LETTRE DE PASCAL A LA REINE CHRISTINE
En lui enYoyant la machine arithmétique, leso.
(Bossut, t. IV, p. 25. On donne ici plusieurs variantes de divers manuscrits qui rétablissent le vrai texte de Pascal. )
Madame , Si j'avois autant de santé que de zèle, j'irois
• SeraHrCe VHistoria et curatiofebrium malignamm^ de 1 662 ? Gela donnerait la date de ce billet qui serait de l'année même de la mort de Pascal.
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moi-même présenter à Votre Majesté un ouvrage de plusieurs années que j'ose lui offrir de si loin ; et je ne souffrirois pas que d'autres mains que les miennes eussent l'honneur de le porter aux pieds de la plus grande princesse du monde. Cet ouvrage. Madame, est une machine pour feire les règles d'arithmétique sans plume et sans jetons. Votre Majesté n'ignore pas la peine et le temps que coûtent les productions nouvelles, surtout lorsque les inventeurs veulent les porter euxmêmes à leur dernière perfection; c'est pourquoi il seroit inutile de dire combien il y a que je travaille à celle-ci , et je ne peux mieux l'exprimer qu'en disant que je m'y suis attaché avec autant d'ardeur que si j'eusse prévu qu elle devoit paroître un jour devant une personne si auguste. Mais, Madame, si cet honneur n a pas été le véritable motif de mon travail , il en sera du moins la récompense; et je m'estimerai trop heureux si à l(i suite ' de tant de veilles , il peut donner à Votre Majesté une satisfaction de quelques moments. Je n'importunerai pas non plus Votre Majesté du particulier de ce qui compose cette machine ; si
' Le manoserit de TOratoire, le Reeoeil de Marguerite Périmr, le Ms. de la Mazarine, N** 3199 , et le N<* 897, iujppl. français, Bibl. royale, donneat la vraie leçon : en suite de. Voyez p, 870 : Ensuite de$ premiers compliments.
ans APPENDICE N'^ 10.
elle en a quelque curiosité, elle pourra se contenu ter dans un discours ' que j'ai adressé à M. de Bourdelot ^ ; j'y ai touché en peu de mots toute l'histoire de cet ouyrage, lobjet de son invention, l'occasion de sa recherche, l'utilité de ses ressorts, les difficultés de son exécution , les degrés de son progrès, le succès de son accomplissement, et les règles de son usage. Je dirai donc seulement ici le sujet qui me porte à l'offrir à Votre Majesté, ce que je considère comme le couronnement et le dernier bonheur de son aventure. Je sais, Madame, que je pourrai être suspect d'avoir recherché de la gloire en le présentante Votre Majesté, puisqu'il ne sauroit passer que pour extraordinaire, quand
* C'est ravis nécessaire imprimé par Bossut, ibid.^ p. 1%
* Médecin de la reine Christine. Il avait été d'abord celui du grand Condé, auprès duquel il avait en 1644 introduit Pascal pour que celui-ci fît voir au prkice la machine arithmétique, ainsi que nous l'apprend un billet inédit de Bourdelot à Pascal, Ms. 397, suppLfr.^ p. 22, et Ms de la Mazarine, p. 33. « Monsieur, je parlai hier à Son Altesse qui m'a témoigné impatience de vous voir avec votre roue Pascale. Si vous prenez la peine de venir à dix heures du matin, je crois que c'est celle qui lui est la phis commode... Boubdblot. A l'hôtel de Côndé, ce 26 febvrier 1644. » Le Recueil de Marguerite contient, p. 13, la réponse que fit Bourdelot, de Suède, le 14 mars 1652, à la belle lettre de Pascal à la reine Christine. Dans cette réponse , sous des éloges trèsmérités de Pascal se cachent plus d'un trait dirigé contre JDescartes qui menait, de mourir, et qui, après comme avant sa mort, a toujours eu Thonueur de réunir contre lui les esprits médiocres de tous les temps.
