‹ Des pensées de PascalChapitre 56 sur 125 · VI I AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI I AVANT-PROPOS

pensée par rexpression. La vraie rhétorique a le précepte contraire, celui de renfermer sévèrement la parole dans les limites de la pensée et du sentiment. Pascal est l'écrivain peut-être du xvn* siècle qui a le plus travaillé son style, mais seulement pour lui faire dire ce qu'il avait dans l'esprit et dans l'âme. Le sentiment, c'est-à-dire la pensée descendue jusque dans l'âme 7 voilà le trait distinctif, le grand côté de Pascal. A son début dans l'étude hasardeuse de la philosophie et de la théologie, Pascal n'a pu conquérir d'abord cette étendue et cette profondeur d'idées à laquelle Descartes lui-même, Bossuet et Leibnitz ne sont parvenus qu'après tant de veilles et de méditations sans cesse renouvelées; mais tout ce que pense ce jeune géomètre , il l'emprunte à sa propre nature, à sa courte et sombre expérience de la vie ; il le sent fortement et le rend de même. Les idées de Pascal ne sont point un jeu de son esprit ; c'est le travail douloureux de son âme: elles le pénètrent, elles le consument; c'est la flèche de feu attachée à sou flanc , et il soulage son mal en l'exprimant. Et encore, loin de s'épancher , comme les faibles, Pas-

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