‹ Des Pensées de Pascal (volume 3)Chapitre 33 sur 37 · MÉMOIRE SUR LA VIE DE M. PASCAL · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR LA VIE DE M. PASCAL

ÉCAIT PAR M>^" MARGUERITE PÉRIER, SA miÈGE. J»

% Lorsque mon oncle eut un an, il lui arriva une chose fort extraordinaire. Magrand'mèreétoit, quoyque très-jeune^ trèspieuse et très-cbariiable ; elle ayoit un grand nombre de pauvres familles à qui elle donnoit la charité, il y en avoit une qui avoit la réputation d'être sorcière ; tout le monde le lui disoit : mais ma grand*mère qui n'étoit pas de ces femmes crédules et qui avoit beaucoup d'esprit , se mocqua de cet avis, et continuoit toujours k lui faire Taumône. Dans ce temps-l)i il arriva que le petit Pascal tomba dans une langueur semblable à ce qu'on appelle h Parb tomber en chartre ; mais celte langueur étoit accompagnée de deux circonstances qui ne sont pas ordi-

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nairesy ruoe qu'il ne pouvoii souffrir de voir de l'eau Baos tomber dans des transports d'emportement très-grands; et l'autre bien plus étonnante, c'est qu'il ne pouvoit souffrir de voir son père et sa mère s'approcher l'un de l'autre : il souf^ froit les caresses de l'un et de l'autre en particulier avec plaisir; mais aussitôt qu'ils s'approchoient ensemble , il crioit, se dé^ battoit avec une violence excessive; tout cela dura plus d'un an durant lequel le mal s'augmentoit; il tomba dans une telle extrémité qu'on le croyoit prêt à mourir.

Tout le monde disoit )i mon grand^père et 2i ma grand'mère, que e'étoit assurément un sort que cette sorcière avoit jeté sur cet enfant; ils s'en moquoient l'un et l'antre, regar-^ dant ces discours comme des imaginations qu'on a quand on voit des choses extraordinaûres, et n'y faisant aueune attention ^ laissant toujours à cette femme une entrée libre dans, leur mai- 8<m, où elle recevoit la charité. Enfin mon grand-^e, impor* tuné de tout ce qu'on lui disoit Ik-dessus, fit un jour entrer cette femme dans son cabinet, croyant que la manière dont il lui parleroit lui donneroit lieu de faire cesser tous les bruits ; mais il fut très-étonné lorsque apr^ les prémices paroles qu'il lui dit, auxquelles elle répondit seulement et asses doucement que cela n'étoit point et qu'on ne disoit cela d'elle que par envie h cause des charités qu'elle recevoit, il vouhit lui faire peur, et feignant d'être assuré qu'elle avoit ensorcelé son enfant, il la menaça de la faire pendre si elle ne lui avouoit la vérité; alors elle fut effrayée, et se mettant a genoux elle lui promit de lui dire tout, s'il lui promettoit de lui sauver la vie. Sur cela mon grand-père, fort surpris, lui demanda ce qu'elle avoit fait, et ce qui l'avoit obligée k le faire ; elle lui dit que^ l'ayant prié de solliciter un procès pour eUe, il l'avoit refusée, parce qu'il croyoit qu'il n'étoit pas bon, et que pour s'en ven-

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fer elle aToit jeté on sort mr son enfiint qu'elle TOyoit qu'il «imoil teudrementy eC qu'elle étoit bien fâchée de le lui dire, mais que le sort étoit à la mort. Mon grand-père afiSigé lui dit : Quoy ! il faut donc que mon eo&nt même 1 Elle lui dit qu'il y aToit du remède , mais qu'il faUoit queqndqu'un mourût pour Uily et transporter le sort. Mon grand-père lui dit : Eb ! j*ainie mieux que mon fils meure que si qudqu'un mouroit pour lui. Elle lui dit : On peut mettre le sort sur uoe bète. Mon grand-père lui offrit un cheval : elle lui dit que sans faire de si grands frais un chat loi suffiroit : il lui en fit donn^ un , elle l'emporta, et en descendant die trouya deux capucins qui montoient pour consoler mon grand-père de l'extrémité de la maladie de son fils. Ces pères dirent a cette femme qu'elle youloil encore faire quelque sortilège de ce chat : elle le prit et le jeta par une fenêtre, d'où il ne tomba que de la hauteur de six pieds et tomba mort ; elle en demanda un autre que mon grand-père lui fit donner. La grande tendresse qu'il avoit pour ^t enfant fut cause qu'il ne fit pas d'attention que tout cda ne yaloil rien, puisqu'il fallait, pour transporter ce sort, faire une nouvelle invocation au diable; jamais cette pensée ne lui vint dans l'esprit , elle ne lui vint que longtemps après, et il se repentit d'avoir donné lieu k cehi.