on verra qti*il s'adresse à elle; et qu*âu lieu qu il ne devroit lui être offert que par la considération de son excellence, on jugera qu'il est eitcellent par cette seule raison qu'il lui est offert. Ce n'est pas néanmoins cette espérance qui m'a inspiré un tel^ dessein. 11 est trop grand, Madame, pour aroii* d'autre objet que Votre Majesté même. Ce qui m'y a véritablement porté est Tunion que je trouve en sa personne sacrée de deux choses qui me comblent également d'admiration et de respect, qui sontrautorité souveraine et la science solide; car j ai une vénération toute particulière pour ceux qui sont élevés au suprême degré ou de puissance ou de connoissances. Les derniers peuvent , si je ne me trompe, aussi bien que les premiers, passer pour des souverains. Les mêmes degrés se rencontrent entre les génies qu'entre les conditions; et le pouvoir des rois sur leurs sujets n'est, ce me semble , qu une image du pouvoir des esprits sur les esprits qui leur sont inférieurs, sur lesquels ils exercent le droit de persuader, ce qui est parmi eux ce que ^ le droit de commander est dans le gouvernement politique. Ce second empire me paroît même d'un ordre d'autant plus élevé , que
* Les quatre manuscrits : ce dessein. ^ Les quatre manuscrits : le droit de persuader, gt^i est panai eux ce que le d.
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les esprits sont d'un ordre plus élevé que les corps; et d'autant plus équitable qu'il ne peut être départi et conservé que par le mérite au lieu que l'autre peut l'être par la naissance ou par la fortune. 11 faut donc avouer que chacun de ces empires est grand en soi ; mais. Madame , que Votre Majesté me permette de le dire, elle n'y est point blessée, l'un sanslautreme paroit défectueux. Quelque puissant que soit un monarque, il manque quelque chose à sa gloire , s*il n'a la prééminence de l'esprit; et quelque éclairé que soit un sujet, sa condition est toujours rabaissée par sa ^ dépendance. Les hommes qui désirent naturellement ce qu'il y a de plus parfait, avoient jusqu'ici continuellement aspiré à rencontrer ce souverain par excellence. Tous les rois et tous les savants en étoient autant d'ébauches qui ne remplissoient qu a demi leur attente : ce chef-d'œuvre étoit réservé à notre siècle ^. Et afin que cette grande merveille parût accompagnée de tous les sujets possibles d'étonnement, le degré où les hommes n' avoient pu atteindre est rempli par une jeune reine , dans laquelle se rencontrent ensemble l'avantage de l'ex-
' Les quatre manuscrits : la d.
* Les quatre manuscrits : qu'à demi leur attente ; et à peine nos ancéfreM ont pu voir en touteia durée du monde un roi médto» crement savant; ce chef-d'œuvre étoit réseryépourvoire^ède*
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périence avec la tendresse de Tâgei le loisir de 1 étude avec l'occupation d*une royale naissance | et l'éminence de la science avec la foiblesse du sexe. Cest Votre Majesté, Madame, qui fournit k l'univers cet unique exemple qui lui manquoit. C'est elle en qui la puissance est dispensée par les lumières de la science et la science relevée par l'éclat de l'autorité. C'est cette union si merveilleuse^ qui fait que comme Votre Majesté ne voit rien qui soit au-dessus de sa puissance^ elle ne voit rien aussi qui soit au->dessus de son esprit , et qu'elle sera l'admiration de tous les siècles'. Régnez donc, incomparable princesse, d une manière toute nou^ velle ; que votre génie vous assujétisse tout ce qui n est pas soumis à vos armes ; régnez par le droit de la naissance j par^ une longue suite d'années ^ sur tant de triomphantes provinces ; mais régnei toujours par ia force de votre mérite sur toute retendue de la terre. Pour moi, n'étant pas né sous le premier de vos empires, je veux que tout
* Oratoire : « de lous les siècles qui tout précédée.^ Cette addition est évidemment absurde. Recueil de Marguerite Périer : « De tous le&Biècles qui Vont précédée et qui la suivr&nt^ èomme elle a été Vouvrage de tous les siècles qui Vont précédée. » La vraie leçon doit être : « qu'elle sera l'admiration de tous les siècles qui la suivront comme elle a été Tôuvrage de tous les siècles qui l'ont précédée. » Cette leçon est précisément celle duMs. de la Mazarine p. 418, et du Ms. de la Bibl. r. 397, p. 343.
