‹ Des pensées de PascalChapitre 20 sur 125 · PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION. XXIX · texte numérisé non relu

PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION. XXIX

Ce qu'il faut faire ? Suivre mon exemple ; « prendre de l'eau bénite, faire dire des messes, etc. Naturellement , cela vous fera croire et vous abêtira ^ ?

c( Mais c'est ce que je crains. — Et pourquoi? Qu'avezvous à perdre'-^? »

Nous avons le premier découvert et publié ce morceau accablant, résumé fidèle du livre entier des Pensées. Dès qu'il parut, il troubla un moment les plus hardis partisans de Pascal ; puis on s'est mis à le tordre et à le subtiliser de tant de manières qu'on a fini par y découvrir le plus beau sens du monde. 11 n'en a, il ne peut en avoir qu'un seul : il faut renoncer à la raison ; il faut , suivant un précepte de Pascal , qui est très-clair maintenant, se faire machine, recourir en nous, non pas à l'esprit, mais à la machine •\ pour arriver à croire en Dieu petit à petit et par la pente insensible de l'habitude. Cela est vrai; disons mieux : cela seul est vrai , dès qu'on cherche Dieu en partant du pyrrhonisme. Voilà toute la foi, j'entends toute la foi naturelle, que permet à Pascal sa triste philosophie ! Le maître de Pascal , le pyrrhonien Montaigne, l'avait dit avant lui : « Pour nous assagir, il nous faut abestir''. » Pascal lui a emprunté et le mot et la pensée. Pour assagir l'homme, pour le mener à la vertu et à Dieu, Socrate et Marc-Aurèle avaient connu d'autres voies.

Prévenons une dernière objection. On ne manquera pas de dire : le passage qui vient d'être cité n'est qu'un caprice, un accès d'humeur, en quelque sorte une boutade de géométrie; mais il y a bien d'autres passages contraires à celui-là, et qui attestent que Pascal croyait à la dignité delà raison humaine. Je répondrai loyalement, qu'en effet il y a un peu de tout dans ces notes si diverses qu'on appelle les Pensées : ce qu'il y faut considérer, ce n'est pas tel endroit pris à part et séparé

' Ibid., p. 187; app., p. 272; man., p. 4.

2 Ihid., ib.

2 Ibid., p. 249; man., p. 25.

" Ess., 1. II, ch. 12.

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