V. œusiN
l«r décembre 1844.
AYANT-PiROPOS.
Je publie de nouyeau^ sans y rien changer, le Rapport que j'ai lu cette année à TAcadémie française, et qui a paru successivement dans le Journal des Savants (avril-novembre 1842) , sur la néces-site d'une nouvelle édition des Pensées de Pascal.
Bossut, dans l'édition de 1779, avertit bien que le chapitre sur Montaigne et Epicùèle et celui sur la condition des grands sont tirés , l'un d'un entretien entre Pascal et Sacy, rapporté par Fontaine dans ses mémoires, l'autre de discours adressés par Pascal au jeune duc de Roannez, et publiés assez tard par Nicole. Mais , ces deux morceaux exceptés,
U ATAIIT^PROPOS.
il n'y a pas un éditeur , il n'y a pas un critique , nous l'affirmons encore une fois, qui se soit avisé de soupçonner que le texte reçu des Pensées ne fût pas le texte authentique de Pascal; tandis qu'aujourd'hui \ après notre travail , il reste péremptoirement démontré que, comparé au manuscrit autographe conservé à la bibliothèque du Roi , ce texte, jusqu'ici en possession d'une admiration religieuse , n'est rien moins qu'une infidélité continuelle. En effet, toutes les infidéUtés qu'il est possible de concevoir s'y rencontrent , omissions, suppositions, altérations.
Les omissions les plus fortes viennent de Port- Royal dans la première édition de 1669, et elles ont leur source dans deux motifs très-légitimes : 1® Comme je l'ai dit bien des fois' , la crainte de la censure jésuitique , et surtout le loyal respect de la paix imposée aux Jésuites et aux jansénistes parle pape et par le roi, faisaient à MM. de Port-Royal, éditeurs des Pensées de Pascal , non-seulement une
* Rapport , p. 16 et p. 85 et 86.
AVANT-PaOPOS. III
nécessité , mais un devoir de ne rien laisser paraître qui rappelât les querelles anciennes : de là ^ la sup* pres^on forcée detousles passages contre lesjésuites. 2° MM. de Port-Royal , voulant faire avant tout do l'ouvrage de leur illustre ami un livre édifiant, en retranchèrent naturellement les pensées qui devaient leur sembler à eux-mêmes fausses ou équivoques et d'un effet médiocrement salutaire sur les esprits et sur les âmes.
Mais les omissions ne sont pas le genre le plus grave d'altération que puisse éprouver un ouvragç posthume. Un temps vient où de nouveaux éditeurs rétablissent les passages omis; ainsi Bossut a donné les tirades véhémentes contre les Jésuites que MM. de Port-Royal avaient dû supprimer, et nous-même nous publions pour la première fois , avec plusieurs passages contre les Jésuites que Bossut avait négligés, des pensées nouvelles sur la religion et sur l$i philosophie , qui achèvent de mettre en lumière le dessein de Pascal. L'altération la plus dangereuse , parce qu'elle ne peut être découverte et réparée que par une étude approfondie du manuscrit original,c'est