‹ Des Pensées de Pascal (volume 2)Chapitre 48 sur 56 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

SUR LES PASSIONS DE l'aMOUR.

ON l'attbibub a m. pascal. »

a L'homme est né pour penser '; aussi n'est-il pas un moment sans le faire : mai^ les pensées^ pures qui le rendroient heureux s il pou voit toujours les soutenir, le fatiguent et l'abattent; c'est une vie unie à laquelle il ne peut s'accommoder; il lui faut du remuement et de l'action, c'est-à-dire qu'il est nécessaire qu'il soit quelquefois agi^é des passions dont il sent dans son cœur des sources si vives et si profondes.

Les passions qui sont les plus convenables à l'homme et qui en renferment beaucoup d'autres, sont l'amour et l'ambition : elles n ont guères de liaison ensemble; cependant on les allie assez souvent ; mais elles s affoiblisseut lune l'autre réciproquement, pour ne pas dire qu'elles se ruinent.

Quelque étendue d^esprit que l'on ait, l'on n'est Ciipahle que d'une grande passion; c'est pourquoi, quand l'amour et l'ambition se rencontrent ensemble, elles ne sont grandes que de la moitié de ce qu'elles seroient s'il n'y a voit que l'une ou

' Voyez le passage analogue , Pensées^ édit. de Bossut , première partie, art. 11, § 2.

39Q APPCJ^DlfE Jf" 41.

l'autre'. Lage ne détermine point ni le commencement ni la fin de ce3 deux p4$sions : elles naissent dès les premières années , et elles subsistent bien souvent jusques au tombeau. Néanmoins, comme elles demandent beaucoup de feu, les jeunes gens y simt plus projpires, et il seipbk ipi'elles se ralentiiseiita^ec lea années : cela est pourtant fort rare.

La TÎe de rhomme est misérablement courte : on la compte xlepuis la première entrée lians le monde : pour moi, je ne youdrois la compter que depuis la naissance de la raison, «t depuis qu on commence à être ébranlé par ia raison, ce qui narrive pas ordinairement avamt vingt ans. Devttst ce temps Ton est enfant, et un enfant n'est pas un homme.

Qu'une vie est heureuse quand eUa commence par raofeofir et quelle finit par lan^ition! Si j'avois à en efaoisir une, je prendrois celle-là. ¥ant que Ton a du fen^ l'on e^ aimable : mais ce feu s'éteint, il se perd; alors cpiela place est beUe et» grande pour l'ambition ! l^a vie tumultueuse est agréable aux grands espn^; mais ^eux qui sont médiocres ny ont aucun plaisir : ils sont machines ' panK>ut. C'est pourquoi l'amour et l'amt»-

* On reconnaît ici les habitudes de Tesprit géométrique.

• Un des inpts fayons de PasicaK Voyez pluç baut^ ps^^49, ei phisbas, pagè4iA.

APnimiCB ie il. 397

ttôn conAne^çant et finissant hi vie, on itslt dans r^tat le phis heiiteux'èàM la nâtttrfe butnamè est capable.

A, mesure i|ue Ton a phjs d'esprit , leis passicms sont phis grandes y parce que-, les passions n'éftant que des sentiments et des pensées qui iqppartv^inent purement à l'esprit , quoiqu'elles soient oc* casionnées par le corps , il e^t visible qu'elles ne sont plus que l'esprit iméme, et qu'ainsi elles remplissent toute sa capacité. Je ne parle que des pas^ sions de feu , ear pour les autres elles se mêlent souvent ensemble et (fusent une confusion ti^incommode; mais ce n'eit jamais dans ceut qui ont de Tesprit.

Dam âne grande ame tout est grand.

L'on demande sil faut aimer : cela ne se doit pas demander, on le doit sentir'; l'on nedélibèt^ pas là-dessus, Ton y est porté, et Ion a le plai^ît de sie tromper quand on consulte.

La netteté d esprit cause aussi la netteté de la passkm : c'est pourquoi un esprit: grand et net aime avec ardeur et il voit dfistincteipait ce qu'il aime.

Uy a de deux sortes d'esprits, l'un géométrique,

* Bossut. Seconde partie, art. 17, $ S. « Le eeMr a ses rai- 80D8 que la raison ne CMMièltpati •

et l'autrç que l'on peut appeler de finesse '.

Le premier a des vues lentes, dures et inflexibles, mais le dernier a une souplesse de pensées qu'il applique en même temps aux diverses parties aimables de ce qu'il aime: des yeux il va jusquesau cœur, et par le mouvement du dehors il connoît ce qui se passe au dedans.

Quand on a l'un et l'autre esprit tout ensemble, que l'amour donne de plaisir! car on possède à la fois la force et la flexibilité de l'esprit, qui est trèsnécessaire pour l'éloquence ^ de deux personnes.

Nous naissons avec un caractère d'amour dans nos cœurs qui se développe à mesure que l'esprit se perfectionne, et qui nous porte à aimer ce qui nous paraît beau , sans que l'on nous ait jamais dit ce que c'est. Qui doute après cela si nous sommes au monde pour autre chose que pour air mer? En. effeît, on a beau se cacher, l'on aime toujours; dans le$ choses même où il semble que l'on ait séfKiré l'amour, il s'y trouve secrètement et en cachette, et il n'est pas possible que Tbomme puisse vivre un moment sans cela. L'homme n'aime pas à demeurer avec soi; cependant il aime : il faut donc qu'il cherche ailleurs de quoi aimer. Il

* Première partie, art. 10, § 2.