* Les quatre manuscrits : durant.
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le monde sache que je fais glaire de vivre sous le second ; et c'est pour le témoigner que j'ose lever mes yeux jusqu'à ma reine, en lui donnant cette première preuve de ma dépendance.
Voilà, Madame, ce qui me porte à faire à Votre Majesté ce présent quoique indigne d'elle. Ma foiblesse n'a pas arrêté ' mon ambition. Je me suis figuré qu'encore que le seul nom de Votre Majesté semble éloigner d*elle tout ce qui lui est disproportionné , elle ne rejette pas néanmoins tout ce qui lui est inférieur ; autrement sa grandeur seroit sans hommages et sa gloire sans éloges. Elle se contente de recevoir un grand effort d'esprit sans exiger qu'il soir l'effort d'un esprit grand comme le sien. C'est par cette condescendance qu'il daigne entrer en communication avec le reste des hommes; et toutes ces considérations jointes me font protester avec toute la soumission dont l'un des plus grands admirateurs de ses héroïques qualités est capable, que je ne souhaite rien avec tant d'ardeur que de pouvoir être adopté^ , Madame, de Votre Majesté 9 pour son tr^humble, très-obéissant et très^dèle serviteur. Blaisr Pascal.
' Les quatre manuscrits : étonné.
' Les quatre manuscrits : avoué.
APPfiNDlCB N*" II. 383
FRAGMENT INÉDIT DE PASCAL SUR VAÈioun.
( Article de la Revtte des Deux-Mondes^ du 15 septembre 1843. )
De toutes les découvertes grandes ou petites, que j'ai pu faire sur Pascal, voici, sans contredit, la plus inattendue. Il ne s'agit plus de lettres oiys* tiques adressées à ses deux sœurs ou à mademoiselle de Roannez, ni de quelques lignes destinées à. une nouvelle provinciale , ni de nouveaux débris (In grand livre des Pensées^ ni en6ji de quelque ouvrage de la dernière époque de la vie de Pascal, de cette époque aujourd'hui bien connue et remplie de monuments tous empreints du même caractère , celui d'une dévotion malheureuse, qui répudie la raison comme imbécile, et avec elle toute morale et toute religion naturelle, rejette la distinction sacrée du juste et de l'injuste, et les preuves les plus vieilles et les plus autorisées de l'existence de Dieu, considère le mariage comme une sorte de déicide , et pour nous faire croire nous veut abêtir. Je viens aujourd'hui éclaircir une tout autre époque de cette vie si tôt dévorée : je viens tirer de l'oubli un écrit d'un caractère bien différent , et dont le sujet semble plutôt eni-
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prunté à Thôtel de Rambouillet qu'à Port-Royal.
Quel est donc ce sujet? — L'amour.
Oui , Fs^our 1 et non p^ Taiaour (Jiyin, mais Tamour humain avec le cortège de ses grandeurs et de ses misères. Tel est biep le sujet sur lequel Pascal a composé un discours à la manière de ceux du Baoquet, mais dHin platonisme fort tempéré^ et dix r^^re la liberté décente d'un philosophe et d'un homme du monde.
Il y a phis : ce singuKer ouvrage contient jusqu'à des préceptes sur lart d*aimer^ très-di£Eëi^nls , il est vrai , de ceux d'Ovide, mais qui dans leur délicatesse même n'expriment pas une médiocre expérience.
