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NUMÉROS, MARIAGES, ÉVÉNEMENTS POLI¬ TIQUES ET FAITS DIVERS

Pour donner un éclaircissement au titre de ce sous-groupe, j’ajoute cju’il est réservé aux cas de prémonition n’impliquant pas des morts de personnes, et d’un caractère plus ou moins important (dans le sens heureux comme dans le sens triste) afin de les distinguer des événements ayant une empreinte insignifiante oü banale, qui seront englobés dans le sous-groupe suivant.

J’inaugure cette énumération avec un rapide coup d’œil sur les nombreux cas prémonitoires de numéros gagnants dans les loteries, les jeux de hasard, ou devant sortir dans la conscription militaire, etc. Le thème est intéressant, mais vaste, et ne regarde pas toujours le phénomène prémonitoire, étant en partie susceptible d’explications non transcendantales. Je me bornerai à en citer quelques exemples typiques, en résumant les plus longs.

LXXXIIe et LXXXIIIe Cas. — Ce sont deux exemples bien connus et caractéristiques de numéros sortis à la roulette de Monte-Carlo, rapportés par M me A. Guillou et M. E. Desbeaux [Annales des Sciences Psychiques , 1909, pp. 133 et 215).

Les récits étant fort longs, je les résume, et m’attarderai un peu sur l’une des hypothèses proposées pour leur explication.

M. E. Desbeaux transcrit de son carnet de voyage plusieurs cas de prémonition dont il fut lui-même le héros, à trois reprises différentes, durant les 23 fois où il se rendit à Monte-Carlo.

Le principal caractère des prémonitions consiste dans le fait qu’elles se présentaient à lui sous forme d’intuitions rapides, à l’occasion d’incidents casuels et insignifiants qui lui arrivaient pendant la journée.

En obéissant aux cinq intuitions obtenues, il devina cinq fois le numéro « en plein ». La combinaison des numéros, et la manière dont se succédèrent les gains, se présentent telles à exclure l’hypothèse des « coïncidences fortuites ».

Les intuitions de M me Guillou sont plus intéressantes encore, parce qu’elles ont une empreinte nettement subconsciente ou médianique.

Elle commence en racontant un épisode dont elle fut témoin, et qui fut la cause déterminante de sa propre phase de lucidité. Elle le décrit ainsi :

«...Me trouvant, par hasard, assise près d’une dame, dont l’air absorbé me frappa, je la vis se lever brusquement, s’approcher de la table voisine, mettre sa pièce sur un numéro qui sortit. Surprise, je l’interrogeai. Elle me répondit textuellement : « Je suis la première étonnée de ce qui m’arrive ; je pensais aux fluctuations du jeu, mais sans avoir l’idée de jouer, car j’avais déjà beaucoup perdu. Quand le croupier lança sa bille, je vis parfaitement le numéro qui vient de sortir ; il semblait me regarder (sic), à tel point que je n’ai pu résister au désir de le jouer. »

M me Guillou se proposa de tenter quelque chose de semblable. Elle alla s’asseoir auprès d’une table de « roulette », concentra sa pensée sur les fluctuations du jeu, et attendit ; mais pour ce jour-là l’attente fut vaine. Cependant, après avoir persévéré durant plusieurs jours, il lui arriva enfin de voir surgir brusquement devant elle le numéro 11.

Ici, la relatrice continue comme il suit :

« Quand sortira-t-il ? » fis-je mentalement. — « A une heure », me fut-il répondu de la même façon. Question et réponse furent très rapides, presque inconscientes. Je regardai le cadran, il était midi 46. Dès que l’aiguille fut sur l’heure indiquée,, j’envoyai ma pièce sur le numéro 11, que je gagnai.

Après un aussi heureux début, elle joua pendant cinq jours de suite, en raison d’un seul coup par jour, et, à la suite d’autant d’intuitions prémonitoires, elle gagna toujours.

La percipiente décrit en ces termes l’une de ses prémonitions :

Un soir, avant de m’endormir, l’idée me vint de demander à mon « guide » (pour parler le langage spirite) de me faire voir, durant mon sommeil, deux numéros accolés, devant sortir le lendemain, à ma table habituelle. Je m’éveillai, dans le courant de la nuit, avec les numéros 10-14 nettement dessinés devant mes yeux. Je me rendis de bonne heure au Casino pour guetter la sortie du numéro 10, qui ne tarda guère. Je misai de suite en plein, sur le 14, que je gagnai. »

M. A. Guillou, confirme par ces paroles le récit de sa femme : « Ayant été témoin des faits relatés ci-dessus, j’en garantis la parfaite authenticité. »

A propos des cas rapportés par M. E. Desbeaux, M. Marcel Mangin proposa comme « hypothèse de travail » la suivante :

Nous savons que la force psychique de Home, celle d’Eusapia et de bien d’autres personnes, met en mouvement des objets d’un poids parfois considérable : pourquoi n’émanerait-il pas de M. Desbeaux une force capable d’agir sur la petite boule du jeu de roulette ? » (Annales des Sciences Psychiques , 1899, p. 188^.

Cette hypothèse n’est pas aussi étrange ou gratuite qu’elle le paraît au premier abord ; et, dans ces derniers temps, les expériences magistrales du Professeur Ochorowicz avec le médium à effets physiques^ M lle Tomczyk, intervinrent en sa faveur. Ce médium, entre autres

choses, prédit un grand nombre de fois les numéros qu’aurait dû marquer la bille d’une «roulette »

A ce sujet le Professeur Ochorowicz observe :

Somme toute, il ne s’agit pas là d’une influence générale de nos désirs sur le hasard, mais bien d’un cas particulier : le médium possède la faculté, extraordinaire, d’une action mécanique à distance. Par son « courant », ou par les mains fluidiques de son corps astral, plus ou moins matérialisées, il peut déplacer un objet qui se trouve au repos ; pourquoi ne pourrait-il pas modifier la direction de celui qui se trouve en mouvement ? Le premier fait est mille fois vérifié. Le second l’est moins ; mais 1 expérience de la pendule arrêtée dans ses oscillations, est là pour prouver au moins la possibilité d’un arrêt. »

(Annales des Sciences Psychiques, 1909, p. 105).

Le Professeur Ochorowicz voulut aussi interroger à ce propos la personnalité médiumnique soi-disant présente et agissante, et cette dernière répondit :

« Lorsque le mouvement est rapide, je ne peux absolument rien faire, d’abord parce que je ne peux pas arrêter la bille, et ensuite parce que je ne vois pas les numéros. Je réussis de temps en temps lorsque le mouvement est ralenti. »

'Les limites de ces déclarations suffiraient à maintenir l’hypothèse de M. Mangin à sa juste place aussi ; à condition cependant de ne pas se laisser emporter par l’envie de généraliser.

M. Desbeaux, se rapportant à l’hypothèse

en question, objecta qu’il était dénué de toute forme de médiumnité ; mais cette objection n’a pas grand poids, l’expérience enseignant qu’en certaines conditions psycho-physiologiques, toute personne peut momentanément se révéler douée de facultés supernormales ou médiumniques.

LXXXI V e , LXXXV e , LXXXVI e et LXXXVII e Cas. — Si pour les épisodes précédents l’hypothèse télékinésique pourrait jusqu’à un certain point se montrer suffisante, l’hypothèse têlesthésique , au contraire, pourrait être avancée pour ceux de prémonition de numéros dans les tirages au sort exécutés personnellement (comme pour la conscription militaire) ; c’est-à-dire, il pourrait'arriver que l’extraction du numéro, au lieu de s’accomplir aveuglément, fût d’une certaine manière guidée par une perception supernormale qui permettrait au sujet de choisir automatiquement le numéro pensé et voulu.

Voici plusieurs cas du genre, que j’emprunte aux Proceedings of the S. P. R. (Vol. XI, p. 545), et qui font partie de l’étude de Myers sur la « Conscience Subliminale ».

Le Professeur G. Hulin, de T Université de Ghent (Belgique), écrit à la date du 13 avril 1894, au Professeur Sidgwick :

Au commencement de l’hiver 1890-1891, un jeune homme nommé Charles Cassel, natif du village de Looten-Hulle (Flandres Orientales), où réside sa famille, annonça deux mois auparavant qu’au tirage

au sort pour la conscription militaire, il aurait extrait le numéro 90. Plusieurs personnes entendirent la prédiction, exprimée par lui avec une certitude absolue et répétée devant le Commissaire qui prési-, dait à l’extraction. A la grande stupeur générale, le numéro préannoncé sortit.

J’allai chez le commissaire, dont j’obtins l’attestation suivante :

«...Cette année, le conscrit Charles Cassel, de Looten-Hulle, avant d’extraire son numéro, demanda si le 90 était encore dans l’urne ; comme je lui répondais affirmativement, il s’écria : « C’est là le numéro que je dois tirer ». — Invité à s’exécuter, il tira effectivement le numéro 90 ». (Signé: Le commissaire d’arrondissement Jules Van Dooren).

Le Prof. Hulin alla trouver le conscrit, et dit à ce propos ces mots : « Il y a deux mois environ, venant de se coucher, il vit apparaître en l’air, dans un coin de la chambre, quelque chose de volumineux et d’indéfinissable, au milieu duquel se détachait clairement le chiffre 90 en caractères grands comme une main. Il se mit sur son séant, ferma et rouvrit les yeux pour se convaincre qu’il ne rêvait pas, mais l’apparition persista au même endroit, distincte et incontestable. Saisi de frayeur, il se mit à prier.

Simultanément à l’apparition du numéro, il eut l’intuition qu’il l’aurait extrait le jour de tirage au sort, et que ç’aurait été un bon numéro....Il croit à une intervention surnaturelle...

Je m’adressai de nouveau au commissaire pour lui demander s’il se rappelait d’autres cas de conscrits ayant prédit le numéro qu’ils auraient tiré. A cette époque (1891) il ne se rappelait que le suivant :

« En 1886, à Eeclo, le eonscrit Ferdinand Masco r natif de ladite ville, déclara avant le tirage qu’il aurait extrait le numéro 112, qu’il tira effectivement ».

L’hiver suivant, il me signala cet autre cas :

« Un incident bizarre et digne de remarque se produisit mercredi dernier au tirage de la milice à Maldeghen. Un conscrit du nom d’Edouard Parmvels, de la commune de Adeghem, s’approchant de l’urne, déclara à haute voix qu’il aurait extrait le numéro 216, qu’il retira en effet. Il y avait dans l’urne 150 numéros environ ; le moins élevé était 45 r le plus élevé 223 ».

En février 1894, il me communiqua ce troisième cas :

« Le conscrit Camille Pyfferoen, s’étant approché de l’urne, déclara au commissaire d’avoir rêvé la nuit précédente qu’il tirait le n° 111, et qu’il était convaincu que le sort l’aurait favorisé avec ce numéro. C’est ce qui arriva ! Le commissaire, stupéfait, lui demanda s’il l’avait réellement rêvé, et le conscrit appela son propre père en témoignage ».

Voilà donc les curieux épisodes recueillis par le Professeur Hulin. Myers, en les commentant,, se rapproche de l’hypothèse télesthésique rapportée plus haut. Il écrit : « Le parallèle le plus voisin cfue je puisse trouver pour ces incidents est le cas de Staintffh Moses guidé supernormalement à ouvrir un livre à une page donnée. A mon avis, il serait moins incroyable de supposer qu’une sorte de suggestion ait guidé à ce moment

l’heureux percipient à tirer un bon numéro (auquel cas il faudrait admettre que ses compagnons moins fortunés étaient guidés de manière à lui réserver le numéro) que de vouloir soutenir qu’une intelligence « finie » ait su prévoir deux mois auparavant la disposition exacte des numéros dans l’urne... ( Proceedings , vol. XI, p. 547).

LXXXVIII e Cas. — Ni lune ni l’autre de ces hypothèses, cependant, ne pourrait être appliquée à tous les incidents du genre ; ainsi, par exemple, elles ne pourraient guère élucider les prémonitions de numéros gagnants dans les tirages de loteries auxquels l’intéressé n’assiste pas, puisqu’en de pareilles conditions, il ne pourrait exercer aucune action télékénisique ou télesthésique. On pourrait cependant supposer que ces mêmes facultés sont parfois exercées par des entités extrinsèques ou désincarnées ; cette supposition ne doit pas être exclue, étant fondée sur des données et des inductions légitimes, comme nous le démontrerons amplement dans le sousgroupe qui suivra celui-ci.

Les exemples de cet ordre sont très nombreux, -et se rapportent surtout à la Loterie ; un cas survenu à Turin fit récemment beaucoup de bruit en Italie ; il s’agit (Tune domestique qui gagna fimportante somme de 300.000 francs.

Le Professeur Lombroso investiga personnellement le cas, et, dans son ouvrage sur les Phéno-

mènes hypnotiques et spirites (p. 26), il le rappelle en ces termes :

Rose Tirone est une servante hystérique, de trente-cinq ans, qui avait aimé un jeune homme de son pays, mais n’avait pas pu l’épouser à cause de ses conditions de santé précaires. Le jeune homme mourut en effet à vingt-cinq ans.

L’ne nuit de novembre 1908, Rose rêva que son jeune concitoyen lui dit : « Je ne veux plus te savoir domestique, joue ces quatre numéros : 4-53-25-30, et les lui répéta pour qu’elle pût bien se les graver dans la mémoire. Puis il ajouta : « J’ai si soif, tire du puits un seau d’eau et donne-moi à boire ». — Près de là se trouvait effectivement un puits, et la femme, ayant tiré le seau, désaltéra le jeune homme. Le jour suivant, Rose Tirone joua une somme assez forte sur les quatre numéros, qui sortirent tous le samedi suivant... Un an et demi avant le songe prophétique, elle en eut un prémonitoire dans lequel cet amoureux lui avait prédit qu’elle serait devenue riche...

Nous ajouterons pour compléter l’épisode que Lombroso a fait une petite omission : le peuple découvrit à ce propos cjue, si Rose Tirone avait pensé à jouer le numéro ffui, dans la « cabale », correspond au fait de « donner à boire aux altérés », elle aurait gagné aussi le cinquième numéro du tirage !

LXXXIX e Cas. — Cet autre épisode est analogue au précédent. Le comte Giuseppe Valen-

tinis envoyait à la Revue cVEtudes Psychiques (1902, p. 200) le cas suivant :

Le 8 décembre 1894, à la tombée de la nuit, un tailleur de mon pays (Monfalcone), cpii s’appelle Jean Pian, se tenait près du feu, tout rêveur, préoccupé surtout par certaine petite dette, qu’il devait payer dix jours après et pour laquelle il ne savait où donner de la tête. Tout absorbé qu’il était par des pensées aussi peu agréables, il finit pourtant par s’endormir. Il ne sait au juste combien de temps dura son sommeil ; pas bien longtemps, en tous cas, puisque soudain il fut secoué par un souffle d’air assez fort, tandis qu’une voix lui disait : « Joue

Notre tailleur reconnut parfaitement cette voix, ce qui le fit tressaillir de peur. C’était la voix de sa belle-fille, Elise Pian, née Macorin, morte huit jours auparavant.

Le tailleur joua les trois numéros, qui sortirent au prochain tirage de la Loterie, dans l’ordre même dans lequel ils avaient été énoncés par la voix mystérieuse : le 3 était le premier de la quine ; le 15 le troisième et le 18 le cinquième... (Suivent les attestations de Nina Pian, Pietro Pian, Giuseppe Pian).

