CONCLUSIONS
Parvenu au terme de cette longue classification — techniquement difficile et théoriquement herissee de formidables difficultés — je m’aperçois qu’un critique pourrait facilement trouver quelques légères divergences de vues entre les considérations apposées aux premiers épisodes, et celles qui suivent. Bien que ces divergences puissent être aplanies sans difficulté d’un trait de plume, j’ai préféré les conserver intégralement d’un côté parce qu’une partie d’entre elles ont une certaine valeur instructive en ce qu’elles représentent les oscillations inévitables de la pensée aux prises avec le thème le plus ardu et le plus inscrutable de la casuistique métapsychique : et d’un autre côté, parce qu’elle constituent des « ébauchés théoriques » qui, bien qu’abandonnées
en germe, pourraient servir à d’autres comme empreintes pour découvrir de nouveaux sentiers permettant de pénétrer dans la forêt tenebreuse qui entoure la petite éclaircie explorée jusque présent, de l’immense continent de la vie.
De toutes façons je me dispose à synthétiser dans mes conclusions ma pensée précise sur 1 ar-
gument. . ,
Je ne m’attarderai pas à discuter le point de vue probatif des cas recueillis, car, si un certain nombre d’entre eux peuvent être jugés insuffisants (inconvénient inévitable dans une aussi longue classification) on ne peut que reconnaître l’authenticité incontestable de la grande majorité. Je fais d’ailleurs observer que plus de la moitié des prémonitions rapportées sont étayées par les témoignages des personnes auxquelles les sensitifs les ont confiées avant l’accomplissement ; et qu’en outre, bon nombre d’entre elles ne furent pas seulement racontées à 1 avance, mais écrites au moment où elles se produisirent, parfois même jurées devant notaire ; pour d autres cas des hommes de science se portent garants, soit pour avoir fait une enquête personnelle à leur propos, soit pour en avoir été eux-mêmes les protagonistes. Enfin, je note que par un heureux hasard, les épisodes les plus extraordinaires, les plus merveilleux, les plus impressionnants de tout le recueil prennent justement place parmi les plus certifiés par des témoignages inattaquables et complets ; donc, même si l’on ne devait compter
qu’avec ces derniers, on peut dire dès à présent <en toute légitimité qu’on peut considérer comme atteinte la preuve scientifique de l’existence de la phénoménologie prémonitoire.
Ceci dit, je résume les résultats théoriques auxquels nous sommes parvenus par l’analyse des faits.
Dès l’introduction, dans le but de déblayer le terrain des hypothèses inutiles, j’indiquai «omme telle celle de la coexistence du futur dans le présent , qui nous semblait philosophiquement inconcevable, psychologiquement absurde, pratiquement insoutenable parce que contredite par les faits. De là la nécessité de l’exclure du nombre des hypothèses applicables aux phénomènes prémonitoires. Je ne répéterai donc pas les réflexions présentées à ce sujet ; je reproduirai plutôt, à titre complémentaire, quelques passages d’un article récemment publié sur l’argument par M. Vincenzo Cavalli, et qui parvient aux mêmes conclusions. Voici ce qu’on y lit :
Qu’il s’agisse de phénomènes objectifs ou subjectifs, l’ordre chronologique y est associé nécessairement avec V avant et Y après, et avec la suite des divers événements — le synchronisme absolu étant absolument impossible, et constituant une véritable utopie métapsychique et un véritable non-sens psychologique... U éternel présent devrait dans la vie psychique être l’impossible suppression de la succession nécessaire des actes, des faits, des sensations, des souvenirs, c’est-à-dire l’anéantissement du mouve-
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ment, et par conséquent de la vie même de la conscience : la paralysie du Moi au milieu d’une scène immobile et immuable. Est-ce possible ? ?... Nous sommes et demeurons des êtres spaciaux et temporels, enfermés dans la limitation et soumis à la division, et tout effort spéculatif pour rompre le cercle de notre nature psychologique et dépasser l’orbite de notre potentialité logique est vain, et tombe dans le vide... C’est ainsi que nous pourrons faire du roman idéologique ou phraséologique sur le présent éternel ; mais en substance, c’est pour nous, tenter de rationnaliser l’absurde, et non d’éclaircir l’abstrus. On ne peut même pas donner à un semblable mythe philosophique une réalité imaginaire concevable quelconque, qui devrait être l’impossible synthèse synoptique de mille et mille synthèses biographiques !... Le supposé éternel présent , sans un passé derrière soi ni un futur devant soi, peut être une magnifique figure de lyrisme philosophique, mais demeure toujours pour nous une irréalité ... donc la suppression du temps est une hyperbole poétique, et non une vérité métaphysique... ( Luce e Ombra, 1912, p. 366-368).
Ainsi s’exprime Vincenzo Cavalli, dont on connaît la valeur et l’acuité d’esprit scientifique.
Il est inutile de se dépenser encore en paroles à ce sujet. Je me contenterai de rappeler que dans les commentaires du CX e Cas, j’ai démontré que l’hypothèse en question est absolument en contradiction avec les faits.