Youft dirai -je toute ma pensée? En plus d'un elukt>it je trois sentir comme le^ battetaente d'un coeur cfncore troublé, et dans l'émotioû chaste et tendre avec laquelle Tatiteur peiïit le charme de ce qu'il appelle une haute amitié j je crois surjprendré Fécho sécrétât la révélation involontaire d'une a£fec¥ion que Pascul aurait épro^ivée pb*rr utee personne dti^ grand monde. On ne [^rlè poinft ainsi d'un sebtimefti aussi particulier, qt^md ùù iït l'a pas ea dans le cœur. Conçoit-on d^lteurs lin bbirnme cotti>iiie Paiteàt, s'amtisant à di^àsérter sur l'atfiour, pour latre pftrade de bel esprit? Pâiscal na jataais écrit qiife soos iempîre
cj'un gentiment irrésistible^ qu'il sôula^it €n I'^k^ primant. C'est rhoinme, en lui, qui suscite TécrK ymh Je me trom|>e fort» ou ce diâcours Irakit dans la tie intime de Pascal un mystère qui peutyétre ne sera jamais entièrement expliqué.
Vous voilà bien surprix : je ne Tai pas élé moins lorsqu'au milieu d'obscurs manuscrits cet éclatant fragmient m'apparut comme une vision extraordinaire. Je crus réver^ et je me deman^ dai si ces pag^ étaient bien du pénitent de M. Singlin , de Tau leur des PromnoiiUes et des Pensées. Mais le doute était-il pernis? N'est-ce pas ]k sa manière ardente et ahière ^ tant d'esprit et tant de passion^ ce parlerai fin et si gmnd, cet accent qi^e je reconnaîtrais entre mille? A ce trait piquant et quelque peu recherché vous sâtifNçoàneriez La Bruyère; mais tout à côté ce go«^^ de pinceau énergique et la grandeur de la phrase «n^ tière vous désabusent. Le suj^ ne permet pas de penser à Bosquet. Reste Descartes^ mais je l'ai déjà dit : dans Descartes^ l'art a trop laanqué «m génie. Il faut que ce fraj^ment soit de PâBcai^ il est signé de ce nom à toutes les lignes.
Et puis ce n'est pas une simple conjecture de mon esprit. D'autres avant moi^ aju xvu^ siècle^ des gens liés avec Port-Royal , qui connaîsgaivfit Pascal et sa ^rniHe, les Bénédictins kU ont ut*
tribué ce fragment. Ceci m'amène à vous dire où et comment je Fai trouvé.
En parcourant le volumineux catalogue des manuscrits français de l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés, je rencontrai au tome xi* l'indication d'un manuscrit in-4®, coté n* 74, contenant, selon le catalogue, des écrits de Nicole, de Pascal et de Saint-Évremond. Soigneux de ne négliger aucun indice , je voulus examiner ce manuscrit. Il porte au dos : Nicole. De la Grâce, Autre pièce ma^ nuscrite. Sur la première page est la table des écrits que cet in-4'* renferme : Système de M, Nicole sur la Grâce. Si la dispute sur la Grâce universelle n*est qiCune dispute de nom. Discours sur les passions de V amour, de M. Pascal. Lettre de M. de Saint' Eçremond sur la dévot ion feinte. Introduction à la Chaire. A la vue de ce titre : Discours sur les passions de V amour ^ de M. Pascal^ vous comprenez que je cherchai bien vite au milieu du volume; j y trouvai le même titre avec cette légère variante: Discours sur les passions de VAntour. On V attribue à M. Pascal,
Jugez à quel point ma curiosité fut excitée. Ce discours avait une vingtaine de pages ; si donc il était authentique, c'était le plus étendu de tous les morceaux inédits de Pascal que j'eusse encore rencontrés. Ajoutez le prodigieux intérêt de la ma-
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fière! Dès la première phrase , je sentis Pascal, et ma conviction s'accrut à mesure que j'avançais. Les preuves surabondent pour quiconque a eu un commerce intime avec les Pensées. Ce discours est inachevé. C'est une copie, et même, comme on le verra , une copie assez défectueuse. Proba*blement cet écrit n'était pas destiné au public , et l'auteur n'y avait pas mis la dernière main. Mais on reconnaît partout celle de Pascal, lesprit géométrique qui ne l'abandonne jamais , ses expressions favorites, ses mots d'habitude, sa distinction si vraie du raisonnement et du sentiment, et mille autres choses semblables qui se retrouvent à chaque pas dans les Pensées.
