‹ Des phenomenes de synopsie (audition coloree)Chapitre 9 sur 46 · II. Intensité de Tinduit · texte numérisé non relu

II. Intensité de Tinduit

Photismes localisés.

J'ai déjà dit que je n'ai pas encore rencontré de photismes vraiment objectivés, c'est-à-dire atteignant à l'hallucination. Les photismes localisés sont eux-mêmes rares. A titre d'exemple, je citerai le cas suivant.

M. B., étudiant, 20 ans, possède seulement deux photismes, figurés, pour les sons a et i (sans parler de o qui lui donne une impression «couleur de verre ou d'eau» trop vague pour être prise en considération). Celui de a est rectangulaire, de la couleur du chocolat cassé ou de la surface

t\v friction des boites irallumeltes suédoises; ses bords m sont pas lr<^s tranchés. Il est nettement localisé à enviroi 1.") centimètres au-devant des yeux, soit bien [^lus près qui la dislance de lecture commode (le sujet a la vue normale) le signe graphique a n'y paraît pas. Iv pliotisme de i et situé au même endroit; il est beaucoup plus petit, rond, «ontom- indécis, d'une couleur rouge orangé, extrèmemen| ériatante, devenant plus claire vers les bords ; il porte ai centre la minuscule cursive i en noir. La tig. 2 donne cei

cTUm^UjCU

couUur chocolat'

CtûuC

Gcàfûve^

Fig, i. H. 20 ans. Photismes de voyelles localisés à 15 cent, en avant. Dl-igrammes aonael et hebdomadaire manuscrits (v. plus loin, chap. VT). — Fig. 3. H. 38 ans. Photisme d*odear localité à l«20 (v. chap. IV).

deux photismes de la forme et de la grandeur dont le sujet les voit. Il peut se les représenter à des distances différentes, sur le papier où il écrit ou contre la paroi, mais toujours de la même grandeur; cette fixité de leurs dimensions montre qu'il ne s'agit pas là d'une projection (comme celle des images consécutives rétiniennes, dont la grandeur apparente varie proportionnellement à la distance de projection) et qu'ils restent localisés à la distance indiquée d'un demi-

pied en avant du visage. Malgré la netteté de leur localisation et la vivacité de leurs couleurs, ces deux photismes restent à l'état d'images mentales ; M. B. les voit « très distinctement, mais comme des souvenirs et non comme des choses réelles». Le premier remonte à l'âge de 10 ou 12 ans ; celui de i ne date que de ces deux ou trois dernières années et son intensité est encore en voie de croissance. M. B. ne sait à quoi les attribuer. Il ne les éprouve d'ailleurs qu'à propos des sons a et i isolés ; dans la lecture ou la conversation, il ne les remarque pas ; cependant tous les mots renfermant des i, surtout s'ils en contiennent plusieurs ou se trouvent à la fin d'une phrase, lui donnent une sensation de lumière plus ou moins intense. M. B. voyait autrefois des couleurs à beaucoup de mots, mais le phénomène a presque entièrement disparu. Je parlerai ailleurs de ses diagrammes.

Il est souvent difficile de savoir si un photisme est localisé ou simplement imaginé. Par exemple le D' AV., 38 ans, qui sait fort bien ce que c'est que la localisation, car il a des photismes d'odeurs (fig. 3) jouissant de cette propriété, ne peut pas dire à quelle distance lui apparaît la teinte rouge éclatante induite chez lui par le son a. C'est une couleur intense qui monte comme une vapeur et couvre tout l'horizon, semblable à la lueur d'un splendide coucher de soleil. Du milieu de cette atmosphère colorée surgissent des scènes fugitives de batailles, des chevaux, et il a l'impression du cliquetis des armes et du son des trompettes. Ce spectacle n'a rien d'hallucinatoire et ne supprime ni ne trouble la perception visuelle des objets présents ; l'horizon envahi par ce brouillard rouge n'est point l'horizon extérieur et matériel. Cependant M. W. trouve que, par sa vivacité, ce nuage coloré se rapproche plus des couleurs et sensations réelles (par exemple de son tapis que je lui montre) que des images

internes, môme des imagos consécutives de la rétine ; et c'est bien au dehors, — non dans sa pure imagination, comme les souvenirs ordinaires — à une distance indéterminée «•Dire lui et l'horizon, qu'il place cette éclatante apparition. Il y a là, dans la nature et \o. jeu des images mental<;s, de> variétés <)ui délient encore toute description [)récise et dépassent notre vocabulaire.