Une fois éliminée l’hypotlièse de Y éternel présent, au moyen de laquelle on pouvait se faire l’illusion d’expliquer l’ensemble des faits, un
deuxième se présentait, capable de se prêter à des présomptions illusoires analogues, et c’était celle des inférences subconscientes. Celle-ci, néanmoins, pouvait être considérée à trois points de vue différents, c’est-à-dire : à celui où les « inférences subconscientes » étaient conçues dans un sens strictement psychologique ; celui où elles étaient conçues dans une signification supernormale avec une extension perceptive, large si on veut, mais enfin, toujours circonscrite; celui en dernier lieu, où elles étaient conçues dans un sens métaphysique, et avec une étendue illimitée de perceptions.
Je m’empressais de déclarer que la première et seconde version de cette seconde hypothèse paraissaient légitimes, et peuvent même être considérées comme acquises à la science ; il n’en est pas de même pour la troisième, au sujet de laquelle j’annonçais mon intention d’en démontrer la fausseté, par conséquent la nécessité de l’exclure du nombre des hypothèses applicables aux phénomènes prémonitoires.
Mais pour arriver à ce but, il fallait une tout autre préparation que pour exclure l’hypothèse de Yéternel présent , pour laquelle on ne pouvait invoquer des formules d’induction capables de l’appuyer, puisqu’elle était inconcevable métaphysiquement, psychologiquement et pratiquement ; tandis que la situation était meilleure pour l’hypothèse des inférences subconscientes Æune étendue illimitée. En effet, on pouvait alléguer en
sa faveur deux considérations : Tune, est que cette forme de prescience semblait pour le moin^ légitime en rapport avec l’Omniscience divine ; l’autre, que, métaphysiquement, elle n’était pas inconcevable comme celle de Y éternel présent .
Malgré qu’un complet examen du thème nous conduisît à reconnaître que si cette hypothèse, appliquée à l’Omniscience divine, pouvait paraître métaphysiquement vraie, ceci ne l’empêchait pas de rester une vérité purement théorique (et par conséquent, inapplicable aux phénomènes prémonitoires considérés comme des manifestations de la subconscience), malgré cela, dis-je, ce raisonnement ne suffisait pas à l’exclure du nombre des hypothèses légitimes, à moins que l’on ne pût démontrer qu’elle était en contradiction avec les faits , et inconciliable avec les modalités de manifestations propres aux autres facultés supernormales subconscientes.
Je me suis attelé à la tâche en partant du principe que le fait de conférer à la personnalité subconsciente la faculté d 'inférer Vavenir sur la base de causes existantes dans le présent signifiait lui attribuer une puissance d'abstraction presque divine, en comparaison desquelles les facultés d'abstraction propres à la personnalité normale étaient littéralement insignifiantes, quoiqu’en ces viernières se condensent toute l’élévation psychique de la naentalité humaine, et qu’on leur doive exclusivement les découvertes, les inventions, les créations du génie. — Il décou-
lait cle là qu’on ne pouvait logiquement admettre cette invraisemblable, prodigieuse, énorme suprématie intellectuelle de la personnalité subconsciente sur la consciente, sans donner lieu à des problèmes antithétiques irrationnels et absurdes. — De là cette induction, que probablement la « clairvoyance dans le futur » n’était pas un attribut de Vintellect, comme on avait une tendance erronée à la croire, mais une faculté de sens ; cette induction aurait eu l’avantage d’écarter toute hésitation théorique.
Une base inductive rationnelle étant ainsi préparée pour l’étude de notre thèse, il s’agissait de commencer les recherches pour en prouver l’exactitude, en commençant par analyser les autres facultés supernormales de la subconscience — telles que la « clairvoyance dans le passé », la « clairvoyance dans le présent » et la « télépathie » — dans le but d’établir une comparaison, au moyen de laquelle on pourrait déduire si ces dernières facultés doivent être, à leur tour, considérées connues des facultés de sens , ou des attributs de Vintellect. Il résulte de la comparaison que, d’après leurs modes de manifestation, elles sont indubitablement des facultés d-e sens supernormales correspondant à tous les points de vue aux facultés de sens normales , de sorte qu’il fallait les considérer comme homologues de cellesci, et par conséquent leurs correspondantes dans une ambiance supernormale ou spirituelle. De là une seconde induction qui venait confirmer la
première, savoir : que la « clairvoyance dans le futur », ne pouvant faire exception à la règle,, devait être réduite à une faculté de sens.
