‹ Des Pensées de Pascal (volume 2)Chapitre 36 sur 56 · IP LETTRE · texte numérisé non relu

IP LETTRE

Il me semble que vous prenez assez de part au

* P.-R. aomi&tout ce paragraphe.

* Paragraphe omis. — Ainsi en tout P.-R. a tiré de cette première lettre les deux § 6 et 7 du chapitre xxvui (Pensées chrétiennes)^ et Bossut a fondu ces deux paragraphes dans le § 13 de l'article xvii.

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miracle pour vous mander que la vérification en est achevée par l'Église ', comme vous le verrez par cette sentence de M. le grand vicaire. Il y a ' si peu de personnes à qui Dieu se fasse paroître ^ par ces coups extraordinaires^ qu'on doit bien ^(h liter de ces occasions ^ puisqu'il ne sort du secret de la nature qui le couvre que pour exciter notre foi à le servir avec d'autant pltts d'ardeur que nous le connoissons avec plus de* certitude. Si Dieu se déeouvroit continuellement aux hommes, il n-y auroit point de mérite à le croire, et s'il ne se déeouvroit jamais , il y auroit p^i de foi : mais il se cache ordinairement, et se découvre rarement à ceux qu'il veut engager dans son service. Cet étrange secret dans lequel Dieu s'est retiré impénétrable à la vue des hommes, est une grande leçon pour nou& porter à la solitude, loin de la vâe des hommes ^. 11 est demeuré caché sous le voile de la nature qui nous Iç couvre, jusqu'à l'incarna^tion; et quand il a fallu qu'il ait paru, il s'est

* Ceci donne à peu près la date de cette lettre et la met à la fin d'octobre ou au commencement de novembre 1666.

* Le Recueil d'Utrecht a imprimé cette lettre en commençant à ces mots : Il y a si peu de personnes^ jusqu'à k fi». P.-R. a fait de cette lettre le S 18 du chapitre xvii.

* Le Recueil , qui atténue aussi le style de Pascid : «• fa$9e cmnoitre»

^ Le Recueil omet ces mots : loin de la vue des homwiee.

encore plus caché en se couvrant de rhumanité. Il étoit bien plus reconnoissable quand il étoit invisible que non pas quand il s'est rendu visible. Et enfin quand il a voulu accomplir la promesse qu'il fit à ses apôtres de demeurer avec les hommes jusques à son dernier avènement, iî a choisi d'y demeurer dans le plus étrange et le plus obscur secret de tous, qui sont ' les espèces de l'Eucharistie. C'est ce sacrement que saint Jean appelle dans l'Apocalypse une manne cachée; et je croîs qu'Isaïe le voyoit en cet état, lorsqu'il dit en esprit de prophétie : véritablement tu^esun Dieu caché. C'est là le dernier secret où il peut être. Le voile de la nature qui couvre Dieu a été pénétré par plusieurs infidelles qui, comme dit saint Paul, ont reconnu un Dieu invisible par la nature visible. Les chrétiens hérétiques^ l'ont connu à travers son humanité «t adorent J.-C. Dieu et homme; mais de le reconnoitre sous des espèces de pain, c'est le propre des seuls catholiques: il n'y a que nou^ que Dieu éclaire jusques -là 4.

* P.-R : savoir, sous les esp.

* Bossut : vous êtes,

' P.-R. Beaucoup de chrétiens h.

* P.-R. ; Mais pour nous, nous devons nous estimer heureuœ de ce que Dieu wms éclaire jusqu'à U reconnoitre sous les espèces du pain et du vH^.

On peut ajouter à ces considérations le secret de l'esprit deDieu caché encore dans rEcriture. Car il y a deux sens parfaits , le littéral et le mystique; et les Juifs s'arrétant à l'un ne pensent pas seulement qu'il y en ait un autre et ne songent pas à le chercher; de même que les impies , voyant les effets naturels ^ les attribuent à la nature, sans penser qu'il y en ait un. autre auteur; et comme les Juifs voyant un homme parfait en Jésus-Christ n'ont pas pensé à y chercher une autre nature : Nous riasfons pas pensé que ce fût luiy dit encore Isaïe ; et de même enfin que les hérétiques voyant les apparences parfaites de pain, ne pensent pas à y chercher une autre substance. Toutes choses couvrent quelqpe mystère: toutes choses sont des voiles qui couvrent Dieu. Les Chrétiens doivent le reconnoître en tout. Les afïections temporelles couvrent les biens spirituels où elles conduisent. Les joies temporelles couvrent les maux étemels qu'elles causent. Prions Dieu de nous le faire reconnoître et servir en tout, et rendons-lui des grâces infinies de ce que s'étant ^ caché en toutes choses pour les autres, il s'est découvert en toutes choses et en tant de manières pour nous.

* Bossut : étofii caché, au lieu de «'étant cadié^ leçon qui est évidemment la bonne, et amène s'est découvert.

m* LETTRE '.

Je ne scai comment vous aurez receu la perte de vos lettres. Je voudrais bien que vous l'eussiez prise comme il faut. Il est temps de commencer à juger de ce qui est bon ou mauvais * par la volonté de Dieu, qui ne peut erre ni injuste ni aveugle, et non pas par la notre propre , qui est toujours pleine de malice et d'erreur. Si vous avez eu ces sentiments, j'en serai bien content, afin que vous vous en soyez consolée sur une raison plus solide que celle que j'ai à vous dire, qui est que j'espère qu'elles se retrouveront : on a déjà apporté celle du 5 ; et quoique ce ne soit pas la plus importante, car celle de M. Du Gas l'est davantage, néantmoins cela me fait espérer de r' avoir l'autre.