Ce cas peut servir de transition naturelle aux pbotismes alphabétiques simplement imaginés.

PllOTÏSMKS IMA(;iNKS.

Comme toutes nos visions internes, ils varient en vivacité d'un individu à l'autre, et il n'est guère douteux qu'une enquête portant spécialement sur ce point aboutirait à la lixation d'une échelle continue, analogue à celle que M. Gaiton a trouvée pour l'intensité des images du souvenir. Par où j'entends qu'on rencontrerait tous les degrés possibles. mais non pas qu'un même individu ()ccuperait forcément h' même rang sur ces deux échelles. Rien ne prouve que la vivacité de couleur des pbotismes aille de pair avec celle des images en général ; il se peut qu'un sujet ayant une très mauvaise mémoire chromatique possède des pbotismes très intenses ; et qu'inversement, une imagination éminemment coloriste s'accompagne de pbotismes vagues et indistincts. Je n'ai toutefois pas de documents suffisants pour trancher ce |K)int, et je n'aurais rien à ajouter si ce n'était la meilleure occasion de parler des rapports qui peuvent exister entre le photisme et l'image visuelle de la lettre. Ces raj»- |K)rts sont 1res variables, car tantôt la couleur induite n'affecte pas le signe graphique, tantôt elle l'aflecte.

Dans le premier cas: ou bien le signe graphique n'est pas imaginé du tout; l'audition ou l'idée de la lettre a par

'exemple n'éveille (|ue la vision interne d'une étendue rouge :' plus ou moins nette sans ancune image de la lettre écrite. Ou bien, le signe graphique est imaginé (soit imprimé, soit manuscrit, majuscule ou minuscule) d'une couleur quelconque, noire ou grise, autre que celle du photisme ; ce ' dernier forme alors tantôt un champ coloré sur lequel le <igne graphique se détache comme une lettre noire sur une .nseigne de couleur, tantôt une sorte d'auréole plus res- Ireinte ou de bordure colorée, qui suit et moule les contours du signe graphique.

Dans le second cas, le signe graphique revêt lui-même la teinte (lu photisme, et apparaît ainsi comme une lettre peinte, soit sur un fond j)lus clair ou plus foncé de même couleur, soit sur un fond neutre, ou sans fond assignable. • De ce que le signe graphique apparaît coloré, il ne faudrait .pas conclure que c'est lui (pii joue le rôle d'inducteur, il peut fort bien n'être que le support de la couleur qui est en réalité induite par le son. Par exemple : M'"^ B. M., 30 ans, se représente i (rouge), o (jaune vif), et u (vert), en caractères typographiques minuscules colorés, mais elle est toujours très catégorique dans son affirmation que ces couleurs 'xpriment le son et non point la forme de ces lettres.

Ces divers cas peuvent coexister <hez le même sujet suivant les lettres dont il s'agit. — G. L., garçon de 12 ans, a depuis Tàge de (3 ans de l'audition colorée pour les voyelles et les chifï'res ; mais tandis (jue i lui apparaît écrit en rouge et 0 en blanc, les autres voyelles et les chiffres ne lui font point ret effet et en disant par ex. (|ue a est bleu, il veut dire [u'en pensant à a, il éprouve en même temps une sensation 'le bleu, mais sans se représenter la lettre elle-même peinte 'Il couleur. — M'"'' L. B., 34 ans, qui a des photismes de voyelles et de chiffres, voit les lettres en minuscules imprimées noires sur champ coloré. Pour les chiffres, elle ne voit

pas tic champ «olun* |»in|M('iiiriit dit, mais si elle y piclc alltMiliou '■'- <'niiissciit en coiilour avec un trait noir au inilitMi. . ne comme s lU étaient écrits à Tencre noire

