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COULEUR ET CLARTK DES JOURS DE LA SEMAINE

(Le pourcentage, avec décimales arrondies aux nombres entiers, est calculé sur le nombre de cas indiijué au haut de chaque colonne.)

1 Nombre de cas

Dim.

Op

Londi

Mardi

Merc.

Jeudi.

Vend.

Total 1 339 1

i Incolore

; Blanc

1 Gris

48 soit 14 o/o 44 « 13 » 37 . 11 »

Noir

, Achromatiques Chromatiques.

Brun

Rouge

Jaune

' Vert

Bleu

156 soit 46 o/o 183 . 54 . -

28 soit 8 o/«l 50 » 15 . 1 39 » 12 . 1 28 » 8 .

Violet

; Clair

; Moyen

1 Foncé

15'i soit 46 o/ol 113 » 33 .

trouve dans le domaine émotionnel. A part quelques malheureux, ordinairement voués aux travaux intellectuels, pour qui ce jour n'est qu'une désagréable et fâcheuse perturbation dans le cours d'une vie cérébrale dont les phases, toujours trop longues ou trop courtes, ne sauraient s'accommoder de

la division traditionnelle du temps en périodes hebdomadaires, — on peut dire que le dimanche a pour la grande masse le privilège de hausser le ton de l'organisme à un niveau qui n'est pas atteint dans la semaine. Bien loin d'être consacré au repos, il est dans notre civilisation l'occasion de la plus grande excitation. Il y a forcément antagonisme entre les centres ou plexus nerveux qui président au travail des jours ouvrables, et ceux qui subviennent aux distractions du dimanche; mais tandis que les premiers n'ont que vingtquatre heures de relâche, puis doivent émietter leur décharge sur toute la longueur de la semaine, les seconds onsument pour ainsi dire en une seule fois, dans un brillant feu d'artifice, l'énergie lentement accumulée pendant l'œuvre fade et monotone des six jours. A cette dépense courte, mais excessive, qui grave le dimanche en traits éclatants dans le souvenir, succèdent la fatigue et la dépression physiologique dont on trouve la traduction dans les teintes sombres du lundi. Ce jour revêt volontiers les teintes foncées, noires, grises, brunes, ignorées du dimanche ; et je pense qu'il y a là plus qu'une métaphore, car, sans avoir de photismes, j'ai souvent remarqué qu'à égalité de soleil et de ciel pur la nature me semblait moins éclairée le lundi que la veille, comme si un léger voile l'obscurcissait à mon regard. Les lundis bleus peuvent s'expliquer par cette locution reçue, mais j'avoue ne pas bien comprendre les lundis jaunes. Je ne m'arrête pas aux autres jours, sauf pour constater qu'il y a entre le jeudi et le vendredi une opposition de clarté du même genre, quoique moins accusée, qu'entre le dimanche et le lundi ; or on sait que dans notre pays le jeudi est jour de vacance pour la jeunesse, et de longues années après qu'il ait cessé de l'être en fait, il conserve par habitude quelque chose de spécial. Il est à noter que c'est de beaucoup le plus coloré de tous les jours de la semaine, il n'est achromatique que dans le quart des cas.

Pour ce qui est de l'intensité, les couleurs des jours \nr sentent la même variété que les autres espèces de |)liotisiiHj>. Mais elles sont plus souvent figurées, c'est-à-dire occupant un espace à contours définis, par le fait de leur réunion en schémas hebdomadaires (voir p. ex. fig. 45 et 65). i n'viendrai à propos des diagrammes colorés.

La couleur des mois, et encore plus celle des saisons, ii se prêle pas à une récapitulation comme celle des joui faute de pouvoir tracer une limite tant soit peu précise enti ce qui est photisme proprement dit, et simple image ou sou venir ressortissant au processus ordinaire de l'associatif des idées. On trouve tous les intermédiaires entre ces extiv mes. Chez les uns, dont je suis, l'idée d'un mois ne se tra- <iuit dans le langage et la pensée rapide que par le mot, on. si l'on insiste, par une succession d'images ou de souvenii dont aucun n'a un tel relief et ne s'impose si exclusivemei. qu'il puisse prétendre au rôle de substitut et de représentani officiel de l'idée du mois. Chez d'autres, cette image attitr. existe et surgit fidèlement à l'appel du mot. C'est tantôt u souvenir concret d'une localité, d'une scène, d'une gravur. d'un signe, etc., qui, pour une raison quelconque ignore du sujet (association privilégiée), est devenu l'incarnation du mois de préférence à mille autres souvenirs tout au^ capables, semble-t-il, de remplir cet office. Un jeune homme de 22 ans, M. J. D., a pour la plupart des mois des images de lieux réels, ainsi : « février : Genève avec brouillard épais, sensation d'humidité et d'oppression ; mars : Lyon, la place Bellecour et ses marronniers déjà verts, sensation de bien-être;... mai : paysage complexe, un coin d Saône à ^Neuville et la baie de Thonon, sensation d'eau vert. de fraîcheur, etc. » — M. K. M., 19 ans : « Je me repr» sente les mois de l'année par des gravures de l'almanach de J'église grecque; p. ex. le mois d'octobre me fait penser

la gravure qui représente la vendange. » — M. N. W., 1^5 ans : « Je me représente les mois de l'année par des liilifres romains : Janvier, I; février, II, etc. De sorte que dès que je pense au mois de mai je vois le chiffre V. De môme pour les jours de la semaine, lundi I, mardi II, etc. »