Ceci est prouvé d’abord par les modes de manifestation de la « clairvoyance dans le futur », qui correspondent exactement à ceux de la « clairvoyance dans le passé » ; c’est-à-dire que dans l’une comme dans l’autre, ces modes consistent généralement en visualisations représentatives tellement identiques, qu’elles engendrent des erreurs d’inversion dans le temps ; visualisations qui, pour la « clairvoyance dans le passé », ont probablement pour origine des «traces » ou « vibrations latentes », ou des « influences psychiques ou physiques » que les événements laissent ou déterminent, soit dans les subconsciences des vivants, soit dans les objets inanimés, soit dans l’ambiance où ils se sont déroulés. De sorte que cette question se posait immédiatement : « Etant donné que dans les deux ordres de phénomènes on rencontre une identité d’effets, n’y aurait-il point une identité de causes ? — En d’autres termes : Si la « clairvoyance dans le passé » se base sur des « traces », des « vibrations », des « influences » existant dans un milieu quelconque, pourquoi donc, malgré les apparences, quelque chose de semblable ne pourrait-il se réaliser pour la visualisation des événements futurs ? Dans ce cas, au lieu de « traces » ou d’ « influences » déterminées par les événements qui se sont produits dans le monde physique, on aurait affaire
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à de,s traces » ou « influences » prédéterminées par des événements en voie d’extrinsécation, ou préordonnées de quelque autre manière ; et les hypothèses « réincarnationniste » « prénatale », « fataliste », « spiritualiste »—toutes aussi vieilles que l’humanité, se prêteraient parfaitement à l’expliquer. De là une troisième induction confirmant encore une fois notre thèse, et en même temps féconde en nouvelles perspectives théoriques.
En poursuivant cette analyse, nous nous trouvâmes encore en face de cette considération : si la « clairvoyance dans le futur » était une faculté supérieure d? abstraction psychique par laquelle le Moi subconscient infère Vavenir du présent de même manière que l’astronome, à plusieurs mois d’intervalle, infère le jour, l’heure, la minute où une comète atteindra son périhélie, alors, à cette potentialité semi-divine d’abstraction ne pourrait que correspondre à un degré rationnel l’élévation semi-divine de toutes les autres facultés qui constituent la synthèse psychique. Il dériverait de cela que le Moi subconscient ne pourrait pas participer dans une si large mesure à Y omniscience divine sans participer en une mesure correspondante à Y omnipotence divine , puisque, philosophiquement parlant, l’équivalence est parfaite entre les deux attributs de la divinité. Les sensitifs en condition de lucidité devraient donc se montrer fournis d’un pouvoir surhumain, ou du moins s’en montrer suffisamment fournis pour
se sauver eux-mêmes des dangers qui les menacent et qu’ils préconisent ; ce qui est bien loin de se produire. Et cette impuissance, indice certain de dépendance, se trouvant en parfait rapport avec leur attitude passive, qui à son tour est un indice de condition réceptive, fait logiquement conclure qu’ils perçoivent les événements futurs par médiation, conformément à la nature de toutes les facultés de sens, et non pas active ment, ou abstraitement, conformément à la nature des facultés de Vintellect. De là une quatrième induction pour soutenir encore mieux le même point de vue.
Nous avons remarqué encore : le fait que la clairvoyance dans le futur se manifeste en mesure égale parmi les peuples sauvages et ceux civilisés démontre, à son tour, qu’elle ne peut Consister en une « faculté d’abstraction », car en ce cas il faudrait attribuer au Moi subconscient d’un sauvage des attributs mentaux semi-divins analogues, ce qui ferait apparaître absolument monstrueux le contraste entre le contenu et le contenant, entre l’homme supérieur intérieur et la brute extérieure. Par contre, toute antithèse disparaîtrait si l’on considérait la « clairvoyance dans le futur » comme une faculté de sens d'ordre supernormal , dépendant comme les autres du Moi intégral subconscient ; c’est-à-dire, identique aux autres facultés supernormales de sens qui existent dans la subconscience, lesquelles facultés dans leur ensemble, constitueraient les sens spiri-
tuels du Moi intégral désincarné. Dans ce dernier cas, on comprendrait que tous les hommes — soient-ils grands comme Socrate, ou dégradés comme un sauvage — doivent les posséder en mesure identique, de même qu’ils possèdent e i mesure identique les sens nécessaires à la vie terrestre de relation. De là une cinquième induction très impressionnante et très importante pour le soutien de la thèse énoncée.
Enfin, on remarquera que cette thèse correspond exactement aux affirmations des somnambules, des voyants et des médiums, qui, tous, parlent de signes précurseurs des événements qu’ils interprètent ; ou d 'ambiants spirituels où les causes mûriraient avant que les effets s’accomplissent dans le monde physique ; ou d’événements futurs qui projetteraient en avant leurs ombres ; ou d ’entités spirituelles qui leur révéleraient ce qu’ils communiquent ; par contre, jamais ils n’affirment inférer les événements imprévoyables en se basant sur les causes existant dans le présent ; et lorsqu’on les interroge explicitement à ce propos, ils répondent que la clairvoyance dans le futur ainsi comprise serait impossible. Ces affirmations sont des plus syu ptômatiques, surtout si l’on considère qu’il s’agit de sensitifs en conditions de lucidité ; ce qui fait penser que si, en vertu des conditions où ils se trouvent, ils parviennent à sonder l’avenir, rien n’empêche qu’ils parviennent à pénétrer aussi les causes qui leur permettent de le scruter
et la concordance de leurs affirmations, dans le sens positif comme dans le sens négatif, apporte un tribut confirmatif non négligeable. — Et voilà une sixième et dernière preuve inductive à l’appui de la même thèse, c’est-à-dire que l’hypothèse des inférences subconscientes d’une étendue illimitée , d’après laquelle les phénomènes prémonitoires s’expliqueraient par des «facultés d’abstraction » présumées de la subconscience, est, d’une part, philosophiquement, psychologiquement, moralement insoutenable ; et de l’autre, inconciliable avec les modes de manifestation des facultés supernormales en général, qui, étant des facultés de sens , indiquent clairement que la clairvoyance dans le futur doit être considérée comme telle ; et ceci écarte absolument toute indécision philosophique, psychologique et morale.