* Mot évidemment défectueux dans la copie.

ne lé peut trouver que dans la beauté; mais comme il est lui-même la plus belle créature que Dieu ait jamais formée, il faut qu'il trouve dans soi-même le modèle de cette beauté qu'il cherche au dehors. Chacun peut en remarquer en soi-même les premiers rayons ; et selon que Ion s'aperçoit que ce qui est au dehors y convient ou s'en éloigne , on se forme les idées de beau ou de laid sur toutes choses. Cependant, quoique l'homme cherche de quoi remplir le grand vuide qu'il a fait en sortant de soi-même, néanmoins il ne peut pas se satisfaire par toutes sortes d'objets. Il a le cœur trop vaste; il faut au moins que ce soit quelque chose qui lui ressemble et qui en approche le plus près. C'est pourquoi la beauté qui peut contenter Thomme consiste non-seulement dans la convenance , mais aussi dans la ressemblance ' ; elle la restreint et elle l'enferme * dans la différence du sexe.

La nature a si bien imprimé cette vérité dans nos âmes que nous trouvons cela tout disposé; il ne faut point d'art ni d'étude ; il semble même que nous ayons une place à remplit* dans nos cœurs, et qui se remplit effectivement. Mais on le sent mieux qu'on ne le peut dire. Il n'y a que ceux qui

* C'est la théorie de l'amour , telle qu'elle est exposée dans le Phèdre et dans le Banquet de Platon.

« Sic,

400 APPBNDICB r 44.

savent brouiller ' leurs idées qui ne le voient pas.

Quoique cette idée générale de la beauté soit gravée dans le fond de nos âmes avec, des caractères ineffaçables^ elle ne laisse pas que de recevoir de très- grandes différences dans l'application particulière, mais c'est seulement pour la manière jd'envisager ce qui plaît. Car Ton ne souhaite pas nuement une beauté, mais Ton y désire mUle circonstances qui dépendent de la disposition où Ton se trouve, et c'est en ce sei^s que l'on peut dire que chacun a l'original de sa beauté dont il cherche la copie dans le grand monde. Néanmoins les femmes déterminent souvent cet original. Comme elles ont un empire absolu sur l'esprit des hommes , elles y dépeignent ou les parties de3 beautés qu'elles ont ou celles qu'elles estiment, et elles ajoutent par ce moyen ce qui leur plaît k cette beauté radicale. C'est pourquoi il y a un siècle pour les blondes, un autre pour les brunes, et le partage qu'il y a entre les femmes sur l'estime des unes ou des autres fait aussi le partage entre les hommes dans un même temps sur les unes et les autres.

La mode piême et les pays règlent souvent ce que l'on appelle la beauté. C'est une chose étrange

• Le Mss» : « brouiller et mépriser, » Et mépriser est évidemment une erreur du copiste.

que la coutume ' se mêle si fort de nos passions. Cela n'empêche pas que chacun n'ait son idée de beauté sur laquelle il juge des autres et à laquelle il les rapporte; c'est sur ce principe qu'un amant trouve sa maîtresse plus belle et qu'il la propose comme exemple.

La beauté est partagée en mille différentes manières. Le sujet le plus propre pour la soutenir, c'est une femme; quand elle a de l'esprit, elle l'anime et la relève merveilleusement. Si une femme veut plaire, et qu'elle possède les avantages de la beauté ou du moins une partie, elle y réussira; et même^ si les hommes y prenoient tant soit peu garde, quoiqu'elle n'y tâchât point, elle s'en feroit aimer. Il y a une place d attente dans leur cœur : elle s'y logeroit.

L'homme est né pour le plaisir : il le sent, il n'en faut point d'autre preuve. Il suit donc sa raison en se donnant au plaisir. Mais bien souvent il sent la passion dans son cœur sans savoir par où elle a commencé.

Un plaisir vrai ou faux peut remplir égalen^ent l'esprit^ Car, qu'importe que ce plaisir soit faux, pourvu que l'on soit persuadé qu'il est vrai ?

' Voyez dans les Pemées tous les passages analogues sur la force de la mode et de la coutume. Première partie, art. 9, § 6. « Comme la mode fait l'agrément , ainsi fait-elle la justice. » Aussi je lis coutume au lieu de constance que donne la copie.

402 APPENDICE IT li.

A force de parler d'amour, on devient amoureux : il n'y a rien si aisé : c'est la passion la plus naturelle à l'homme.

L'amour n'a point d'âgé : il est toujours naissant. Les poètes nous l'ont dit; c'est pour cela qu'ils nous le représentant comme un enfant. Mais sans lui rien demander ', nous le sentons.

L'amour donne de l'esprit, et il se soutient par l'esprit. Il faut de l'adresse pour aimer* L'on épuise tous les jours les manières de plaire : cependant il faut plaire et l'on plaît.

Nous avons une source d'amour- propre qui nous représente à nous-mêmes comme pouvant remplir plusieurs places au dehors : c'est ce qui est cause que nous Sommes bien aises d'être aimés. Comme on le souhaite avec ardeur, on le remarque bien vite, et on le reconnoît dans les yeux de la personne qui aime. Car les yeux sont les interprètes du cœur : mais il n'y a que celui qui y a intérêt qui entend leur langage.

L'homme seul est quelque chose d'imparfait; il faut qu'il trouve un second pour être heureux. Il le 'Cherche bien souvent dans l'égalité de la condition, à cause que la liberté et que l'occasion de se manifester s*y rencontrent plus aisément. Néan-

Sic,

moins Ton va quelquefois bien au-dessus % et Ion sent le feu s agrandir, quoiqu'on n'ose pas le dire à celle qui l'a causé.

