‹ Des pensées de PascalChapitre 33 sur 125 · PRÉFACE DE LA NOUVELLE EDITION. XLIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA NOUVELLE EDITION. XLIII

dans les plantes l'image de la grâce , il prétend au contraire rendre raison de tout par de certains crochets qu'ils se sont imaginés. Je les compare à des ignorants qui verraient un admirable tableau, et qui au lieu d'admirer un tel ouvrage, s'arrêteraient à chaque couleur en particulier, et diraient : Qu'est-ce que ce rouge-là? de quoi est-il composé? C'est de telle chose ou c'est d'une autre... Ces gens-là cherchent la vérité à tâtons ; c'est un grand hasard s'ils la trouvent. » Telles étaient les dispositions véritables de Port-Royal envers le cartésianisme et la philosophie. Aussi , quand M. Singlin envoya son nouveau pénitent à Port-Royal-des-Champs , ce fut, dit Fontaine \ « afin que M. Arnauld lui prêtât le collet pour les sciences, et que M. de Sacy lui apprît à les mépriser. » Pascal se forma promptement à cette école , et parvint bientôt où en était Sacy; mais de l'humeur dont il était, il ne se contenta pas de mettre de côté la philosophie , il la foula aux pieds. Et , ici encore, l'exact logicien, les principes de Port-Royal admis, c'a été Pascal; Nicole et Arnauld furent encore une fois pour le sens commun et Tinconséquence. Pourquoi? Par bien des raisons qu'il serait trop long de faire connaître. Marquons-en brièvement quelques-unes.

D'abord Pascal avait toute l'ardeur d'un néophyte. Converti à la fin de 1654, mort au milieu de 1662, dans ce court intervalle rempli par les grandes luttes des Provinciales y par des maux cruels et une agonie de près de deux années, Pascal, né avec une humeur bouillmite ^, une force et une rigueur d'esprit encore accrues par les habitudes de la méthode géométrique , s'élança vite à toutes les extrémités de la doctrine janséniste ; dès qu'il eut embrassé la grâce de Jésus-Christ, il ne connut, il ne suivit qu'elle. Pour elle, il eût donné son sang dans la question du formulaire ; il fit plus, il fit de sa vie entière une mort continue; il mourut à tout sentiment

' Mémoires de Fontaine, t. II, p. .')5. - Jacqueline Pascal, p. 225.

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