‹ Des pensées de PascalChapitre 29 sur 125 · PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION. XXXIX · texte numérisé non relu

PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION. XXXIX

la grandeur de l'âme et l'idée de Dieu. Le Dieu qui nous apparaît alors n'est pas le Dieu des savants et des philosophes; c'est le Dieu d' Abraham^ d'Isaac et de Jacob. L'homme n'est pas capable de la vraie vertu par l'emploi légitime de sa liberté naturelle; mais il le peut devenir par la transfiguration de cette liberté en une puissance divine qui agit en nous, souvent malgré nous, et dont les œuvres ne nous appartiennent pas. Détruire l'homme naturel, l'abêtir*, c'est-àdire lui ôter cette raison et cette Hberté dont il se vanle comme d'un privilège, le remettre aveugle et soumis entre les mains de la grâce de Jésus-Christ et du directeur qui le représente;^, tel est le seul moyen de le conduire à la vérité, à la vertu, à la paix, au bonheur. Cela étant, évidemment la philosophie ne vaut pas une heure de peine, et la mépriser c'est vraiment philosopher.

Pascal a été et il devait aller jusque-là ; il devait pousser jusqu'à cette extrémité les principes qu'il avait embrassés, ou il aurait cru les abandonner : il eût été à ses propres yeux un disciple pusillanime de la grâce.

Quand on a ainsi pénétré dans le cœur du jansénisme, on ne peut s'empêcher de sourire en voyant les eflforts des modernes partisans de Pascal pour le défendre de l'accusation de scepticisme. Mais cette accusation, c'est son honneur : c'est votre défense qui lui serait une accusation d'infidélité aux deux grands principes du néant de la nature humaine et de la toute-puissance de la grâce. Pour ces deux principes, Pascal et sa sœur auraient donné volontiers un peu plus que tous les systèmes de philosophie : ils auraient été heureux de donner leur sang. Faibles esprits , qui ne connaissez ni Port-Royal ni le xvii* siècle! vous ne vous doutez pas que vos outrageuses apologies enlèvent à Port - Royal son vrai caractère, et au pénitent de M. Singlin , au frère de Jacqueline, ce trait merveilleux de superbe et d'ironie à l'endroit de

' Ci-desstis, p. xxix.

^ lUd.^ p. XXXI.

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