Quand on aime une dame sans égalité de condition , l'ambition peut accompagner le commencement de l'amour; mais en peu de temps il devient le maître. C est un tyran qui ne souffre point de compagnon : il veut être seul ; il faut que toutes les passions ploient et lui obéissent. .

Une haute amitié remplit bien mieux qu'une commune et égale le cœur de l'homme , et les petites choses flottent dans sa capacité; il n'y a que les grandes qui s'y arrêtent et qui y demeurent.

L'on écrit souvent des choses que l'on ne prouve qu'en obligeant tout le monde à faire réflexion sur soi-même et à trouver la vérité dont on parle. C'est en cela que consiste ^ la force des preuves de ce que je dis.

Quand un homme est délicat en quelque endroit de son esprit, il l'est en amour. Car, comme il doit être ébranlé par quelque objet qui est hors de lui, s'il y a quelque chose qui répugne à ses idées, il s'en aperçoit et il le fuit. La règle de cette délicâ-

• Faire attention à ce paragraphe et aux deux qui suivent^ consacrés au charme et à la puissance des hautes amitiés.

* Cest en cela aussi que consistaient la logique et la rhétorique de Pascal.

hOh APPENDICE N"" II.

tesse dépend d*une raison pure, noble et sublime. Ainsi l'on se peut croire délicat sans qu'on le soit effectivement, et les autres ont droit de nous condamner ; au lieu que pour la beauté, chacun a sa règle souveraine et indépendante de celle des autres. Néanmoins , entre être délicat et ne l'être point du tout, il faut demeurer d'accord que, quand on souhaite d'être délicat, l'on n'est pas loin de l'être absolument.

Les femmes aiment à apercevoir une délicatesse dans les hommes , et c'est , ce me semble , l'endroit le plus tendre pour les gagner. L'on est aise de voir que mille autres sont méprisables et qu'il n y a que nous d'estimables.

Les qualités d'esprit ne s'acquièrent point par l'habitude j on les perfectionne seulement. De là il est aisé de voir que la délicatesse est un don de nature et non pas une acquisition de l'art.

A mesure que l'on a plus d'esprit ', l'on trouve plus de beautés originales; mais il ne faut pas être amoureux, car quand l'on aime l'on n'en trouve qu'une.

Ne semble-t-il pas qu'autant de fois qu'une femme sort d'elle-même pour se caractériser dans le cœur des autres, elle fait une place vuide pour

• Première partie, art. 10, § 1. « A mesure qu'on a plus d'esprit, on trouve plus d'hommes originaux. »

APPBNDICB r If. h$6

les autres dans le sien? Cependant j'en connois qui disent que cela n'est pas vrai. Oseroit-on appeler cela injustice? Il est naturel de rendre autant qu'on* a pris.

L'attachement à une même pensée fatigue et ruine l'esprit de l'homme. C'est pourquoi pour la solidité et la ' du plaisir de l'amour, il

faut quelquefois ne pas savoir que Ion aime; et ce n'est pas commettre une infidélité, car Ton n'en aime pas d'autre; c'est reprendre des forces pour mieux aimer. Cela se fait sans que l'on y pense : l'esprit s'y porte de soi-même ; la nature le veut, elle le commande. Il faut pourtant avouer que c'est une misérable suite de la nature humaine, et que l'on seroit plus heureux, si Ion n'étoit point obligé de changer de pensée ; mais il n y a point de remède.

Le plaisir d'aimer, sans l'oser dire, a ses peines, mais aussi il a ses douceurs^. Dans quel transport n'est-on point de former toutes ses actions dans la vue de plaire à une personne que l'on estime infiniment ! L'on s'étudie tous les jourà pour trouver les moyais de se découvrir, et l'on y emploie autant de temps que si l'on devoit entretenir celle que Ton aime. Les yeux s'allument et s'éteignent

* Sic. U y a un mot omis dans la copie.

dans un même moment ; et quoique Ton ne voie pas manifestement que celle qui cause tout ce désordre y prenne garde % Ton a néanmoins la satisfaction de sentir tous ces remuements pour une personne qui le mérite si bien. L'on voudroit avoir cent langues pour le faire connoitre : car comme Ton ne peut pas se servir de la parole, Ton est oWigé de se réduire à l'éloquence d'action.

Jusques là on a toujours de la joie , et Ton est dans une assez grande occupation ; ainsi l'on est heureux. Car le secret d'entretenir toujours 4ine passion, c'est de ne pas laisser naître aucun vuide dans l'esprit, en l'obligeant de s'appliquer sans cesse à ce qui le touche si agréablement. Mais quand il est dans l'état que je viens de dire^, il n'y peut pas durer longtemps , à cause qu'étant seul acteur dans une passion où il en faut nécessairement deux, il est difficile qu'il p'épuise bientôt tous les mouvements dont il est agijé.

Quoique ce soit une même passion, il faut de la nouveauté ; l'esprit s'y plaît, et qui sait ^ la procu^ rer sait se faire aimer.

Après avoir fait ce chemin, cette plénitude quelquefois diminue; et ne recevant point de

* Ceci rappelle l'amour « qu'on n'ose dire à celle qui Ta causé. »

* Le Mss. : dire^ et au-dessus décrire.

* Le Mss. se la p.

APPBIIBICB ir M. un

secours du c6té de la source, Ton décline misérablement, et les passions ennemies se saisissent d*un cœur qu'elles déchirent en mille morceaux. Néanmoins un rayon d'espérance , si basque l'on soit, relève au^si haut qu'on étoit auparavant. C'est quelquefois un jeu auquel les dames se plai^ sent ; mais quelquefois en faisant semblant d'avoir compassion , elles l'ont tout de bon : que l'on est heureux quand cela arrive ' !