Restait à prouver comment l’hypothèse des <( inférences subconscientes » aussi est en contradiction avec les faits : entreprise relativement facile, et qui devait amener à établir sur des bases solides les nouvelles perspectives théoriques qui découlent spontanément des considérations exposées plus haut.
Pour ne pas compliquer plus que de raison la filière de cette synthèse de conclusions, je ne toucherai pas aux faits moins importants qui sont à l’appui de ce que j’affirme, et je ne m’attarderai que sur le principal, savoir : l’existence de prémonitions de malheurs ou de morts , grâce
auxquelles les personnes désignées auraient pu se sauver, mais dont elles ne se sauvent point par suite du consentement tacite ou exprimé de la cause agente.
Ces formes de prémonitions se divisent en deux catégories, Tune étant le complément de l’autre.
Dans la première d’entre elles, les personnes désignées ne se sauvaient point , parce que le sensitif discernait ou réceptait, en tout ou en partie, les détails insignifiants qui constituaient le fond ou le contour d’un événement futur, et n’en discernait pas, ou n’en réceptait pas, les données essentielles qui le caractérisaient ; de sorte qu’il était juste assez renseigné sur l’événement lui-même pour l’entrevoir sans le pénétrer ; et, par conséquent, il lui était impossible de l’éviter. — De là cette induction très certaine, qu’en de semblables conditions il était impossible d’invoquer les inférences subconscientes , étant donné qu’alors le sensitif, en remontant le cours du temps par l’enchaînement des causes et des effets, aurait dû découvrir les principaux détails de l’événement futur, ou bien la totalité de ces détails, mais non pas seulement les détails légers et inconcluants qui en formaient le contour. Il s’ensuivait que cette hypothèse était, d’une part, inadmissible à cause de la contradiction flagrante entre ce qui aurait dû se réaliser et ce qui se réalisait, et d’un autre côté, parce qu’on voit émerger des faits de cette nature une
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intentionnalité sélectionnant les détails transmis, intentionalité qui ne pouvait avoir son origine dans le Moi subconscient , lequel, en des circonstances semblables, ne se serait pas logiquement abstenu de transmettre au Moi conscient ce qu’il percevait pour lui dans le futur, en le préservant ainsi d’un grave accident ou de la mort, et en se sauvant lui-même avec lui !
La seconde catégorie de manifestations du même genre, et complémentaire de la première, consistait dans les cas où les prémonitions qui ne sauvent pas les personnes désignées, étaient obtenues par l’intermédiaire de personnalités médiumniques affirmant être des « esprits »
de défunts, lesquels, à son tour, s’abstenaient avec soin de révéler les faits dont l’intéressé pouvait se valoir pour éluder le destin qui l’attendait ; et, si on leur adressait des questions explicites, ne répondaient pas, ou répondaient évasivement, ou s’exprimaient symboliquement, de manière à ne pas laisser paraître la véritable signification de leurs paroles jusqu’à l’aecomplissoment de l’événement, comme si elles n’avaient pas voulu, ou n’avaient pas pu, révéler tout ce qu’elles connaissaient manifestement. Or, comme personne ne peut défendre à une personnalité subconsciente et autonome de sauver de la mort une personne en révélant ce qu’elle sait, et comme on ne peut avancer aucune raison pour laquelle une personnalité subconsciente serait amenée à s’en abstenir volontairement, on
en conclut de façon tout aussi indubitable qu’en de pareilles contingences il ne peut s’agir, ni d’inférences subconscientes, ni de personnalités subconscientes.
Ainsi, nous voyons se dégager tout aussi clairement des manifestations prémonitoires la confirmation de cette grande vérité commune à toute la casuistique médiumnique : que l’analyse comparée des faits prouve de manière certaine que tout phénomène supernormal a indifféremment pour origine deux causes différentes : la subconsciente et l’extrinsèque, 1 animique et la spiritique. Et si l’animisme et le spiritisme, en se complétant mutuellement, se démontrent tous deux indispensables à l’explication de cette casuistique, tout cela, à son tour, ne s’explique que si l’on admet que l’homme est un « esprit » incarné dans un organisme qui amoindrit temporairement l’activité spirituelle conformément aux conditions modifiées de son existence présente, et par suite, que certaines facultés spirituelles, inutiles pour une ambiance terrestre, ne peuvent que se réduire — et par conséquent se retrouver — a l’etat latent dans les recoins de la subconscience ; ce qui, en pratique, est parfaitement confirmé par la manifestation des facultés supernormales de la subconscience, chaque fois qu’un arrêt de l’activité fonctionnelle de l’organisme le permet ; c’est ce qui donne lieu à des phénomènes métapsychiques multiples, parmi lesquels un bon nombre de manifestations
prémonitoires. Nous voilà donc arrivés à l’induction parfaitement logique et théoriquement très importante, que ce qu’un « esprit désincarné » peut accomplir peut être aussi (mais plus difficilement) accompli par un « esprit incarné ».