XC e Cas. — Pour compléter le cycle des prémonitions de gains de ce genre, il nous reste à parler des cas se rapportant aux courses de chevaux, eux aussi très nombreux. Cependant, ici — sauf circonstances spéciales — les probabilités contraires au prophétiseur sont réduites à si peu de choses, qu’elles ne peuvent pas exclure l’hypo-

thèse des « coïncidences fortuites ». Je ne citerai donc qu’un seul cas de cette nature, où l’hypothèse en question semble peu vraisemblable à cause de ses modes d’extrinsécation symbolieo-médiumnique. C’est Mrs. Marryat qui le rapporte dans son ouvrage : There is no death (p. 188) en ces termes : é

L’une des objections les plus vulgaires qui sortent de la bouche des imbéciles consiste à observer : <c S’il est vrai que les esprits savent quelque chose, qu’ils essayent de me dire le nom du prochain vainqueur des courses, et alors je le croirai, etc. » — Je parlai de cela un jour avec « Dewdrop » (personnalité médiumnique communiquant avec Mrs. Russel- Davis), et elle me répondit : « Nous pourrions le révéler, si cela nous plaisait, ou si cela nous était permis. Si le spiritualisme était employé dans ce but, tout le monde accourrait à nous avec l’unique fin de se précéder les uns les autres. Mais, pour te prouver que je dis vrai, je me propose de te consigner sous enveloppe cachetée le nom du gagnant, à condition qu’on me promette de ne pas ouvrir l’enveloppe jusqu’à la fin des courses ». Nous prîmes et procurâmes le nécessaire à « Dewdrop », qui traça rapidement des signes au crayon sur le papier et cacheta le tout dans l’enveloppe. C’était l’année où les courses furent gagnées par «Shotover». Le jour suivant, on ouvrit l’enveloppe, et nous y trouvâmes le dessin d’un homme armé d’un fusil en face d’un buisson, au-delà duquel on voyait s’enfuir un oiseau ; tout cela ébauché, mais parfaitement intelligible pour quiconque sait lire entre les lignes ». (Pour ceux des lecteurs qui ignorent la langue anglaise, je fais observer

que le nom : Shotover » se prête à être séparé en deux mots : « Shot over » — ce qui signifie : « tirer au-dessus »).

XCI e Cas. — Une autre catégorie d’événements assez fréquents dans la phénoménologie prémonitoire est celle des prédictions de mariages. Il me suffira d’-en* rapporter quatre exemples représentant leurs . modes d’extrinsécation les plus communs.

Paul Adam, le romancier bien connu, raconte dans une lettre à Jules Bois qu’un jour, il s’aperçut de posséder le don de l’écriture automatique^ et qu’il s’y adonna fébrilement durant quelque temps ; une personnalité médiumnique se manifestait alors *ju’il désignait sous le nom de : ((Étrangère». Parmi les autres intéressantes communications obtenues, on compte des prédictions réalisées ensuite ; celle-ci, entre autres :

« U étrangère prédit, quatre années auparavant, le mariage improbable d’un de mes familiers, célibataire endurci. Elle le fit d’une façon très bizarre. Par ma main très docile, pour répondre à T interrogatoire du visiteur, elle écrivit : « Ta fiancée habite tel numéro, avenue Marceau. »

Une lettre de l’ami, le surlendemain, m’apprit que, sur rfmpériale du tramway « Place de l’Etoile-Gare Montparnasse », il avait vu au lieu du numéro indiqué les démolitions de l’Hippodrome. Nous plaisantâmes. Quatrç ans plus tard, dans un immeuble neuf, construit sur l’emplacement de ce grand cirque, mon ami assistait aux réceptions nuptiales d’un col-

lègue ; puis il se fiança avec la sœur de la jeune épouse qui demeurait là. » (Jules Bois : « U Au-delà et les Forces Inconnues », p. 90).

XCII e Cas. — Camille Flammarion, dans son ouvrage : U Inconnu (p. 509), rapporte cet autre cas, cité auparavant par le D r Macario dans son livre : Du Sommeil , des Rêves , et du Somnambulisme (pp. 80-81) :

Dans une petite ville du centre de la France, à La Charité-sur-Loire, département de * la Nièvre, il y avait une jeune fille ravissante de grâce et de beauté. Elle était, comme la Fornarirta de Raphaël fille d’un boulanger. Plusieurs prétendants aspiraient à sa main, et l’un d’eux avait une grande fortune. Les parents le préféraient. Mais M lle Angèle Robin ne l’aimait pas et le refusait.

Un jour, poussée à bout par lës instances de sa famille, elle alla à l’église et pria la Sainte Vierge de lui venir en aide. La nuit suivante / elle vit en rêve un jeune homme en costume de voyageur, portant un grand chapeau de paille et des lunettes. A son réveil, elle déclara à ses parents qu’elle refusait absolument le prétendant et qu’elle attendrait; ce qui leur mit en tête mille conjectures.

L’été suivant, le jeune Emile de la Bédolière est entraîné par un de ses amis, Eugène Lafaure, étudiant en droit, à faire un voyage dans le centre de la France. Ils passent à La Charité et vont à un bal de souscription. A leur arrivée, le cœur de la jeune fille bat tumultueusement dans sa poitrine, ses joues se colorent d’un rouge incarnat, le voyageur la remarque, l’admire, l’aime, et, quelques mois après,

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ils étaient mariés. C’était la première fois de sa vie qu’il passait dans cette ville.

Le même Émile de la Bédolière, dans une lettre adressée au D r Macario, s’étend sur des détails plus précis. Il informe que le bal en question eut lieu au mois d’août 1833, chez un certain M. Jacquemart, et qu’il apprit de M me Forcerat, directrice d’un pensionnat où se trouvait alors la jeune M lle Robin, que cette dernière avait confié depuis, longtemps à son professeur le songe en question, décrivant de la manière la plus exacte Jes traits de M. de la Bédolière et son costume de voyage,

XCIII e Cas. — Mrs. Florence Marryat, dans son livre There is no death (pp. 189-192) raconte cet épisode, qui se rapporte à son second mariage, et qu’elle expose diaprés des notes prises sur le moment même.

En 1874, j’exerçais activement la profession de journaliste à Londres, et, en cette qualité, j’étais envoyé partout où il se passait quelque fait intéressant à rapporter. Un jour, la Direction d’un des plus grands journaux de Londres me chargea d’aller chez une clairvoyante américaine -— débarquée depuis peu en Angleterre, nommée Lottie Fowler, et de lui demander une séance. Je n’avais jamais entendu prononcer son nom, et j’étais alors peu au courant des choses de clairvoyance...

Miss Lottie Fowler me reçut très cordialement, me fit entrer dans un salon, s’assit, prit mes mains, et

commença à me parler de ce qu’elle avait l’intention de faire à Londres. Tout à coup ses yeux se fermèrent, la tête se renversa en arrière, et la respiration devint pénible. Après quelques minutes, elle se rassit et, les yeux toujours fermés, commença à parler d’une voix aiguë, dans un anglais hésitant. C’est ainsi que se manifestait «l’esprit guide » Annie, qui faisait preuve indubitablement d’une clairvoyance merveilleuse...

Annie commença avec ma naissance, à proximité de la mer, décrivant merveilleusement la personnalité de mon père et ses occupations, passa à ma mère, à mes frères et à mes sœurs ; puis elle parla des maladies dont j’avais souffert, de mon mariage, de ma vie domestique. A ce point, elle dit : « Attendez : je vais aller chez vous, et je décrirai ce que j’y verrai ». — Et elle se mit à révéler le nom de mes enfants, à analyser minutieusement le caractère de chacun d’eux, en commençant par l’aîné, jusqu’au cadet, qu’elle désigna comme une fillette qui port le nom d’une fleur (Marguerite). Lorsqu’elle eût épuisé le thème du passé et du. présent elle observa : « Vous croyez que j’ai lu tout ce que j’ai dit dans votre cerveau, et pour vous en dissuader, je vais vous renseigner sur ce que je vois pour vous dans le futur. Voici : vous vous-marierez une seconde fois ».

A ce moment, je dirigeais une Revue littéraire très répandue, ce qui avait réuni autour de moi bon nombre de personnalités littéraires. Mes réceptions du mardi étaient fréquentées par de nombreux amis, et il n’est donc pas impossible ou improbable, mais je n’en ai pas conscience, que j’aie pu spéculer sur ma destinée si j’avais dû rester libre. Cependant, dès qu’Annie eut dit que je me serais remariée, mes

pensées doivent avoir pris involontairement leur vol, car elle observa tout de suite : « Non, il ne s’agit pas de ce monsieur qui a brisé un verre chez vous l’autre soir. Vous épouserez un autre officier ». —

« Non, je te remercie — m’écriai-je — je ne veux plus rien savoir en fait d’officiers ; j’en ai assez pour toute la vie ».— Annie devint sérieuse, et répéta : « Vous épouserez un autre officier ; je le vois en ce moment se promener sur une terrasse. Il est grand, robuste, corpulent ; ses cheveux sont noirs, il les porte très courts, et sont très souples et très brillants. Il a un visage large, sympathique, toujours souriant ; et quand il rit, il découvre deux rangs de dents très blanches. Je le vois frapper à votre porte, et demander : « Mrs. Rosschurch est-elle chez elle ?» — On lui répond affirmativement. Il est introduit dans une chambre comble de livres, où il parle ainsi :

« Florence, ma femme est morte ; voulez-vous devenir ma femme ? » Et vous lui répondez que oui ».

Annie parlait avec une telle spontanéité, et j’étais tellement étonnée de la pleine connaissance quelle démontrait de mes affaires, que je ne m’aperçus que plus tard quelle m’avait nommée par mon nom de baptême, bien que je le lui eusse soigneusement caché Je demandai : « Maintenant peux-tu me dire quand mourra mon mari ? » Elle répondit : « Je ne vois sa mort nulle part ». — Ce à quoi je répliquai : « Alors, comment puis-je me remarier, si mon mari ne meurt p as p » — Et elle : « Je ne le sais pas non plus, mais je peux vous décrire ce que je vois. J’aperçois une maison plongée dans la plus grande confusion ; papiers, livres, objets sens dessus-dessous, et deux personnes qui partent dans une direction opposée...

Que d’ennuis, que de larmes ! Mais je ne vois la mort d’aucun côté. »

Je rentrai chez moi stupéfaite de ce que Miss Fowler avait’ révélé au sujet de mon passé et de mon présent, mais incrédule pour ce qui se rapportait à mon avenir.

Or, trois ans après, alors qu’une grande partie de ce qui m’avait été prédit s’était déjà réalisée (le divorce) je me trouvais en voyage, de Charing-Cross à Fareham, en compagnie de Mr. Grossmith, pour certaines représentations de notre pièce « Entre nous », lorsque le train s’arrêta, comme toujours, à Chatham. Sur la plate-forme se tenait le colonel Lean en uniforme, causant avec plusieurs amis. Je ne l’avais jamais vu, mais je me retournai aussitôt vers M. Grossmith, et lui dis : « Voyez-vous cet officier en petite tenue ? C’est l’homme que je devrais épouser, selon la prédiction de Miss Lottie Fowler ». — La description avait été si précise que je l’avais reconnu tout de suite. Naturellement, mon observation fut accueillie par de grands éclats de rire, et je ne tardai guère à rire tout aussi fort.

Deux mois plus tard, je fus engagée pour plusieurs représentations à l’Institut littéraire de Chatham, où je n’avais jamais mis les pieds de ma vie. Le colonel Lean se trouva parmi les spectateurs, et voulut faire ma connaissance en se présentant de lui-même. Il continua de me rendre visite à Londres (entre parenthèses, j’avais déménagé, et ma maison était pourvue d’une terrasse ), et, deux ans plus tard, en juin 1879, nous étions mariés.

XCIV e Cas. — Lady Burton, femme du célèbre explorateur africain, raconte dans son

ouvrage : The life of Sir Richard Burton , que lorsqu’elle était jeune fille, et s’appelait encore Isabelle Arundell, elle rencontra une bohémienne nommée Hagar Burton, qui lui prédit par écrit son avenir dans les termes suivants :

Vous traverserez la mer,»et arriverez dans la ville où se mûrit votre destin; mais vous ne le saurez pas.

Vous aurez à lutter contre toutes sortes d’obstacles, et des combinaisons de circonstances qui requerront toute l’énergie et l’intelligence dont vous êtes capable pour les surmonter. Votre vie ressemblera à celle d’un nageur contraint d’affronter toujours de nouvelles ondées menaçantes ; mais Dieu sera avec vous, et vous vaincrez toujours, en tenant votre regard fixé sur l’étoile polaire de votre vie, sans regarder ni à droite ni à gauche. En vous mariant vous porterez le nom de notre tribu (Burton) et vous en serez fière. Vous vivrez tous deux comme nous vivons : les voyages, les changements, les aventures, composeront votre vie entière ; mais ce sera une vie beaucoup plus noble que la nôtre. Vous ne serez jamais séparés pendant longtemps. Vous deviendrez une seule âme en deux corps, pour la vie et pour la mort. — Montrez cette feuille à l’homme que vous épouserez ». — Hagar Burton.

Lady Burton ajoute : « Chaque parole de cette prédiction s’est complètement réalisée ».

Il faut convenir que cet épisode est remarquable sous tous les rapports, d’autant plus qu’il s’agit d’une prédiction écrite , ce qui exclut toute possibilité d’erreurs mnémoniques et garantit l’authenticité de chaque parole renfermée dans

la prophétie. Tout cela est aussi remarquable que troublant, car si l’incident le plus extraordinaire de l’épisode consiste dans la révélation du nom que le mariage aurait attribué à Miss Arundell, les événements futurs de deux vies y sont aussi schématiquement résumées. De sorte que nous voilà de nouveau devant la question péremptoire si souvent formulée : « D’où la pauvre Bohémienne tira-t-elle de telles connaissances ? — Peut-être de la subconscience de Miss Arundell ? —• Impossible, car la genèse causale des faits prophétisés ne dépendait pas de la volonté consciente ou subconsciente de celle-ci, et ces faits, par conséquent, ne pouvaient pas être inférés sur la base de traces déjà existantes dans sa subconscience.

Si l’on voulait soutenir cette hypothèse, alors il faudrait supposer que ces traces y existaient déjà p^rce que les événements correspondants avaient été pré-établis par les esprits mêmes de Miss Arundell et Richard Burton en voie de s’incarner —- revenant ainsi à l’hypothèse réincarnationiste, qui sous-entendrait celle spiritualiste. — Peut-être la subconscience de la Bohémienne les tira-t-elle directement du plan « astral » ou « métaéthérique »? —-Le nier ou l’affirmer serait également impossible, puisqu’il s’agit d’une hypothèse métaphysique ; cependant même en l’admettant, on tomberait dans l’hypothèse « fataliste » qui, comme la précédente, sous-entendrait celle spiritualiste. — Peut-être

les connaissances en question pourraient-elles avoir été transmises télépathiquement à la Bohémienne par des entités désincarnées affectivement rattachées à Miss Arundell ? — - Cette hypothèse aussi mériterait d’être considérée, bien que, dans le cas spécial, rien se semble militer en sa faveur.