< Le soir la fenmie vint et dit ^ mon grand-père qu'die avoit besoin d'avoir un enfant qui n'eût pas sept ans , et qui , avant le lever du soleil, cueillît neuf feuilles de trois sortes d'herbes ; c'est-k-dire trois de chaque sorte. Mon grand-père le dit h son apothicaire, qui dit qu'il y mèneroit lui-même sa fille, ce qu'il fit le lendemain matin. Les trois sortes d'herbes étant cueillies, la femme fit un cataplasme qu'elle porta h sept heures du matin à mon grand- père, et lui dit qu'il falloit le mettre sur le ventre de l'enfant. Mon grand-père le fit mettre,

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et k midy, revenant du palais, il trouva toute la maison en larmes , e4 on kii dit que l'enfant étoit mort ; il monta , vit sa femme dans les larmes ^ et Tenfant dans le berceau, mort, a ce quil paroissoit. Il s'en alla, et en sortant de la chambre il rencontra sur le degré la femme qui avoit apporte le cata«plasme, et attribuant la mort de cet enfant k ce remède, il lai donna un soufflet si fort qu'il lui fit sauter le degré. Cette femme se releva et lui dit qu'elle voyoit bien qu'il ét6it en colère, parce qu'il croyoit que son enfant étoit mort; mais qu'elle avoit oublié de lui dire le matin qu'il devoit paroitre mort Jusqu'à minuit^ et qu'on le laissât dans son berceau jusquli cette h«are*Ik et qu'alors il reviendroit. Mon grand-père rentra et dit qu'il vouloit absolument qu'on le gardât sans l'ensevelir. Cependant l'enfant paroissoit mort ; il n'avoit ny pouls, ny voix, ny sentiment; tt devenoit froid, et avoit toutes les marques de la mort ; on se moquoit de la crédulité de mon grand-père^ qui n'avoit pas accoutumé k croire k ces gens-lk. • On le garda donc ainsi, mon grand-père et ma grand'mèra toujours présents, ne voulant s'en fier k personne ; ite enten-dirent sonner toutes les heures et minuit aussi sans que l'enfant revint. Enfin entre minuit et une heure, plus près d'une heure que de minuit, l'enfant commença k bâiller; cela surprit extraordinatrement : on le prit, on le réchauffa, on lui donna du vin avec du sucre; il l'avala ; ensuite la noorriee lui présenta le téton, qu'il prit sans donner néanmoins des marques de connoissance et sans ouvrir les yeux ; cela dura jusqu'k six heures du matin qu'il commença k ouvrir les yeux et k connottre quelqu'un. Alors, voyant son père et sa mère l'un près de l'autre , il se mit k crier comme il avoit accoutumé ; cela fit voir qu'il n'étoit pas encore guéri, mais on fût au moins consolé de ce qu'il n'étoit pas mort, et environ six k sept jours

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après il oommeiiça k souffrir laTue de VmL Mon gruid-père» arrivant de la DMBse , le troiiTa qoi se dÎTertiasoil à verser de Temi d'un verre dans un autre dans les èras de sa mère ; il voulut alors s'approcber ; mais Tenfant ne le put souffiîr, et peu de Jours après il le souffrît, et en Iro» semaines de kmçs cet enfsnt fut entièrement guéri et remis dans son embonpoint.