Veut-on une preuve presque matérielle? On lit danis ce fragment la phrase suivante : <c II y a de deux sortes d'esprits , l'un géométrique et l'autre qu'on peut appeler de finesse. » N'est-ce pa$ là la pensée développée au paragraphe 2 de l'article 10, première partie de l'édition de Bossut? Et ailleurs : « A mesure que Ton a plus d'esprit , l'on trouve plus de beautés originales.» C'est pour la beauté ce qui est dit des hommes en général dans le paragraphe i**" de ce même article 10. Mêmes pensées et mêmes termes , même esprit , même manière.
Je ne veux pas pousser plus loin la démonstra-
tk)ii. Ce fmgvaent est bien de Pascal. On k croyait il Saînt^emiaiiv-des-Prés, et Touvrage lui-même le prouve; oe n'est point une supposition, c'est im fiûl indubitable. Reste à savoir comment ce fait est possible , comment trouver dans Pascal la dispositkùn d'esprit et d'âme qui aura pu lui. inspirer ce discours. Voilà le problème qu'il faut résoudre.
On ne connaît guère que deux hommes dans Pasealy le savant qui se consumé en travaux im* mortels , et le solitaire de Port-Royal écrivant les PrôiMCiaies et préparant les Pensées. Mais il y en a un troisième encore, l'homme du monde, qui, sans tomber dans le dérèglement, a pourtant vécu de la vie commune, suivi le train ordinaire, participé k nos go&ts et à nos passions. On a bien dit qurique chose de cela dans ces derniers temps, mais on peut l'établir avec la dernière exactitude.
Piiscal, sorti d'une famille respectable, nourri de principes sévères, entouré des meilleurs exemples, avait, comme tous les honnête gens de son temps, un fonds de croyances religieuses ; et si elles sommeillèrent quelquefois, elles ne s'éteignirent jamais. A Rouen, à l'âge de vingt-quatre afAs, en 1646, Pascal, jusqu'alqrs livré à Téfude des ma thématique, mats déjà malade, est pris d'un accès de dévotion. Il se converti, comme on disait alors, et etvec i'ardQur qu'il portait en
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toutes çt^o3i^ ^t r^cendant qu'il exerçait ^^t<^Hf de lui, il convertit toute sa famille , ses d^yçi sœurs, Gilb^tç et Jacqueline« et jusqi^'ài ^p^ p^e, Etieiipe Pascal. Cetl;e ferveur religieuse diira eç s'accrut toujours dlWLS Jacqqelijie; mais d^^ Pascal elle s'afiaibUt peu à peu et par^t même W dissiper tout à Éait, Iprsqu'àP^ris, en i65?,| ^près la mort de son père, devenu maître de sa conduite et de sa fortune, il eqtra dan$ le monde. ïl ne vqu: lait d'abord qu'obéir à ses médecins, qui Iwi ^ys^ieni interdit toute é^u^e ; pi4s , in^usibleoieAt, il prit goût ? cette vie nouvelle et s'y eng^ea de plus e^^ plus, jusqu*^ ce que ^out à coup, ^ 1^ fyfi de Vannée i6$4t U to^ba dftna un profpnd eupui de tputes choses, et se retira à Pqrt-^pyal poi^r ?'y donner entièrement ^ Dieu. C'est là ce qu'on appelle la secpnde et dernière conversion de Pajfca^ Ce nouvel accès de dévotion, tout autrement é^ergique que le premier, p^rce qu'il venait d'ui^e biei^ autre expérience de la yie humaine, alla ^n^ ces^ augmentant et ne ^it qu a ^a mprt, en i^6a^ Il j eut (^onç un intervalle de plusieurs aidées, de i^*^ jusqu'à ^a fin de 1654; pendant lequel Pascal fut un homme du monde. Que fit-ij dqr^n^ ces deu?c années? Nou$ l'ignorons, mais upus ^onpài^op^ Pascal f uou? çavoiis qu'il ne faisait f ien à demi j et on peut çiffirn^r qu'ui^e fois entré dans la vijç
mondaine , il y porta son caractère , sa curiosité , son ardeur.