De toute façon, n’oublions jamais cette circonstance si troublante : que — de quelque côté qu’on tente d’affronter le dur problème, on se trouve inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, devant l’hypothèse spiritualiste : quand on essaye de l’éluder, on ne parvient qu’à la sous-entendre.

XCV e Cas. — C’est un autre épisode analogue au précédent. Le célèbre botaniste Linné, dans son autobiographie, publiée à Upsala en 1823, raconte l’incident personnel suivant :

Mon frère Samuel était considéré comme plein de talent, et fut envoyé à l’école de Wexio ; moi, j’étais considéré comme peu intelligent, et je fus envoyé à Lund. Tout le monde appelait mon frère « le professeur », et prédisait qu’il le serait devenu.

Une femme pauvre et maladive, qui passait d’un village à l’autre en quête de travail, et dont on assurait qu’elle était douée d’esprit prophétique, arriva un jour à la paroisse de mon père à Rashult. Elle n’avait jamais vu mon frère ni moi. Elle demanda qu’on lui apportât quelque objet nous appartenant, et déclara au sujet de Samuel : « Celui-ci sera prédicateur » ; quant à moi elle prophétisa : « Celui-ci

sera professeur, accomplira de lointains voyages et sera l’homme le plus célèbre du Royaume. Et elle l’assura avec serment. Ma mère, pour la tromper, lui présenta un autre vêtement, disant qu’il appartenait à mon frère. — « Non — dit la prophétesse —

« celui-ci appartient au professeur, qui habitera loin « d’ici ».

XCVI e Cas. — Encore un épisode analogue aux précédents, obtenu cette fois médiumniquement. Je l’extrais du Journal of the American S. P. R ., 1908, p. 463. Dans les mémoires autobiographiques de Charles Schurz, on peut lire ce qui suit :

Tandis que j’étais en voyage pour Washington, il m’arriva quelque chose d’étrange qui peut intéresser les psychologues. A Philadelphie je fus invité à dîner par mon ami Tiedemann, fds de l’éminent professeur de médecine à l’Université d’Heidelberg, et frère du colonel Tiedemann, dont j’avais été aide de camp au siège du fort de Rastatt, en 1849...

Une de ses fdles, âgée d’une quinzaine d’années, très belle, intelligente et cultivée, s’était révélée « médium écrivain ». Le soir dont je parle, on proposa de faire une séance... Après quelques minutes d attente, la jeune fille écrivit que l’esprit d’Abraham Lincoln se trouvait présent... Je demandai s’il avait quelque chose à me communiquer. On me répondit : « Oui : que tu seras élu sénateur des Etats-Unis. » — La chose semblait à tel point fantastique, que je me retins avec peine d’éclater de rire. Je demandai encore : « Quel est l’Etat qui m’élira ? » Et l’on écrivit promptement : « L’Etat de Missouri ».

C’était le comble'de l’absurdité ; et la conveisation n’eut'pas de suite.

Rien ne pouvait plus être improbable que je devinsse sénateur des Etats-Unis, et d’autant moins par mandat de l’Etat de Missouri. Mon domicile avait toujours été dans le Wisconsin, où je comptais retourner ; jamais l’idée ne m’avait traversé la cervelle de l’échanger contre le Missouri, et il n’y avait jamais eu la plus lointaine probabilité que cela se produisît.

Or, deux ans après, on me proposa de prendre part à une entreprise commerciale absolument imprévue et non cherchée, qui m’obligea de m’établir à Saint- Louis ; et, en janvier 1869, les législateurs du Missouri m’élirent sénateur des Etats-Unis.

C’est alors seulement que je me rappelai la prophétie spirite obtenue chez M. Tiedemann, à laquelle je n’avais plus songé dans l’intervalle de temps parcouru ; et sa réalisation me parut si extraordinaire, que je ne me serais pas fié à ma mémoire, si un grand nombre d’amis n’avaient assisté au fait et ne me l’avaient rappelé.

XCVIl e Cas. — Une forme prémonitoire curieuse de genre répété, est celle dont parle la doctoresse en médecine Marie de Manaceine, dans une lettre au Professeur Charles Richet (.Annales des Sciences Psychiques , 1896, p. 130). Elle écrit :

Cependant, je dois dire que pendant toute ma vie consciente j’ai de temps en temps un fantôme visuel ou une apparition hallucinatoire,qui reste complètement indépendante de ma volonté, et qui m’apparaît tantôt plusieurs fois par jour, tantôt rarement, après

des périodes de temps plus ou moins longues. Ce fantôme visuel consiste en une étoile très brillante, ayant la grandeur de l’étoile du soir (Vénus). Elle m’apparaît ordinairement à une certaine distance de moi, suspendue au milieu d’une chambre ; mais quelquefois elle s’approche de moi et commence à briller tantôt sur mon épaule, tantôt sur ma poitrine. Une fois, alors que je me trouvais devant un miroir, je l’ai aperçue sur ma tête brillant au milieu de mes cheveux, et cette apparition me semblait si réelle, qu’involontairement j’ai porté mes mains vers elle, sous l’impression qu’il devait s’y trouver quelque chose de tangible. Bien souvent, je vois cette étoile brillante au-dessus de ma fille unique. A cause 'de cette étoile hallucinatoire, je suis devenue presque superstitieuse, puisqu' elle m 9 apparaît toujours avant quelque succès, quelque joie. Jamais je ne suis parvenue à évoquer l’apparition de cette étoile, malgré tous les efforts de ma volonté.

XCVIIle Cas. — C’est un épisode macabre, ayant l’échafaud pour théâtre. J’extrais ce fait, recueilli et étudié par Lord Bute, cfui pour le documenter s’adressa à Lord Halifax, du Vol.

XIV, p. 254, des Proceedings of the S. P. R. — Le protagoniste John Lee fut condamné à mort pour avoir assassiné Miss Keise, et conduit à l’échafaud à Babbicombe, en février 1885, mais l’exécution n’eut pas lieu à cause d’un incident survenu. Le Rév. John Pitkin, chapelain des prisons, écrivit à ce sujet dans les termes suivants à Lord Clinton :

Voici les détails du songe fait par John Lee. — Après la tentative manquée de son exécution, à la date du 23 février 1885, j’allai le trouver dans sa cellule, et me mis à commenter l’extraordinaire incident survenu. Il répondit que dans la nuit précédente, il avait rêvé que tout cela arrivait. A ma demande, il me raconta le rêve. Il dit qu’il se voyait conduit de sa cellule au pied de l’échafaud, élevé non loin de la porte d’entrée des prisons ; il se vit placé sur l’instrument, les pieds sur la trappe, en attendant le déclanchement fatal ; mais quelques efforts que l’on fît pour le provoquer, la trappe ne s’ouvrit pas. Alors il se vit emmener, puisqu’on devait monter de nouveau l’appareil.

Il ajouta qu’il avait raconté son rêve, le matin même, à deux officiers de justice délégués pour veiller dans sa cellule.

Ceux-ci étaient absents en ce moment, mais comme je m’étais rendu chez le Gouverneur des prisons pour lui rapporter le rêve du condamné, je le trouvai déjà pleinement informé du fait par les deux officiers en question.

Je dois ajouter que John Lee n’attacha aucune importance au rêve, et qu’en marchant vers l’échafaud il était absolument certain qu’on l’aurait pendu. Il ne se rappela pas ïion plus le songe au moment où l’on réitérait inutilement les tentatives pour faire déclancher la trappe, moment où il semblait se trouver en conditions de semi-inconscience. Au contraire, ce souvenir lui revint brusquement lorsque les tentatives prirent fin. (Signé: John Pitkin, chapelain).

Les officiers indiqués plus haut fournissent le suivant témoignage :

A 6 heures du matin, dès son réveil, John Lee s’éveilla, et dit : « M. Bennett, j’ai fait un rêve étrange. Il me semblait que le grand moment était arrivé ; je me voyais conduit au pied de l’échafaud, mais, quand on me posa sur la trappe, on n’arriva pas à me pendre parce que la trappe ne fonctionnait pas ; et alors on me reconduisît à ma cellule, en me faisant passer d’un autre côté. (Signés : Samuel D. Bennett, assistant gardien. — James Milford, officier supérieur).

Il résulta de l’enquête que la trappe avait été essayée cinq fois le jour précédent, et qu’elle avait toujours parfaitement fonctionné (deux fois en présence du bourreau, lequel s’était déclaré satisfait). Il résulta aussi qu’après la tentative manquée de pendaison, on renouvela immédiatement les essais, et que la trappe s’ouvrit tout de suite.

Quand on lit cet étrange cas communiqué par Lord Bute, l’esprit se tourne aussitôt vers l’explication que suggéra M. Marcel Mangin à propos des gains au jeu de la roulette. Il se demande : « Pourquoi donc ne pouvait-il émaner de M. Desbeaux une force capable d’agir sur la bille du jeu de la roulette ? — Et nous demanderons :

« Pourquoi donc ne pouvait-il émaner du condamné John Lee une force capable d’entraver le déclanchement de la trappe ?» — Le Rév.

Pitkin affirme que le condamné, dans la période des tentatives infructueuses pour la faire s’ouvrir, paraissait en conditions de semi-inconscience, ce qui permettrait encore plus de supposer qu’il

s’agissait au contraire d’une condition de « trance ».

XCIX e Cas. — C’est un autre épisode étrange où la prémonition se rapporte à la mort accidentelle d’un petit chien. Je l’extrais du Light (1893, p. 34). M me Caroline Corner-Ohlmus écrit à la date du 15 décembre 1892 :

Dans la nuit du 11 décembre, je rêvai qu’un grave accident m’était arrivé. Je ne me rendais pas compte de ce qui s’était produit, mais je me vis tout-à-coup étendue à terre, avec les bras écrasés, fracassés, presque détachés du corps, et je vis mon sang sortir à flots des vêtements déchirés. La sensation éprouvée fut si terrible, que je m’éveillai en sursaut, en proie à des frissons, et la conviction me resta que le songe était prophétique. Je le racontai tout de suite à mon mari .q.ui, s’il n’est pas entièrement convaincu de la véridicité de mes rêves, considère pour le moins avec bienveillance ce qu’il désigne comme « les idiosyncrasies anormales de sa femme ».

Malgré ce rêve, il m’arriva de me sentir très bien tout le long du jour, et de conserver ma bonne humeur intacte ; cependant le rêve revenait souvent à mon esprit et m’obligeait à me demander : « Qu’est-ce donc qui m’attend ? »

...Lorsque mon mari rentra, nous sortîmes pour notre promenade habituelle, suivis de notre inséparable petit chien « Nello ». La nuit commençait à tomber,et,avec un soupir de soulagement, j’observai : « Le jour va finir, et par bonheur rien de mauvais n’est survenu, ce qui me surprend, cependant, car je

sais par expérience que les rêves analogues à celui-là se réalisent toujours ».

Nous nous retournâmes pour rentrer, et presque aussitôt nous entendîmes le bruit du train qui s’approchait à toute vapeur. J’appelai « Nello», qui, obéissant promptement, vint à moi en sautillant, mais les fanaux de la machine l’éblouirent, il resta désorienté au milieu de la voie, le train l’atteignit, roula sur lui... tout fut fini ! Je tombai sur le sol, en jetant un cri très aigu, et j’éprouvai les effets du choc comme s’il s’était agi de moi, et comme je les avais pressentis dans le rêve ! Je me sentis les bras écrasés, fracassés, détachés, et, instinctivement, je palpai mes vêtements, comme si j’avais dû les trouver trempés de sang... En face de moi gisait le pauvre « Nello », écrasé, démembré, mort ». ( Signé : Caroline Corner Ohlmus, Dehiwala, Ceylon).

A remarquer en ce cas cette circonstance curieuse et intéressante, que la percipiente eut en rêve la prémonition des sensations précises qu’elle aurait éprouvées en assistant à la mort accidentelle de son petit chien, au lieu d’avoir la visualisation de l’accident qui devait les provoquer ; en ce dernier cas, elle aurait pu arracher le pauvre animal au destin qui l’attendait.

C e Cas. — Les prémonitions de malheurs accidentels, ou d’infortunes imprévisibles, sont assez fréquentes, et j’en rapporterai un nombre d’exemples proportionné, en commençant par une prémonition d’incendie. C’est Miss Goodrich- Freer, de la Society for P . i?., qui le rapporte ;

ses travaux critico-analytiques sur ses propres expériences de « vision dans le cristal » peuvent être considérés comme classiques. Elle écrit :

En janvier dernier (1888) je vis apparaître dans le cristal la figure d’un homme accroupi sur la tablette d’une petite fenêtre, qui, de l’extérieur de celle-ci, regardait à l’intérieur. Je ne pouvais pas apercevoir ses traits, parce que la tête semblait enveloppée dans quelque chose d’indéfinissable. Le tableau du cristal se montrait ténébreux d’une manière exceptionnelle, et comme la scène que j’avais devant les yeux était tout autre que plaisante, je cessai de regarder.

J’en conclus que l’origine de la vision devait se trouver dans les discussions faites en ma présence à propos de plusieurs vols accomplis récemment et dont les journaux étaient remplis. En même temps, je considérais avec une certaine satisfaction que la fenêtre visualisée par moi dans le cristal était à quatre carreaux, et que l’unique fenêtre à quatre carreaux de ma maison se trouvait dans la mansarde, donc pratiquement inaccessible.

Trois jours après, un incendie se déclara justement dans cette chambre, et, pour y pénétrer, on dut passer de l’extérieur à travers la fenêtre ; le pompier qui y monta se couvrit le visage d’un linge mouillé, pour se défendre contre la fumée, qui avait rendu impossible l’accès de la porte. (Proceedings of the S. P. R ., Vol. V., p. 517).

CI e Cas. -— 11 se rapporte à un autre incendie et l’actrice anglaise bien connue, Miss \iolet Lloyd, le raconte en ces termes :

Un événement extraordinaire se produisit lors du grave accident qui m’arriva en septembre dernier au « Comedy Theatre », tandis que je jouais le rôle de « Flora » dans la pièce « Topsy Turvy Hôtel », et dont je me tirai par miracle (la chute d’un candélabre avait provoqué un incendie).

La nuit avant l’incident, une de mes amies avait rêvé qu’un malheur m’était survenu, et qu’elle me voyait avec le visage un peu brûlé, et portant deux blessures au-dessus des yeux. Mon amie confia son rêve à une de nos connaissances communes, qui n’eut pas le courage de me le rapporter. Cependant, l’amie en question, ne pouvant résister à la crainte qui l’avait envahie, arriva chez moi le matin qui suivit l’accident, anxieuse de savoir si rien de malheureux ne m’était arrivé ; et elle put constater que mon visage était effectivement brûlé et que j’avais deux blessures au-dessus des yeux.

Comment expliquer le rêve de mon amie ? Peutêtre par la théorie des rapports sympathiques, qui, en ce cas, étaient profonds ? L’événement m’a grandement embarrassée, mais non effrayée, car je ne suis guère superstitieuse, comme il arrive pour beaucoup de mes collègues en art... Mais n’est-il pas étrange qu’une amie ait rêvé de me voir blessée aux deux points précis où je le fus réellement, et où des cicatrices sont restées pour l’attester ? — L’observation d’Hamlet sur l’impuissance de notre philosophie me paraît s’adapter curieusement au cas. ( Light ,

CII e Cas. — Le D r Maxwell, dans son ouvrage : Les Phénomènes Psychiques (p. 182) cite le fait suivant, à propos duquel il affirme :

Voici un dernier exemple encore plus significatif que le précédent, car la vision m’a été racontée huit jours avant que l’événement se réalisât et j’en ai fait moi-même le récit à diverses personnes avant cette réalisation.

