VI* LETTRE
Quoi qu'il puisse arriver de l'aftairede +, il y en à déjà assez. Dieu merci , de ce qui est déjà fait pour en tirer un admirable avantage contre les maudites maximes. Il faut que ceux qui ont quelque part à cela en rendent de grandes grâces à Dieu , et que leurs parents ou amis prient Dieu pour eux, afin qu'ils ne tombent pas d'un si grand bonheur et d'un si grand honneur que Dieu leur a fait. Tous les honneurs du monde n'en sont que l'image ; celui-là seul est solide et réel, et néantmoins il est inutile sans la bonne disposition du cœur. Car ce ne sont ' ni les austérités du corps ni les agitations de l'esprit, mais les bons mouvements du cœur qui méritent, et qui soutiennent les peines du corps et de l'esprit. Car enfin il faut ces deux choses pour sanctifier, peines et plaisirs. Saint Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne voie trouveront des troubles et des iirfquié^ tudes en grand nombre; cela doit consoler ceux qui en sentent, puisqu'étant avertis que le chemin du ciel qu'ils cherchent en est rempli, ils doivent se réjouir de rencontrer des marques qu'ils sont
' Ici commence Textrait de P.*R. $ 85 : €« im #<mi tit... etc.
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dans le véritable chemin. Mais ces peines-là ne sont pas sans plaisir , et ne sont jamais surmontées que par le plaisir. Car de mesme que ceux qui quittent Dieu pour retourner au monde y ne le font que parce qu'ils trouvent plus de douceur dans les plaisirs de la terre que dans ceux de l'union avec Dieu, et que ce charme victorieux les entraine y et, les faisant repentir de leur premier choix y les rend des pénitens du diable selon la parole de Tertullien, de même on ne quitteroit jamais les plaisirs du monde pour embrasser hl croix de !•-€. , si on ne trouvoit plus de douceur dans le mépris, dans la pauvreté, dans le dénue^ ment et dans le rebut des hommes que dans le^ délices du péché. Et ainsi, comme dit Tertullien : // ne faut pas croire que la vie des chrétiens soit une vie de tristesse; on ne quitte les plaisirs que pour d* autres plus grands. Priez toujour^y dit saint Paul, rendez grâces toujours^ réjouisseZ'VOus toujours. C'est la joie d'avoir trouvé Dieu qui est It principe de la tristesse de l'avoir offensé et de tout le changement de vie. Celui qui a trouvé le ' trésor dans un champ en a une telle joye, que cette joye, selon J.-C, lui fait vendre tout ce qu'il a pour l'acheter. Les gens du monde n'ont point cette joye que le monde ne peut ny donner njr dter, * P.-R.'tmtr.
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idit J.-C. même. Les bienheureux ont celte joye sans aucune tristesse'; les gens du monde ont leur tristesse sans cette joye; et les chrétiens ont cette joye mêlée de la tristesse d'avoir suiyi d'autres plaisirs et de la crainte de la perdre par l'attrait de ces autres plaisirs qui nous tentent sans relâche. Et ainsi nous devons, travailler sans cesse à nous conserver cette joye qui modère notre crainte , et à conserver cette crainte qui modère nptre joye *, et selon qu'on se sent trop emporter vers l'un, se pencher vers l'autre pour demeurer debout. SoU' çenez-vous des biens dans les jours d affliction, et sowenez'vous de V affliction dans les jours de réjouissance, dit l'Écriture, jusqu'à ce que la promesse que J.-C. nous a faite de rendre sa joye pleine en nous, soit accomplie. Ne nous laissons donc pas abattre à la tristesse , et ne croyons pas que la piété ne consiste qu'en une amertume sans consolation. La véritable piété, qui ne se trouve parfaite que dans le ciel, est si pleine de satisfac-
* P.-B. change Tordre et le progrès des phrases de Pascal : « Pour l'acheter. Les gens du monde ont leur tristesse, mais iU n'ont point cette joie que le monde ne peut donner ni ôter, dit J.'C. Les bienheureux ont cette joie sans aucune tristesse; et les chrétiens.,.
* P.-R. gâte cette helle phrase en la mutilant : «£t ainsi nous devons travailler sans relâche à nous conserver cette crainte qui conserve et modère notre joie.
APPENDICE ir' S. SSS
tiens qu'elle en remplit et l'entrée et le progrès et le couronnement. C'ejs;t une lumière si éclatante qu'elle rejaillit sur tout ce qui lui appartient; et s'il y a quelque tristesse meslée, et surtout à l'entrée, c'est de nous qu'elle vient et non de la vertu ; car ce n'est pas l'effet de la piété qui commence d'être en nous^ mais de l'impiété qui y est encore. Ostons l'impiété, et la joie sera sans mélange. Ne nous en prenons donc pas à la dévotion , mais à nous-mêmes, et n'y cherchons du soulagement que par notre correction.
VIP LETTRE.
Je suis bien aise de l'espérance que vous me donnez du bon succès de l'affaire dont vous craignez de la vanité. Il y a à craindre partout ; car si elle ne réussissoit pas, j'en craindrois cette mauvaise tristesse, dont saint Paul dit qvkelle donne la mort, au lieu qu'// j* en a une autre qui donne la vie.