Madame Périer , dans la vie de son frère , jette un voile pieux sur ces années de dissipation; il lui a plu de s*eii tenir à ces paroles fort peu significatives : « Les médecins crurent que pour rétablir entièrement sa santé , il falloit qu'il quittât toute sorte d'application d'esprit , et qu'il cherchât autant qu'il pourroit les occasions de se drverlir. Mon frère eut quelque peine à se rendre à ce conseil mais enfin il le suivit, et il s'imagina que
les divertissements honnêtes ne pouvoient pas lui nuire, et ainsi il se mit dans le monde. Mais, quoique, par la miséricorde de Dieu , il se soit exempté de vices, néanmoins, comme Dieu l'appeloit à une plus grande perfection, il ne voulut pas l'y laisser. d Voilà le langage de la bonne sœur : en voici un autre , celui d'un homme parfaitement informé , l'exact auteur de l'excellent mémoire sur Pascal inséré dans le Recueil de plusieurs pièces pour sentir à F histoire de Port-Rojal, Utrecht , 1 740 : « M. Biaise Pascal ne put goûter la retraite de sa sœur (Jacqueline), car il nétoit plus le même qu'auparavant. Comme on lui avoit interdit toute étude, il s'étoit engagé insensiblement à revoir le monde , à jouer et à se divertir pour passer le temps. Au commencement, cela étoit modéré;
mais ^ifin il se livra tout entier à la vanité, k Tinutilité , au plaisir et à l'amusement, sans se laisser aller cependant à aucun dérèglement. La mort de monsieur son père nelui donna que plus de facilité et de moyens pour continuer ce train de vie : mais lorsqu'il étoit le plus près de prendre désengagements avec le monde, de se marier et de prendre une charge, Dieu le toucha...»
Même Recueil : « Sa sœur, la religieuse de Porl-^Royal, gémissoit sans cesse de voir celui qui lui avoit fait connoître le néant du monde, s'j plonger lui-même de plus en plus et être près de se lier par des engagements considérables. »
Marguerite Périer, dans son Mémoire sur la vie de son oncle s'exprime avec la même force : 1» Après s y être un peu enfoncé (dans les plaisirs), il prit la résolution de suivre le train commun du monde, c'est-à-dire de prendre une chargent de«e marier; et prenant ses mesures pour l'un et pour l'autre, il en conféra...' »
Il paraît d ailleurs que Pascal avait d'assez grandes habitudes de luxe, car, à Taventure de Neuilly^ il était dans « un carrosse à quatre ou six chevaux,» dit le Recueil déjà cité, ajoutant que, m c'étoit là sa coutume^. »
' Voyez plus bas, p. 432.
•/6icî., p. 434.
408 iMPNpnvcv «r H*
Puis^pi^ Pascal cherchoit à se inamr^ il ^ assez paturel qu'il ait lait attentioa slw^ femmes et r^berché leur compagnie. H était d'une 6^mUle depuis longtemps aiioblie, ^ possession d'une assez be^e fortune j çéièhie depuis son en^- C^nce» et de toutes partsi lié avec ce qu'il y avait de mieux. Son portrait est là pour nous, dire quel était son noble vis^e; ses grands yeux laijiçaifot des flammes'; et dai^ ce tempii de b^ute galanterie, Pascal y jeune, beaMi plm dç langueur et d'ardeur , impétueux et réfiécbi , superbe et mélancolique, devait être un per^nnage intéressaut ^u dernier poûftt l^ plaisirs de la paix succédaient au¥ troubles de la Fronde« hd bel esprit,*la politique et l'amour rapprochaient tout ce qui était distingué. Des débris de l'hotd de RambouUletse formaieutl'hotel d'Albret^ Thotel df Richelieu., et beaucoup d'autres cercles et^Wof^ célèbres ^ £n iÇSa, qpiadauie de 3ablé ^9 U^^Ml^^me de la Suze, madame de I^fayette^ madame Scarr
* Vbyte^f admirtA)le p^trmt de HsgiA , ^ravé p» ftdflhick , daqs lui H&min^ Ulmtr^s ^ P^nraui^ tpaib V^.