Un sensitif aperçut dans un globe de cristal la scène suivante : un grand steamer, ayant un pavillon à trois bandes horizontales, noire, blanche et rouge, et portant le nom « Leutschland », naviguait en pleine mer : le bateau fut soudain entouré de fumée ; des marins, des passagers et des gens en uniforme coururent en grand nombre sur le pont et il vit le bateau sombrer.

Huit jours après, les journaux annonçaient l’accident du « Deutschland », dont une chaudière éclata, obligeant ce paquebot à faire relâche, je crois. Cette vision est très curieuse, et comme les détails m’en ont été donnés avant l’accident, je l’analyserai avec quelque soin. En premier lieu une chose frappe : c’est que la prémonition ne s’est pas exactement accomplie. Le « Deutschland » a bien éprouvé un accident, il a dû être entouré de vapeur, l’équipage et les passagers ont dû courir effrayés sur le pont, mais heureusement ce magnifique paquebot n’a pas sombré. D’autre part, le sensitif a lu « Leutschland » et non Deutschland, mais ce détail n’a pas grande importance, le mot étranger ayant pu être mal lu. Enfin, une chose digne de remarque, c’est l’absence complète d’intérêt que cette vision pouvait présenter au sensitif qui n’a aucune relation avec l’Allemagne, et ignorait, au moins consciemment, l’existence de ’il en ait certainement eu des

Le côté véritablement remarquable de cet épisode, c’est justement le manque de tout rapport direct ou indirect entre le sensitif et l’évènement visualisé, circonstance extrêmement rare dans le casuistique prémonitoire.

Dans l’introduction au sous-groupe suivant, nous discuterons l’unique explication plausible d’un tel état de choses.

Quant à ce qui concerne l’incident falsidique de la submersion du steamer, ceci peut être facilement réduit à un phénomène de dramatisation subconsciente d’une inférence très naturelle, qui s’est présentée à l’esprit du percipient.

CIII e Cas. — Le colonel Kendall Coghill, en avril 1894, rapportait à la Society /. P . R . le fait personnel suivant :

A la date du 28 mars dernier, je reçus une lettre d’une dame avec laquelle je n’étais plus en correspondance depuis un an environ, et dans laquelle elle m’informait avoir eu une vision le 26, où elle me voyait précipité à terre avec mon cheval sur moi, dans une situation très critique d’où un grand nombre de personnes s’employaient à me tirer.

Je répondis par retour de courrier que sa vision ne pouvait être qu’un rêve, et que les songes devaient être interprétés en sens contraire ; raison pour laquelle rien de mauvais ne pouvait m’arriver.

Vous avez gagné : bas les mains... Hier, la joie que vous m’avez prédite est arrivée ; et c’est la chute la plus terrible que j’aie faite depuis longtemps. C’était le dernier jour de la chasse, et je désirais donner une dernière leçon à mon poulain. La partie commença mal, car je me trouvai du côté de la forêt opposé à la « levée » ; je fis donc prendre le galop au cheval pour rejoindre la chasse... et tandis que je dévalais un col, plus rapidement que je ne # le désirais, se présenta devant moi une pente rapide avec un large fossé au fond et un petit précipice du côté où j’arrivais. Ma monture inexpérimentée ne sauta pas à temps, et tomba sur les genoux, se renversant. Il y eut six jambes en l’air, et un homme dans le fossé avec son cheval dessus. Ici votre vision faiblit, car, au lieu d’être secouru et délivré par des personnes étrangères, je le fus par une demi-douzaine d’amis, y compris le propriétaire de la chasse et une autre demi-douzaine de dames...

Dès que je fus dans le fossé, votre rêve se présenta brusquement à ma mémoire, et, avant que ma tête fut tirée de la boue, je me dis : « Si quelqu’un vient me délivrer, cela voudra dire que je ne me suis pas cassé le cou ». Et en effet c’est qui arriva ; et si je considère que ma tête était restée sous le cheval, je ne comprends pas comment j’ai pu m’en tirer avec deux dents cassées et quelques égratignures sur le nez et sur le front... (Proceedings of the S. P. R ., Vol. XI, p. 489).

CIV e Cas. — Je l’extrais du Journal of the American S. R. P. (1911, p. 373). Le cas est rigoureusement documenté ; on passe sous silence les noms des intéressés, qui sont connus du Prof. Hyslop. M. C. O. J. écrit à la date du 6 août 1906 :

En août, ou en septembre de l’année dernière (on constata ensuite que la date précise est le 14 août), j’eus un rêve extrêmement vivace, et qui se rapportait à l’un de mes neveux âgé de six ans. Je le voyais tirer de sous les roues d’un véjiicule, dont je ne savais pas préciser la nature ; et quelqu’un qui l’avait secouru m’informait que l’enfant était en très mauvais état, quoique ses blessures ne présentassent pas un danger de mort. Le rêve (qui, d’une certaine manière, était une vision) m’impressionna tellement que je le racontais tout de suite à ma sœur, et ensuite à l’une de mes nièces (sœur aînée de l’enfant en question), en l’exhortant à surveiller attentivement son petit frère, car le passage fréquent d’automobiles constituait un danger. Deux soirs après, je me trouvais chez ma sœur aînée, qui est la mère du petit garçon, et l’impression du rêve persistant très vivement en moi, je fus poussé à le répéter, insistant pour qu’on se tînt sur ses gardes et qu’on ne permît pas à l’enfant de s’amuser dans la rue.

Deux semaines plus tard environ, ma sœur fit l’acquisition d’une petite voiture, et une dizaine de jours plus tard encore, en revenant un soir avec sa famille d’une promenade dans les alentours, mon petit neveu roula de l’intérieur de la voiture sur le marchepied, et tomba devant l’une des roues d’arrière, qui lui passa sur le corps en lui fracturant la jambe tout près du fémur. Les médecins déclarèrent que si la roue

était passée un pouce plus haut, l’enfant serait mort sur le coup...

Je n’ai pas de théories à proposer, et déclare que je n’avais jamais cru à l’existence de rêves prophétiques avant d’en être un héros moi-même. J’observe maintenant avec Hamlet qu’ « il y a dans le ciel et sur la terre des choses que notre philosophie n’a jamais atteintes». (Signé : E. O. J. — Iïarrishonville, Missouri).

(Les sœurs C. S. et D. S., le frère M. J., confirment le récit ci-dessus).

Encore un rêve (fui suggère l’observation faite aux précédents : c’est-à-dire que dans le songe, tout est suffisamment défini et précis, exception faite pour la seule particularité qui, si elle avait été clairement perçue, aurait sauvé l’enfant du malheur à venir. — Intentionnalité ? Fatalité ? Je renvoie le lecteur aux commentaires qui ont suivi les XLIX e , LXVII e et LXVIII e Cas.

CV e Cas. — Autre cas étrange. C’est le D r Kerner qui le rapporte à la page 215 de l’ouvrage (édition française) : La voyante de Prêvorst. Il écrit :

Un homme, pour lequel M me Haufîe avait fait une prescription dans un cas de delirium tremens , étant venu à mourir, lui apparut pendant tout le temps qu’il resta chez lui dans le cercueil et lui faisait des révélations qu’il recommandait de transmettre à sa veuve. J’assistai à sa mort et je fus frappé du désir anxieux qu’il éprouvait encore de faire quelque communication lorsque déjà il avait

perdu la faculté de parler. Je laisse de côté ses révélations et je me borne à signaler que M me Haufïe nous dit qu’il exprimait les plus vives préoccupations au sujet d’une de ses fdles. Quatre semaines plus tard une tuile tombait sur elle et lui fracturait le crâne. Elle subit une pénible opération avec une fermeté étonnante, et se rétablit si rapidement, que nous fûmes tous portés à admettre qu’un esprit protecteur l’avait aidée à supporter son épreuve.

On remarquera ici aussi le vague habituel pour ce qui se rapporte au point essentiel de la prémonition, et dont la révélation aurait pu éviter l’accident à la victime.

Notre ami Vincenzo Cavalli observe en citant ce cas : « La tuile tomba-t-elle , on la fit-on tomber ?... Et par qui, comment et pourquoi ?... Le Hasard n’est que le gérant responsable de nôtre ignorance... et l’exécuteur judiciaire des lois de causalité.

Le casuel n’existe pas, sinon en apparence, c’est-à-dire pour notre ignorance de la cause, qui existe et opère dans le monde occulte, dit aussi justement monde causal. — Ainsi dans une séance médiumnique nous voyons un objet se mouvoir apparemment de lui-même en l’air, sans voir la main qui le porte, et qui existe pourtant dans Y Invisible.

Si les deux mondes s’interpénétrent, il doit y avoir action et réaction corrélatives entre eux.

Si une tuile tombe sur la tête d’un homme, cet homme a bien pu être conduit soit par son propre

« esprit », soit par un autre « esprit », à se trouver sous la tuile qui tombe pour une raison qu on ignore , mais qui doit pourtant exister, si la vie terrestre a une fonction pour des finalités ultraterrestres. » ( Luce e Ombra, 1910, p. 219.)

J’ai cité ce texte de M. Cavalli parce qu’une partie de la vérité, dont nous reparlerons dans le prochain sous-groupe, se cache probablement sous l’apparente hardiesse de la thèse avancée.

CVI e Cas. — M. J. F. Young envoyait au Light (1900, p. 7) l’incident personnel suivant .

Il y a neuf nuits, je rêvai qu’un menuisier qui travaillait à une construction peu éloignée de ma demeure, serait précipité du toit sur la route, et, dans le rêve, on me conseillait de rapporter le fait à ma femme avant de sortir, afin qu’en ayant parlé avant la réalisation de l’événement, je fisse que le songe atteignît une plus grande valeur. C’est ce que je fis ; cependant, comme c’était jour de marché, et que j’avais une quantité d’affaires à dépêcher, je ne pensai nullement au rêve jusqu’à quatre heures de l’après-midi; et dès que je m’en souvins, je pris mon chapeau, courus en hâte sur le lieu, demandai si aucun malheur n’était arrivé, et j’entendis cette réponse : « Si vous étiez arrivé deux minutes plus tôt, vous auriez vu transporter à l’hôpital un pauvre menuisier qui tomba du toit dans la rue, et qui serait restér mort sur le coup sans une table posée sur le chemin, qui atténua la force de la chute ».

Tel ést le fait; or, je me demande : « Quel était le but de mon rêve ? A quoi servit ma prémonition ?

Même si j’avais conseillé au menuisier de se tenir sur ses gardes, parce que j’avais rêvé qu’il tomberait, il m’aurait ri au nez, et mon conseil aurait été inutile.

A ce qu’il semble, outre la prémonition de l’accident, j’eus aussi l’annonce télépathique de sa réalisation, car je ne saurais m’expliquer autrement l’impulsion qui me fit sortir en grande hâte au moment précis où l’accident se produisit. (Signé : J. F. Young-Llanelly).

Le percipient se demande : « Quel était le but de mon rêve ? À quoi servit la prémonition ?» —• Voici : cette prémonition fut certainement inutile au point de vue de l’accident survenu ; mais si nous considérons ce qu’il écrit lui-même, c’està-dire que, dans son rêve, « il se sentit conseillé de rapporter le fait à sa femme avant de sortir, afin qu’en ayant parlé avant la réalisation de l’événement, il fît que le songe atteignît une plus grande valeur » — s’il se sentit conseillé en ce sens, alors on pourrait croire avec un certain fondement que l’intentionnalité de la prémonition consistait à offrir à lui, à sa femme et à ceux qui entendraient parler du rêve, une preuve efficace de l’existence du supernormal, et attirer ainsi quelqu’un à réfléchir sur les mystères de la vie, et conséquemment sur la possibilité d’une existence d’outretombe.

Dans l’introduction du présent ouvrage, j’ai déjà eu l’occasion de faire allusion à une possibilité de cette nature, et ce dernier cas semble

renfermer une curieuse confirmation onirico-sub consciente de mes inductions.

CVII e Cas. — Lady Z., femme de Lord Z., et connaissance personnelle de Myers, écrit à ce dernier :

Dans l’année 1866, j’habitais avec mon mari, Lord L., une maison de Charles-Street (Mayfair), dans la cour de laquelle nous avions fait construire notre chambre à coucher, qu’un étroit passage séparait de la cuisine de notre voisine, Mrs. L., cuisine à un seul étage, construite également dans la cour.

Durant une froide nuit d’hiver, je fus réveillée en sursaut par un grand bruit sourd provenant du passage indiqué. C’était comme si un corps humain avait été précipité du toit de la cuisine de Mrs L.

Je me mis aux écoutes, alarmée, et l’écho de longs gémissements m’arriva du passage. Je pensai tout de suite que quelque voleur s’était précipité de ce toit sur le sol, où il gisait, blessé. J’éveillai Lord L., en le priant d’aller voir. Il écouta un instant, et, n’entendant rien, il s’en tira en déclarant que j’avais rêvé. Après quelque temps, je me rendormis, pour être réveillée de nouveau par un bruit identique provenant du même passage. Alors, j’insistai auprès de mon mari avec une telle insistance qu’il se leva, s’habilla à moitié, et alla ouvrir la porte qui donnait sur le passage. Une lune magnifique brillait, et aucune trace de rien ne se remarquait à l’endroit. Je restai très perplexe, et enfin je me rendormis.

Le matin, un instant après que j’eus quitté ma chambre, un domestique vint me demander s’il devait préparer un lit pour un ouvrier qui était

tombé du toit de la cuisine de Mrs. L. sur le passage, et se trouvait en très mauvais état. Exactement la réalisation de ce que j’avais cru entendre dans la nuit : le bruit d’un corps humain tombé à cet endroit !

S’il s’agissait d’une prémonition, celle-ci fut littéralement inutile. On dirait que j’ai eu la préannonce d’un événement uniquement rattaché à moi pour des raisons de proximité physique ». ( Signée : Lady Z.)

CVIII e Cas. — Ici, ce sont deux sensitifs qui prédisent le même événement.

Le D r A. Wallace écrit dans le Light (1903, p. 152), à la date du 16 mars 1903 :

Dans la soirée du 14 janvier dernier, la clairvoyante Mrs. Paulet était mon hôte ; et, en ma présence, celle de ma femme et de deux de mes enfants, elle adressa un avertissement spécial à mon fils aîné, qui, en sa qualité d’étudiant d’un cours scientifique, s’exerce entre autres choses à la chimie appliquée. Je transcrivis tout de suite cet avertissement et je le copie mot pour mot sur mon carnet. Il dit : « Je vois que dans le mois de février ou mars, une explosion se produira dans le cabinet de chimie où vous vous exercez. Je vous recommande de la prudence ; quelqu’un sera blessé, mais je ne distingue pas qui ce sera ». — Plus tard, Mrs. Paulet revint sur l’argument, et ajouta : « L’explosion se produira avant les vacances, faites attention ».

