PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION. XXV
l'abime infranchissable subsistera entre l'hoiiime et Dieu. Pascal ne s'aperçoit pas qu'en renversant toute religion naturelle, il ôte le fondement de toute religion révélée, ou bien qu'il se condamne à des contradictions que nulle logique ne peut supporter. Mais établissons que Pascal rejette toutes les preuves naturelles de l'existence de Dieu.
« Si l'homme s'étudiait le premier, il verrait combien il est incapable de passer outre. Comment se pourrait-il qu'une partie connût le tout ^ ?
«Philosophes. La belle chose de crier à un homme qui ne se connaît pas qu'il aille de lui même à Dieu ! Et la belle chose de le dire à un homme qui se connaît^ !
« Parlons suivant les lumières naturelles. S'il y a un Dieu, il est infiniment incompréhensible , puisque n'ayant ni parties ni bornes, il n'a nul rapport à nous. Nous sommes donc incapables de connaître ni ce qu'il est, ni s'il est ^
c( Je n'entreprendrai pas de prouver par des raisons naturelles ou l'existence de Dieu ou la trinité ou l'immortalité de l'âme ; non-seulement parce que je ne me sentirais pas assez fort pour trouver dans la nature de quoi convaincre des athées endurcis ; mais...
(( Les preuves de Dieu métaphysiques sont si éloignées du raisonnement des hommes et si impliquées qu'elles ne frappent pas ; et quand cela servirait à quelques-uns, ce ne serait que pendant l'instant qu'ils voient cette démonstration ; mais, une heure après, ils craignent de s'être trompés.
c( Eh quoi "* ! ne dites-vous pas que le ciel et les oiseaux prouvent Dieu? — Non. — Et votre religion ne le dit-elle pas? — Non; car encore que cela est vrai en un sens pour quelques âmes à qui Dieu donne cette lumière, néanmoins cela est faux à l'égard de la plupart.
' Ihid., appendice, p. 298; man., p. 347-371. * Ibid.^ p. 223; man., p. iI6.
' Ibid., app.,-{). 258, man., p. 4.
' Ibid., p. 250; man., p. 29,