Autre lut de la vie de M. Pascal ' :

« n y avait en Normandie un curé (M. Guaiebart, docteur de Sorbonne) dans un viflage nommé Rouvilly^ qui éloit un grand pénitent de Dieu, qui gouvemoH a paroisse avec une piété très-w^e, qui y instruisoit et fidsoft des prtees admirables. Tout le voisinage y alloit pour rentendre, et pour s'instruire et s'édifier ; et il faisoit un si grand bien \ ceux qui le venoient entendre que, peu après sa réputation se rendant, les gentilshonunes du voisinage et même les officiers de Rouen louoient des chambres dans ce viUage, pour y aHer coucher tous les samedis , afin d'assister k ses prônes. Entre ces gentilshommes, il y en eut deux qui étaient assa proches, nommés MM. Deskndes et de La BoutâHerie ; œs éemx messieurs furent si touchés, qulls s'abandonnèrent entièrement à sa conduite, et résolurent de ne plus penser qu'a Dieu, a leur salut , et a la charité pour le prochain. Ils avoient un don naturel pour remettre les m^nbres rompus et désunis ; et eomme ils avoient beaucoup d'esprit et d'honneur, ils avoient dès leur jeunesse étudié l'anatomie et la médecine pour ne point hasarder, en se fiant k leiv industrie naturelle, de faire quelque faute. Quand ces deux messieurs eurent résolu de se donner entièrement k Dieu , ils firent bâtir chacun un petit hôpital au-

* Note du MB. : « Ce narré est hors de sa place. » Ea effet, toni ce mémoire est rempH de désordie.

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tour de leur [)arc dans leun terres qui se touchoient, M. Deslandes qui avoit dix enfants, mit dix lits dans son bôpital , et M. de La Bouteillerie qui n'avoit point d'enfants, en mit ?ingt; ils recevoient dans ces trente lits tous les pauvres qui se présentoient, et les iraitoient charitablement de toutes sortes de maladies y étant bons chirurgiens et bons médecins, i^uiis ils préféroient ceux qui avoient besoin de leurs seryices pour remettre les membres... »

. . . Pendant que mon grand-père étoit à Rouen, M. Pascal, mon oncle, qui vivoit dans cette grande piété qu'il avoit luimême imprimée k la famille, tomba dans un état fort extraordinaire, qui étoit causé par la grande application qu'il avoit donnée aux sciences ; car les esprits étant montés trop fortement au cerveau, il se trouva dans une espèce de paralysie depuis la ceinture en bas, en sorte qu'il fut réduit k ne marcher qu'avec des potences ; ses jambes et ses pieds devinrent froids conmie du marbre, et on étoit obligé de lui mettre tous les jours des chaussons trempés dans de Teau-de-vie pour tftcher de faire revenir la chaleur aux pieds. Cet état oii les médecins le virent , les obligea de Uii défendre toute sorte d'ap-» plieation ; mais cet esprit si vif et si agissant ne pouvoit pas demeurer oisif. Quand il ne fut plus occupé ny de sciences ny de choses de piété qui portent ^vec elle leur application, il lui fallut quelque plaisir ; il fut contraint de revoir le monde, dtf jouer et de se divertir. Dans le commencement cela étoit modéré ; mais insensiblement le goût en viul, il jse mit dans le monde, sans vice néanmoins ny dérèglement, mais dans l'inutilité, le plaisir et l'amusement. Mon grand-père mourut ; il continua a se mettre dans le monde avec même plus de facilité^ étant maître de son bien ; et alors ^ après s'y être un peu enfoncé, il prit la résolution de suivre le train commun du monda^ c'est-hnlire de prendre une charge et se marier , et prenant set

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mesures pour Tun et pour Vautre \ il en conféra aTec ma tante, qui éCoit alors religieuse , qui gémissoit de voir celui qui lui ayoit fait connottre le néant du monde , s'y plonger lui-même par de tels engagements. Elle Fexbortoit souvent a y renoncer; il récoutoit , et nelaissoit pas de pousser toujours ses desseins. Enfin Dieu permit qu'un jour de la Conception de la Sainte- Vierge y il allât voir ma tante , et demeurât au parloir avec elle durant qu'on disoit nones avant le sermon. Lorsqu'O fut achevé de sonner, elle le quitta , et lui de son côté entra dans réglise pour entendre le sermon , sans savoir que c'étoit Ik où Dieu Tattendoit. 11 trouva le prédicateur en cbaire, ainsi il vit bien que ma tante ne pouvoit pas lui avoir parlé ; le sermon ftit, au sujet de la Conception de la Sainte-Vierge, sur le commencement de la vie des chrétiens, et sur l'importance de les rendre saints, en ne s'engageant pas, comme font presque tous les gens du monde, par l'habitude, par la coutume, et par des raisons de bienséance toutes humaines, dans des charges et dans des mariages ; il montra comment il falloit consulter Dieu avant que de s'y engager, et bien examiner si on pourroît faire son salut, si on n*y trouveroit point d'obstacles. Comme