Le soir du 20 janvier, M. Robert King, qui ne savait rien de la prédiction de Mrs. Paulet, vint nous rendre visite ; et lui aussi, s’adressant à mon fils

aîné, dit : « Je vois une explosion auprès de vous ; je distingue un jeune homme qui manie un mélange, lequel fait explosion. Tenez-vous sur vos gardes ».

Le 28 février, j’allai voir mon fds au collège. Il me fit remarquer que l’explosion prédite n’était pas encore arrivée, et ajouta qu’après l’avertissement il avait pris de grandes précautions... A la date du 9 mars l’explosion se produisit ; et mon fils m’écrivit :

« Aujourd’hui, dans l’après-midi, un pensionnaire provoqua une explosion formidable dans le laboratoire. Il voulut manipuler dans un mortier certains ingrédients qu’il n’aurait jamais dû mélanger, puisqu’il s’agissait de matières explosives : phosphore et chlorate de potasse. Le mortier fut réduit en morceaux, fracassant la fenêtre ; et plusieurs fragments frappèrent l’imprudent au visage, occasionnant plusieurs blessures, et probablement il devra perdre un œil. Le professeur est consterné, d’autant plus que c’est la première fois qu’une explosion se produit dans le laboratoire. Le bruit de l’explosion fut terrible ».

Le fait que la prémonition de l’accident fut obtenue indépendamment par deux sensitifs, en accroît la valeur, et rend plus mystérieuse encore la question des visions supernormales des événements futurs. (Signé : A. Wallace, M. D.).

CIX e Cas. — Il a paru d’abord sur le journal Il Messaggero de Rome, et fut étudié ensuite par le professeur Francisci, sur l’invitation du Rédacteur en chef des Annales des Sciences Psychiques , M. C. de Vesme ; je le tire de cette dernière Revue (1905, p. 470).

Les deux protagonistes demeurent à peu de distance de l’habitation du professeur Franeisci, à Randicello, commune située à la frontière de la République de Saint-Marin. Voici le récit du professeur Franeisci :

11 s’agit d’un certain Marino Tonelli, de vingtsept ans, qui est marchand d’œufs, et qui visite en cette qualité les marchés des alentours ; entre autres, celui de Rimini. Le soir du 30 juin, comme il se trouvait dans cette dernière ville, il avait eu le tort de faire des libations trop abondantes, chose qui d’ailleurs ne lui était pas habituelle. Il rentrait chez lui dans sa modeste voiture, avec les paniers aux œufs, heureusement vides. Il paraît que le jeune marchand s’était à peu près assoupi, car, arrivé à un endroit connu sous le nom de Coste di Borgo, où la route est tortueuse et en forte pente, le jeune homme ressentit une forte secoussç et, ouvrant aussitôt les yeux, il se trouva étendu dans un champ à côté de la route, au fond d’un petit ravin le long duquel il avait roulé. Il vit alors que la voiture était à moitié renversée sur le bord de la route, tandis que le cheval, presque suspendu en l’air, se trouvait dans une position très critique. Aussitôt après s’être assuré de ne pas être blessé, le jeune homme secourut l’animal et, avec l’aide de quelques personnes qui étaient accourues, il retira du ravin aussi la voiture qui, en attendant, y était tombée.

Pendant qui se poursuivait le sauvetage, voilà apparaître aux yeux de M. Tonelli une figure de femme qui, à la clarté de la lune, lui semble être sa mère. Etonnement du jeune homme, qui ne peut plus douter de la chose lorsqu’il entend sa chère voix

et qu’il se sent embrasser par la vieille femme, laquelle, pleurant de joie, lui demande s’il ne s’est pas fait du mal et ajoute :

«Je t’ai vu, tu sais ? Je ne parvenais pas à m’endormir ; ta femme et les deux petites dormaient depuis longtemps déjà, mais moi, j éprouvais une agitation, un malaise extraordinaire, nouveau, que je ne parvenais pas à m’expliquer. Tout à coup, je vis apparaître devant moi ce chemin, exactement cet endroit, avec le ravin à côté : je vis la voiture se renverser et toi précipité dans ce champ ; tu m’appelais à ton secours, tu me priais et tu semblais agoniser !... Ce dernier détail n’est pas exact, Dieu merci ; mais tout le reste est tel que je l’avais vu. Enfin, j’éprouvais le besoin irrésistible de venir ici, et sans réveiller personne, me raidissant contre la peur de la solitude, de l’obscurité et du temps orageux, me voici après avoir fait quatre kilomètres ; j’en aurais bien fait mille pour venir à ton aide.

Tel est le fait, tel est le récit exact que j’ai recueilli des lèvres encore tremblantes d’émotion de ces braves gens.

A la suite de cette publication, le Directeur des Annales envoya au professeur Francisci un questionnaire pour l’éclaircissement complet de cet épisode. Il en résulta que : « l’inquiétude de la mère précéda de quelques heures la vision de l’accident, et celui-ci se passa trois quarts d’heure avant la réalisation de l’accident, c’està-dire le temps nécessaire pour parcourir à pied les 5 kilomètres qui séparent la maison des Tonelli de l’endroit appelé « Coste di Borgo ».

Le Rédacteur en chef des Annales ajoute :

« Il résulte des réponses faites au questionnaire que ce fait ayant été présenté d’abord comme un cas de télépathie ne l’est assurément pas, puisque la vision de M me Tonelli a eu lieu trois quarts d’heure avant la chute de son fds ; la vision elle-même avait été d’ailleurs précédée par ce sentiment d’inquiétude inexpliquable, bien connu par les métapsychistes, et qui est une forme de -pressentiment . Le fait si utilement signalé par M. Francisci paraît donc être plutôt un cas de prémonition.

CX e Cas. —- C’est un exemple théoriquement très important, comme nous le ferons remarquer dans les commentaires. Je l’emprunte à la Revue Filosofia délia Scienza (1911, p. 97). — Le chevalier Giovanni De Figueroa, l’un des maîtres d’escrime les plus forts et les plus réputés de Palerme, écrit dans les termes suivants au Directeur de cette Revue :

Une nuit du mois d’août de l’année dernière, je m’éveillai sous l’impression d’un songe, qui, bien que paraissant n’avoir aucune importance, avait été si vif et si réel, que j’éveillai ma femme, et le lui racontai immédiatement dans tous ses détails étranges, curieux et précis.

Je me trouvais dans un endroit champêtre sur une route blanche de poussière, par laquelle je pénétrai dans un vaste champ cultivé. Au centre de ce champ s’élevait une construction rustique avec rezde-chaussée pour magasins et étables. A droite de la maison, je voyais une espèce de cabane en bois,

formée de brassées de feuilles et de bois sec, et il y avait aussi un char dont les côtés étaient rabattus, et, sur lui, des harnais pour bête de somme.

Là, un paysan dont la physionomie m’était restée vive et nette, vêtu d’un pantalon sombre, la tête re couverte d’un chapeau mou, noir, m’approchait en m’invitant à le suivre, ce que je faisais. Il me conduisit derrière la construction, et, par une porte étroite et basse, nous entrâmes dans une petite étable de quatre ou cinq mètres carrés au plus, pleine de fange et de fumier. Dans cette petite étable se trouvait un court escalier de pierre qui tournait intérieurement au-dessus de la porte d’entrée. Un mulet était attaché à une mangeoire mobile, et, avec la partie postérieure de son corps, obstruait le passage pour atteindre aux premières marches de l’escalier. Le paysan m’ayant assuré que la bête était tranquille, je l’obligeai à se déplacer, et je gravis l’escalier, au bout duquel je me trouvai dans une petite chambre, ou grenier, avec parquet en bois, et j’observai pendus au plafond des pastèques d’hiver, des tomates en grappes, des oignons et du maïs.

Dans cette même chambre, qui servait d’antichambre, étaient réunies deux femmes et une petite fille. De ces deux femmes, l’une était vieille, l’autre jeune ; je supposai que celle-ci était la mère de l’enfant. Les traits de ces trois personnes restèrent aussi vivement gravés dans ma mémoire. De la porte qui donnait dans la chambre contiguë, je voyais en elle un lit pour deux personnes extrêmement haut, comme je n’en avais jamais vu.

Voilà le rêve !

— Que peut-il signifier ? me demandai-je et de mandai-je aussi à ma femme cette même nuit.

— Mais que veux-tu qu’il signifie ? — me répondit-elle un tableau fantastique, un paysage de lieux jamais vus et qui s’est formé dans ton imagination par association d’idées... mais il ne me semble avoir aucune signification.

— Oui, — répondis-je, — cela peut être ; nous nous rendormîmes, et l’on ne parla plus du songe.

Au mois d octobre toujours de l’année dernière 1910, je dus me rendre à Naples pour assister dans un duel notre concitoyen M. Amédée Brucato.

Ce n’est pas le moment d’exposer les incidents, les ennuis et les déplaisirs qui m’y assaillirent par l’effet de cette assistance ; il est nécessaire de dire seulement, pour ce qui se rapporte au rêve, que l’incident m’amena à un duel personnel.

Ce duel eut lieu le 12 octobre, jour où, avec mes seconds : le capitaine Bruno Palamenghi du 4°Bersaglieri, en garnison à Naples, et Francesco Busardo, j allai en automobile a Marano, où je n’avais jamais été de ma vie, et dont je ne connaissais pas même 1 existence. A peine enfonces de quelques centaines de mètres en rase campagne, la première chose qui m’impressionna vivement fut la route large et blanche de poussière que je reconnus pour l’avoir vue ; mais quand ? en quelle occasion ? Nous nous sommes arrêtés aux limites d’un champ, qui ne m’était pas inconnu parce que je 1 avais déjà vu ! Nous sommes descendus de l’automobile et nous avons pénétré dans le champ par un sentier bordé de haies et de plantes, et je dis au capitaine Chevalier Bruno Palamenghi, qui était a mes côtés : « Je connais cet endroit, ce n’est pas la première fois que j’y viens ; au bout du sentier, il doit y avoir une maison : là, à droite, il doit y avoir une cabane de bois »; et

il y avait en effet tout cela, et aussi un char aux côtés rabattus, contenant des harnais pour bête de trait. Un instant après, un paysan à pantalon noir, ù chapeau mou et noir, exactement celui que j’avais vu deux mois auparavant en rêve, vint m’inviter à le suivre derrière la maison, et, au lieu de le suivre, je le précédai vers la porte de l’étable, que je connaissais déjà , et, en entrant je revis le mulet attaché à la mangeoire ; alors, je regardai le paysan, presque pour l’interroger sur l’inoffensivité de l’animal, parce que sa croupe m’empêchait de gravir le petit escalier de pierre, et celui-ci m’assura, comme dans le rêve, qu’il n’y avait pas de danger. Ayant escalade les marches, je me trouve dans le grenier où je reconnais au plafond les pastèques, les tomates en grappes, les oignons, le maïs, et dans la chambrette, toutes muettes dans un angle à droite, les trois femmes, la vieille, la jeune, l’enfant, telles que je les avais vues dans le rêve.

Dans la chambre voisine, où je dus entrer ensuite pour me dévêtir, je reconnus le lit qui m’avait tant étonné dans le rêve pour sa hauteur, et j’y plaçai mon veston et mon chapeau. Je dois — mon cher am i — confesser que l’affaire du duel, de laquelle je n’étais point préoccupé, disparut entièrement de ma conscience, qui fut absolument envahie, jusqu’au moment de l’assaut, par l’étrange coïncidence que je n’ai pu expliquer alors ni plus tard, mais qui m’a fait une énorme impression.

J’avais parlé auparavant de mon rêve à plusieurs de mes amis, à la salle d’armes, au cerele d’escrime et ailleurs ; personnes qui peuvent toutes en faire foi : Le chevalier capitaine Palamenghi, l’avocat Tommaso Forcasi, M. Amedeo Brucato, le comte Dentale Diaz et M. Roberto Giannina de Naples

furent témons de ma notion précise des lieux et des personnes qui eurent leur place dans les événements de ce duel.

Ma parole de galant homme suffira, je crois, pour assurer la vérité de ces choses ; pourtant, s’il était absolument nécessaire de recourir à la preuve du témoignage, je n’ai pas de difficultés à écrire un par un aux amis susnommés, qui j’en suis sûr, ne manqueraient pas de répondre à mon désir.

Voilà les faits ; l’interprétation regarde les studieux du genre. (Signé : Giovanni De Figueroa).

L’épisode que nous venons d’exposer est avant tout digne d’attention parce que son authenticité ne saurait être mise en doute, le rapporteur étant une personne dont la profession même indique qu’elle connaît la valeur d’une parole d’honneur ; et la circonstance que le percipient a raconté Je rêve avant sa réalisation exclut aussi l’hypothèse proposée au sujet des phénomènes de « paramnésie », c’est-à-dire que l’impression du « déjà vu » doit être réduite à un fait d’illusion mnémonique.

Ceci posé, je constate qu’on observe en lui d’une manière très marquée le caractère tant de fois observé dans les phénomènes prémonitoires : celui du contraste entre les détails de fond nettement perçus, et les particularités essentielles, qui passent inaperçues. Je saisis donc cette occasion pour analyser ce caractère théoriquement très important.

Je commence cette fois aussi par observer que

s’il s’étail agi de perceptions directes dans le futur par l’œuvre des facultés d 'inférence subconsciente, on ne comprendrait pas que le sensitif ait eu la vision des détails insignifiants d’une situation où il se serait trouvé plusieurs mois plus tard, et, par contre, n’ait pas perçu la circonstance essentielle de cette situation, qui est ce duel. Prétendrait-on peut-être que les facultés d 'inférence subconsciente possèdent la prérogative de pénétrer les événements futurs en remontant l’enchaînement des détails insignifiants qui leur servent de fond, mais qu’elles ne parviennent pas à les pénétrer directement en suivant l’enchaînement des causes et des effets qui les déterminent ?

Je ne m’arrêterai pas à réfuter une thèse dénuée de sens commun, et que personne ne penserait à soutenir. Le fait demeure donc de cette anomalie particulière des sensitifs, laquelle dénote d’une manière certaine que les phénomènes prémonitoires obéissent à une intentionnalité quelconque, qui en discipline l’extrinsécation, et dont il faudra rechercher la genèse et la finalité.

Je fais remarquer en passant que le caractère en question élimine définitivement l’autre hypothèse de la « coexistence du futur dans le présent », vu qu’en ce cas, le cadre représentatif de l’événement futur ne pourrait que se présenter tout entier à la vision subjective des sensitifs ; on ne comprendrait donc pas pourquoi ils distingueraient nettement les détails inconcluants du

contour, et resteraient subjectivement aveugles devant la représentation centrale de l’événement.

Je remarque enfin que le même caractère paraît au premier abord contredire les hypothèses <c réincarnationniste », t< prénatale », « fataliste », car, s il s agissait de perception et interprétation de « traces » existant dans un « plan astral » ou dans un « milieu métaéthérique » ou dans les <( subconsciences humaines », le percipient devrait recevoir et interpréter de préférence les <( traces » correspondant aux événements de plus grande importance, et non celles qui répondent à des incidents quelconques. — Mais cette •contradiction n’est qu’apparente, et s’évanouit dès que l’on considère que les hypothèses en question sous-entendent nécessairement l’existence d’un monde spirituel, et qu’elles s’adapteraient donc parfaitement à la supposition que les \ isualisations subjectives des événements futurs sont soumises a un pouvoir spirituel extrinsèque à la subconscience humaine, pouvoir qui en disciplinerait les actes en vue de fins ultra-mondaines.

