LETTRE DE PASCAL SUR LES CARROSSES
A CINQ socs,
Tirée des manuscrits de Pomponne, à la bibliothèque de TArsenal.
M. de Monmerqué ' a tiré des manuscrits de Pomponne, conservés à la bibliothèque de TArsenal, diverses pièces curieuses desquelles il résulte que Pascal a été ou l'inventeur ou du moins Tun des entrepreneurs de carrosses à cinq sous, nos omnibus d/aujourd'hui, destinés à parcourir Paris sur plusieurs grandes lignes. Sauvai ^ et raa-
' Nous avons mis au jour ces lettaes précieuses. Elles ont paru dans les Fragments littéraires , p. 281-365.
* Dans un petit écrit intitulé les Carrosses à cinq saus^ au les omnibus du jyiv mécle. Paris, 1S28.
' Antiquités^ tome I,l>age 191. « A ce qu'on dit, il en était rinventeur aussi bien que le conducteur. »
Vi8 AFPIMBICB N* 14.
dame Périer' nous l'apprenaient déjà, mais les pièces nouvelles publiées par M. de Monmerqué éclaircissent pleinement toute cette petite affoire. On y rencontre le privilège accordé pour cette entreprise au marquis de Sourches ,,à M. de Crénan, au duc de Roannès , Tintime ami de Pascal, ainsi qu'une lettre intéressante, où madame Périer raconte à M. Arnauld de Pomponne le grand succes du premier établissement de ces carrosses. A la suite de la lettre de madame Périer est le billet suivant , de la main même de Pascal, que M. de Monmerqué veut bien nous autoriser à publier ici pour la seconde fois.
«radjousteray à ce que dessus, qu'avant-faier au petit coucher du Boy une baterie dangereuse fut entreprise contre nous par deux personnes de la cour les plus eslevées en qualité et esprit, et qui allait à la ruiner en la tournant en ridicule, et qui eust doimé lieu d'entreprendre tout. Mais le Roy y répondit si obligeamment et si sèchement pour la beauté de l'affaire et pour nous, qu'on rengaigna, et promptement. Je n'ay plus de papier. Adieu. Je suis tout à vous. P. v
* Fie de Pascal. —« Dès que Taffaire des carrosses fut établie, il me dit qu'il voulait demander mille> francs par avance pour sa part à des fermiers avec qui Ton traitait... pour remployer aui pauvres de Blois. »
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NOTE ADDITIONNELLE AU FRAGMENT DE PASQ^L SUR L'AltOUB.
Au milieu de Fadmiration qu'excita dès son apparition ce fragment, et parmi les remerciments qui me furent adressés des côtés les plus différents par les amis de notre grande littérature, il s'est rencontré de saints personnages qui, prenant l'épouvante au seul nom d'amour, sans craindre de rappeler un des héros de Molière, * mais bien sûrs de complaire à des inimitiés trop connues, m'ont diaritablement aecusé de faire de Pascal un mauvais sujet, parce que je prouvais sans réplique qu'il avait dû connaître lamour pour l'exprimer de la sorte. Cette pieuse calomnie paraissait à peine sous une éclatante protection, qu'en même temps et comme à point nommé M. Gonod mettait au jour les agréables et curieux mémoires de Flécliier sur son séjour à Clermont pendant les années i665 et 1666. Or, dans ces mémoires, à l'occasion d'une demoiselle , qui était la Sapho du pajrs^ se trouvent les lignes suivantes : « Cette demoiselle était aimée par tout ce qu'il y avait de beaux esprits. Les esprits ont leurs liaisons qui font bien souvent celles du corps.
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M. Pascal» qui «'est depuis acquis tant de réputation, et un autre savant, étaient continuellement auprès de cette belle savante. Celui-ci (il s'agit d'un troisième amoureux ) crut qu il devait être de la partie , et qu'on ne pouvait passer pour bel-esprit qu'en aimant une dame qui en avait, et qui était aimée par des gens qui passaient pour en avoir. Il prenait donc le temps que ses deux rivaux n'étaient plus auprès d'elle, et venait faire sa cour après qu'ils avaient fait la leur, croyant qu*il ne fÎGillait jamais laisser une belle sans galant, et lui donner le temps de respirer en repos'.» Ainsi parle Fléchiér, sur un ton qui ferait frémir aujourd'hui nos dévots à la mode. M. Gonod prétend qu'il ne peut être ici question de l'auteur des Provinciales et des Pensées; et il en donne cette seule raison que Pascal né à Clermont, et qui l'avait quitté de bonne heure , ny est vraisembiablement revenu qu'en 1660, lorsqu'il était presque mourant et ne pensait plus qu'à Dieu. Il est vrai que Pascal est allé à Clermont en 1660 ; mais où donc est l'invraisemblance qu'auparavant aussi, comme son père Etienne et comme sa sœur Jacqueline^, il fut allé faire visite à Clermont à sa sœur madame Périer? Ensuite quel serait cet au-
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* Jacqueline Pascal, page ISO.
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tre Pascal, qui depuis s*est acquis tant de répu" tation? De toute la famille , après le fils deveuii depuis si illustre, le père seul est un peu connu comme savant. Mais, dans ce cas , les bruits recueillis par Fléchier remonteraient à un demisiècle, avant le mariage d'Etienne Pascal , qui est de 1618 ' : c'est bien assez de leur accorder dix ou douze ans, et même le grand nom de Pascal était seul capable de les soutenir jusqu'au voyage de Fléchier. Celui-ci d'ailleurs a dû se faire répéter plus d'une fois une chose aussi surprenante, et il n'a pu vouloir intéresser à faux la postérité en détournant sur le Pascal célèbre ce qu'on lut au* rait dit de quelque Pascal obscur. Évidemment ces lignes ne peuvent s'appliquer qu'à celui qui, plus tard , écrivit les Provinciales et les Pensées. Si donc, à Clermont, Pascal a pu être sensible à l'esprit et à la beauté, quelle merveille qu'il Tait été, ' et bien plus sérieusement^ à Paris, dans les cercles brillants qu'il fréquentait?
Maintenant s'est-il arrêté à la fleur de ce périlleux sentiment, et sur le bord de la galanterie, comme dirait Fléchier, ou, avec son humeur bouil" lante ^, a-t-il été plus loin, sans dérèglement? Enfin,
* Voyez notre article intitulé : La famille Poical, BnLLBnii DU Bibliophile, novembre, 1844.
* Jacqueline Pascal^ page 225.
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parmi tant àt femmes du grand monde, qiiMl renoontrait chez madame de Sablé et ailleurs, laquelle toucha ce cœur si ardent et si fier? Qui le sait aujourd'hui et qui peut le dire? Disons seulement, mais disons bien haut, à l'honneur de Pascal, que nulle part on ne trouve le moindre indice sur lequel il soit permis de supposer que jamais il ait levé les yeux sur la sœur de son ami , la sœur d'un duc et pair, mademoiselle de Roannez, alors toute jeune, et réservée à Dieu ou aux partis les plus considérables '. Pascal en prit soin comme d une âme précieuse et fragile qu*il fallait disputer au monde et garder à Port-Poyal. Toute autre hypothèse est une injure ridicule à sa loyauté et à son bon sens.
' Voyez l'article de la Bibliothèque de l'Écolb dss Chartes, 1843, n<* de septenril>re et octobre, sur M. et mademoiselle deBoamneu,
Fin DE L^AWBSMCB.