Je ne scai pourquoi vous vous plaignez de ce

* P.-R. a tiré de cette lettre deux pensées : l'une qui est le S 10, l'autre le S 11 du chapitre xxviii. Bossut a réuni la première à une autre pensée sur les saints, et de ces deux il a fait le $ 14 de Tarticle xvii. Le second est le § 15. Bossut a dû avoir sous les yeux cette lettre, puisqu'il en a extrait une pensée qu'il a insérée dans son supplément , page 542.

* P.-R. : Il faut juger de ce qui est bon ou mauvais^ jusqu'à pleine de malice et d'erreur.

342 APPBNDIGE ir 3.

que je n'avois rien écrit pour vous ; je ne vous sépare point vous deux ^, et je songe sans cesse à Tun et à l'autre. Vous voyez bien que mes autres lettres et encore celle-cy vous regardent assez. En vérité, je ne puis m'empécher de vou$ dire que je voudrois être infaillible dans mes jugements; vous ne seriez pas mal si cela étoit, car je suis bien content de vous; mais mcm jugement nest rien; je dis cela sur la manière dont je vois que vous parlez du bon cordelier persécuté et de ce que fait le *. Je ne suis pas surpris de voir M. N. s'y intéresser, je suis accoutumé à son zèle, mais le votre m'est tout-à-fait nouveau. C'est ce langage nouveau que produit ordinaireiûent le cœur nouveau. Jésus-Christ ^ a donné dans l'Evangile cette marque pour connoître ^ ceux qui ont la foi qui est qu'ils parleront un langage nouveau. Et en effet le renouvellement des pensées et des désirs cause celui des discours. Ce que vous dites des peines où vous vous êtes trouvée seule et la consolation que vous donne la lecture, sont des choses que M. N. sera bien aise de sçavoir, quand

' Probablement son frère, le duc de R., et elle.

* P.-R. : Jésus-Christ a donné dans V Evangile cette marque^ jusqu'à la fin de Talinéa : l'esprit nouveau de la charité^ en retranchant Ce que vow dites des jours... etc.

' P.-R. : reconnaître.

APPSNDICB N* f. 3j^3

je les luy feray voir et ma scieur aussi. Ce sont assurément des choses ncmvelles^ mais qu'il faut sans«cesse renouvder; car cette nouveauté ' qui ne peut déplaire à Dieu, comme le vieil homme ne lui peut plaire j est différente des nouveautés de la terre, en ce que les choses du monde, quelque nouveltes qu'elles soient, vieillissent en durant, au lieu que cet esprit nouveau se renouvelle d'autant plus qu'il dure davantage. Notre vieil homme périt, dit saint Paul , et se renouvelle de jour en jour, et il ne sera parfaitement nouveau que dans l'éternité où l'on chantera sans-cesse ce cantique nouveau dont parle David dans les psaumes de Laudes ^, c'est-à-dire ce chant qui part de l'esprit nouveau de la charité.

Je vous dirai pour nouvelle de ce qui touche ces deux personnes, que je vois bien que leur zèle ne se refroidit point; cela m'étonne, car il est bien plus rare de voir continuer dans la piété que d'y voir entrer. Je les ai toujours dans l'esprit, et principalement celle du miracle^, parce qu'il y a quelque chose de plus extraordinaire, quoique l'autre le soit aussi beaucoup et quasi sans exemple.

' P.-R. : ces nouveautés.

* P.-R.: dans ses Psaumes.

' Sa nièce Marguerite.

3kk APPENDICE IT" S.

Il est certain que les grâces que Dieu fait en cette vie * sont la mesure de la gloire qu'il prépare en Tautre. Aussi quand je prévois la fin et le couronnement de son ouvrage par les commencements qui en paroissent dans les personnes de piété, j'entre en* une vénération qui me transit de respect envers ceux qu'il semble avoir choisis pour ses élus. Je vous avoue qu'il me semble ^ que je les vois déjà dans un de ces throsnes où ceux qut auront tout quitté jugeront le monde avec J.-C, selon la promesse qu'il en a faite. Mais quand je viens à penser que ces mêmes ^ personnes peuvent tomber et être au contraire au nombre malheureux des jugés, et qu'il y en aura tant qui tomberont de leur gloire et qui laisseront prendre à d'autres parleur négligence la couronne que Dieu leur avoit offerte, je ne puis souffrir cette pensée; et l'effroy que j'aurois de les voir en cet état éterpel de misère, après les avoir imaginées avec tant de raison dans l'autre état, me fait détourner l'esprit de cette idée et revenir à Dieu pour le prier de ne pas abandonner les foibles créatures

* Bossut, p. 545 ; fragment d'une lettre de Pascal : Les grâces que Dieu fait en cette vie, jusqu'à la fin de la lettre.

* Bossut : dans.

' Bossut : il me paroit que. . .

* Bossut omet m^m«s.

APPENDICE pr S. 345'

qu'il s'est acquises , et luy dire ^, pour les deux personnes que vous scavez, ce que l'Église dit aujourd'hui avec saint Paul : Seigneur , achevez vous-même l'ouvrage que vous-même avez commencé. Saint Paul se considéroit souvent en ces deux états, et c'est ce qui lui fait dire ailleurs : a Je châtie mon corps de peur que moi-même, qui convertis tant de peuples, je ne devienne réprouvé ^. » Je finis donc par ces paroles de Job : fajr toujours craint le Seigneur comme les flots dune mer furieuse et enflée pour m^ engloutir. Et ailleurs : Bienheureux est V homme qui est toujours en crainte.

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