‹ Des pensées de PascalChapitre 11 sur 125 · PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION. XIX · texte numérisé non relu

PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION. XIX

— Mais il n'a pas besoin de montrer le titre des premiers principes et des vérités de sentiment ; car ces principes et ces vérités ont leur titre en eux-mêmes , et leur propre vertu les justifie. L'homme n'est donc pas forcé de lâcher prise; loin de là , il adhère inébranlablement à ces vérités suprêmes, que la nature lui découvre et lui persuade, en dépit de tous les arguments du pyrrhonisme. Aussi, je n'hésite point à le dire, tout ce qui suit dans Pascal, si admirable qu'il puisse être par l'énergie et la magnificence du langage , n'est après tout qu'une pièce d'éloquence qui n'a pas même le mérite d'une conséquence parfaite.

Le pyrrhonisme a si bien pris possession de l'esprit de Pascal , que hors de là Pascal n'aperçoit qu'extravagance.

« Rien ne fortifie ^ plus le pyrrhonisme que ce qu'il y en a qui ne sont point pyrrhoniens. Si tous l'étaient, ils auraient tort... Cette secte se fortifie par ses ennemis plus que par ses amis. Car la faiblesse de l'homme paraît bien davantage en ceux qui ne la connaissent pas, qu'en ceux qui la connaissent... Il est bon qu'il y ait des gens dans le monde qui ne soient pas pyrrhoniens, afin de montrer que l'homme est bien capable des plus extravagantes opinions, puisqu'il est capable de croire qu'il n'est pas dans cette faiblesse naturelle et inévitable. »

En résumé , selon Pascal , il n'y a point de certitude naturelle pour l'homme , et pas plus dans le sentiment que dans la raison. Son origine et sa nature le condamnent à l'incertitude. La révélation et la grâce peuvent seules l'affranchir de cette loi.

La preuve péremptoire que le scepticisme est le principe du livre des Pensées , c'est qu'il y porte toutes ses conséquences, et singuHèrement en morale et en politique.

En morale, Pascal, n'admet point de justice naturelle. Ce que nous appelons ainsi n'est qu'un effet de la coutume et de la mode. Est-ce Pascal, est-ce Montaigne qui a écrit les pages suivantes :

' Ihid., p. 171 ; man., p. 83.

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