Un amour ferme et solide commence toujours par l'éloquence d'action : les yeux y ont la meilleure part. Néanmoins il faut deviner, mais bien deviner.

Quand deux personnes sont de même sentiment, elles ne devinent point , ou du moins il y en a une qui devine ce que veut dire l'autre, sans que cette autre l'entende, ou qu'il ose l'entendre.

Quand nous aimons , nous paraissons à nousmêmes tout autres que nous n'étions auparavant. Ainsi nous nous imaginons que tout le monde s'en aperçoit; cependant il n'y a rien de si faux. Mais parce que la raison a sa vue bornée par la passion, l'on ne peut s'assurer, et Ion est toujours dans la défiance.

Quand l'on aime, on se persuade que l'on dé-

' Cette exclamation ne part-elle pas du cœiir , et n'exprimet-elle rien de personnel ?

M8 APFENDICB M'' If.

couvriroit la passion d*un autre : ainsi l'on a peur.

Tant plus le chemin est long dans Tamour, tant plus un esprit délicat sent de plaisir.

Il y a de certains esprits à qui il faut donner longtemps des espérances, et ce sont les délicats. Il y en a d'autres qui ne peuvent pas résister longtemps aux difficultés, et ce sont ïes plus grossiers. Les premiers aiment plus longtemps et avec plus d'agrément; les autres aiment plus vite, avec plus de liberté, et finissent bientôt.

Le premier effet de l'amour c'est d'inspirer un grand respect : l'on a de la vénération pour ce que ion aime. Il est bien juste ; on ne. reconnoît rien au nionde de grand comme cela.

Les auteurs ne nous peuvent pas bien dire les mouvements de l'amour de leurs héros; il faudroit qu'ils fussent héros eux-mêmes.

L'égarement à aimer en divers endroits est aussi monstrueux que l'injustice dans l'esprit.

En amour, un silence vaut mieux qu'un langage. Il est bon d'être interdit : il y a une éloquence de silence qui pénètre plus que la langue ne saurait faire. Qu'un amant persuade bien sa maîtresse quand il est interdit , et que d'ailleurs il a de l'esprit ! Quelque vivacité que l'on ait, il est bon, dans certaines rencontres, qu'elle s'éteigne. Tout cela se passe sans règle et sans réfl)exi<m, et

APPENDICE If 4f. 400

quand l'esprit le fait , il n'y pensoit pas auparavant; c'est par nécessité que cela arrive.

L'on adore souvent ce qui ne croit pas être adoré , et Ton ne laisse pas de lui garder une fidélité inviolable , quoiqu'il n'en sache rien : mais il faut que l'amour soit bien fin et bien pur.

Nous connoissons l'esprit des hommes^ et par conséquent leurs passions, par la comparaison que nous faisons de nous-mêmes avec les autres. 7e suis de l'avis de celui qui disoit que dans l'amour on oublioit sa fortune, ses parents et ses amis : les grandes amitiés vont jusques là.

Ce qui fait que l'on va si loin dans l'amour , c'est que Ion ne songe pas que l'on a besoin d'autre chose que de ce que l'on aime. L esprit est plein : il n'y a plus de place pour le soin ni pour l'inquiétude. La passion ne peut pas être sans excès : de là vient que Von né se soucie plus de ce que dit le monde , que l'on sait déjà ne devoir pas condamner notre conduite, puisqu'elle vient de la raison. Il y a une plénitude de passion, il ne peut pas y avoir un commencement de réflexion.

Ce n'est point un effet de la coutume *, c'est une obligation de la nature que les hommes fassent les avances pour gagner l'amitié des dames.

Cet oubli que cause l'amour et cet attachement

' La copie a toujours constance comme plus haut.

MO APPBNDICB N*" II. 1^^

à ce que Ton aime fait naître des qualités que Ton n'avoit pas auparavant; Ton devient magnifique sans ravoir jamais été.

Un avaricieux même qui aime devient libéral , et il ne se souvient pas d'avoir jamais eu une ha^ bitude opposée. L'on en voit la raison en considérant qu'il y a des passions qui resserrent l'âme et qui la rendent immobile , et qu'il y en a qui l'agrandissent et la font répandre au dehors.

L'on a ôté mal à propos le nom de raison à l'amour et on les a opposés sans un bon fondement; car l'amour et la raison n'est qu'une même chose : c'est une précipitation de pensées qui se porte d un côté sans bien examiner tout , mais c'est toujours une raison 9 et Ton ne doit et on ne peut pas souhaiter que ce ^oit autrement^ car nous serions des machines très-désagréables. N'excluons donc point la raison de l'amour y puisqu'elle en est inséparable. Les poètes n'ont donc pas de raison de nous dépeindre l'amour comme un aveugle. Il faut lui ôter son bandeau et lui rendre désormais la jouissance de ses yeux.

Les âmes propres à Vamour demandent une vie d'action qui éclate en événements nouveaux. Comme le dedans est en ' mouvement, il faut aussi que le dehors le soit, ep cette manière de vivre est

* La copie : est mouvement,

APPENDICE N*" îi. 411

un merveilleux acheminement à la passion. C'est de là que ceux de la cour sont mieux reçus dans Tamour que ceux de la ville , parce que les uns sont tout de feu et que les autres mènent une vie dont runifornptité n a rien qui frappe. La vie de tempête surprend, frappe et pénètre.

