XXVIII PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION
déterminer. Il y a un chaos infini qui nous sépare ; il se joue un jeu à l'extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous? Par raison, vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre ; par raison vous ne pouvez défendre
nul des deux. « Le juste est de ne point parier. Oui, mais
il faut parier....
« Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien ; et deux choses à dégager, votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir, l'erreur et la misère. Votre raison n'est pas plus blessée, puisqu'il faut nécessairement choisir, en choisissant l'un que l'autre. Voilà un point vidé ; mais votre béatitude ^ ! »
C'est sur ce fondement, non de la vérité, mais de l'intérêt, que Pascal institue le calcul célèbre, auquel il applique la règle des paris. En voici la conclusion : aux yeux de la raison, croire ou ne pas croire à Dieu, le pour et le contre, et, comme parle Pascal, à ce jeu croix ou pile, est également indifférent; mais aux yeux de l'intérêt, la différence est infinie de l'un à l'autre, puisque dans l'hypothèse il y a l'infini à gagner. « Cela est démonstratif, dit Pascal; et, si les hommes sont capables de quelque vérité, celle-là l'est. »
Mais cette belle démonstration est au fond si loin de le satisfaire, qu'après avoir ainsi réduit au silence l'interlocuteur qu'il s'est donné, il ne peut s'empêcher de lui laisser dire :
c( Oui, je le confesse, je l'avoue; mais encore n'y a-t-il pas moyen de voir le dessous du jeu ^? » Et pour apaiser cette curiosité rebelle, à quoi Pascal la renvoie- t-il? A l'Écriture sainte, à la religion chrétienne.
Fort bien , lui répond en gémissant l'interlocuteur abattu et non convaincu ; « mais je suis fait d'une telle sorte que je ne puis croire. Que voulez-vous donc que je fasse "? »
1 Ibid., p. 182; app., p. 264; man., p. 4. ^ Ibid., p. 185, app., p. 270; man., p. i. ^ Ibid., p. 186; app., p. 270; man., p. 8.