Il est certain que cette affaire là étoit épineuse, et que si la personne en sort , il y a sujet d'en prendre quelque vanité, si ce n'est à cause qu'on a prié Dieu pour cela, et qu'ainsi il* doit croira
* Les deux Msc. tl. Les Mémoires de M. P. donnent au-dessus cette correction : cette perêonne.
qoe le bien qm en viendni «€ira son ouvrage. M^ si elle réussrssoit mal, il ne devroit paà en tomber ànm rabattement, par cette même. raison qu'on a prié Dieu pour cela^ et qu'il y a apparence qu'il s'est apptx^rié cette affaire; Aussi ille faut regain der comme l'auteur de tous les biens et de tous les maux, excepté le péché. Je lui répéterois làdessus cevquè j'.ay autrefois rapporté de l'Écriture: Quand wus êtes dans les biens souverièz-vous des maux que vous méritez^ f*^ ^^^^ ^^^^
les ninux^ souvenez-vous ? vous espé-
rez. Cependant je vous d ît de l'autre
personne que vous sca> le qu'elle a
bien des choses dans l'esprit qui l'embarrassent , qvie je suis bien fâché de la voir en cet état; j'ai bien de la douleur de ses peines et je voudrais bien l'en pouvoir soulager. Je la piie de ne point prévenir l'avenir et de se souvenir que, comme dit Notre Seigneur, à chaque Jour suffit sa malice.
Le passé ^ ne nous doit point embarrasser puisque nous n'avons qu'à avoir regret de nos fautes: mais l'avenir nous doit encore moins toucher, ipuisqu'il n'est point du tout à notre égard, et que nous n'y arriverons peut-être jamais. Le présent
* Ici commence Fextrait de P.-R. § 36.
i est véritaWetneht à tidtis et
M» selon Dieu. C'est là oii xèm
principalement ct)biprées'.
est si inquiet qu di! ne pèûifé
nte et à l'instant où on vit ,
vivra; de sorte qu'on est tou-*
3 à l'avenir et jamai« de vivre
Seigneur n'a pas voulu que
étendît pins loin que le jouf
où nous sommes; ce sont les bornes qu'il faut'
garder et pour notre salut et pour notre repos ^.
Car en vérité les préceptes chrétiens sont les plus
pleins de consolation ;
du monde.
Je prévois aussi bie personne et pour d'à prie Dieu , lorsque je ces prévoyances, de m^
Je me ramasse dans moi-même, et je trouve que je manque à faire plusieurs choses à quoi je suis obligé présentement, pour me dissiper en des pensées inutiles de l'avenir, auxquelfes bien loin d'être obligé de m'arréter, je suis au contraire obligé dfe ne m'y point arrêter. Ce n'est que faute
* P.R. : rappariées .
* Oratoire : qu'il fait garder* P.-R. : nous fait garder. »Findb«§36.
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de scavoir bien connoître et étudier le présent qu'on fait l'entendu pour l'avenir. Ce que je dis là, je le dis pour inoy et non p^s pour cette personne qui a assurément bien plus de vertu et de méditation que moy; mais je Juy r deffaut pour l'empêcher d'y tomb rige ' quelquefois mieux par la vei par l'exemple du bien, et il est boi mer à profiter ^du mal, puisqu'il est si ordinaire^ au lieu que le bien est si rare.
VHP LETTRE'.
que vousscavez, dans 1 qu'elle est et où je ne
î . C'est un petit jour du
jugement qui ne peut arriver sans une émotion universelle de la personne, comme le jugement général, en causera une générale dans le monde, excepté ceux qui se seront déjà jugés eux-mêmes, comme elle prétend faire. Cette peine temporelle garantiroit de l'éternelle par les mérites infinis de J.-C. qui la souffre et qui se la rend propre. C'est ce qui doit la consoler. Notre joug est aussi le
* P.-R. § 87 : On se corrige eic,
• P.-R. Ti'a rien tiré de cette lettre.
sien , sans cela il seroit insupportable. Portez y dit il, mon joug sur vous. Ce n*est pas notre joug, c'est le sien ; et aussi il le porte. Sachez , dit-il , que mon joug est doux et léger. Il n'est léger qu'à luy et à sa force divine. Je luy voudrois dire qu'elle se souvienne que ces inquiétudes ne viennent pas du bien qui commence d'être en elle, mais du mal qui y est encore et qu'il faut diminuer continuellement, et qu'il faut qu'elle fasse comme un enÊint qui est tiré par des voleurs d'entre les bras de sa mère qui ne veut pas l'abandonner; car il ne doit pas accuser de la violence qu'il souffre la mère qui le retient amoureusement, mais ses injustes ravisseurs. Tout l'office del'Avent est bien propre pour donner courage aux foibles^ et on y dit souvent ce mot de l'Écriture : Prenez courage j lâches et pusillanimes^ voici votre ré* dempteur qui vient. Et on dit aujourd'hui à vespres : « Prenez de nouvelles forces et bannissez « désormais toute crainte : voici notre Dieu qui « arrive et vient pour nous secourir et nous « sauver. »