Ceci dit à titre de digression nécessaire, je reprends mon thème en observant qu’aussitôt admise l’intervention d’une entité extrinsèque dans les manifestations prémonitoires, on parvient à expliquer de façon satisfaisante les modes de manifestation exposés plus haut. En effet, après cela, il n’est plus difficile d’admettre qu’un « esprit désincarné » rattaché par un lien affectif à un vivant menacé d’un événement douloureux, s’emploie à l’en aviser télépathiquement au moyen d’une représentation subjective de l’événement, en se bornant néanmoins à une représentation partielle ou symbolique, dans le but de le lui faire uniquement entrevoir ou pressentir, de manière à créer en lui un état pouvant l’y prédisposer. Il serait contraint à cela pour ne point porter obstacle au cours inexorable des destinées humaines, soit parce que la chose lui est interdite, soit parce qu’il est conscient que ce qui arrive est à l’avantage spirituel de la personne désignée.
Cependant, ces considérations font ressortir jusqu’à l’évidence que l’hypothèse spiritualiste proprement dite ne suffit pas, à elle seule, à éclaircir tous les aspects du problème, en tenant compte de l’existence indubitable de quelque
chose de préordonné dans le cours des choses humaines ; il faut donc la considérer en rapport avec d’autres hypothèses complémentaires — comme la fataliste et la réincarnationniste — susceptibles de s’harmoniser parfaitement avec elle.
D’autre part, l’hypothèse fataliste jaillit des faits avec une telle évidence, qu’on se trouve obligé, de toute manière, de la prendre en considération sérieuse, malgré les troublants problèmes philosophiques et moraux qu’implique sa conception classique, conception qui, seule, s’adapte aux phénomènes prémonitoires, et selon laquelle le fatalisme ne se présente que comme une espèce de déterminisme universel absolu , établi et imposé par une puissance spirituelle supérieure , seule libre. Il faudrait donc conclure de là que la liberté et la responsabilité humaines sont illusoires, et que l’homme est réduit aux proportions d’un automate sentant et conscient.
Ici se posait une question : Jusqu’à quel point les phénomènes prémonitoires autorisent-ils à affirmer une conception aussi désolante de la vie ? — Nous y répondîmes en observant qu’au pr mier abord, ils semblent l’appuyer entièrement, si l’on pense aux épisodes si nombreux où, non seulement les événements les plus importants auxquels devait être soumis un individu étaient prophétisés, mais aussi les plus petits détails des situations de milieu où il devait se trouver. Et si l’analyse comparée des faits
n’avait suggéré aucun adoucissement à cette formule absolue de fatalisme, il ne restait qu’à nous résigner philosophiquement à l’inéluctable, et à nous retrancher à la guise des anciens Romains derrière la formule classique : Si divinatio est , Du sunt (si la divination est, les Dieux sont). En effet, une fois qu’on a relevé cette circonstance très importante que l’existence d’une fatalité suppose nécessairement un Ordonnateur Suprême, si les actions humaines sont préordonnées dans leurs menus détails, cela ne peut être qu’en vue d’une finalité ultraterrestre ; le fatalisme prouve donc l’existence dans l’homme d’un esprit survivant à la mort du corps ; et comme un plan directif de la vie universelle, si grandiose dans sa rigueur inflexible, ne peut pas n’avoir point à son tour une finalité, qui ne peut se dérouler que conformément à l’ascension spirituelle des êtres, il s’ensuit que la Loi fataliste qui plane sur l’humanité doit avoir sa raison d’être, et par conséquent doit être considérée comme la plus avantageuse pour elle, dans la phase d’incarnation actuelle. Ceci n’empêche pas d’admettre que l’ascension spirituelle humaine doive se manifester dans le sens de la Nécessité versla Liberté; donc, en dernière analyse, nous devons nous sentir rassurés et tranquilles au sujet de notre avenir spirituel, et pleinement confiants sur les décrets de l’éternelle justice.
Tout ceci est dit au sujet de la pire des hypothèses; néanmoins, l’analyse comparée des
faits ferait plutôt présumer que nous ne devons pas nous contenter de cette formule consolatrice, €ar il y a des phénomènes prémonitoires qui renferment de nombreux indices tendant à prouver que l’hypothèse fataliste a besoin, à son tour, d’être considérée en rapport avec d’autres hypothèses complémentaires, en vertu desquelles elle se trouve confinée dans des limites conciliables avec la liberté et la responsabilité humaines.