Il semble que Ton ait toute une autre âme quand on aime que quand on n'aime pas; on s'élève par cette passion et on devient toute grandeur; il faut donc que le reste ait proportion, autrement cela ne convient pas , et partant cela est désagréable.

L agréable et le beau n'est que la même chose; tout le monde en a l'idée; c'est d^une beauté morale que j'entends parler , qui consiste dans les paroles et dans les actions du dehors. L'on a bien une règle pour devenir agréable; cependant la disposition du corps y est nécessaire , mais elle ne se peut acquérir. Les hommes ont pris plaisir à se former une idée de lagréable si élevée, que personne n'y peut atteindre. Jugeons-en mieux, et disons que ce n'est que le naturel avec une facilité et une vivacité d esprit qui surprennent. Dans lamour ces deux qualités sont nécessaires : il ne faut rien de force, et cependant il ne faut rien de lenteur. L'habitude donne le reste.

Le respect et lamour doivent être si bien pro-

kl2 AFPENmCB N^ 41.

portionnés qu'ils ^ sputiainent sans que le respect étaufFe lamour.

Les grandes âmes ne sont pas celles qui aiment le plus souvent ; c est d'un amour violent que je parle. Il faut une inondation de passion pour les ébranler et pour les remplir. Mais quand elles commencent à aimer , elles aiment beaucoup mieux.

L'on dit qu'il y a des nations plus amoureuses les unes que les autres. Ce n'est pas bien parler, ou du moins cela n est pas vrai en tous sens. L'amour ne consistant que dans un attachement de pensée, il est certain qu'il doit être le même par toute la terre. Il est vrai que se déterminant autre part que dans la pensée , le climat peut ajouter quelque chose , mais ce n'est que dans le corps.

Il est de lamour comme du bon sens. Comme l'on croit avoir autant d'esprit qu'un autre , on croit aussi aimer de même. Néanmoins quand o^ a plus de vue , l'on aime jusques aux moindres choses, ce qui n est pas possible aux autres. Il faut être bien fin pour remarquer cette différence.

L'on ne peut presque faire semblant d'aimer que l'on ne soit bien près d'être amant , ou du moins que l'on n'aime en quelque endroit ; car il faut avoir l'esprit et la pensée de l'amour pour ce semblant. £t le moyen de bien parler sans cela ?

APPBNDICFr K° if. kiS

La vérité des passions ne se déguise pas si aisément que les vérités sérieuses.

Il faut du feu , de l'activité , et un feu d'esprit naturel et prompt pour la première ; les autres se cachent avec la lenteur et la souplesse : ce qui est plus aisé de faire.

Quand on est loin de ce que Ion aime, Ton prend la résolution d^ faire et de dire beaucoup de choses ; mais quand on est près , on est irrésolu. D'où vient cela? c'est que quand on est loin, la raison n'est pas si ébranlée : mais elle lest étrangement en la présence de l'objet. Or, pour la résolution, il faut de la fermeté qui est ruin^ par l'ébranlement.

Dans l'ainour, on n'ose hasarder parce que Von craint de tout perdre : il faut pourtant avancer. Mais qui peut dire jusques où? L'on tremble toujours jusques à ce que l'on ait trouvé ce point. La prudence ne fait rien pour s'y maintenir quand on l'a trouvé.

Il n'y a rien de si embarrassant que d être amant et de voir quelque chose en sa faveur sans l'oser croire. L'on est également combattu de l'espérance et de la crainte : mais enfin la dernière devient victorieuse de l'autre.

Quand on aime fortement , c'est toujours une nouveauté de voir la personne aimée • Après un

iih APPB¥a>lGB N* If.

moment d'absence, on la trouve de manque dans sans cœur. Quelle joie de la retroifvér ! On sent aussitôt une cessation d'inquiétude.

U faut pourtant que cet amour soit déjà bien avancé; car quand il est naissant et que l'on n'a fait aucun progrès, l'on sent bien une <;essation d'inquiétude, mais il en survient d'autres.

Quoique les maux se succèdent ainsi les uns aux autres , on ne laisse pas de souhaiter la présence de sa maîtresse par lespérance de moins souffrir. Cependant, quand on la voit on croit souffrir plus qu'auparavant. Les maux passés ne frappent plus : les présents touchent, et c'est ' sur ce qui touche que l'on juge.

Un amant dans cet état n'est-il pas digne de compassion?

* La copie a passé c'est.

ÂPPENDICB N^ 19. 415

Nous avons souvent parlé du Manuscrit de l'Oratoire, n® 160, et des Mémoires de Marguerite Périer, comme renfermant une foule de pièces inédites et précieuses de Pascal lui-même ou relatives à Pascal et à sa famille. Il nous a semblé qu'il était bon de donner ici une notice exacte de ces deux manuscrits» afin que les personnes qui s'intéressent , pour quelque motif que ce soit, à l'histoire de Pascal et de Port-Royal, puissent reconnaître dans ces deux manuscrits ce qui peut convenir à leurs études.

DESCRIPTION DU MANUSCRIT DE L'ORATOIRE, w" 160.

C'est un portefeuille in-folio divisé en un certain nombre de paquets.

Le i" paquet contient des lettres impriméçs d'Arnauld et de Nicole.

Paq. 2 et 3. Pièces imprimées.

P. 4. Extrait d'une correspondance entre l'abbé de La Trappe, l'abbé Nicaise (de Dijon) et Tillemont sur la mort d'Amauld et sur diverses autres choses.

P. 5. Note biographique sur Arnauld.

P. 6. Lettres de Nicole et d' Arnauld à M. Périer.

P. 7. Pièces sur les miracles de la sainte Épine.

hit APPENDICB N^ 13.

