XL PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION
la raison et de la philosophie, et en même temps d'absolue soumission entre les mains de la grâce, qui fait de Pascal un homme à part dans Port-Royal même, et le met, quant au jansénisme, bien au-dessus de Nicole et même d'Arnauld.
Chose admirable! dans Port-Royal, Saint-Cyran excepté, les plus rigides n'ont pas été les hommes, mais les femmes , non pas les ecclésiastiques , mais les laïques, non pas Nicole et Arnauld, mais Domat et Pascal. Dans l'affaire capitale du formulaire ^ , les femmes , Jacqueline à leur tête , étaient d'avis de tout braver plutôt que de signer le contraire de ce qui leur paraissait la vérité. Elles ne signèrent que par déférence pour ceux qui gouvernaient Port-Royal, et Jacqueline succomba, trois mois après la fatale signature, sous les scrupules et les angoisses de sa conscience. Dans une assemblée qui se tint chez Pascal, celui-ci proposa de résister^. La grâce janséniste lui était devenue la vérité tout entière, le premier et le dernier mot du christianisme. Pour elle , il fut d'avis de tout hasarder, même Port-Royal. Mais il n'y allait pas seulement de Port-Royal, il y allait de la discipline ecclésiastique et de l'unité de l'église. Pascal et sa sœur ne reculèrent pasdevant cette extrémité. Cette jeune femme, qui n'avaitpas trente-six ans, osa dire à un prêtre , à un docteur, à M. Arnauld, avec une hauteur et une véhémence dignes de son frère ou de Démosthènes : « Je ne puis plus dissimuler la douleur qui me perce jusqu'au fond du cœur de voir que les seules personnes à qui il semblait que Dieu eût confié sa vérité, lui soient si infidèles que de n'avoir pas le courage de
' Le récit de celle affaii'e est partout. J'en ai rappelé les traits principaux dans les Documents inédits sur Domat , Fragments littéraires, p. 2i0, et dans Jacqueline Pascal, p. 396.
2 Remettons sous les yeux du lecteur celte scène où se peint l'âme de Pascal. Jacqueline Pascal, \). 397 : « La raajoritédes assistants, entraînée par Nicole et Arnauld, se prononça pour la signature. Ce que voyant, dit le Recueil d'Utrecht, d'après M'i*^ Périer,M. Pascal, qui aimait la vérité pardessus toutes choses, et qui, malgré sa faiblesse, avait parlé très-vivemeut pour mieux faire sentir ce qu'il sentait lui-même, en fui si pénétré de