‹ Des pensées de PascalChapitre 103 sur 125 · AI»PEND1CE KM · texte numérisé non relu

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perte, quand \'o\xs ri auriez que deux vies à gagner pour une , vous pourriez encore gager. Et s'il y en avoit dix à gagner, vous seriez imprudent de ne pas hasarder votre vie pour en gagner dix à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a ici une infinité de vie.^ infiniment heureuses à gagner, avec pareil hasard de perte et de gain ; et ce que vous jouez est si peu de chose et de si peu de durée ^ qu 'ilj a de la folie à le ménager en cette occasion^.

* Cette dernière phrase n'est que le résumé des longs développements qui sont en regard.

gain, il n'y a point à balancer, il faut tout donner; et ainsi quand on est forcé à jouer, il faut renoncer à la raison pour garder la vie plutôt que de la hasarder pour le gain infini aussi prêt à arriver que la perte du néant.

Car il ne sert de rien de dire qu'il est incertain si on gagnera et qu'il est certain qu'on hasarde, et que l'infinie distance qui est entre la certitude qu'on ^'expose et l'incertitude de ce qu'on gagnera égale le bien fini qu'on expose certainement à l'infini qui est incertain. Cela n'est pas ainsi ; tout joueur hasarde avec certitude pour gagner avec incertitude. Et néanmoins il hasarde certainement le fini pour gagner incertaipementle fini, sans pécher contre la raison. Il n'y a pas infinité de distance entre cette certitude de ce qu'on /expose et l'incertitude du gain; cela est faux. Il y a à la vérité infinité entre la certitude de gagner et la certitude de perdre; mais l'incertitude de gagner est proportionnée à la certitude de ce qu'on hasarde, selon la proportion des hasards de gain et de perte ; et de là vient que s'il y a autant de hasards d'un côté que de l'autre, le parti est à jouer égal contre égal; et alors la certitude de ce qu'on ^'expose est égale à l'incertitude du gain : tant s'en faut qu'elle

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Car il ne sert de rien de dire qu'il est incertain si on gagnera et qu'il est certain qu'on hasarde , et que l'infinie distance^, qui est entre la certitude de ce qu'on expose et l'incertitude de ce que l'on gagnera , égale le bien fini qu'on expose certainement à l'infini qui est incertain. Cela n'est pas ainsi : tout joueur hasarde avec certitude pour gagner avec incertitude. Et néanmoins il hasarde certainement le fini, pour gagner incertaine ment le fini, sans pécher contre la raison. Il n'y a pas infinité de distance entre cette certitude de ce qu'on expose et l'incertitude du gain ; cela est faux. Il y a à la vérité infinité entre la certitude de gagner et la certitude de perdre; mais l'incertitude de gagner est proportionnée à la certitude de ce qu'on hasarde, selon la proportion des hasards de gain et de perte : et de là vient que s'il y a autant de hasards d'un côté que de l'autre , le parti est à jouer égal contre égal; et alors la certitude de ce qu'on expose est égale à l'incertitude du gain : tant s'en faut qu'elle en soit infiniment

en soit infiniment distante ! Et ainsi notre proposition est dans une force infinie, quand il y a le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain que de perte, et Finfini à gagner. Cela est démonstratif; et si les hommes sont capables de quelque vérité, celle-là l'est.

( P. 4? à la marge.)

Je le confesse, je l'avoue, mais encore n'y a-t-il pas moyen de voir le dessous du jeu ? Oui, l'Écriture, et le reste, etc.

Oui, mais j'ai les mains liées et la bouche muette ; on me force à parier, et je ne suis pas en liberté ; on ne me relâche pas, et je suis fait d'une telle sorte que je ne puis croire. Que voulez-vous donc que je fasse ?

Il est vrai ; mais apprenez au moins votre impuissance à croire, puisque la raison vous y porte, et que néanmoins vous ne le pouvez. Travaillez donc non pas à vous convaincre par l'augmentation des preuves de Dieu , mais par la diminution de vos passions. Vous voulez

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distante ! Et ainsi notre proposition est dans une force infinie, quand il nj a gue le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain que de perte, et l'infini à gagner. Cela est démonstratif; et si les hommes sont capables de quelques vérités, ils le doivent être de celle-là.

Je le confesse, je l'avoue. Mais encore n'y auroit-il point de moyen de Doir un peu clair? Oui, par le mojen de l'Écriture , et par toutes les autres preuves de la religion^ qui sont infinies»

( Suivent dans P.-R. 3 paragraphes , tirés de différents endroits du Msc, et un 4^ : « Quel mal vous arrivera- t-il en prenant ce parti.,..» qui ne doit venir que beaucoup plus tard, et que Pascal a lui-même intitulé : Fin de ce discoures. L'édition de 1819 donne seule cet endroit du manuscrit.)

{V.'V..,ihid.)

Fous dites que vous êtes fait de telle sorte que vous ne sauriez croire. Apprenez au moins votre impuissance à croire , puisque la raison vous y porte, et que néanmoins vous ne le pouvez. Travaillez donc à vous convaincre, non pas par l'augmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions. Vous voulez aller à la foi,

aller à la foi , et vous n'en savez pas le chemin ; vous voulez vous guérir de rinfidélité, et vous en demandez les remèdes. Apprenez (les) de ceux qui ont été tels comme vous, et qui parient maintenant tout leur bien. Ce sont gens qui savent un chemin que vous voudriez suivre, et guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé : c'est en faisant tout comme s'ils croyoient, en prenant de l'eau bénite, en faisant dire des messes, etc, Naturellement même cela vous fera croire et vous abêtira. Mais c'est ce que je crains. Et pourquoi ? qu'avez-vous à perdre ?

Mais pour vous montrer que cela y mène, c'est que cela diminue les passions qui sont vos grands obstacles etc.

O ce discours me transporte , me ravit etc. Si ce discours vous plaît et vous semble fort, sachez qu'il est fait par un homme qui s'est mis à genoux auparavant et après , pour prier cet Etre infini et sans parties, auquel il soumet tout le sien, de se soumettre aussi le vôtre pour votre propre bien et pour sa gloire, et qu'ainsi la force s'accorde avec cette bassesse.

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et vous n'en savez pas le chemin; vous voulez vous guérir de l'infidélité , et vous en demandez les remèdes : apprenez-les de ceux qui ont été tels que vous et qui nont présentement aucun doute. Us savent ce chemin que vous voudriez suivre, et ils sont guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé ; imitez leurs actions extérieures ^ si vous ne pouvez encore entrer dans leurs dispositions intérieures ; quittez ces vains amusements qui vous occupent tout entier.

( P.-R. donne ici deux paragraphes étrangers à ce morceau : « J'aurois bientôt quitté ces plaisirs. »

( L'édition de 1819 donne seule ce passage. )

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