L’une de ces hypothèses complémentaires, c’est la « réincarnationniste ». En effet, si l’existence terrestre ne représente qu’un anneau d’une chaîne indéfinie de vies successives, et si l’esprit, à l’heure de sa réincarnation, préétablit lui-même — dans un but d’expiation, d’épreuve, de perfectionnement spirituel — les événements cardinaux auxquelles il devra se soumettre dans sa nouvelle existence incarnée ; si ces événements s’effacent de sa mémoire physiologique avec son entrée dans la vie, mai? demeurent enregistrés dans sa subconscience, d’où ils émergent un jour et se réalisent par un processus analogue à celui par lequel se dégagent les suggestions post-hypnotiques ; si tout cela se produit, une grande partie des manifestations prémonitoires, qui semblaient l’œuvre d’une fatalité inexorable, se transforment en actes librement voulus.
En ce cas, il faut radicalement modifier la conception du « fatalisme », dont la domination n’est plus absolue, mais relative et conditionnelle, tandis que le champ d’action de la liberté et
de la responsabilité humaines se présente sous un nouvel aspect.
Pourtant, même au sujet de l’hypothèse réincarnationniste, nous voyons surgir un obstacle qui aurait empêché d’accueillir celle-ci si on ne parvenait pas à l’éliminer ; cet obstacle consiste dans l’existence d’un groupe de prémonitions regardant des incidents à tel point insignifiants et inutiles, qu’on ne peut en aucune façon les croire préordonnés dans un but de perfectionnement moral de l’esprit en voie de réincarnation.
Pour obvier à cette difficulté, se présente une autre hypothèse, qui a l’avantage d’être basée sur des données d’ordre expérimental permettant de conclure que les épisodes du genre qui font l’objet de notre examen sont des manifestations en soi, préparées et exécutées par des personnalités subconscientes ou extrinsèques, qui transmettent d’abord au sensitif, sous forme de vision onirique, ou d’une autre façon, une situation future donnée où lui, ou d’autres, devront se trouver ; ensuite, elles en provoquent la réalisation au moyen d’une suggestion exercée télépathiquement sur le sensitif ou les autres intéressés ; et ceci (à ce qu’affirment les personnalités en question) afin d’impressionner nos esprits, d’inculquer en nous l’idée d un mystère dans la vie, d’ébranler le scepticisme des hommes, les amenant à méditer sur la possibilité de l’existence d’une âme survivant à la mort du corps. En même temps, leur action doit être con-
sidérée comme à peu près limitée aux faits insignifiants, car il ne leur est pas possible, sauf circonstances spéciales, de suggestionner télépathiquement, ou de déterminer par d’autres moyens, les hommes à des actions de quelque importance.
Cette hypothèse, hardie en apparence, est au contraire vigoureusement confirmée par les expériences de suggestion télépathique, où l’agent parvient à déterminer le percipient à des actions spéciales, que ce dernier croit exécuter volontairement ; elle est tout aussi sérieusement étayée par les cas où une personnalité médiumnique prédit sa propre intention d’influencer un individu pour l’induire à exécuter une action quelconque, qui est accomplie le moment venu par l’individu désigné. Devant de tels résultats, il faut nécessairement conclure que, si les personnalités subconscientes et médiumniques parviennent à influer sur le cours des actions humaines (bien entendu, d’une manière limitée aux cas de sensitifs susceptibles d’être soumis aux influences télépathiques), il n’y a plus de raison pour ne pas attribuer à la même cause les pseudoprémonitions rapportées plus haut, et même il semble conforme aux méthodes de recherches scientifiques de s’en tenir, jusqu’à preuve contraire, à cette hypothèse.
De cette façon, non seulement on parvient à expliquer suffisamment un groupe d’épisodes apparemment inconciliables avec l’explication
réincarna tionniste, mais en même temps, on voit se rétrécir les limites de l’hypothèse fataliste.
Reste cependant la nécessité de recourir à cette dernière en songeant que de nombreux incidents prémonitoires ne s’adaptent pas facilement, ou n’entrent pas du tout dans l’orbite réincarnationniste, soit parce qu’ils sont indépendants de la volonté consciente ou subconsciente de la personnalité humaine (comme dans les prémonitions de mort par la tombée de la foudre ou d’une tuile) soit parce que, non seulement elles revêtent le caractère ci-dessus, mais encore s’échappent des limites d’une existence individuelle (comme dans les prémonitions de mort par suite d’un naufrage, d’un désastre de chemin de fer, d’un cataclysme), soit, enfin, parce qu’elles atteignent une importance sociale (comme dans les prophéties de mort au cours d’une bataille, ou dans les prédictions d’événements politiques). De là cette induction inévitable, que, si les deux hypothèses ci-dessus pouvaient restreindre le fatalisme en de justes limites en restituant une liberté et une responsabilité suffisantes aux actions humaines, elles n’empêchent pas que l’on doit conclure à la légitimité de l’hypothèse fataliste considérée en rapport avec les grandes lignes directrices traçant les destinées des peuples et des individus.