P. 8. Lettre d'une religieuse sur l'histoire d'une autre religieuse.

P. 9. Extraits concernant Port-Royal avec plusieurs lettres de divers personnages , et avec des pensées et des règles sur la vie religieuse.

P. 10. Extraits de lettres de la mère Agnès à la sœur sainte Euphémie '.

P. 1 1. Fourberies de Louvain.

P. 12. Affaire du père Saijfit- Ange , capucin ^

P. i3. Mémoires ecclésiastiques de M. l'abbé Ferrier.

P. i4- Éclaircissement sur la doctrine des deux premiers siècles.

P. i5. Affaire de la prétendue rétractation de Pascal , avec toutes les lettres qui s'y rapportent.

P. 16. Un certain nombre de morceaux de Pascal et relatifs k Pascal. D'abord la lettre écrite par Pascal à sa sœur madame Périer , sur la mort de leur père, d où on a tiré le morceau imprimé sur

* Ces extraits ont été imprimés pour la premi^e fois, d'après leEecueil de Marguerite Çérier, daas notre écrit : Jacqueline Pascal, Appendice, p. 431.

* Le Mss. de la Bibl. royale, u9 176, contient sur cette affaire plusieurs pièo^ authentiques au bas de Tune desquelles est la signature autographe de Pascal , telle qi^e nous Tavons figurée dans le fac-similé annexé à ce volume. A Taide de ces deux manuscrits , nous avons exposé en détail ce triste épisode de la jeunesse de Pascaldans la Bibliothèque de P Ecole des Chartes^ n» de novembre et décembre 1843.

APPBNDICB N* 11. MT

la mort. Le manuscrit ajoute ces moX&i sur Forigi" naldatédu l'j octobre i65i^ de la main de Pascal. (Voyez ce vol. p. 49*) Vient ensuite la lettre à la reine de Suéde en lui offrant la machine arithmé* tique. {Ibid. p. 376.) Puis la relation de Mar* guérite Périer de ce qu'elle a entendu dire à son oncle sur les Provinciales. (Ibid. p. 44*)

P. 17. Diverses pièces concernant M. PascaL I® Extrait de l'Histoire de la Roulette, a^ Abrégé de l'Histoire de la prétendue rétractation. 3° Quelques détails connus sur le différend de MM. de Port -Royal et de Pascal , relativement à la signa* ture du formulaire. 4® Divers éloges et épitaphes de Pascal. Tout cela est connu; mais au milieu est la fin de la préface des Pensées ^ laquelle n'a point été imprimée , dit notre manuscrit. Cette fin se terminait par la citation du portrait que Pascal avait tracé de lui-même sur un petit papier écrit de sa main et trouvé après sa mort : Taime la pauvreté y etc. Ce portrait, qui nous a été conservé par madame Périer dans la vie de son frère, a été depuis inséré par Bossut dans le supplément aux Pensées de Pascal, p. 535. 5® Neuf lettres inédites attribuées à Pascal dans un premier titre, puis à M. de Saint-Cyran dans Un second. Ce sont les lettres de Pascal à mademoiselle de Roannez. (Jbid. p. 61 et p. 334.)

Après toutes ces lettres, il en vient une de mademoiselle Pascal à madame Périer , sa sœur , en date du i5 septembre 16/17, sur une visite que Descartes avait faite à Pascal, visite dont parle Baillet dans la vie de Descartes , seconde partie , p. 33o, d'après une lettre manuscrite de Descartes à Mersenne, du 4 avril 1648.. On trouvera la lettre de notre manuscrit dans Jacqueline Pas^ cal, p. 93.

Ce même paquet 1 7 renferme aussi des copies de plusieurs lettres adressées à Pascal. 1° Une lettre de Fermât à Pascal, datée de Tolose le

29 août 1654 ' Monsieur j nos coups fourres

elle est imprimée dans l'édition de Bossut, tom, IV, p. 435. a® Une lettre de M. Sluze, chanoine de la cathédrale de I-iiége : J'avoue que fai

grande obligation h la gentilezza l'édition de

Bossut, ihid.^ p. 4-^4* 3° Lettre de Leibnitz sur quelques manuscrits de Pascal touchant les secr tions coniques; Bossut, tom. v, p. 459 : Mon-sieur^ vous m*avez obligé serisiblement... 4® Lettre de M. le premier président Ribeyre à Pascal , de Clermont , 26 juillet i65i : Monsieur^ je vous ai^oue... Bossut, tom. iv, p. 214. 5** Lettre de M. de Sluze à Pascal, du 29 avril iGSg: Monsieur ybien que je décrois passer pour impor^ tun Bossut, tom. v, p. 45o : 6^ Une lettre

APPENDICE N* 13. fcl9

sans date, sans nom d auteur, commençant ainsi :

