PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION. XXVII
les plus habiles gens qui sont venus depuis, qui s'en sont tous servi. Cela est très-considérable ^ ».
Non, vraiment, cela n'est pas très-considérable: car rien n'est plus manifestement faux. Les saintes Écritures ne sont point un cours de physique; elles ne prennent point le langage de la science, encore bien moins celui d'aucun système particulier; elles ne disent point : il n'y a pas de vide, donc il y a un Dieu, bizarre argument qui n'est nulle part, si ce n*est peut-être dans quelque obscur cartésien; mais elles enseignent, et cela à toutes les pages et de toutes les manières, que les deux racontent la gloire de leur auteur ^. Et saint Paul, que Pascal ne récusera pas, je l'espère, ne dit-il point : c( Ils ont connu ce qui se peut découvrir de Dieu, Dieu môme le leur ayant fait connaître ; car la grandeur invisible de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité deviennent visibles en se faisant connaître par ses ouvrages depuis la création du monde \ »
Ainsi, pour Pascal, il n'y a aucune preuve de l'existence de Dieu. Dans cette impuissance absolue de la raison, Pascal invente un argument désespéré. Nous pouvons mettre de côté la vérité , mais nous ne pouvons m^eltre aussi de côté nol^re intérêt, l'intérêt de notre bonheur éternel. C'est à ce point de vue, et non dans la balance de la raison, qu'il faut estimer et peser le problème d'une divine providence. Si Dieu n'est pas, il ne peut nous arriver aucun malheur d'y avoir cru; mais si par hasard il est, l'avoir méconnu serait pour nous de la plus terrible conséquence.
« Examinons ce point, et disons : Dieu est, ou il n'est pas. Maïs de quel côté pencherons-nous? La raison n'y peut rien
' Ibid., p. 172. Boss. Deuxième partie, III, 3. Ce passage manque dans le manuscrit, mais il est dans une des copies.
- Le Psalmiste : « Cœli enarrant gloriani Dei... Laudent illum cœli et
terra... et annunliabunt cœli justitiam ejus coulitebunlur cœli mirabi-
lia tua Laudaie eum, cœli cœlorum... confessio ejus sui)er cœlum et
terram.... interroga et volatilia cœli indicabunt tibi..., etc. »
■^ Epitre aux Romains ^ I, 19, 20,21. Trad. de Sacy, éd. de Mons,