Si l’on voulait éclaircir ces conclusions à l’aide d’une comparaison, il faudrait dire que si, d’une
part, tout concourt à démontrer que le but de la vie est de nous préparer nous-mêmes notre propre destinée, de l’autre, il faut présumer que l’homme est libre dans le cercle de la fatalité qui le transporte, de même que le passager d’un navire est libre dans la cabine à lui destinée, mais obligé d’accomplir l’itinéraire établi par le Maître du navire.
Ou, voulant reprendre la comparaison de Swedenborg, il faudrait dire que la vie est une école, présidée par les « messagers de Dieu » en qualité de maîtres, qui nous proposent les devoirs à accomplir ; que le fait de les accomplir bien ou mal dépend de nous, et que lorsque notre éducation est accomplie, ou lorsque nous avons appris ce que notre capacité nous permet à 1 école de la vie, même si cette éducation, pour certains, ne doit être qu’un insuccès, alors nos maîtres nous font quitter l’école.
Pour concilier la comparaison de Swedenbourg avec l’hypothèse réincarnationniste, il faudrait la corriger en supposant que les « devoirs à accomplir » ne sont qu’en partie imposés par les « messagers de Dieu », et que, pour l’autre partie, ils proviennent des « esprits » euxmêmes, au moyen d’une auto-suggestion prénatale.
En laissant de côté les comparaisons, nous concluerons en observant qu’en ligne générale, et d’après l’analyse comparée des phénomènes prémonitoires, on a des raisons pour croire que
les événements des peuples et des individus sont soumis aux lois cosmiques de la nécessité et de la liberté, harmonieusement associées entre elles; tout cela dans un but qui, bien qu’insondable, permet d’entrevoir qu’il doit se manifester dans le sens ascensionnel de la Nécessité vers la Liberté. Par conséquent, la meilleure solution de ce problème si ardu est sans aucun doute celle-ci : « Ni libre arbitre , ni déterminisme absolus durant l’existence incarnée de l’esprit, mais Liberté conditionnée ».
Telles sont les principales conclusions auxquelles nous sommes parvenus après la présente classification ; ces conclusions rendent évident ce que j’affirmais au commencement : que tout concourt à prouver que les phénomènes prémonitoires ont pour orig : ne des causes multiples,, bien qu’à un certain point de vue, ils constituent un ensemble homogène de faits qu’on ne peut pas détacher, parce qu’ils s’enchaînent entre eux et se complètent mutuellement ; toutes choses qui leur confèrent une sorte d’unité dans la diversité.
Ensuite, nous avons vu aussi que les hypothèses proposées pour l’explication des phénomènes en question constituaient à leur tour un tout solidaire et harmonique, qui semblait destiné à triompher ou à tomber intégralement, parce que
aucune des hypothèses en question ne pouvait à elle seule expliquer complexivement les faits ; que l’exclusion d’une quelconque d’entre elles compromettait la stabilité du groupe, et que c’est à condition seulement de les tenir toutes présentes et de les utiliser toutes tour à tour, que l’on parvenait à résoudre de façon satisfaisante toutes les difficultés théoriques les plus sérieuses.
Et ces très importants résultats ont été obtenus à l’aide de cinq propositions fondamentales: deux négatives, trois affirmatives.
Avec les deux propositions négatives , on avait pour but de démontrer que les hypothèses de Y éternel présent et des inférences subconcientes dans un sens illimité , étant philosophiquement, psychologiquement et pratiquement inadmissibles, devaient être exclues du nombre de celles applicables aux phénomènes prémonitoires.
Avec les trois propositions affirmatives , on établissait les très importantes données suivantes : avec la première , que la clairvoyance dans le futur n’était pas un attribut de Vintellect, mais une faculté de sens, conforme à la nature de toutes les facultés supernormales subconscientes, ce qui transformait radicalement le point de vue duquel on considère la genèse de la phénoménologie qui nous occupe ; avec la seconde, que les prémonitions d'ordre insignifiant et pratiquement inutile comportent une explication qui leur est propre, appuyée par des preuves expérimentales incontestables, en harmonie évidente avec les hypo-
thèses fondamentales ; on éliminait ainsi une difficulté théorique troublante, dont certains chercheurs se valaient pour attribuer une origine subconsciente à toutes les prémonitions ; avec la troisième , que les prémonitions d’accidents ou de morts dont les victimes ne se sauvent point, par consentement tacite ou exprimé de la cause agente , ne pouvaient être attribuées, ni à des inférences subconscientes , ni à des personnalités subconscientes ; de sorte que l’explication spiritualiste d’une partie de la casuistique prémonitoire s’imposait au critère de la raison avec l’évidence d’une constatation.
Tout compte fait, les cinq propositions indiquées montraient avoir pratiquement une portée théorique beaucoup plus étendue qu’elles ne pouvaient le faire prévoir au commencement ; on pourrait enfin considérer qu’elles ont dès à présent tracé la voie qui devra conduire à l’avenir, au but poursuivi : la solution du problème de la clairvoyance dans le futur, en conciliant cette dernière avec la liberté et la responsabilité humaines.