* Il senît curieux de connattre la carrière que Pascal aurait emhrassée. On ne voit guère qu'il eût pn , dans Pétat de la sckHété an XVI i« siècle, en trouver une autre que la magistrature , par exemple, la chambre des monnaies ou la cour des aidés, où déjà quelques membres de sa famille occupaient une place, et où sa qualité de calculateur et de savant eût été de mise. A la rigueur, il eût pu acheter une charge au parlement, et être conseiller au parlement de Paris comme Carcavi el Fermât à celui de Toulouse. Quant au mariage , il est absolument impossible et parfaitement inutile de conjecturer quelle personne Pascal avait en.vue. Il pouvait aspirer aux partis les plus honorables. Mais c'est aussi par trop ignorer le siècle de Louis XIV que d'imaginer qu'il eût jamais osé élever ses prétentions jusqu'à mademoiselle de Roannez, la sœur d'un duc et pair, la future duchesfe de La Feuillada.

c'étoit Ik précisément son état et sa disposition, et que le prédicateur prêcha avec beaucoup de véhémence et de solidité, il fut vivement touché, et croyant que tout cela avoit été dit pour lui , il le prit de même. Ma tante alluma autant qu'elle put ce nouveau feu, et mon onde se détermina peu de jours après à rompre entièrement avec le monde ; et pour cela jl alla passer quelque temps à la campagne pour se dépayser, et rompre le cours général du grand nombre de visites qu'il faisoit et qu'il recevoit; cela lui réussit, car depuis cela il n'a vu aucun de ces amis qu'il ne visitoit que. par rapport au monde. »

i Dans sa retraite, il gagna à Dieu M. le duc de Roannez avec qui il étoît lié d'une amitié très-étroite , fondée sur ce que M. de Roannez ayant un esprit très-éclairé et capable des plus grandes sciences, avoit beaucoup goûté Fesprit de M. Pascal, et s'étoit attaché a lui. M. Pascal ayant donc quitté le monde, et ayant résolu de ne plus s'occuper que des choses de Dieu, il fit comprendre k M. de Roannez l'importance d'en faire de même, et lui parla Ik-dessus avec tant de force qu'il le persuada. Etant donc ainsi touché de Dieu, par le ministère de M. Pascal, il commença a faire des réflexions sur le jnéant du monde, il prit un peu de temps pour penser a ce que Dieu demandoit de lui ; enfin il prit la résolution de ne plus jamais songer au monde *.

Pendant que M. Pascal travailloit contre les athées, il arriva qu'il lui vint un très-grand mal de dents. Un soh* M. le duc de Roannez le quitta dans des douleurs très-violentes ; il se mit au lit, et son mal ne faisant qu'augmenter, il s'avisa pour se soulager, de s'appliquer k quelque chose qui fût capable de lui faire oublier son mal; pour cela il pensa k la proposition

\ Voyez sor M. de Roannez noure article de la BihUoîhique àe V École des Chartee^ septembre et octobre 1843.