* On consultera utilement sur Tesprit et les mœurs de la société de ce temps Pécril un peu paradoxal mais si ingénieux de M. EMdener : Jlêétuêite ptmt setvit à PlOiMre de I* 9ôciéêé polie en France , p. 448.
* Un billet jusqu'ici inédit de Pascal à madame de Sablé ( plus haut , p. 375 ^ prouve directement gpe Pasoal iré<liieiitmt la maison de la marquise.
APPBmACB if* U. 303
tùtïj inadâtue Cornuel, madame de Coulanges, madame de ^vigné, et dâds des régions plus éievées, mais voisines , madame de LoûgUeviHe, madame de Guéménée, la Palatine, itiadame dé Lesdiguièl*€is , étaient ou dans l'éclat die la jeunesse eu très-belles encore et passionnées pout* la gloire en tout gefiife. Il est très-possiWe que dans ee monde d'élite , où Pascal devait être admis et recherché, il ait rencontré une personne d*un rang plus élevé que le sien potn* laqueHe il ait t-essetiti un vif attrait qu'il aurait renfermé dan^ son co^r, l'exprimant à peine pour luimême dans le langage ardent et voilé de ce discours énigmatique. L'amour alors ne passait point pour une faiblesse : c'était la marque des grands esprits et des grands cœurs. Rien donc de plus naturel que PistsCat n^ait pas su ou n'ait pas voulu se défendre d'une impression noble et tetidhe , et que lui atissi, comme Descartes, il ait aimé.
Il faut, certes, que le goût du monde aitété pendant quelque temps bien fort dans Pascal pour qu'il ait résisté aux avertissements et aui vives instances de sa sœur Jacqueline, qui, depuis la mort de leur père, étsÂt entrée à Port-Royal , à Vêtge de Vîiîigtsix ans, et y était devenue reHgieuse an commencement de i653, sous le nom de sœifr Saintç-£uphémie. Elle ne cessait de conjurer son frère de
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rompre tous ses liens et de se donner à Dieu. Enfin, en 1654, arriva l'accident terrible de Neuilîy qui pensa le tuer un jour de fête au milieu de la dissipation. Pascal dut en ressentir un profond ébranlement. Et pourtant cela ne suffit pas à le détacher du monde sur-le-champ : il n'éprouvait encore que des mouvements passagers. Quand Jacqueline, dans une lettre précieuse du a5 janvier i655 \ raconte à sa sœur, madame Périer , l'histoire de la conversion tant désirée de leur frère , les efforts qu'elle avait faits et qui étaient restés si longtemps infructueux, il lui échappe des paroles qu'il faut recueillir et peser : a II falloit qu'il eût en ce temps-là d'horribles attaches pour résister aux grâces que Dieu lui faisoit et aux mouvements qu'il lui donnoit. » Si on ne doit pas prendre trop au tragique ces horribles attaches dont Jacqueline parle ici ayec l'exagération janséniste , il est permis d'y soupçonner des habitudes tout à fait mondaines, bien que sans dérèglements, et peut-être une noble affection. Mais en vérité j'ai honte de tant retenir le lecteur sur mes propres pensées, et je me hâte de lui livrer le fragment de Pascal , fidèlement tran&crtt sur la copie de la Bibliothèque royale.
' Voyez Jacqueline POBcal^ p. 227.