,1 |iMi,|r^ il lin. ■ ;iiiiV'(>lr (III vapeur colorée. D'autres fois ce Il II iH,ii rW.ur .1 h- 1 liirtit'> lui apparaissent comme écrits Mir nii Ininl hl.iii. ,i\,'r (If -i(»> crayons (le couleurs. — Le sujet lie la tij4. J ( iiiiiiili'. • iiiiiiiit' on Ta vu, un pliotiscne sans Irttre écrili . e( iiii aiiiiv [h. liant la lettre en son milieu.

r,rv .xrmpl.'v. (|n il ('>t iiiiiiili' (le multiplier davantag«i montrent (jnellc tliversile leL^ne dans les relations du signe ;4raplii(|ue j'i (le la coiiieMi" induite. Il serait très conimode de rameii.M' < <'iir variété a ilo diirérences d'origine, en >iip|iMv;iiii |.. i'\. (|ii(' les l('iii-es ipii a|)paraissent elles-mêmes peiiii. » II) soldeur sont des réminiscences visuelles de quelque livn' déniant illustré; que les photismes sans signe graphi(pie ont été provoqués par les sensations purement audilivt's. i'i .pic t'.'iix portant la lettre écrite en noir doivent leur existence à une superposition secondaire, bien compréhensible chez les individus du type visuel, de l'image du caractère vu à la couleur suscitée par la lettre entendue. Malheureusement ces suppositions restent en l'air, faute de -uiiv.Miir- «()iiM-i('iit> qui pourraient les appuyer de la part du >(ijei : et jusqu'à preuve du contraire, en dépit d'un axiniiir cclèhre je les crois trop simples pour être vraies.

Photismk> i'k.\>k.>. Photismes sentis.

La liiii>iii()ii (les photismes imaginés à ceux qui ne sont que penses m- tioiivc chez les personnes fort nombreuses (pii atlribneni avec décision une couleur aux lettres ou aux chilTrc>. m IIS ipii ont besoin d'un certain degré d'attention, d.' cniicciitralidii dt^piit, poiu' (jue le photisme soit réellement imaginé, c'est-à-dire leur apparaisse, ainsi qu'on vient

de le voir, soit comme une étendue colorée, sorte de nuage ou brouillard souvent très vague portant ou non des signes raphiques en noir, soit sous la forme des signes graphiques eux-mêmes peints ou au moins bordés de la couleur induite. Il est d'autres personnes chez lesquelles cette traduction en images paraît n'avoir jamais lieu et où le photisme reste à l'état d'idée, ce qui ne l'empêche pas d'être souvent extrêmement précis. Une dame de 36 ans qui conçoit Va bleu sans le voir, sait fort bien dire, quand je lui montre des papiers hieus, que les uns sont trop foncés, les autres trop clairs, et que c'est tel échantillon (la couverture de la Bibliothèque Universelle) qui répond le mieux à son idée. Pour une autre / est « brillant, donnant dans les yeux, » et cependant elle n'admet point qu'il y ait chgz elle d'image lumineuse réellement éprouvée, même faible.

Cette existence d'une idée de couleur parfaitement définie

; et décrite par le sujet avec autant de précision que s'il s'agissait d'une image ou d'une sensation réelle, bien qu'il

^ affirme n'avoir que l'idée sans image, peut surprendre au premier abord. Mais qu'on se rappelle ces individus situés tout au bas de l'échelle de (laiton, qui se souviennent et savent parfaitement comment était la table de leur déjeuner, lors même (ju'ils n'en peuvent évoquer aucune vision mentale. Plus simplement encore, qu'on songe au mode d'existence dont jouit la plupart du temps le sens des mots dans la lecture, la conversation, la parole intérieure. Ces mots sont compris, leur valeur est saisie par l'esprit, en l'absence d'images adéquates correspondantes. Quelque chose d'analogue a lieu pour les personnes qui ont des pholismes pensés: la couleur d'un son, tout comme la signification d'un mot, peut être présente, nette et déterminée, à leur conscience sans se réaliser le moins du monde en image dans leur vision mentale.

