‹ Des Perforations Intestinales Itératives Au Cours de la Fièvre TyphoïdeChapitre 4 sur 42 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La plupart des auteurs qui se sont occupés des perforations intestinales typhiques, mentionnent les perforations itératives, mais sans s'y arrêter. On connaît les perforations itératives depuis que l’on opère les perforations intestinales et que l’on fait des autopsies.

C'est en 1884 que Leyden, au Congrès Allemand de Médecine interne préconisa l'intervention chirurgicale et la fermeture de l’orifice. Et depuis cette date on relève des observations de perforations itératives. Cest ainsi que Kimura, par exemple, en 1890, publie une observation de perforation itérative précoce.

Aux Etats-Unis, où la fièvre typhoïde fait de nombreux ravages, un grand nombre d'observations de perforations récidivantes sont publiées. Citons parmi les plus typiques les observations de Parkin, d'Abbe en 1895 et celle d’Armstrong (1895). Cushing, en 1898, publie un cas de perforation itérative tardive guérie après trois interventions successives. Nous ne citerons pas ici toutes les observations publiées à cette époque par les chirurgiens anglais et américains ; on les trouvera à la fin de ce travail.

En 1903, Escher met en honneur une nouvelle méthode qui préviendra dans une certaine mesure la perforation itérative : l’entérostomie. De fait, à partir de ce moment, les perforations itératives sont moins fréquentes.

En 1908, le traitement da la perforation intestinale fait l'objet de longues discussions à la Société de Chirurgie de Paris. Mais la perforation itérative n’est pas spécialement retenue, Parmi les nombreux cas publiés, on note l'observation de

Morestin (perforation itérative quinze jours après lintervention), celles de Launay, Leriche, Michaux, Quénu, Sieur et Loison.

Roberts publie en 1909 un beau cas de guérison. Gette même année paraît la thèse de Buizard sur le traitement chirurgical des perforations intestinales typhiques. Pour la première fois à notre connaissance, sont réunies 80 observations de perforations itératives. IL met en évidence le rôle de ces récidives dans l’échec du traitement chirurgical de la perforation typhique.

En 1910, E. Duval, dans sa thèse, désapprouve la suture dès perforations typhiques. Il la rend responsable d’un grand nombre de perforations itératives et cite maints exemples à l'appui. Il fait l'éloge de l’entérostomie qui « prévient, dans la mesure du possible, les perforations secondaires ».

Brin, en 1911, rapporte une observation de perforation récidivante.

En 1924, Gueullette, dans un article du Journal de Chirurgie, met en garde l’opération contre les perforations itératives : « l'intervention doit prévoir les perforations itératives et s’opposer à leurs effets ».

Vers cette époque paraissent plusieurs thèses, mais aucune ne fait mention spéciale des perforations itératives. Celle de Freville (1925), sur les perforations de la convalescence, celle de de Latouche (1930), sur les perforations au cours des paratyphoïdes, celle de Le Gallou (1930), sur les perforations tardives, enfin celle de Bonamy (1932) sur les perforations paratyphiques ne citent que de rares observations de perforations itératives.

Moiroud publie en 1930 à la Société Nationale de Chirwigie, une récidive survenant, le vingtième jour après l’intervention sur une anse extériorisée.

D'ailleurs, depuis une douzaine d'années, les chirurgiens ont essayé, par une prudence justifiée, de prévenir les perforations et à plus forte raison les récidives : Bonnet, en 1929, a proposé l’entérostomie sur le grêle ; Moure, en 1930, la coecostomie, et plus tard avec Bernardbeig, l’appendicostomie, Faivre, Folliasson, Liège (1930), conseillent le drainage de la vésicule biliaire,

fe Ke

L'Ecole marseillaise, profitant d’une riche observation, s’est particulièrement intéressée aux perforations typhiques.

En 1934, le Professeur Bourde, dans un numéro des Archives de Médecine Générale et Coloniale consacré aux complications chirurgicales de la fièvre typhoïde met au point la question des perforations typhiques. Puis, c’est notre maître, J. Dor, qui, à la Société de Chirurgie de Marseille met en relief le problème des perforations itératives. A propos de trois cas personnels publiés en 1936-37, il montre le rôle de ces perforations itératives dans les résultats opératoires. Salmon publie, en 1937, vingt cas opérés chez l’enfant dont un avec perforation itérative, puis avec Combes rapporte une observation où douze perforations secondaires ont été trouvées à l’autopsie.

La même année, Luccioni apporte deux observations de perforations itératives à l’extérieur. En 1939, Dor et Escarras signalent à la Société de Gastro-entérologie du Sud-Est, un nouveau cas.

Enfin, dans son livre « Les perforations digestives de la fièvre typhoïde » qui paraît en 1939, Dor réserve un chapiître spécial à l’étude des perforations itératives.

En résumé, si on a déjà parlé et à Marseille surtout, des perforations itératives, elles n’ont jamais, jusqu’à présent, fait l’objet d’une étude particulière.

Ji à { OU ATR PAT

GENERALITES ETIOLOGIQUES

Il est intéressant pour le médecin de connaître au point de vue étiologique la fréquence des perforations itératives, l’influence de l’âge et du sexe, le moment où elles surviennent et les facteurs qui accompagnent leur apparition.

1° FREQUENCE DES PERFORATIONS ITERATIVES

Les récidives de perforations dans la fièvre typhoïde ne sont pas très fréquentes. Buizard, dans sa thèse, en avait relevè 80 cas. Nous avons recueilli dans la littérature récente, 21 cas pour la plupart vérifiés.

Ce qui est beaucoup plus intéressant à noter, c’est le pourcentage des perforations itératives par rapport aux perforations intestinales d’une part, et par rapport aux causes de mort, d'autre part.

A. — Fréquence dans les perforations intestinales

Dans sa thèse, Buizard, sur ses 590 observations décrit 80 cas de perforations itératives (1). Donc, en gros, 1/7° des lyphiques perforés font une récidive. Nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de ces chiffres.

B. — Fréquence dans les causes de mort

En moyenne, dans la typhoïde, un décès sur trois est dù à une perforation intestinale (Osler).

(1) Ce chiffre englobe les perforations à l’extérieur, les perforations précoces, les perforations tardives.

Page 1