Ces considérations portent naturellement à rappeler que, par l’hypothèse spiritualiste proprement dite, ce mystérieux caractère des phénomènes prémonitoires est facilement explicable, puisqu il faudrait admettre qu’une entité désincarnée rattachée affectivement au sensitif, supprime parfois les données essentielles d un e\ enement futur douloureux et inévitable,

dans le but de le lui faire seulement entrevoir ou pressentir, de manière à créer en lui un état d’anxiété providentiel qui le prédispose a lepreuve qui l’attend ; comme aussi, il faudrait admettre qu’en d’autres circonstances il est parfois interdit à une entité désincarnée de tout dévoiler afin de ne pas porter obstacle au cours plus ou moins inéluctable des destinées hu-

maines. , ...

Par contre, au point de vue du positivisme

matérialiste, ce meme caractère serait incompréhensible, considérant que s’il n’existait m monde spirituel ni survivance, et si les facultés prémonitoires étaient l’apanage exclusif d une subconscience autonome, conditionnée par les lois de la psychophysiologie, la personnalité subconsciente non seulement n’aurait aucun moti pour cacher les circonstances essentielles d un événement futur aux personnalités conscientes, mais dans la plupart des cas aurait un interet suprême à les révéler, car, en le faisant, elle sauverait la personnalité consciente (par conséquent elle-même) d’un accident grave, ou de la mort. Comment donc concevoir une subconscience omnisciente, indépendante, maîtresse absolue d’elle-même et de son propre avenir, qui, tout en possédant les moyens de sauver de la mort la partie consciente d’elle-même, les lui cache soigneusement, on les lui voile de symbo es incompréhensibles jusqu’à l’accomplissement de l’événement, avec l’intention précise de la laisser

mourir, et de se laisser mourir ? Pour une subconscience autonome destinée à s’éteindre avec la mort du corps, un pareil procédé semble fou et absurde au-delà de toute possibilité ; et si malgré tout, le phénomène se réalise, tout cela signifie que ces réticences inconciliables avec l’existence incarnée de la personnalité humaine se produisent en vue de fins ultra- mondaines ; et nous voici forcément reconduits à l’hypothèse «spiritualiste ». Je l’ai déjà dit : lorsqu’on veut l’écarter, on ne parvient qu’à la sous-entendre.

CXI e Cas. — Je l’extrais d’un livre, rare aujourd’hui, publié par le distingué magnétologue professeur Francesco Guidi, et intitulé : Les mystères du spiritisme moderne (Milan, Bettoni, 1867). C’est un ouvrage polémique contraire aux phénomènes spirites, niés par l’auteur ou réduits à des phénomènes de magnétisme expérimental.

Dans le chapitre VIII, p. 176, il reproduit une relation du publiciste et littérateur bien connu C. A. Vecchi, se rapportant à une séance avec le célèbre somnambule Alexis Didier, à laquelle C. A. Vecchi put assister à Paris, en 1847.

De nombreuses notabilités, parmi lesquelles l’ambassadeur anglais Normanby, Lady Peel et un amiral anglais, assistaient à la séance avec Vecchi. Le rapporteur décrit en ces termes les figures du D r Man dlet et de son fameux, somnambule :

A dix heures, le magnétiseur et le magnétisable firent leur entrée dans la salle, où ils étaient anxieusement attendus. Le docteur se présenta avec une physionomie franche et gaie, qu’on ne peut jamais oublier lorsqu’on l’a vue une fois. Et même, son caractère est tel à vous faire croire que vous le connaissez depuis longtemps, ou que vous l’avez rencontré des milliers de fois en différents endroits sans vous en rendre compte.

Le jeune Alexis a les cheveux noirs ; noires, les petites moustaches qui ombragent sa lèvre supérieure, et noirs, les yeux pleins de feu et attentifs. Son visage est pâle èt mélancolique ; sa taille ordinaire, ses formes minces et gracieuses ; sa tête est souvent penchée, son attitude est modeste, recueillie, souvent troublée cependant par un mouvement nerveux de la bouche et des bras, comme si ses nerfs, en ces parties, se contractaient du fait d’une maladie organique ; son sourire est rare, et si rare, qu’on le suppose plutôt une grimace qu’un sourire, la voix est suave et pénétrante ; ses paroles sont rares à l’état normal, comme s’il éprouvait une fatigue à les pro noncer ; toute la personne est agréable, agile, sévère.

Le D r Marcillet n’eut pas grand’peine à l’endormir, L’ayant fait asseoir sur un fauteuil à bras, il le regarda fixement pendant quelques instants. Foudroyé par ce regard, il s’agita de plus en plus, puis ferma les yeux, et demeura immobile comme une statue.

Suit ici la narration longue et très intéressante des phénomènes merveilleux de lucidité auxquelles donnèrent lieu les demandes posées par les assistants. Une bonne partie des réponses du somnambule, bien que merveilleuses de clarté

et de précision dans les détails, pourraient s’ex pliquer aujourd’hui par la transmission de pensée ; mais peu certaines autres. Je m’abstiens de les rapporter pour en venir au point qui nous concerne, où l’on traite des expériences personnelles de M. Vecchi. Il essaya de diriger par la pensée le somnambule à Rome, et y parvint facilement. Entre autres, il raconte l’épisode suivant :

Je voulus le conduire dans le palais de l’Assesseur des Armes, et il me dit à l’entrée qu’il y avait une grande odeur de fumée de tabac et d’écurie ; que, dans l’antichambre, il y avait des personnes qui causaient, et que dans la seconde chambre, à droite, qui donnait sur la place, un homme vêtu de noir, de petite taille, un peu chauve, au front haut, à la phy sionomie franche et intelligente, était assis et écrivait.

—■ Sauriez-vous me dire son nom ?

— Non, je ne peux pas le deviner.

—- Et ne pourriez-vous pas le lire sur les nombreux papiers éparpillés sur son bureau ?

— Ils sont écrits en italien. Mais j’essayerai... Sur toutes les adresses des feuilles, il y a ceci : « A S. E. Monsignor Présidente delle Armi — Roma ».

—- Qu’y a-t-il dans la chambre ?

— Le portrait du Pape, une pendule sur la cheminée en face des deux fenêtres ; dans le coin, plusieurs fusils militaires et des sabres... On frappe à la porte à droite ; un valet de chambre entre et tend une lettre à celui qui est habillé de noir... Ah ! maintenant, oui, je vois son nom, et si vous me donnez un crayon et un morceau de papier je copierai

ce qui est écrit sur la feuille. — Et Alexis écrivit, réfléchissant et épelant, les lettres suivantes : « Mon* signer Giovanni Rusconi ». — C’est de cette manière que je sus que mon ami, auparavant promajordome de Sa Sainteté, avait été porté à la Direction du Ministère de la Guerre.

C’est ici que la lucidité somnambulique d’Alexis Didier se convertit en une forme de clairvoyance dans le futur qui dépasse les limites de la personnalité humaine pour atteindre au grade de la prophétie politique ; cela consiste en une simple observation incise du somnambule, observation sans importance pour ceux qui l’écoutèrent, et que Vecchi transcrit par simple scrupule de rapporteur, par ce court paragraphe avec lequel il clôt son récit :

En passant devant le Panthéon, il me prédit que ce monument consacré par Agrippa à tous les Dieux, aurait eu par la suite une destination plus solennelle , et toute italienne. Quelles que fussent mes questions, je ne pus savoir ce qu’il avait voulu dire par là.

Personne ne se laissera échapper la suprême importance du paragraphe cité, où se dévoile, d’une manière évidente pour notre génération , un événement historique qui devait se réaliser trente et un ans plus tard, et plus précisément en l’année 1878, durant laquelle un décret du Parlement italien transformait le Panthéon d’Agrippa en un mausolée renfermant les dépouilles

mortelles des monarques de la troisième Italie, en commençant par le Roi Victor-Emmanuel I er , décédé au cours de cette même année, et ce Temple devint par là le symbole solennel de Vunité italienne établie dans Rome capitale , conformément à la prophétie d’Alexis Didier que « le Panthéon T Agrippa aurait eu par la suite une destination plus solennelle , et tout italienne ». — Ce dernier détail précise et rend évidente la pensée du somnambule : non pas Romaine, régionale ou chrétienne, mais nationale, unitaire, toute italienne, devait être la destination future du Temple.

Or, si l’on réfléchit qu’au temps où le somnambule prophétisait, Pie IX régnait à Rome ; que le pouvoir temporel des Papes devait se prolonger encore trente années ; que l’Italie était une simple expression géographique; que la dynastie de Savoie régnait sur le petit Piémont ; que les campagnes de l’Indépendance n’étaient pas même commencées, et que l’idée d’enterrer au Panthéon les Rois de la troisième Italie ne pouvait être inférée — comme cause et effet —* d’aucun des événements politiques qui suivirent ; si l’on réfléchit à tout cela, l’étonnement est tel que l’esprit s’y perd ; mais les faits sont clairs en dépit de notre incapacité à comprendre.

Et, par l’observation suivante de Vecchi :

« Quelles que fussent mes questions, je ne pus savoir ce qu’il avait voulu dire par là », on com-

prend plus encore qu’Alexis Didier savait à quel événement il faisait allusion, bien qu’il se refusât à le révéler pour des raisons faciles à comprendre. Pauvre Alexis Didier ! Lui qui avait subi des procès et des ennuis de toute sorte à propos d’autres prédictions politiques, et qui possédait à ce moment le don de clairvoyance, il devait parfaitement comprendre ce qui ] ’aurait attendu en ces temps de réactions et de gouvernements absolus s’il s’était laissé aller.

Et maintenant, voyons les dates. Le récit fut publié pour la première fois à Turin par Yeccbi dans le Museo Scientifico, Letterario e Artistico de Turin, n° 24, année IX, 1847 ; l’ouvrage qui le reproduisit porte la date de 1867 ; les deux relateurs, en passant sans commentaires sur le paragraphe, démontrent n’avoir accordé —-et ne pouvaient accorder —- aucune importance à cette prophétie ; les protagonistes, enfin, moururent tous avant que la prophétie se réalisât. Rien n’existe donc dans ce cas pour justifier des soupçons ou des insinuations de rapiècements postérieurs ; les documents qui sont devant moi parlent clair ; le fait est patent.

Nous sommes donc en face d’une prophétie politique des plus merveilleuses que l’on connaisse, puisqu’elle impliquerait la prévoyance d’un tel ensemble de faits historiques que l’esprit en reste confondu.

Comment l’expliquer à l’aide des hypothèses énumérées dans l’Introduction ? — La tâche se

présente d’une manière si ardue, que le meilleur parti à prendre semblerait d’y renoncer. Néanmoins, je risquerai quelques considérations à ce propos, et je ferai remarquer d’abord qu’aucune trace d’intervention étrangère ne se retrouve dans la lucidité d’Alexis Didier; ce qui naturellement n’est pas suffisant pour autoriser à conclure que ses prodigieuses facultés prophétiques tirent exclusivement ^eur origine de sa propre subconscience. Je rappelle à ce propos que dans les cas de somnambulisme lucide exposés jusqu’ici, nous avons vu que bien souvent émergent des indices prouvant que les visions subjectives par lesquelles les somnambules voient 1 avenir, ont probablement une origine extrinsèque, quoique les somnambules parlent naturellement à la première personne lorsqu’ils décrivent les tableaux qu’ils ont devant eux ; on pourrait déduire de là que dans le cas d’Alexis la même chose s’est réalisée même en l’absence de tout indice extérieur. On a vu en outre que, par des raisonnements se basant sur des faits, l’existence des prémonitions personnelles qui ne peuvent paz dériver de la subconscience est prouvée ; et si le fait existe pour beaucoup d’épisodes qui n’exorbitent pas le cours d’une existence individuelle, on serait poussé davantage à le présumer en face d’extraordinaires prophéties politicosociales du genre de celle citée plus haut.

Cependant, je m’empresse de déclarer que j expose ce point de vue sans insister, et je rap-

pelle encore une fois que je n’ai aucune difficulté à admettre que des prophéties de cette nature peuvent également être obtenues en vertu des facultés subconscientes, à condition cependant d’exclure l’hypothèse selon laquelle les sensitifs -y parviendraient en inférant Vavenir de causes existant dans le présent , même dans le cas d’événements très éloignés du temps, ainsi que d’ordre impersonnel et accidentel ; hypothèse qui non seulement est inconciliable avec la nature humaine, mais se trouve en contradiction ouverte avec les modes d’extrinsécation propres aux facultés subconscientes en général (qui sont des facultés de sens , et non pas des attributs de Vintellect) et surtout, est contredite par les prémonitions qui ne sauvent pas.

Au contraire, rien ne pourrait être opposé si, pour les cas extraordinaires analogues à celui-ci, on avait recours aux deux autres versions complémentaires de 1 hypothèse subconsciente : la fataliste et la réincarnationiste, selon lesquelles les événements cardinaux de l’existence des individus et des peuples étant préordonnés, ils sc-raient d’une certaine manière enregistrés, soit dans un « milieu métaéthérique » ou « plan astral », soit dans les subconsciences de chaque individu singulier ; de sorte que le sensitif les discernerait, non pas en inférant Vavenir du présent , mais par un phénomène de « mise en rapport » avec les plans « astral » ou « métaéthéxique », ou avec les consciences des individus ; ce

qui deviendrait intelligible sans qu il soit nécessaire de conférer l’omniscience divine à la subconscience humaine.

Dans notre cas, l’hypothèse réincarnationiste étant hors de question, il ne resterait que la fataliste à la disposition de ceux qui n’entendraient pas s’éloigner des pouvoirs de la subconscience ; mais comme l’hypothèse fataliste suppose nécessairement l’existence d’une Volonté Supérieure, seule libre, ordinatrice du fatalisme même, et comme une fois ce point essentiel admis, il n’y aurait plus d’obstacle à admettre l’esistence de multiples Intelligences spirituelles, préposées au gouvernement des destinées humaines, il s’ensuit que pour expliquer les cas en question, on pourrait supposer avec plus de vraisemblance que les sensitifs, au lieu d’entrer en rapport avec un « plan astral » assez hypothétique, entreraient au contraire télépathiquement en rapport, et tireraient la connaissance des événements futurs, des mentalités de ces intelligences spirituelles dirigeant le cours de ces derniers ; de même manière que les sensitifs en question, entrent télépathiquement en rapport avec la mentalité subconsciente des vivants, et conjecturent, même à grande distance, leurs secrets personnels les plus intimes.

Ce point de vue admis (et, vu les précédents, on ne peut qu’en admettre la légitimité) l’hypothèse fataliste viendrait se combiner à celle spiritualiste.

Sous-Groupe L

PRÉMONITIONS D’iNCIDENTS INSIGNIFIANTS ET PRATIQUEMENT INUTILES

Pour quelques éminents investigateurs du domaine métapsychique, cet ordre de prémonitions constitue le plus grand obstacle pour l’admission d’une intentionnalité quelconque dans les phénomènes prémonitoires, et par suite pour la reconnaissance de la validité de l’hypothèse selon laquelle une partie d’entre eux serait d’une origine extrinsèque.