Tantôt, au lieu d'un souvenir concret, c'est une image 'typique, je veux dire générique, confuse, vague, résultat de

condensation de beaucoup de souvenirs, qui devient le représentant du mois. M. R., 56 ans, se figure les diffé- '•^nts mois par l'aspect de la nature, les mois d'été toujours

la campagne, mais sans pouvoir dire à quelle localité répond cette image visuelle. De même M. M. E., 26 ans, loonçoit l'année par « association avec les phénomènes météorologiques et saisonniers, par exemple : Mai, arbres en (leurs, etc. » Pareillement G. B., 17 ans, se représente les mois d'avril et mai par les fleurs des marronniers et des pommiers, celui d'octobre par les feuilles de la vigne, lécembre par la neige, etc.

Dans tous ces cas, il ne s'agit naturellement pas d'audition oolorée. Mais supposez maintenant que ces souvenirs concrets ou ces représentations génériques subissent un processus de dissociation et d'effacement partiel analogue à celui dont j'ai parlé plus haut (p. \ 07), qui les altère aii point de les rendre méconnaissables. Alors, suivant la nature d'imagination du sujet, on se trouvera en présence d'un résidu )ù il n'y aura plus qu'une forme très simphfiée, sans couleur, ou au contraire une tache colorée sans forme assignable. Le premier cas peut être regardé comme un mode de genèse (je ne dis pas que ce soit le seul) des symboles dont il sera parlé au chapitre suivant; le second, comme l'origine des photismes proprement dits de mois et de saisons. Dans beaucoup d'exemples on devine aisément, et les individus remarquent d'eux-mêmes, que la couleur résiduelle

provient du spectacle de la nature; c'est ainsi que plusieurs] personnes s'accordent, à quelques nuances près, à trouver! le printemps vert, l'été jaune, l'autonine gris et rhiver*! blanc.

Souvent, ces associations habituelles sont renforcées, et parfois supplantées, par l'association affective : la couleur attribuée au mois reflète alors la tonalité émotionnelle d» impressions morales et des occupations que ces périodes dla vie naturelle ou sociale ramènent avec elles. «Pour moi. dit M. A. P., 21 ans, le mois de décembre est parfaitement obscur, tandis que celui de janvier est clair. Le mois d'août est tellement éclatant, que je ne pourrais le comparer avec aucune lumière sauf celle du magnésium. » Plusieurs autres personnes voient décembre foncé ou noir, janvier blanc, et les mois d'été jaunes. Il est évident que le facteur essentiel est ici l'impression morale, plus ou moins secondée par les impressions physiques extérieures. Janvier ne l'emporte pas tellement sur décembre par la longueur moyenne des jours ou l'abondance des chutes de neige, que cela suffît à le faire paraître blanc on clair et son prédécesseur foncé ; la disposition intérieure doit être ici pour beaucoup : la tristesse des jours décroissant, la mélancolie des choses qui finissent, les fatigues ou les préoccupations inséparables du terme de l'année, tout cela contribue évidemment aux décembres noirs, et les impressions inverses aux janviers blancs. Pareillement, le soleil, même tombant sur les blés mûrs, n'est pas tellement plus radieux en août qu'en juillet ou juin, qu'il pût conférer à ce mois un éclat sans égal aux yeux de plusieurs personnes, si l'exultante joie des congés n'y venait élever le ton de la vie à un diapazon inaccoutumé. Le sentiment, ou mieux l'émotion, de la liberté et de l'affranchissement d'une dure servitude, est assez vive à notre cœur et à nos moelles pour se traduire en

couleur, et l'existence de ce qu'on pourrait appeler des p/iotismes de vacances n'a rien qui doive surprendre. « Les sensations agréables, dit p. ex. M. A. B. déjà cité p. 101, ou bien le souvenir de jours ou de semaines (vacances) où je me suis bien amusé, ont toujours eu pour moi une coloration verte » (déjà à l'âge de 8 ans). Ces photismes d'époques vécues rappellent les photismes de sympathie dont j'ai parlé plus haut.

Comme celle des jours, la couleur des mois s'allie souvent à leur arrangement schématique et donne naissance à des diagrammes colorés dont on trouvera nn exemple dans la figure 46.

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