Nous constations ainsi ce fait très important, que notre nouveau point de vue engendrait des hypothèses convergeant vers la démonstration spiritualiste pour centre ; c’est-à-dire, que d une part ces hypothèses démontraient la genèse positivement spiritique de nombreuses prémonitions, et de l’autre, prouvaient l’existence d’un substratum spiritualiste en toutes les prémonitions.
En effet, une fois constatée la genèse spiritique de certaines d’entre elles, si les facultés transcendantes par lesquelles une entité spirituelle parvient à compénétrer le futur se trouvent à l’état latent dans les recoins de la subconscience humaine, d’où elles émergent parfois en donnant lieu à ces phénomènes, cela signifie qu’entre les personnalités humaines et les personnalités spirituelles , il existe une identité d’origine : Vanimisme prouve le spiritisme.
Ici, pour analyser encore plus profondément notre thème, il ne reste qu’à l’envisager au point de vue du positivisme scientifique, selon lequel l’esprit survivant à la mort du corps n’existant pas, tout phénomène prémonitoire doit nécessairement avoir pour origine la subconscience.
Adoptant momentanément la thèse en question, nous commencerons par nous demander à quelle hypothèse il faudrait s’adresser pour expliquer l’ensemble, ou même uniquement la meilleure partie, de la-casuistique prémonitoire.
Non pas certes à l’hypothèse de « coïncidence ) fortuites », avec laquelle on ne parviendrait à rien éclaircir en dehors de quelques rares cas parmi les plus simples et les moins intéressants.
Non certes à l’hypothèse d’une « perception télépathique dans les subconsciences humaines », parce que ceci équivaudrait à admettre qu’il
existe là des traces des événements futurs, par conséquent que ces événements étaient en quelque sorte préordonnés, révérant ainsi à l’hypothèse réincarnationniste, laquelle impliquerait la préexistence et la survivance.
Non certes à l’hypothèse d’une « perception télépathique de traces existant dans un plan astral », puisqu’on supposerait par là l’existence d’une fatalité, qui à son tour impliquerait l’existence d’entités spirituelle préposées au gouvernement des destinées humaines, lesquelles, dans ce cas, ne pourraient pas ne pas avoir une fin ultraterrestre.
Non certes à une variante de l’hypothèse précédente, selon laquelle les « traces » en question consisteraient dans la pensée des Intelligences spirituelles dirigeant le cours des événements humains, pensée que les sensitifs percevraient télépathiquement ; cette variante sous-entendrait également l’idée spiritualiste et la survivance.
Non certes à l’hypothèse des « inférences subconscientes comprises dans le sens strictement psychologique », parce que littéralement impuissante à expliquer la grande majorité des faits.
Non certes à l’hypothèse des « inférences subconscientes à étendue illimitée », parce que, dans ce cas, il faudrait expliquer comment une personnalité subconsciente qui, quoiqu’autonome et omnisciente, serait condamnée à s'éteindre avec la mort du corps , s’emploierait
avec tant de soin à supprimer, ou mieux encore, à voiler par des symboles impénétrables jusqu’à événement accompli, ces détails du message prémonitoire qui, révélés à temps, auraient arraché à la mort la personnalité consciente, et elle-même.
Non certes, enfin, à l’hypothèse métaphysique de Y éternel présent , car elle serait combattue également par cette dernière et insurmontable objection. On ne pourrait guère éliminer celle-ci que d’une façon : en supposant que la personnalité subconsciente, malgré sa connaissance des faits qui doivent causer sa propre mort, et quoiqu’elle ait la possibilité de l’éviter en télépathisant ces faits à la personnalité consciente, ne le fait cependant pas, sachant que ce qui l’attend est pour l’avantage de sa personnalité intégrale : et plus précisément, que la mort est un bien pour elle. Ce point de vue pourrait être soutenu après l’obtention de quelque bonne preuve, à condition d’admettre, cependant, que si en certaines contingences une mort prématurée était un bien pour la victime, ceci signifiait qu’un nouveau cycle d’existence, au-delà de la tombe, commençait pour la victime. Par conséquent, même avec cette variante, on retourne à l’hypothèse spiritualiste.
Les partisans du positivisme scientifique ne disposent donc d’aucune hypothèse capable d’expliquer entièrement ou en partie la casuistique prémonitoire ; c’est-à-dire qu’en niant
l’existence d’nn esprit survivant à la mort du corps, ils sont réduits à l’impossibilité absolue d’en pénétrer la genèse.
Telles sont les conclusions rigoureusement logiques auxquelles nous sommes parvenus par une analyse comparée des faits. Aux défenseurs du positivisme de me prouver que j’ai tort. Et je me souhaite que l’un d’eux, dans l’intérêt suprême de la vérité, s’attelle à l’épreuve ; dans ce cas, je serai heureux de discuter la question en contradictoire. Je ne m’attends guère, cependant, à voir mes vœux exaucés, car la situation du positivisme matérialiste, devant la casuistique prémonitoire, peut être considérée comme franchement mauvaise.
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