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de la roulette fiilte autrefois par le père Mersenne, que personne n'avoit Jamais pu trouver, et îi laquelle il ne s'étoit jamais amusé. Il y pensa si bien qu'il en trouva la solution et tontes les démonstrations; cette application détourna son mal de dents, et quand il cessa d*y penser, il se sentit guéri de son mal. M. de Roannez étant venu le voir le matin, et le trouvant sans mal, lui demanda oe qui Tavoit guéri; il lui dît que c'étoit la roulette, qu*il avoit cherchée et trouvée. M. de Roannez surpris de oet effet et de la chose même, car il en sa voit la difficulté, lui demanda ce qu'il avoit dessein de faire de cela. Mon oncle lui dit que la solution de ce problème lui avoit servi de remède, et qu'il n'en attendolt pas autre chose. M. de Roannez lui dit qu'il y avoit bien un meilleur usage k en faire; que dans le dessein où il étoit de combattre les athées, il falloit leur montrer qu*il en savoit plus qu'eux tous, en ce qui regarde la géométrie et ce qui est sujet k démonstration, et qu'ainsi s*il se soumettoit k ce qui regarde la foi, c'est qu'il savoit jnsques où dévoient porter les démonstrations; et sur cela U lui conseilla de consigner 60 pistoles, et de faire une espèce de défi )i tous les mathématiciens habiles qu'il connoissoit et de proposer le prix pour celui qui trouveroit la solution du problème. M. Pascal le crut et consigna les 60 pistoles entre les mains de M«.., nomma des examinateurs pour juger des ouvrages qui viendroient de toute l'Europe, et fixa le terme à 48 mois, au bout desquels personne n*ayant trouvé la solution S)iivant le jugement des examinateurs, M. Pascaî retira ses 60 pistoles et les employa \ faire imprimer son ouvrage, dont il ne fit tirer que '120 exemplaires.

• M. Pascal parloit peu de science; cependant, quand l'occasion s'en présentoit , îi disoit son sentiment sur les choses dont on hii parloit; par exemple sur la philosophie de M. Descartes, il disoit assez ce qu'il pensoit. 11 étoit de son sentiment

sur Tautomate^ et u'w étoii point sur la matière subtita dom ilsefDoquoit fort,, ma}» il ne pouvoit souffrir la manière d'eipliqner la formation de toutes choses, et il disoit très^souvent : i je ne puis pardonner a Descartes ; il voadroit bien dans toute « la philosophie se pouvoir passer de Dieu , mais il n'a pu « s'empêcher de lui accorder * une chiquenaude, pour mettre « le monda en mouvement : après cela il n'a plus que ftdre do « Dieu. •

Voici mainteDant le seul témoignage authentique qui nous soit connu sur l'aventure du pont d^ Neuilly ; il n'y en a pas d'autre trace dans tous les papiers qui ont passé sous nos yeux.

• Page 6 : Monsieur Arnoul, chanoine de Saint-Victor, curé de Chambonrsy, dit qu'il a appris de M. le prieur de Baril- Ion, ami de M. Périer, que H. Pascal, quelques années avant sa mort, étant allé, selon sa coutume, un jour de fêteli la promenade au pont de Neuilly, avec quelques-uns de ses amis, dans un carrosse k quatre ou six chevaux, les deux chevaux de volée prirent le mors aux dents k l'endroit du pont oii U n'y avoit point de garde-fou ; et s'étant précipités dans l'eau, les lesses qui les att^choient au train de derrière se rompirent; en sorte que le carrosse demeura sur le bord du précipice, ce qui fit prendre k M. Pascal la résolution de rompr# ses promenades et de vivre dans une entière solitude. »

11 est vraiment bien singulier que Jacqueline Pascal , dans la lettre où elle raconte à «a sœur les

* D^bord : faire âotwier ; aanfessm aeetfrder^qui est la bonne leçon. Voyez plus haut , p. 4t.

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motifs et les détails de la conversion de leur frère ', ne dise pas un seul mot dun accident aussi terrible, où y si elle l'eût connu, et comment auraitelle pu l'ignorer, elle n'aurait pas manqué devoir et de faire paraître le doigt de Dieu.

Donnons encore quelques anecdotes sur Pascal, rapportées par Marguerite Périer sur le témoignage de ce même M« Ârnoul.