HO

ÏAi rom|)araj>oii (jiie je vien> de Taire entre rindiicleur il riruiuit d'une part, et le mol et l'idée de Tautre, se présente d'elle-même et a souvent été employée. Il ne faut loulefois pas se laisser abuser par elle, car ces deux Ci différent profondément par le nexus physiologique (pii relie li's termes du couple, et l'observation psychologique, coniine je le montrerai tout à l'heure, n'est pas sans s'en apercevoir de son côté. Le mot est arbitraire, conventionnel, et ne se trouve attaché à l'idée (pie par le lien direct, mais purement superficiel et cortical si je [)uis dire, que la répétition a fini par créer entre les centres ou plexus correspondants ; la connexion du signe et de la chose signifiée est artificielle ^t résulte de l'association habituelle. Au contraire la liaison du photisme au phénomène auditif est naturelle, étant essentiellement fondée sur l'analogie de tonalité affective, en d'autres termes sur les effets physiologiques identiques qu'ils ont dans les profondeurs de l'organisme ; cette liaison a lieu ici indirectement, par l'entremise de l'auréole émotionnelle dont l'inducteur et l'induit sont également enveloppés. Dans le schéma de la p. 22, si A désigne un mot et V la perception visuelle de l'objet nommé, leur connexion sera représentée par la ligne directe pointillée A V ; mais s'il s'agit «l'un son et de sa couleur, leur liaison s'effectue par l'intermédiaire du centre S, qui incarne et résume toutes les modifications organiques réflexes à ces impressions sensorielles.

J'ai dit que cette différence dans la nature du lien physiologique se traduit d'une façon sensible et observable dans la conscience. C'est ce qui me paraît résulter des descriptions mêmes qu'on recueille de la bouche des personnes atteintes de synçpsie. Sans doute au premier moment «•Iles acceptent volontiers le rapprochement qu'on leur propjKH entre le photisme évoqué par le son, et l'idée suscitée

par le mot ; mais elles ne tardent pas à y apporter des

orrections implicites ou expresses qui prouvent que ce lapprocliement est inexact. Voyez, par exemple, ce que M. Binet rapporte d'un de ses sujets qui, autant que j'en puis juger, a des photismes pensés: « Tout se résume en un phénomène d'idéation, assez compliqué il est vrai ; quand M. X. dit que l'a est ronge, il veut simplement dire que

olte voyelle et les mots qui la contiennent lui rappellent la :ouleur rouge, lui en donnent l'idée. Un autre sujet, dont l'observation a été publiée, disait semblablement : Quand je vois telle lettre, les choses se passent comme si on pronon-

ait devant moi le mot rouge. Telle est bien l'impression subjective éprouvée par M. X. ; il trouve qu'il y a un accord, une harmonie, quelque chose comme un rapport logique, entre la voyelle a et la couleur rouge'. »

Les mots que j'ai soulignés, et les exemples que M. Binet rapporte ensuite, dépassent certainement de beaucoup le sentiment habituel de connexion entre le mot et l'idée. Jamais, en ce qui me concerne, il ne me viendrait à l'esprit de ijiialifier de rapport logique, d'accord, d'harmonie, la relation que je perçois entre le mot rouge lorsque je le lis ou l'entends et l'idée de couleur qu'il éveille en moi. Je trouve ()ion plutôt disparate, factice, alogique au suprême degré, I union de ce vocable avec ce phénomène visuel ; si le premier me fait penser au second, ce n'est pas que je sente (Mitre eux un lien naturel ou rationnel quelconque, c'est en vertu d'une liaison arbitraire, imposée du dehors et consa-

rée par l'habitude, dont je subis l'existence de fait sans en éprouver aucunement la légitimité. Il en est autrement pour l'audition colorée ; ceux qui la possèdent, non seulement

' H. Beaunis et A. Binet. Sur deux cas d'audition colorée. Revue philosophique, avril 1892, t. XXXIII, p. 449.

la >ul)i»«ia. uiai> la Irouvent loulc naturelle al comme fiMiilée dans leur propre constitution. Je sais que tel mot suinifit' telle chose, mais eux sentent que tel son est de telle rouleur. Le contenu «l'un terme est compris, saisi ; la couleur roujre ou hieue de l'a, même quand elle n'est (pic pensée et n'arrive pas à l'état d'image interne, est sentie. t'pnmréf.