« J'ai reçu un très-grand contentement de tos lettres du -19 du mois passé , lesquelles m'ont été rendues il y a deux jours, et je me tiens fort obligé k la civilité de M. Pascal, duquel si l'estime que j'en ay pouvoit être plus grande, elle seroit augmentée par tant de démonstrations que j'en ai reçues. Je vous prie donc, vous qui m'avez fait la faveur de me faire oonnoître une personne si 'savante, de lui témoigner le respect et l'estime que j'ay pour lui, et que, si je ne puis pas correspondre avec les effets k tant de grâces qu'il lui a plu de me faire, je ne manquerai pas au moins d'y satisfaire avec une bonne volonté que j'ai voulu vous faire connoitre présentement par la réponse que je vous envoyé a ce qu'on m'a proposé. Le temps est court, mais n'espérant pas de pouvoir, la semaine prochaine , avoir la commodité de m'appliquer k de sanblables spéculations, je suis contraint de vous en dire mon sentiment sur-le-champ. Il est bien vrai qu'il me déplaît que d'abord je ne sois pas du sentiment de M. Pascal touchant l'analyse spé^ cîose de laquelleje fais plus grand cas que luy, et j'ose dire que les preuves que j'en ay sont si grandes que non-seulement elles me persuadent, mais elles m'obligent d'en faire une estime bien grande. J'avoue que le retour en est bien souvent difficile; mais parce que, quand j'ai fait exactement Tanalyse, je suis aussi sûr de la solution du problème comme si je l'eusse démontré ^ar synthèse ; je ne me soucie pas quelquefois d'en chercher la construction la plus aisée, me persuadant ce qu'en une autre occasion M. Pascal dit : non est par labori jprœmmm ; mais en cela comme en toute autre chose je laisse volontiers que chacun suive son propre sentiment. Je viens au problême des tangeans dont on désire une plus grande explication. Aussitôt que vous me l'envoyâtes »

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Cette longue lettre, qui a plus de six pages in-fol.i se termine ainsi :

« Le porisme des anciens, à la des(»ription des sections coniques, me semble très-joli ; mais je n'ai pas le loisir de les examiner pour cette heure. Je conserverai le tout pour un meilleur temps y comme aussi de tous parler des carrés, que ces Messieurs appellent magiques desquels M. Pascal fait quelque mention dans sa lettre. J'y ajoute seulement que vous dites le vrai quand vous dites qu'il vous souvient que je vous ai parlé autrefois des deux moyennes, parce qu'il y a longtanps que j'ai trouvé la méthode de les trouver en une infinité de façons (j'entends par le lieu solide). Mais entre tous, ceux- Ai me plaisent davantage qui résoudent le problême per cir^ aUum et ellipsim. C'est ce que je vous prie de proposer à M. Pascal, pour savoir s'il lui est peut-être arrivé tout de même. Je vous prie de me donner quelques nouvelles des jansénistes et molinistes, conmie aussi quelque objection qu'on lût il M. Descartes ; et je voudrois savoir en quelle estime M. Hugenitts, gentilhonmie hollandais, est auprès de ces Mes* sieurs. 11 a imprimé plusieurs petits livres de géométrie, et il a demeuré quelque temps à Paris. »

Je ne trouve point cette lettre parmi celles de Sluze dans l'édition de Bossut. Il est possible qu elle soit de lui, venant après une lettre qui lui appartient certainement. Peut-être aussi est -elle de Fermât, et adressée à Carcavi, qui avait été collègue de Fermât au parlement de Toulouse. Je le conjecture d après ces mots : il vous souvient

ÀPPSBîDicB r IS. Ml

que je vous ai parlé autrefois , etc. Et puis celui qui écrit est évidemment en province. £n tout cas il ^rait bon de publier intégralement cette lettra 7° Un morceau intitulé : Pour M. Pascal. Le Mss. de la Mazarine le donne ^^.qi^ sous ce titre ; Pour mon frère.

« Il y a quelque temps que nous fîmes voir \ M. Arnstuld la solution que M. de Gomiers avoit donnée a tous vos problêmes. Il la coinprit fort bien et la réduisit en chiffres pour les premiers problèmes qui se trouvèrent conformes k vos solutions. Il n'eut pas le loisir d'en chercher la démonstration ; mais il en parla a un jeune homme qui demeure dans la même maison que M* de Roannez^ qui a beaucoup d'ouverture pour la géométrie. Je ne sais si vous Tavez connu : il s'appelle M. le marquis de Sainte-Mesme. M. Arnauld lui proposa donc en Pair cette solution générale de M. de Gomiers sans faire de figure ; et il lui envoya le lendemain cette démonstration qui est générale 9 et qui est la même que celle que vous nous avez envoyée. M. Âmauld la trouva très-belle. (Le Mss. de la Maz. s'arrête ici.) Nous lui dismes un jour ce que nous savions de la vôtre ; mais nous ne l'avions pas sur nous, et nous n'eus* mes pas le temps de l'aller quérir... (suit cette démonstration.) M. de Gomiers ne nous a point encore rendu réponse stir ce que nous l'avions prié par M. Toinard de réduire en nombre les solutions des propositions au particulier. »

De qui peut être cette note? Sans la première suscription : Pour M. Pascal i j'inclinerais«à.p43Qser qu'elle est de Louis ou de Biaise Périer, qui étu^

diaient alors à Paris et voyaient beaucoup M. Arnauldy et quelle est adressée à leur frère aîné, Etienne Périer, qui s'occupait fort de mathéiiiatiques. En écrivant à leur mère , madame Périer , à Clermont, la lettre qui suit, ils auront joint cette note pour leur frère.

En effet nous trouvons mêlée à la lettre précédente, celle de MM. Périer, que nous avons publiée (p. 83), sur l'envoi à faire des exemplaires des Pensées à différentes personnes qui avaient pris part à la révision : « Nous avons parlé à M. Guelphe,,. » Le Mss. de la Mazarine qui donne aussi cette lettre, p. 71, dit qu'elle est adressée à madame Périer et à Etienne Périer.

Mentionnons encore dans le paquet 1-7 une lettre du P. Pouget, prêtre de l'Oratoire, du aS mars 1704» où il déclare qu'il vient d'être chargé par l'évêque de Montpellier, Cçlbert, le neveu du grand ministre, de composer pour son diocèse un catéchisme. Voilà donc le véritable auteur du fameux catéchisme de Montpellier.

