‹ Des pensées de PascalChapitre 15 sur 125 · XXIV PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION · texte numérisé non relu

XXIV PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION

Mais peut-être Pascal n'a-t-il voulu dire autre chose, sinon que l'homme est incapable de pénétrer les profondeurs de l'essence divine, et qu'à ces hautem^s il se rencontre plus d'un nuage que la foi chrétienne peut seule dissiper. Vaine exphcation ! Pascal déclare hautement que l'homme ne peut savoir ni quel est Dieu, iii même s'il est. Ce sont là les termes mêmes de Pascal que nous avons retrouvés.

Et quoi ! Pascal a-t-il donc fait la découverte de quelque argument ignoré jusqu'ici, et dont la toute-puissance inattendue impose silence à la voix unanime du genre humain , au cri du cœur, à l'autorité des plus sublimes et des plus soHdes génies? Non : il s'appuie négligemment sur ce heu commun du scepticisme, que l'homme, n'étant qu'une partie, ne peut connaître le tout, comme si , sans connaître le tout, une partie douée d'inteUigence ne pouvait comprendre et sentir qu'elle ne s'est pas faite elle-même; et encore sur cet autre lieu commun, que, Dieu étant infini , et l'homme étant fini, il ne peut y avoir de rapport entre eux ; comme si l'homme, tout fini qu'il est, ne possédait pas incontestablement l'idée de l'infini, comme si Pascal n'avait pas établi par la lumière naturelle qu'il y a deux sortes d'infini , l'un de grandeur et l'autre de petitesse; comme si en face de l'espace infini il n'avait pas placé lui-même , comme étant meilleur et d'une nature plus relevée, ce roseau pensant, cet être fragile et sublimée qui n'apparaît qu'un jour et qu'une heure, mais dans ce jour, dans cette heure, atteint par la pensée et embrasse l'infini, mesure les mondes qui roulent sur sa tête et les rapporte à un auteur tout puissant , tout intelligent et tout bon î Et puis, lorsque du haut de ce superbe scepticisme vous aurez décidé que toute relation est radicalement impossible entre Dieu comme infini et l'homme comme fini, par quel prestige, je vous prie, le christianisme pourra-t-il, plus tard , conduire l'homme à Dieu? ïl n'y aura plus ici de médiateur possible : car ce médiateur, pour rester Dieu , devra garder un côté infini; par ce côté, i! échappera nécessairement à l'homme, et

Page 1