Pareillement, je sais (pie « noir » ne signitie pas la cou leur de l'Iierhc : mais si l'application de ce mot aux teinte médianes du spectre solaire constitue pour moi une erreur je n'irai pourtant pas jusqu'à dire que je la sente comme un fausse note qui fait grincer tout l'organisme. Ce contraste froidement intellectuel, d'un nom de couleur avec une autre nuance que celle qu'il désigne, me paraît bien au-dessous de la description suivante d'un sujet (jui voit Vi vert brillant : a La couleur assimilée à quelques-uns des sons indiqués est si douiinante, qu'il me serait impossible de penser ou de me représenter i et la couleur noire ; cela serait une désharmonie comme le musicien l'éprouve en entendant doux sons discordants ».

Il est vrai qu'il ne faut pas faire trop d'étal de ces variétéd'expressions, forcément imprécises .; notre terminologie eouranle est incapable de mouler les délicats contours de notre vie psychique, et je dois laisser aux psychologue> doués eux-mêmes de synopsie le soin de porter un verdict définitif sur la différence exacte qui sépare l'attribution du sens au mot et l'attribution du photisme à son inducteur. Mais que cette différence existe et soit considérable, c'est «e qui n'est pas douteux. Entre autres façons de l'exprimei tant bien que mal, en voici une que je dois à la dame cilé<* plus haut, qui trouve Va bleu sans avoir cependant la vision mentale de cette couleur. D'après elle, il ne faudrait pas comparer la liaison du son a avec la coulem^ bleue à celle du

moi cheval avec l'idée de cet animal, mais plutôt à celle de rheval avec Pferd : de même que ces deux mots ne sont unis (|ue par le fait qu'ils désignent un même animal réel, ainsi la voyelle a et la couleur bleue ne sont unies que parce i|ii'elles rappellent toutes deux la même impression, font un effet semblable, mettent dans une disposition identique. Cet i^xemple me paraît rendre assez bien la diflférence sur laijuelle j'insiste : dans le langage, le mot est attaché directement à l'idée sans l'intermédiaire d'un troisième terme justifiant leur synthèse (sauf exceptions, onomatopées, etc.), (andis que le son et la couleur, dans l'audition colorée, sont liés par un troisième terme qui n'est ni son ni couleur, mais qui est l'état dans lequel l'individu se sent plongé toutes les fois qu'il entend le son ou aperçoit la couleur.

C'est pour cela que les photismes simplement pensés, c'est-à-dire au degré d'intensité le plus faible en tant que représentation visuelle, peuvent être fortement sentis en tant que reliés à leur inducteur par celte base commune d'ordre émotionnel. J'ai même cru remarquer qu'il y a un certain mouvement de bascule entre ces deux caractères (l'intensité du photisme et le sentiment de sa connexion avec le son), t^t que la couleur d'un son est d'autant plus vivement res- -nitie, éprouvée, qu'elle est plus faiblement aperçue, imainée. D'où résulterait une sorte de synonymie entre photismes pensés et photismes sentis, bien que ces deux qualificatifs ne portent point sur le même élément du photisme : ce qui est pensé c'est la couleur, l'élément objectif, intellectuel, qui a pour corrélatif physiologique certains événements de la sphère visuelle corticale V ; et ce qui est senti, c'est la réaction organique, le facteur subjectif, émotionnel, qui a pour corrélatif les modifications du plexus S de la sensibilité générale. Rien d'étrange à ce que, par une loi de compensation dont il existe tant d'exemples, les inten-

sites <1«MT- i'iiN cIhihmiIs vaiient plutùl en raison inverse i|iit»(lirecle. «'i «jut* ce soifiU i1(î préférence les persoinies dont h's pliolismi's ni' soni pas imaginés mais seulement pensés i{ui ne III II |ii 111(1 '•Il les questionne aux termes de sentir,

r|ii, ii\, I 1 II sr/is (|m' tel son est de telle couleur, bien «|uo je ne la rnic |>a> : • ia \ raie traduction de ce jugement est : *< quand jt'ul.'iMh <• ^dn. il ne me donne pas l'image d'un» .nideiii III 11- j. iih- M^iis disposé, afFecté, intérieuremeni .11111. ( niiiiiic (|uand j'ai cette couleur sous les yeux. » C'est là une nouvelle preuve ilii lùIe fondamental que l'association affective joue dans la genèse, de l'audition colorée.

