‹ Des pensées de PascalChapitre 8 sur 125 · XIV PRÉFACE DE LA NOUVELLE ÉDITION · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE DE LA NOUVELLE ÉDITION

raisonnement, qui seul ici est vraiment en cause, la raison prenait la parole, elle rappellerait à Pascal sa théorie oubliée, et, au nom de cette théorie, elle lui répondrait qu'elle est si peu impuissante qu'elle a le pouvoir merveilleux de nous révéler la vérité sans le secours d'aucun raisonnement ; elle répondrait qu'elle est de sa nature si peu imbécile qu'elle s'élève, par la force qui est en elle, jusqu'à ces vérités premières et éternelles que le scepticisme peut renier du bout des lèvres, mais qu'en réalité il ne peut pas ne pas admettre, et que ses arguments mêmes contiennent ou supposent. Elle pourrait dire à Pascal : o Ou vous abandonnez la théorie que vous exposiez tout à l'heure, ou vous la maintenez; si vous l'abandonnez, quel paradoxe, à votre tour, êtes-vous donc à vous-même ! Si vous la maintenez, abjurez donc, pour être fidèle à vos propres maximes, vos dédains irréfléchis, et honorez cette lumière à la fois humaine et divine, qui éclaire tout homme à sa venue en ce monde, et découvre à un pâtre aussi bien qu'à vous-même toutes les vérités nécessaires , sans l'appareil souvent trompeur des démonstrations de l'école. » Cette réponse suffit, ce nous semble ; et pourtant il la faut pousser plus loin ; il faut montrer que le scepticisme de Pascal ne fait pas la moindre réserve en faveur des vérités du sentiment et du cœur, et qu'il est trop conséquent pour ne pas être sans limites. En eff'et, comme l'a dit M. Koyer-CoUard : « On ne fait point au scepticisme sa part; » il est absolu ou il n'est pas ; il triomphe entièrement ou il périt tout entier. Si sous le nom du sentiment la raison nous fournit légitimement des premiers principes certains, le raisonnement, se fondant sur ces principes, en tirera très-légitimement aussi des conclusions certaines, et la science se relève tout entière sur la plus petite pierre qui lui est laissée. C'en est fait alors du dessein de Pascal. Pour que la foi, j'entends ici avec lui la foi surnaturelle en Jésus-Christ, donne tout, il faut que la raison naturelle ne donne rien, qu'elle ne puisse rien ni sous un nom ni sous un autre. Aussi Pascal a-t-il à peine achevé cette exposition si vantée des vérités de sentiment , et déjà il s'ap-

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