XXXVIII PRÉFACE DE LA NOUVELLE ÉDITION
caractère soit de la logique. Mais la logique de Pascal était à la hauteur de son caractère passionné et obstiné. Il faut choisir entre le jansénisme et la philosophie. Pascal avait choisi, et d'un choix trop ferme pour s'écarter jamais du but marqué et chanceler sur la route.
Pascal, nous l'avons vu, est sceptique déclaré en philosophie ; maintenant il est évident qu'il ne pouvait pas ne pas l'être. Examinez de nouveau, à la lumière de la théorie janséniste qui vient d'être exposée , les endroits du Hvre des Pensées où le scepticisme se montre sous sa forme, ce semble, la plus hardie , et loin d'y trouver des paradoxes, vous y reconnaîtrez les principes avoués et l'esprit de Port-Royal. Pascal dit et répète qu'il n'y a nulle certitude naturelle. Qu'y a-t-il là d'étonnant, je vous prie? C'est le contraire qui serait à Pascal la nouveauté la plus insoutenable. Car qui lui pourrait donner la certitude? Une raison toute corrompue et qui, sans la grâce, est radicalement impuissante. Il n'y a nulle preuve naturelle de l'existence de Dieu : Dieu ne se révèle à nous ni par les merveilles de la nature ni par les merveilles de la conscience. Rien de plus simple, si depuis la chute d'Adam les sens et la conscience sont des miroirs infidèles. Avant Jésus-Christ, l'homme ne pouvait savoir où il en était. Assurément, car avant Jésus-Christ il était condamné à l'erreur et au vice. Depuis Jésus-Christ, l'homme, il est vrai, peut connaître et lui-même et son auteur : mais comment? Par la grâce, et par la grâce seule. Si l'homme, en effet, par ses moyens naturels, pouvait arriver à connaître l'homme et Dieu , la grâce, entendez toujours la grâce janséniste, serait superflue. Il ne faut pas cela , à tout prix ; il faut donc soutenir que sans la grâce l'homme ne peut savoir de Dieu non-seulement quel il est, mais qu'il est. Ce n'est ni la lumière de la raison ni celle du sentiment , c'est le feu * de la grâce qui fait pénétrer dans le cœur de l'homme la l'idée de
I Voyez le papier trouvé sur Pascal, et que nous avons rappelé ci-dessus, p. XXXI.