Ajouinns <jue pour les pliotismes pensés, comme pour le> iuiagiiit'-. iiiiini le -i.iii' ui.ipliiipie i-este absent, tantôt il apparaii -iii- l.i > niilciii- ihi pliolisnif, cela va de soi, car aloi*s celui-ci ne serait plus un pholisiin^ simplement pensé). C'est ai!isi que M. A. (i.. 18 ans, se n'présente im U majus- •'ule de coiiltMii mise, en même liMiips (|iril sent fortemerit le | -Mil // inii,' -,iii- ini;i«4iiier celle couleur ) et ne comprend 1

I' I- «jnnii |»iii->-e le ii'ouvei' ^ïune autre nuance.

PnOTISMES .\K(,ATIKS.

Aux plinh-iiio excinsivement pensés se rattache le groupe f(»rt cmi ii\ (le ( (' ipi'on peut appeler les photismes négatifs. Je veux parler des personnes qui après avoir déclaré que les voyelles n'ont, pas de couleur, qu'un pareil rapprochemenl leur semhle mèine demie de sens, finissent par ajouter '"»•' reniai. |iie cdinine celle-ci: En tout cas, si 0 avait une couleur il n. vr;.it p i> hlanc. Ou bien : i n'est rien du tout, mais encore iii.)iii> loii-v (pTautre chose, etc. Au point de vue stali>ti.|ii.'. ces >njet> >unl naturellement comptés comme ne préseiiiaiii pas de synopsie ; et pourtant que signifie cette incompaiil.ilii.- ivssenlie entre un son et une couleur, sinon

que les centres corticaux de ces impressions, au lieu d'être absolument indépendants, ont entre eux une liaison fonctionnelle définie ; seulement cette liaison est en quelque sorte inhibitoire, au lieu d'être dynamogénique comme dans l'audition colorée positive : l'excitation du centre auditif d'un certain son tend à paralyser le centre visuel d'une certaine j couleur, au lieu de le stimuler ou de le laisser tranquille. I Ces photismes négatifs se rencontrent aussi chez des indij vidus qui ont à côté de cela des phénomènes synoptiques posi- \ tifs. Un étudiant, par exemple, accuse u jaune, o gris sombre, ' et rien pour les autres lettres « sauf que i n'est en tout cas pas noir. » Un monsieur de 40 ans qui éprouve des couleurs I très précises pour a, o et u, n'en a pas pour i ; il comprend toutefois qu'à la rigueur on puisse voir ce son blanc ou jaune, mais il estime que « pour le trouver rouge il faudrait avoir l'esprit mal fait et l'imagination perverse. » Sous cette forme un peu vive, il exprim 3 le sentiment, extrêmement répandu à des degrés divers, d'une hostilité marquée entre certains sons et certaines couleurs qu'on peut néanmoins fort bien concevoir ou percevoir simultanément. J'en pourrais citer bien d'autres exemples, mais le lecteur est à même d'en récolter sans peine autour de lui. On a d'ailleurs déjà vu M. X. (p. 52) trouver plus facile de dire les couleurs qu'un son ne représente pas, que celles qu'il rappelle.

On peut ramener cette synesthésie négative au principe général de l'association affective, en l'expliquant par un antagonisme entre les coefficients émotionnels des perceptions considérées. Si p. ex. l'audition du son i tend à proluire des contractions réflexes dans des muscles ou des vaisseaux qui se relâchent au contraire sous l'influence de la /ision noire, on conçoit que ces deux sensations s'entravent mutuellement, par leurs effets diamétralement opposés sur 'organisme et sur le centre cérébral S de la sensibilité

;ît**iiérah'. Leui's auréoles subjectives ne pouvant coexist» i rrêeroni un «Miipôchenient, au lieu de servir de trait d'uiiioi i'ntn> le son et la couleur; et de même que, dans les j)li< hsnies pensés, la connexion de l'inducteur et de l'induit jin liur souhassement affectif commun se fait sentir à la cou rience du sujet comme un accord, une harmonie, une idenlilé d'effets, — de même, ici, leur opposition émotioiinell se traduit n.ir i-eflr impivssioti de contradiction ri d'incon patiliilitc.

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