En d’autres termes : se trouvant devant des épisodes qui, d’un côté, sont des exemples typiques de clairvoyance dans le futur, et de l’autre consistent dans la réalisation de petits faits insignifiants, triviaux et banaux,ce qui dénoterait apparemment une absence de finalité, ils ne peuvent s’empêcher de généraliser en considérant dans leur ensemble les prémonitions comme des manifestations d’une loi psychophysiologique ignorée, ayant son siège exclusif dans la subconscience, de laquelle les prémonitions émergeraient en des circonstances données, par suite d’un automatisme aveugle.

Mais nous, fidèles au principe de ne pas s’aventurer en des déductions générales sur la base de recherches partiales, nous nous rappellerons que,

si l’on rencontre des incidents prémonitoires d’ordre insignifiant et inutile, on en trouve d’autres dont l’intentionnalité se dégage manifeste et indubitable, d’où il s’ensuit logiquement que l’existence des premiers ne confère pas le droit de supprimer les seconds ; d’autant plus si l’on considère que les premiers ne constituent qu’une infime minorité dans la casuistique prémonitoire, et ceci nous donnerait plutôt le droit de les considérer comme des exceptions qui confirment la règle. Dans ce dernier cas, il resterait à les analyser et à les comparer entre eux pour découvrir, si possible, les liens qui les rattacheraient aux autres et voir s’il ne pourraient, pas, à leur tour, présenter une finalité sui generis.

Je rappelle que je m’exprimai à ce sujet comme il suit dans mon introduction au présent ouvrage :

Ni fhypothèse réincarnationniste ou prénatale , ni celle fataliste , ne parviendraient à expliquer les cas d’un ordre insignifiant ou banal, car il ne semble pas que ceux-ci puissent avoir été préordonnés dans un but de perfectionnement moral de l’esprit sur le point de s’incarner ou de se réincarner ; et d’autant moins être considérés comme l’effet d’une fatalité inexorable, du moment qu’ils résultent d’une futilité et d’une inutilité complète, moralement comme matériellement. Pour obvier à cette nouvelle difficulté, on voit apparaître une septième hypothèse, qui semble aussi la seule fondée sur des données indiscutables, et consisterait en ceci : que les prémonitions de l’ordre indiqué devraient être con-

sidérées comme des manifestations particulières,, dont la responsabilité incomberait aux personnalités subconscientes ou extrinsèques (je ne me prononce pas, qu’on le remarque bien, sur la véritable essence de ces personnalités), qui, d’abord, transmettraient télépathiquement au sensitif, sous forme de vision onirique ou autrement, une situation future donnée dans laquelle lui ou d’autres devraient se trouver,, et s’emploieraient ensuite à en provoquer la réalisation en vertu d’une suggestion exercée télépatbiquement sur le sensitif ou les autres intéressés ; et cela aux fins (c’est ce qu’affirment les personnalités en question) d’impressionner les âmes, de secouer le scepticisme des hommes, d’infuser en eux l’idée d’un mystère dans la vie, en les ramenant à méditer sur la possibilité de l’existence d’une âme survivant à la mort du corps. En même temps, leur action serait à peu près limitée aux faits insignifiants, car il ne leur serait pas possible, sauf des circonstances spéciales, de suggestionner télépathiquement, ou déterminer, d’une autre manière quelconque, les hommes à exécuter des actions de quelque importance.

Quelque hardi que puisse sembler le fait de recourir à une pareille hypothèse, et quelque rare que soient les cas prémonitoires d’où peut en surgir la preuve d’une manière évidente — d’un autre côté, il existe des faits prouvant que les personnalités médiumniques (subconscientes ou extrinsèques, peu importe) parviennent, en certaines criconstances, à influer effectivement sur le cours des actions humaines ; bien entendu, non pas d’une manière normale et générale, mais dans les cas seulement où ils peuvent disposer de sensitifs susceptibles d’être soumis aux influences télépathiques ou médiumniques ; et certains épi-

suües faisant partie des séances avec M me Piper et d’autres médiums, font foi aussi de ce que j’avance, comme nous le démontrerons le moment venu.

C’est ainsi que je me suis exprimé dans l’Introduction, et le moment d’exprimer le bienfondé de mes dires est venu.

Je commencerai par observer que pour atteindre le but voulu, il faudrait avant tout fournir la preuve que dans les phénomènes de transmissions télépathiques ordinaires se vérifie parfois le fait analogue d’un agent qui détermine le percipient à exécuter des actions spéciales.

Or, les exemples de cette nature ne manquent pas. Voici deux exemples typiques du cas ; je les résumerai tous deux, d’après les récits du Journal of ihe S. P. R-, Vol. VII, p. 13.

Miss Emma Foy raconte qu’un matin où elle s’était rendue à l’église, tandis que M. F. restait seul à la maison, ce dernier eut à plusieurs reprises l’audition hallucinatoire de la phrase : « Monte dans la chambre des enfants ». Pour se libérer de cette impression ennuyeuse, il y monta, et constata que les canaris de Miss Foy s’étaient échappés de leur cage. La fenêtre étant ouverte, il était arrivé juste à temps pour les reprendre. Lorsque Miss Foy fut de retour et informée de l’incident, elle comprit qu’elle en avait été la cause, et expliqua qu’à l’église, elle,s’était souvenue tout à coup de n’avoir pas fermé la cage, ce qui lui avait fait désirer vivement que M. F.

eût l’idée de monter dans la chambre pour empêcher la fuite des oiseaux. Et ce désir intense se traduisit en une impulsion télépathique déterminatrice de l’action correspondante.

Dans l’épisode exposé, l’action télépathique est involontaire ; dans le suivant, produit par la même personne, elle est au contraire volontaire.

Miss Foy était employée en qualité d’institutrice dans la famille F., et avec elle se trouvait une femme de chambre qui recevait des attentions et des gentillesses d’une vieille dame déchue et très pauvre. Elle essaya de lui suggérer mentalement de donner à la vieille dame une compensation quelconque en conservant l’anonymat pour ne pas la froisser. Quelques jours après, Miss Foy dut se rendre chez la dame en question, qui lui fit part tout de suite d’une chose bizarre qui lui était arrivée : elle avait reçu une lettre anonyme renfermant une petite somme en timbres-poste. — Dans un but de recherche, Miss Foy se rendit chez la femme de chambre pour lui raconter le fait ; celle-ci rougit et lui dit : « N’en parlez à personne ; c’est moi qui ai pensé à lui envoyer une petite aide sous cette forme pour ne pas heurter ses sentiments, la sachant orgueilleuse. J ai été poussée à le faire par une impulsion irrésistible ».

Les cas de cette nature démontrent clairement qu’il est possible de déterminer télépathiquement une personne à faire des actions précises ; celle-ci, la plupart du temps, demeure

inconsciente du fait, et croit agir volontairement.

Il s’ensuit qu’a priori nulle restriction ne pourrait être avancée contre l’hypothèse accordant aux personnalités médiumniques des pouvoirs analogues.

En outre, cette hypothèse serait confirmée a posteriori par les résultats et voici plusieurs exemples à l’appui de ce que j’avance.

Ce premier épisode parle d’une prémonition manquée. — Le D r Ermacora écrit :

Je rapporterai d’abord un insuccès, qui montre jusqu’à l’évidence que les personnalités médiumniques opèrent par suggestion aussi sur le sujet, afin de faire se réaliser la prémonition. La personnalité B. avait prédit une fois un petit incident, basé sur une erreur que M me Marie aurait fait en confectionnant des objets de lingerie. Or, le jour précédant celui fixé pour la réalisation, la personnalité B. annula la prémonition, disant qu elle n était pas arrivée à faire se tromper Marie. (Rivista di Studi Psi chici, 1896, p. 330).

J’extrais cet autre épisode d’une longue et intéressante relation du professeur Oliver Lodge (.Proceedings of the S. P. R., Vol. XXIII) regardant une série de séances expérimentales dans lesquelles se manifestait la personnalité médiumnique de Myers. Ce dernier était mort le 17 janvier 1901. Le 30 janvier, le médium miss Rawson écrivait automatiquement en son nom : « Je me manifesterai par l’intermédiaire de Mrs. Thompson. Mon vif désir était de revenir vous apprendre

que je vis, et que ma nouvelle existence est en grande partie conforme à ce que j’avais imaginé... T ai prédisposé Mrs. Thompson , qui se prêtera à la circonstance , mais je ne me manifesterai que pour peu de temps » (p. 222). — Conformément à ces affirmations, et à l’insu de ce qu’avait écrit Miss Rawson, le médium M me Thompson, qui depuis de longues années avait renoncé à faire des séances , se sentit irrésistiblement poussée à les reprendre , et se rendit dans ce but à Birmingham chez le professeur Oliver Lodge, chez qui elle eut deux séances des plus intéressantes au cours desquelles la personnalité communicante fut justement Myers (p. 138).

Je tire ce dernier épisode de l’ouvrage du D r Maxwell : Les Phénomènes Psychiques (p. 240). Il parle d’une jeune médium persécutée par un amoureux importun et dangereux, lequel, se voyant repoussé, avait résolu de se venger. Au cours d’une séance, la personnalité communicante écrivit : « Ne laissez pas sortir cette fille de la journée. Je vous débarrasserai bientôt de cet homme dangereux en faisant naître dans son esprit le désir d’un voyage d’où il ne reviendra pas. » — Deux ou trois jours après, Marie apprenait que l’individu était parti pour l’Algérie.

Ces trois cas renferment des prédictions réalisées, et qui, pour le chercheur, se présenteraient comme des exemples d’ordre nettement prémonitoire, sans cette circonstance que les personnalités médiumniques, au lieu de les faire

passer pour tels, laissèrent comprendre, ou déclarèrent explicitement, qu’elle les détermineraient elles-mêmes en influençant télépathiquement les personnes désignées.

De là cette déduction que les phénomènes télépathiques et médiumniques autorisent à supposer que chaque fois qu’on voit se produire des prémonitions assez insignifiantes pour qu’on n’en comprenne pas le but,on se trouve devant des manifestations analogues ; supposition qui en justifierait la genèse en leur conférant une intentionnalité sui generis, et qui serait confirmée par les déclarations explicites en ce sens des personnalités médiumniques elles-mêmes.

Et bien souvent, les épisodes que nous allons citer suggèrent irrésistiblement cette explication. Ainsi, par exemple, le suivant :

CXII e Cas. — Je l’extrais du Vol. XX., p. 331, des Proceedings of the S. P. R. ; il fait partie de l’intéressant rapport de Mrs. Verrall sur ses propres expériences d’écriture médiumnique.

Le 11 décembre 1901, Mrs. Verrall écrivit automatiquement ces phrases énigmatiques : « Il ne faut rien négliger ; les faits les plus insignifiants eux-mêmes peuvent servir ; aie confiance. Par exemple cet incident : Le froid était glacial, et une bougie répandait une pâle lumière. 11 lisait Marmontel, couché sur un sopha, ou sur le lit, à la lumière d’une simple bougie. — Elle s’en souviendra certainement.

— Le livre lui était prêté ; il ne lui appartenait point ; il parla de son contenu ».

Le message se terminait par une tentative de tracer le nom « Sidgwick ».

Mrs. Verrall, supposant que tout cela regardait Mrs. Sidgwick, lui envoya le méssage ; celle-ci, à la date du 17 décembre, lui répondit que celui-ci n’avait pas de signification pour elle, et que dans le cas où elle aurait trouvé quelques allusions se rapportant au message dans les documents d’écriture automatique confiés à ses soins, elle en aurait averti Mrs. Verrall. Le jour même, cette dernière se sentit irrésistiblement poussée à écrire automatiquement, bien qu’elle eût décidé de s’en abstenir durant sa propre absence de chez elle ; et ces autres phrases lui furent dictées : « C’est moi qui désirais écrire. Le nom de Marmontel est exact. C’était un livre français ; je crois que c’étaient ses mémoires. Le nom Passy peut aider à se rappeler ; Passy, ou Fleury. Le nom de Marmontel ne paraissait pas sur la couverture ; le livre était relié à l’ancienne, et il l’avait en prêt ; c’étaient deux volumes. Il ne faut pas chercher le nœud de tout cela dans vos écrits automatiques ; c’est une tentative pour faire que quelqu’un se souvienne de cet incident ».

En janvier 1902, Mrs. Verrall écrivit à un ami de sa famille, l’invitant à venir passer quelques jours chez elle. Il répondit en acceptant ; et, le premier mars, à table, il dit incidemment avoir lu depuis peu Marmontel.

Il résulte en somme qu’il avait lu les Mémoires de cet auteur, qu’il les avait demandées en prêt à la bibliothèque de Londres, emportant avec lui le premier volume à Paris, où il l’avait lu à deux re-

prises, dans les soirées du 20 et du 21 février ; que dans les deux cas, il avait lu à la lumière ri une bougie , la première fois étant couché dans son lit , la seconde étendu sur deux chaises ; qu’il avait parlé longuement de son contenu avec ses amis de Paris ; que dans ces soirées la température était très rigoureuse, quoiqu’elle n’atteignît pas le zéro ; que le livre était relié à V ancienne, mais que contrairement à ce que disait le message, le nom de Marmontel était inscrit au dos du livre (mais non sur la couverture, et l’écrit parlait delà couverture) ; que l’ouvrage était en trois volumes, dont cependant M. Marsh ri avait lu que ' deux ; enfin, que le soir du 21 février, il avait lu un chapitre dans lequel Marmontel racontait la découverte d’une peinture faite à Passy, le tout rattaché à un incident auquel Fleury prenait une part importante.

Tel est le résumé de cet étrange cas. — Mrs.

Yerrall observe à son sujet : « Il est à remarquer que les messages de Décembre 1901 décrivent au passé un incident qui devait effectivement se produire deux mois et demi plus tard, en février 1902, et qui était sans aucun doute imprévoyable au moment de leur effectuation. J’appris de M. Marsh que l’idée de lire Marmontel lui vint peu de temps avant son voyage à Paris. Il est très probable que s’il n’avait pas eu l’occasion de me voir presque tout de suite après son retour, c’est-à-dire lorsque son esprit était encore plein de la dernière lecture, je n’aurais jamais découvert la véridicité des messages du 15 et du 1 J décembre x

Ces mots nous invitent logiquement et irrésistiblement à conclure que la personnalité médiumnique responsable des messages prémonitoires avait été l’agent qui en détermina la réalisation en influençant télépatbiquement les personnalités désignées. Si l’on tient compte des exemples rapportés précédemment, qui attestent qu’un processus identique se rencontre parfois dans les cas ordinaires de transmission télépathique, la supposition en question atteint presque le degré d’une certitude.

C’est aussi l’opinion du Prof. Oliver Lodge, qui observe à ce propos que la circonstance d’avoir tu le nom de la personne devant lire le livre désigné,* démontre l’existence d’une intentionnalité dirigeant l’évolution des faits. Il écrit : « Cette réticence est une caractéristique du message, et bien que quelques personnes puissent superficiellement la considérer sous le rapport de la critique, néanmoins cette omission était essentielle pour la bonne réussite de la prédiction. En effet, si le nom de Marsh avait été révélé à Mrs. Verrall, celle-ci lui aurait écrit immédiatement, occasionnant ainsi une enquête prématurée qui aurait détruit l’affaire. Par contre, l’ignorance où demeura Mrs. Verrall sur ce point, permit que M. Marsh conduisît à terme, inconsciemment, la prémonition, ignorant qu’il s’agît d’une chose de ce genre, et se trouvant libre par conséquent de toute influence suggestive ». (The survival of Man. pp. 158-159).

