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comprendre et l'aimer, la création eût été imparfaite^ car en réfléchissant Dieu dans quelques-uns de ses attributs , elle n'eût pas manifesté les plus grands et les plus saints ; par exemple, la liberté, la justice et ramour ; et, d'une autre part, il était bon qu'il y eût un monde, un théAtre où pût se déployer cet être capable de s'élever jusqu'à Dieu & travers les passions et les misères qui l'abaissent vers la terre. Toutes les choses sont donc bien comme Dieu les a faites et comme elles sont. J'en conclus, ne vousen déplaise, que Dieu, sans être nécessité ni physiquement, ce qui est absurde, ni moralem^ent, ce qui paraît équivoque, demeurant libre et parfaitement libre, mais trouvant meilleur de créer que de ne créer pas, créa non-seulement avec sagesse, mais en vertu de sa. sagesse même, et qu'ainsi dans ce grand acte l'mtelligence et l'amour dirigèrent la liberté.
Cette explication n'est point une concession; c'est le développement régulier de la pensée fondamentale sur laquelle nous nous appuyons, mes amis et moi , i savoir : que la lumière de la haute meta* physique est dans la psychologie- C'est à l'aide de la conscience et des éléments permanents qui la
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constitueiit que, par une iDdqction légitime, nous élevons rhomme & la connaissance des attributs les plus cachés de J)ieu. L'homme ne peut rien comprendre de Dieu dont il n'ait au moins une ofnbre en lui-même : ce qu'il sent d'essentiel en lui , il le transporte ou plutôt il le rend à celui qui le lui a donné; et il ne peut sentir ni sa liberté, ni son intelligence, ni son amour, avec toutes leurs imperfections et leurs lipiites, sans avoir une certitude invincible de )a liberté, de l'intelligence et de l'amour de Dieu , sous la raison de l'infinité. Une psychologie profonde comme point de départ, et pour dernier but une grande philosophie, morale et religieuse et en même temps libérale, telle est mon œuvre, s'il m'est permis de parler ainsi, en opposition à l'athéisme que produit la psycholc^ie superficielle de l'empirisme, et en opposition aussi à la métaphysique hypothétique de l'école' allemande, née de l'absence de toute psydiologie. Si j'ai un nom en Frwce, i quoi le dois-je, je vous prie, si ce n'est pas à la tAche persévérante que je poursuis depuis trente années , celle de combattre le matérialisme et l'athéisme, cbnséquwces
LU AVANT-PaOPOS.
extrêmes de la philosophie du dernier siècle, non pas, il est vrai, en faisant la guerre i la raison, mais en essayant de la mieux diriger, non pas en abjurant la philosophie, maison proclamant au contraire sa haute et bienfaisante mission. Je m'incline devant la révélation, source unique des vérités surnaturelles; je m'incline aussi devant rautorité de l'église, nourrice et bienfaitrice du genre humain, à laquelle seule a été donné de parler aux nations, de régler les mœurs publiques , de fortifier et de contenir les Ames. Combien de fois n'ai-je pas défendu, comme homme poli* tique et comme philosophe, l'autorité ecclésiastique dans ses limites nécessaires ' ? J'y ai perdu une ancienne popularité, je ne la regrette point ; je faisais mon devoir, je suis prêt A le faire encore et à tout sacrifier à cette sainte cause, tout, excepté cette autre partie de la vérité, de la justice et de ma conviction réfléchie, j'entends le sentiment de l'excellence de la raison humaine et du pouvoir naturel et
* Voyez particulièrement mon Rapport à la Chambre des pairs sur la loi de riQstructioo primaire, rapport où j'ai défendu avec fermeté la part légitime du clergé dans la surveillance des écoles du peuple.
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légitime qu'rile a reçu de Dieu de faire Gonnaltre A l'homme et lui-métne et son diviu auteur. Ëclairez ee pouvoir , n'essayez pas en vain de Pétouffer. Res* pectezdans le cartésianisme ladirection généreuse et l'énergie qu'il donne à la pensée. Loin de répéter, contre la vérité des dioses et contre l'évidence de l'histoire, que toute philosophie conduit àl'atiiéisme, ohl je vous en conjure, proclamez bien haut que la mauvaise philosophie conduit seule à cette erreur funeste, et que la raison sagement cultivée porte en elle ces croyances sans lesquelles celles de l'église manquent de fondement , et ne reposent plus que sur rimaginatiôn ou sur le désespoir impie de toute vérité , s'efforçant de se tromper lui-même et troublant Téglise au lieu d'y trouver la paix. Quel avanti^, dites-moi, a procuré à l'église de France l'aKtier système que nous combattons? Il lui a donné un triomphe d'un jour, puis des déchirements malheureux, et maintenant encore une direction fatale, contraire à ses traditions nationales, à ses intérêts de tous les temps, aux déclarations des saints con* ciles, au génie permanent du catholicisme- Au lieu de combattre rUnîverstté, que l'église de France
LIV AVANT-PaOPOS.
se joigne à elle pour accomplir de concert leur différente mission. Les professeurs de philosophie de J'Upiversité n'ont point à enseigner la religion ; ils n'en ont point le droit ; car ils ne parlent pas au nom de Dieu ; ils parlent au nom de la raison ; ils doivent donc enseigner une philosophie qui, pour ne pas trahir la raison elle-même, la société et l'état, ne doit rien contenir qui soit contraire à la religion. Les rôles sont trop différents pour être opposés et pour être échangés : leur fin dernière est la même : la réhabilitation de la dignité de J'àme, la foi fen la divine Providence et le service de la patrie. Je demande pardon au lecteur de ces explications en apparence assez déplacées dans un avant-propos à des variantes dé Pascal. Mais c'est Pascal , dans le 4ivre même sur lequel roule ce travail, qui le premier a déclaré la guerre au cartésianisme et A toute philosophie. Cette guerre a été renouvelée de nos jours; elle est parvenue en ce monient à la dernier» violence. Il n'était donc pas malséant d'adresser ici cette réponse aux ennemis de la philosophie, et ^ voici mon dernier mot : Que le gouvernement de-, meure indécis et silencieux; que l'esprit public
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épuisé deyienno de plus eu plus étranger à ces no- i blés itit^éts qui faisaient battre le cœur à nos aïeux [ et à nos pères et fireùt si longtemps de la France VAme et l'intelligence du monde; que des attaques sans frein épouvantent les faibles convictions et ceux qui n'ont pas rexpérience des difficultés de la vie : il est un homme que sa bonne conscience maintiendra tranquille et ferme ; qui ne pliera pas sous cette coalition de tous les mauvais partis; qui^ Dieu aidant, ne se laissera ni égarer par les uns ni intimider par ^ les autres; qui ne manquera jamais au profond res* pect dont il fait profession pour le cbristianisme, et l ne trahira pas davantage les droits, sacrés aussi , de j la liberté de la pensée et la foi à la dignité de la philosophie; inébranlablement attaché au drapeau ile / toute sa vie, dût ce drapeau être insulté chaque jour, déchiré et noirci par la calomnie.