Le p. 18 contient deux cahiers. Le premier est la lettre de M. de Saint-Amour, de Rome, a6 mai 1 653 sijr sa mission : cette lettre doit avoir été impriinée. Le second cahier se compose de deux lettres inédites très-intéressantes écrites au beau-frère dç Pascal , M. Périer, conseiller à la Cour des aides de

APPBNDICE ir 4S. 423

Clermont, toutes deux datées de Paris et de Tannée 1657. Elles renferment de curieux détails sur les persécutions que subissaient les Proifinciales. Malheureusement ces deux lettres ne sont pas signées. Elles ne peuvent être de madame Périer, qui était alors à Clermont avec son mari, et dont il est question dans une de ces deux lettres. Seraient-elles de Domat ou d*Arnauld ou de Pascal lui-même? Je ne les ai vues nulle part imprimées. Voici une bonne partie de la première, du a janvier 1657 :

« Vous perdez quelque chose de ce que je suis accablé d'occupations ; car je ne puis vous écrire si souvent ni si au long que nous le souhaiterions tous deux etc.... Je satisfais ici en courant à trois de vos lettres. Je crois vous avoir mandé qu'il n'y a point d'ordre du conseil portant défense d'imprimer, mais bien ordonnance du lieutenant civil trompettée et affichée. Nous nous en mocquons assez , aussi bien qu'on peut faire chez vous ; mais cependant nous risquerions ouvertement imprimeurs et libraires qui ont peur et nous pour eux. Je crois avoir mandé aussi que vous donniez les suites d'extraits ; il le faut faire au plus tôt; et pourtant il est bon de les accompagner du second avis ou quatre pièces des curés. Je vous enverrai de tout abondamment par le messager de lundi ; je pensois Tavoir déjk fait ; mais je vous proteste que j'ai tant de choses a la teste que ma mémoire oublie d'en faire passer quelques-unes jusqu'aux mains... Il y a une sanglante relation dans le procèsverbal du clergé contre la doctrine de Jansénius auquel ces Messieurs attribuent les propositions condamnées, qu'il n'a pas entendu saint Augustin etc. , avec lettre au roi, a la reine, k

hah APPVCDICB N** «9.

Son Eimneoce et k tous )es évoques pour faire aiguer cet arrêt si étrange. Gela sera indubitablement suivi de persécution grande. »

Deuxième lettre, au même, de Paris, 24 avril

i ... On a envoyé ici de Louvain un extrait de la réception et publication de la bulle qu'on appelle Alexandrîne dans cette Université, dont tous les membres étant assemblés, la Faculté de Théologie par la bouche de son doyen a déclaré ce qui

suit Les mômes lettres des Pays-Bas portent en propres

termes que cette même déclaration de la bulle Alexandrine fait fort peu d'effet par deçà , et vraiment ne cause qu'un mépris de constitutions apostoliques. L'effet principal de deçà à Paris est tout de même. Il y a eu des emportés qui ont fait rage en cette publication. L'Oratoire de Saint-Honoréest la seule communauté qui a publié cette bulle par leur prédicateur de leur robbe, ce qui ne s'est pas fait sans ordre des supérieurs politiques, comme dit d'eux la nouvelle chanson qui court là-dessus, qu'étant si proches du Louvre il faut en suivre le train. Un certain abbé Lenormand s'est aussi signalé par cette publication qu'il avoit remise à dimanche dernier, avant- hier. Il est trésorier et curé de Saint-Jacques-de-L'Hôpital en cette ville. Il Gt des réflexions sur les principaux endroits delabuUe; et étant aux derniers mots qui parlent d'implorer le secours du bras séculier : « Messieurs Je n'entends pas seulement les puissances; je n'entends pas mon bras, mais celuide M. Jean Guillaume (c'est le bourreau) à qui il faut les livrer. Et on m'a assuré qu'il avoit dit : Ces diables de janséniste^; mais j'en doute. Pour ce qui est de la dédaratiensaogkinte |i^q>tfée

APPBIflHGB KT ft; Mi

par M. le chancelier contre les jansénistes, qui deyoit Atre envoyée au Parlement avec la bulle , elle est échouée, et a été jetée au feu par un de ceui qui en avoient le pouvoir. Les jésuites se sont réduits ensuite k faire envoyer la bulle au Parlement avec une simple lettre de cachet à l'ordinaire. Mais cela est encore cassé, et on nous assure qu'ils en sont réduits a un arrest du conseil, qui est la marque d'une pauvre cause en ce temps. La justice et la fermeté qui paroît encore dans le Parlement leur est fort opposée et fort redoutable. Il n'y a nulle apparence que la bulle ni aucune déclaration y passe, et on doit seulement souhaiter que les autres Parlements se règlent sur celui-cy. Un conseiller des plus considérés a dit depuis peu à un ami que pour mx ils n'étoient pas juges des points de foi et de doctrine, mais que pour des points defait,surtouts'agis« sant de faire perdre Thonneur ou le bien des particuliers, ils en pouvoient fort bien connoltre, et que pour voir si les propositions étoient dans Jansénius ils feroient fort bien apporter la bulle et le livre de Jansénius sur le bureau... •

P. 19. Deux cahiers. La pièce qu ils contiewient est imprimée : c'est l'image de la vertu de la mère Agnès.

Enfin le p. 20 est une lettre de 1720, écrite à monseigneur l'archevêque d'Arles sur son mande* ment au sujet des calamités publique».

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