• Ibid.f page 6. M. Pascal avoit des adresses merveilleuses pour cacher sa yertu, et parUculièrement devant les gens du commun ; en sorte qu'un honune dit un jour k M. Arnoul qu'il , sembloit que M. Pascal fût toujours en colère et qu'il vouloit ' Jurer (ce qui est assez plaisant)^ mais qu'il ne seroit pas bon à écrire. M. Arnoul ajoutoit que quand on demandoit conseil a M. Pascal, il écoutoit beaucoup et parloit peu. t

« Page 7. M. Pascal étant allé voir M. Arnoul k Saint-Victor avec le duc de Roannez, vit entrer fort confusément un troupeau de moutons ; il demanda k M. Arnoul s-il en devineroit bien le nombre. Celui-ci lui ayant répondu que non , il lui dit tout d'un coup en comptant en un moment sur ses doigts qu'il y en avoit quatre cents, M. de Roannez demanda k celui qui les conduisoit combien il y en avoit ; il lui dit quatre cents. ' •

Le reste du volume est un amas de lettres de Pascal, de ses deux sœurs, de son beau-frère,

'^ JaequeliM Pa$eal, p. 8S5.

' Ces téroolgDages de M. Arnoul sur Pascal ee retrouvent dans le Ms. delà BibUotbèque royale, 397, p. S91, et dans celui de la M«zarine, p. ass, et ils y sont donnés comme extraits d*un mamucHi an(mym$ de la Bibliothèqtte dêê pém de VÙrotoirty de Ckrmxmt,

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M. Périer, de leurs enfants, de M. Arnauld, de M. Nicole et d'une foule d autres personnages, dans un tel désordre qiie le catalogue qui exprimerait cette confusion serait lui-même d'une confusion intolérable. Nous rapporterons donc à un certain nombre de chefs toutes les pièces dispersées dans ce volume.

De Pascal lui-même ou sur Pascal on trouve :

Hécii de ce que mademoiselle Périer a ouï dire à son oncle parlant à quelques-uns de ses amis au sujet des Proi^inciales ( imprimé par Bossut y comme de Pascal j et rappelé par nous y page 44 de ce volume).

Lettre de mademoiselle Pascal à madame Périery sa sœur^ où il est parlé dune entrevue de Pascal ayec M. Descartes. ( Voyez Jacqueline Pascal y p. 93 )•

Extrait d'une lettre de MM. Louis et Biaise Périer à madame leur mère au sujet de Vim* pression de la Vie de M. Pascal^ qu^elle aidait composée (voyez ce vol. p. 86).

Extrait d une lettre à M. Périer, datée de Paris le 27 octobre i656, et relative aux Prosfinciales et aux remontrances des curés sur la morale des jésuites. Cette lettre est du même genre que les deux autres que nous avons citées plus haut; elle est certainement d'une personne fortement enga-

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gée dans la querelle , Arnauld, Nicole, Sainte- Marthe, Domat ou Pascal lui-même.

Extrait dune httre à M. Périer conseiller à la cour des aydes. A Paris ^ ce 27 octobre i656.

ff La quatorzième est sous la presse ; elle ooasolera les bons pères qui jettent feu et flâme, et qui jouent de leur reste pour perdre les amis. L'affaire des curés les incommode fort, et ils s'en prennent comme de tout ce qui se fait de bon contre eux k Port^Royal. Les curés de Paris pensent k faire un deuxième avis, et de nouTeaiix extraits pires que les premiers. Ils s'assemblèrent bier pour cela. Ceux qui sont purs molinistesy oa inspirés et gouvernés par les bcms pères, firent raj^e pour empêcher ce deuxième avis; mais pourtant il passa, et D fut résolu qu*on y travailieroit. Je vous ay envoyé vingt ou vingt-cinq des avis imprimés, dont il y en a, ce me semble, dix de signés de la main des deux sindics ; c'a été pour envoyer dans toutes vos villes et doyennés, ou lieux plus considérables de vos quartiers, et afin que par ce moyen et de vos amis l'adresse en fût faite sur les lieux aux personnes les plus capables d'y bien servir ; j'attends réponse la-dessus... Vous presserés au plutôt que les curés de delà envoyent leur procuration. J'ay oublié de vous iQander que, ou dans les billets qui doivent accompagner chaque paquet k vos curés, ou dans les lettres que vous écrirez pour cela k vos connoissances, il faut leur donner avis que les curés doivent agir en oeey avec Tordre et la participation de messieurs les évéques des lieux on de leurs grands vicaires... Les bons pères, par une réponse à la treizième, que je diffère à vous envoyer pour vous en envoyer en même temps la réfutation, nient le soufflet de Guille qui cependant est indubitable : la seule difficulté est de savoir si c'a été d'avant ou d'arrière-

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