‹ Des Pensées de Pascal (volume 2)Chapitre 35 sur 56 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

Pour répondre à tous vos articles, et bien écrire malgré mon peu de tems.

Je suis ravi de ce que vous goûtez le livre de

• P.-R. supprime Amen.

APPSNMCB n* f . 385

M. de Laval et les Méditations sur la gr&ce. J'en tire de grandes conséquences pour ce que je souhaitte.

Je mande le détail de cette condamnation qui vous avoit effrayée; cela n'est rien du tout. Dieu mercy ; et c'est un miracle de ce qu'on ne ^ fait pas pis 9 puisque les ennemis de la vérité ont le pouvoir et la volonté de l'opprimer. Peut-être étes-vous de celles qui mérittent que Dieu ne l'abandonne pas et ne la retire pas de la terre qui s'en est raidùe si indigne ; et il est assuré que vous servez l'ÉgUse par vos prières, si l'Église vous a servi par les siennes. Car c'est l'Église qui mérite avec J.^G. , qui en est inséparable , la conversion de tous ceux qui ne sont pas dans la vérité; et ce sont ensuitte ces personnes converties qui secourent la mère qui les a délivrées '. Je loue de tout mon cœur le petit zèle que j'ai reconnu dans votre lettre pour l'union avec le pape ^. Le corps n'est non plus vivant sans le chef^ que le chef sans le corps; quiconque se sépare de l'un ou l'autre n'est plus du corps et n'appartient plus à J.-C. Je

* Mém. de mademoiselle Perrier : n'y.

* Port-Royal et les éditions subséquentes donnent cette pensée, depuis, c'est l'Eglise qui mérite avec J.-C, jusqu'à 2a mér^ qui les a délivrées. Au lieu de : danslavériiéj Port-Royai : dans la véritable religion.

* P.'R. : omet eette plurase.

APPBNDICE fi^ S.

ne sçai s'il y a des personnes dans TÉglise plus attachées à cette unité du corps que le sont ceux que vous appeliez nôtres '. Nous sçavons que toutes les vertus, le martire, les austéritez et toutes les bonnes œuvres sont inutiles hors de l'Église et de la communion du chef de l'Église qui est le pape. Je ne me sépareray jamais de sa communion; au moins je prie Dieu de m'en faire la grâce; sans quoi je serois perdu pour jamais. Je vous &is une espèce de profession de foy, et je ne scay pourquoy, mais je ne l'effacerai pas ni ne recommencerai pas *.

M. Du Gas m'a parlé ce matin de votre lettre avec autant d'étonnement et de joye qu'on en peut avoir. Il ne sçait où vous avez pris ce qu'il m'a rapporté de vos paroles; il m'en a dit des choses surprenantes et qui ne me surprennent plus tant. Je commence à m'accoutumer à vous et à la grâce que Dieu vous fait , et neantmoins je vous avoue qu'elle m'est toujours nouvelle, comme elle est toujours nouvelle en effet. Car c'est un flux continuel de grâces que l'Écriture compare à un fleuve et à la lumière que le soleil envoyé incessamment hors de soy et qui est toujours nou-

* Mémoires de mademoiselle Perrier : noies. P.-R. omet cette phrase.

• P.-R. omet toute cette un ; je ne me sipareraijanuiis^ etc.

APPENDICE If" S. 887

velle, en sorte que s'il cessoit un instant d*en envoyer, toutes celles qu'on auroit reçues disparoitroient, et on resteroit dans l'obscurité. Il m'a dit qu'il avoit commencé à vous répondre et qu'il le transcriroit pour le rendre plus lisible, et qu'en même tems il l'étendroit : mais il vient de me l'envoyer avec un petit billet où il me mande qu'il n'a pu ni le transcrire ni l'étendre. Cela me fait croire que cela sera mal écrit. Je suis témoin de son peu de loisir et du désir qu'il avoit d'en avoir pour vous ^

Je prends part à la joye que vous donnera l'affaire des religieuses ; car je vois bien que vous vous intéressez pour l'Église : vous lui êtes bien obligée. Il y a seize cens ans qu'elle gémit pour vous ; il est temps de gémir pour elle et pour nous tous ensemble , et de lui donner tout ce qui nous reste de vie, puisque J.-C. n'a pris la sienne que pour la perdre pour elle et pour nous *.

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