oratoire, n° 160; il comprend ui>e grande quanti^t^^ de pièces importantes et peu connues , des letti;es très-nombreuses de ces Messieurs ^ entve ^Utres de Pascal, L'autre i?ianuscrit, Supplém. franc. ^ vl 1480, est un Recueil des Mémoires de Miàrguerite Périer, nièce de Pascal,, sur toute sa famille, avec les mêmes lettres d^ Pascal qui se trouvant daps le manuscrit <te. l'Oratoire, et bfeailCQUp d'autres lettres et de Pascal et des pluà ïUâsiTes personnages de Port^Royal. C'est le manuscrit que M. Keuchlin , dans sa Vie de Pascal {PasdàVs Lehen^ Stuttgàrd, 18^49)/ déclare ^vx)ir vu à la^ Bibliothèque royale de Paris, et dont
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M. Libri a trouvé récemment un second exemplaire à la bibliothèque de Troyes {Journal des SûmntSj août i84i)'.
C'est armé de tous ces secours qu'il faut examiner les éditions des Pensées.
Il n y en a réellement que deux qui soient le fruit d'un travail sérieux, l'édition pr//ic^ donnée par la famille elle-même chez Després en 1669* 167O9 et la dernière qui fait partie des oeuvres complètes de Pascal, publiées en 1779 par Bossut.
L'édition de 1669 a été faite sur le manuscrit autographe. On peut voir dans la préface l'esprit qui a dirigé ce premier travail. Madame Périer et son mari étaient d'avis de donner les Pensées de leur frère telles qu'elles avaient été trouvées après sa mort, sans chercher à y mettre un ordre arbitraire, sans y rien ajouter et sans en rien retrancher, surtout sans y introduire des corrections fort incertaines en elles-mêmes et peu respectueuses envers une pareille mémoire. Cet avis était le seul qui fût raisoimable. S'il eût été suivi,' nous posséderions aujourd'hui les Pensées de Pascal telles qu'elles sont sorties de son imagination, et de son âme , dans leur imperfection et dans leur
' M. SaÎDte-Beuve cite aussi ce manuscrit dans sa spirituelle et saTante Histoire de Port-RoyaK t. II, Paris, 1S41.
grandeur. Mais parmi les amis de Pascal, Arnaud, dont l'autorité était si grande , combattit le dessein de M. et madame Périer; et, après bien des résistances, il fit prévaloir l'avis fatal d'arranger les Pensées de Pascal, comme on avait fait les Considérations de Saint-Cyran. On avait d'ailleurs à redouter la censure, et on se proposa avant tout de faire un livre irréprochable et édifiant. Le duc deRoannez, dont le principal mérite était une grande passion pour Pascal, eut le plus de part à ce travail bien au-dessus de ses forces. Il en sortit une édition qui réunit exactement tous les défauts qu'il fallait éviter : i® elle omet une grande partie des Pensées contenues dans le manuscrit auto* graphe, et elle omet précisément les plus originales, celtes qui mettent à nu l'âme de Pascal, son scepticisme désolé, sa foi inquiète et désespérée; a® elle altère quelquefois dans leur fond, elle énerve presque toujours dans leur forme les pensées qu'elle conserve; 3** elle donne un grand nombre de pensées qui ne sont point dans le manuscrit autographe ni dans les deux copies, et qu> pourtant portent l'empreinte visible de la main de Pascal, sans indiquer la source d'où elles ont été tirées.
En 1779 on n'avait plus à craindre la censure des jésuites; les pieux scrupules qui avaient arrêté
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la famille et les amis de Pascal étaient depuis longtemps affaiblis; beaucoup de pensées , négligées par les premiers éditeurs, avaient successivement paru ^ . Le temps était donc venu d'entreprendre une édition complète et authentique. Bossut , par son savoir et par son goût, convenait à cette œuvre devenue, ce semble, assez facile : il passe même pour l'avoir accomplie avec succès. Il n'en est rien, et l'édition de 1 779 est tout aussi défectueuse que celle de 1669. D'abord elle a été faite, non sur le manuscrit autographe que Bossut ne parait pas avoir vu, mais sur les copies de l'abbé Guerrier : c'est là son moindre défaut, car ces copies sont en général fidèles. Mais, chose étrange, Bossut qui, en comparant l'édition de 1669 avec les deux copies manuscrites, pouvait en reconnaître du premier coup d'œil les différences et rétablir les leçons véritables , a maintenu toutes les altérations. Il y a plus : toutes les pensées de la première édition qui ne sont ni dans le manuscrit autographe ni dans les deux copies , Bossut les
• LesMèmoires de UiUraiureei d^hisioirey t. V, par le P. Besraolets, de l'Oratoire, cootienneot les Œuvres posthumes ou suite des Pensées de M. Pascal, Paris, 1728. M. l'évêque de Montpellier avait fait imprimer bien des pensées inédites sur les miracles à la fin de sa lettre a** à M. de Soissons, du 5 janvier 1727. L'édition des Pensées de Condorcet, Londres, 1776, donnait aussi plusieurs pensées nouvelles.
conserve sans se clouter ou du moins sans avertir qu'elles ny sont pqs, et sans dire par quel motif il les conserve. Le seul mérite de l'édition de 1 779 est d'avoir réuni toutes les pensées qui avaient paru depuis 1669, et d'avoir tiré de divers endroits, que Bossut n'indique jamais, plusieurs pensées nouvelles, quelques morceaux étendus e^ achevés dont la source demeure inconnue, et les petits écrits que nous avons retrouvés à la fin de l'une des copies de l'abbé Guerrier. Depuis, toutes les éditions n'ont fait que reproduire celle de Bossut , et la critique du texte de Pascal^ de ce texte tout aussi digne d'étude que celui de Platon ou de Tacite, est encore à entreprendre. C'est ce travail ingrat mais utile que nous avons essayé, et dont nous allons offrir un échantillon à l'Académie.
Nous diviserons ce rapport en trois parties : i'' Nous examinerons les pensées contenues dans les deux éditions de Port-Royal et de Bossut et qui ne sont pas dans le manuscrit autographe; nous en rechercherons les sources et la forme primitive.
a® Une fois renfermés dans les Pensées proprement dites, celles qui se trouvent à la fois et dans les éditions et dans le manuscrit^ nous comparerons les leçons des éditions avec celles du ma-
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nuscrity et nous ferons reparaître cette continuelle originalité de langage que la prudence et le goût sévère, mais un peu timide, de Port-Royal ont presque toujours effacée.
3^ Après avoir ôté aux Pensées un très-grand nombre de morceaux étrangers , en retour nous leur rendrons et nous publierons pour la première fois plusieurs fragments remarquables qui leur appartiennent et que fournit notre manu* scrit.