CXIII e -CXIV e -CXV e Cas. — Les épisodes suivants furent publiés d’abord par le Grand Magazine, et dans la suite étudiés par le Prof. Hyslop, qui les reproduit avec commentaires dans le Journal of the American S. P. R. (1909, p. 492). Le percipient, M. J. K., écrit :

Je suis doué de la faculté d’apercevoir des choses invisibles pour les autres. Je n’ai jamais vu de fantômes de défunts, mais par contre je vois des scènes et des personnes existantes ; et voici quelques exemples du genre.

Premier cas. — Le 28 août 1905, M. H. m écrivait pour me fixer un rendez-vous à New-York, à 9 h. 30, le 31 août. Conformément à cette lettre, je quittai Philadelphie à l’aube pour me rendre à l’endroit désigné. Pendant le trajet, je lus les journaux jusqu’à la gare de Trenton ; puis, me sentant fatigué, je m’étendis sur les coussins, laissant mon esprit en liberté. Tout à coup je me vis assis dans une chambre, en face d’une porte ouverte qui me permettait d’apercevoir l’antichambre. Le soleil brillait, ou plutôt j’en observais le reflet dans la chambre contiguë. Je vis entrer par cette porte un homme grand et robuste, avec une casquette jockey noire sur la tête. La vision était absolument claire et paraissait une scène véritable, quoiqu’elle n’eût aucune signification pour moi, qui ne connaissais ni le lieu ni la personne.

Arrivé à New-York, et ne sachant pas m’orienter pour trouver les bureaux de M. H., je m adressai à un policeman ; mais ses indications n’ayant pas été suffisantes, j’entrai dans la boutique d’un marchand de tabac pour obtenir des renseignements supplémentaires. Je touche à ces détails pour montrer que je

ne connaissais absolument pas la localité où je me dirigeais. Je parvins sans trop de difficultés à trouver mon chemin ; j’entrai dans les bureaux, et je demandai M. N. — On me répondit qu’il n’était pas là, qu’il pouvait arriver d’un moment à l’autre, et on me pria de m’asseoir. Je m’assis en face de la porte par laquelle j’étais passé, et, cela fait, je reconnus immédiatement le tableau que j’avais visualisé en chemin de fer, exception faite pour le soleil qui ne brillait pas. Mais un instant après le soleil apparut d’entre les nuages, et alors je m’aperçus qu’il illuminait l’autre chambre d’une manière identique à ce que j’avais visualisé. Aussitôt, j’entendis le bruit d’un pas lourd dans l’antichambre, et un monsieur grand et robuste , la tête couverte d'une casquette jockey noire, vint à moi et me serra chaleureusement la main, quoique je ne le connusse nullement : il m’avait pris pour un autre. Tout cela se passa deux heures après ma vision.

Second cas. — Il se produisit dans les premiers jours de février dernier. J’avais fini de dîner, et je m’attardais à table, lorsque je me vis subitement dans mon bureau, debout, auprès de la porte, tandis qu’à la distance d’un mètre, appuyé à une haute table à écrire, le dos tourné à la porte, un monsieur d’un certain âge, grand, grisonnant, et en manches de chemise, se tenait en face de moi. A mon côté gauche se tenait un autre monsieur. La vision avait été fugace, et il ne me fut pas possible de reconnaître le monsieur en manches de chemise, bien que je fusse certain de le connaître. Je n’avais pas prêté attention à celui de gauche. Je racontai tout de suite ma vision à ma femme, et, le lendemain, à trois employés de mon bureau, ajoutant que la scène se serait réalisée

ce jour-là. Vers 1 heure de l’après-midi, tandis que je causais avec un client, il m’arriva sans y songer de prendre la position visualisée, et j aperçus a distance un monsieur que je reconnus tout de suite pour celui de ma vision ; je déclarai alors aussitôt aux personnes présentes : « Voici mon homme qui vient » Ce monsieur n’avait pas 1 intention de venir me trouver ; mais, me connaissant et m ayant aperçu sur la porte de mon bureau, 1 envie lui vint d’entrer et de me saluer. En causant, il s appuya a a haute table à écrire, le dos tourné à la porte, avec la position exacte où je l’avais aperçu dans la vision, moins la circonstance qu’il n’était pas en manches de chemise. Mais voilà qu’il se met à se plaindre de la chaleur excessive produite par la cheminée, et, ce disant, retire son pardessus et son veston, reprenan alors, en manches de chemise, sa position d auparavant. — Et par là ma vision vint à se réaliser

Pl TroS«m«’ cas. — Il y a quelques jours, à 6 h. 1/4 du soir, mon dîner fini, je vis apparaître une jeune femme habillée de blanc, avec un manteau noir, sans chapeau. En même temps, j’eus l’impression que je devais la voir le soir même. Une heure et demie après, différentes personnes vinrent me trouver parmi lesquelles la dame en question, velue d’une manière identique à la vision. Naturellement, je me mis à l’interroger, et je sus qu’au moment où elle m’apparut, elle n’avait aucune idee de venir me trouver, et que ce fut par pur hasard qu’elle s y décida. Elle avait dîné avec une famille de mes voisins ; après le repas, c’est-à-dire après quelle m’eut apparu déjà, le chef de famille dit qu’il avait à me parler, et proposa à la dame en question de s’unir au groupe

pour venir me trouver. Elle me garantit que cinq minutes auparavant, elle ignorait devoir venir.

Tel est le genre de phénomènes auquel je suis fréquemment sujet, et je peux ajouter que lorsque des visions semblables m’arrivent à l’état de veille — comme dans les cas exposés ici — je me sens certain qu’ils doivent se réaliser, ce qui ne manque jamais d arriver. Toutefois, je ne suis pas à même d’indiquer le jour et l’heure de leur accomplissement, et je ne réussis à le supposer que d’une manière approximative, ayant observé que d’habitude, plus la vision se montre proche de moi, plus elle se réalise vite... »

CXVI e Cas. *— M. Karl Mittelmayer, instituteur à Dingolfing (Basse-Bavière), envoie au D r Bormann, à la date du 27 octobre 1899, la relation de l’incident personnel suivant :

C’était en 1891. J’étais en ce moment instituteur au petit village de Wallerdorf... Je rêvais avec une grande intensité que M. F., de Kunzing, village paroissial voisin, me faisait dire par un paysan de mon village, revenant de la première messe, qu’il fallait me tenir prêt pour une heure. M. F. viendrait alors me chercher pour faire avec moi une excursion au village Forsthart. Ce monsieur n’était que depuis peu de temps à Kunzing et nous n’avions encore fait aucune excursion ensemble.

Puis, dans mon rêve, M. F. est bien venu à 1 heure, nous avons traversé la rue du village, nous avons vu, en sortant de celui-ci, des paysans que je connaissais, et qui cultivaient la terre ; et, arrivé à Forsthart, nous y avons trouvé une petite société d’ecclésiastiques et d’instituteurs. Toujours dans mon rêve,

j’ai remarqué, à une table à part, un monsieur ayant des tendances socialistes, et qui, d’une façon ostensible, laissait sortir de sa poche un exemplaire du Munchener Post probablement pour mettre en colère les cléricaux...

Ce rêve s’est accompli le lendemain jusque dans les moindres détails. A 8 h. 1/4, le paysan, revenant de la première messe, est venu me faire la commission -de M. F. ; et, à 1 h., celui-ci est venu me chercher. Nous avons traversé le village, et vu les^ paysans qui labouraient. Je lui ai raconté mon rêve, pour lequel il ne trouvait aucune explication suffisante. A Forsthart j’ai reconnu les messieurs de mon rêve, et l’homme au Munchener Post n’y manquait pas. Un monsieur de la société demanda à celui-ci de lui faire voir le journal, et il en parcourut le contenu. Il s’y trouvait un feuilleton de Flugger dont j’ai oublié le titre. Ce feuilleton contenait un passage excessivement réaliste et qui scandalisa grandement un des ecclésiastiques.

Mon rêve s’était donc accompli du commencement

à la fin. .

La femme du relateur confirme le fait en ces

termes :

« Je soussignée déclare parla présente, que mon mari m’a raconté le rêve avant l’accomplissement. Je m’en souviens très bien ; la réalisation du reve fut si immédiate, que nous en étions au plus haut degré stupéfaits ». [Signée t M. Mittelmayer, dans la Revue des études psychiques , 1902, page 284).

CXVII e Cas. — M. R. A. Fleury, de la Société Universelle d’Etudes Psychiques, envoyait aux Annales des Sciences Psychiques

(1907, p. 194), l’épisode suivant se rapportant à la femme d’un sien ami intime.

Le 13 mai, vers deux heures de l’après-midi r M me A. A. était au lit en proie à un accès de fièvre. Elle ouvrit tout-à-coup les yeux et vit, penchée sur elle, une femme dont elle ne découvrit que 'le buste. Au bas de ce buste était inscrit un prénom : Marie , et un nom dont elle ne put lire que la dernière syllabe : et.

Le 15 mai, M me A. quittait Paris et allait chercher un logement à Montgeron et à Crosnes, en Seine-et- Oise. A Crosnes, elle trouva un logement au premier étage d’une maison dont le rez-de-chaussée était occupé par un ménage.

Avant de s’installer, elle resta quelques jours à l’hôtel. Le soir du 21 mai, jour de l’installation, la femme du locataire du rez-de-chaussée vint prendre de ses nouvelles. M me A. reconnut en elle la femme dont le buste lui était apparu. Elle lui demanda son nom ; cette dame répondit qu’elle s’appelait Galichet. M me A. lui dit alors : « Je suis sûre que vous vous appelez Marie ». — M me Galichet attesta qu’en effet ce prénom était le sien.

M. A., qui est mon ami intime, me confirma que sa femme ignorait, jusqu’au moment où elle quitta Paris, l’existence même de Crosnes». (Signé i R. A. Fleury).

CXVIII e Cas. —■ Le publiciste Henri Buisson communiquait aux Annales des Sciences Psychiques (1907, p. 610) le rêve suivant fait par lui-même :

« Dans la nuit du 9 au 10 avril dernier, ma concierge vint frapper à ma porte et me dit : « Monsieur, je vous donne congé par ordre du préfet de police, parce que vous avez de la lumière chez vous après 9 heures. » — Étonné, je regarde dans la rue, et eflectivement j’aperçois M. Lépine, dans un costume tel que je ris aux éclats. Je ne pouvais me figurer qu on pût voir un préfet de police vêtu de la sorte. ^ eston cuir petit chapeau mou, un pied dans un soulier, l’autre dans une pantoufle. Naturellement, je ne l’avais jamais vu dans cette tenue. Au même instant (toujours dans mon rêve) un incendie formidable éclate dans une maison voisine. Je sors et je vais prêter main forte ; j’ai même accompli des actes de courage extraordinaires.

Comme toujours, au réveil, je fais part de mon reve à ma femme. La journée se passe : rien d’anormal. Or, le soir, nous étions à table, vers les B h. 1 /2, lorsque tout à coup nous entendîmes les pompes passer, en même temps qu’une forte rumeur, venant de la rue, montait jusqu’à nous. Nous nous précipitons à la fenêtre et nous apercevons à notre gauche, dans 1 avenue de Clichy, un immense incendie. C’était le lavoir de la rue Jacquemont qui brûlait. (Voir les journaux à cette date). Quelques minutes après, je descendais et me rendais sur les lieux du sinistre. Après avoir traversé la foule et pénétré au dedans du barrage, la première personne que je vis fut M. Lépine, en veston cuir, chapeau mou, et chaussé d’un soulier et d’une pantoufle. J’ai appris par la suite que le préfet, ayant été blessé au pied, avait été oblige ce jour-là de se servir d’une pantoufle. (Signé : Henri Buisson, publiciste ; 18 bis, rue Dautancourt, Paris).

' : *****Wfàft

(La femme et le frère de M. Henri Buisson attestent que le songe leur fut raconté avant sa réalisation).

CXIX e Cas. —- Mrs. Sidgwick, dans son travail On the évidences for Prémonitions ( Procee dings of the S. P. R., Vol. V., p. 345) rapporte cet autre épisode regardant une jeune dame de sa connaissance, qui ne désire pas voir son nom livré à la publicité.

Il y a un an environ, je fis un rêve très remarquable par sa vivacité. Il me semblait que je me trouvais dans le parc de Richmond (près de Londres) avec ma sœur, et que j’apercevais sur un siège une épinglemédaillon, que je pris et dont je fis cadeau à une femme de chambre. Le matin suivant, je racontai le rêve à ma sœur, ainsi qu’à la femme de chambre en question.

Au moment du rêve, je n’avais nullement l’idée qu’on pourrait aller le lendemain au parc de Richmond. Néanmoins , nous y allâmes ; et tandis que je me dirigeais avec ma sœur vers un siège, nous aperçûmes toutes deux en même temps une grosse épingle-médaillon posée sur lui. Ma sœur, étant l’aînée, la réclama pour elle ; mais quelques jours après elle me la donna, et j’en fis cadeau à ma femme de chambre.

(La sœur de la percipiente écrit : « Je certifie que le rêve fait par ma sœur se rapportant à une épinglemédaillon trouvée dans le parc de Richmond, me fut raconté par elle le matin même où elle le fit, c’està-dire avant qu’il se réalisât »).

CXX e Cas. — Je l’extrais du Journal of the S. P. R. (Vol. XII, p. 312) ; il se rapporte à la mort d’un canari.

M. E. J. Bowring écrit à la date du 11 février 1906 :

Dans la nuit du 23-24 janvier 1906, j’eus un rêve très vif, durant lequel je vis un canari favori de ma femme étendu sur l’eau, les ailes ouvertes. Dans le songe, j’ouvris la porte de la cage et j’y introduisis ma main pour le sauver, mais comme j’allais le recueillir, je m’éveillai. Ce même matin je racontai le songe à ma femme. Il différait des autres en ce que l’incident ne se rattachait à aucun autre ; tout le songe consistait en cet unique épisode. (Signé : E. J. Bowring).

M me Bowring écrit à son tour :

Le matin du 24 janvier, mon mari, s’éveillant, raconta : « J’ai eu un rêve très vif qui se rapportait à ton canari. Je le voyais gisant comme mort dans une cuvette d’eau, les ailes ouvertes ». A ces mots, je me levai, descendis regarder dans la cage, et lorsque je vis la cuvette de l’eau libre et le canari vivant, je me sentis soulagée. On ne peut pourtant pas dire que je fusse rassurée ; de sorte que je ne fus pas trop surprise lorsque, le matin suivant, je trouvai mon canari mort étendu dans la cuvette de l’eau avec ses ailes ouvertes. Quelques autres de mes oiseaux étaient déjà morts antérieurement mais toujours leurs ailes étaient restées fermées. Ma cage en contenait alors dix ou onze, parmi lesquels se trouvait un seul canari, qui était mon préféré. Nul incident et nulle conversation précédents n’avaient

pu suggérer ou justifier un rêve semblable... (Signée \ Florins Bowring.)

CXXI e Cas. — La percipiente, Mrs. Effie Johnson, est fréquemment sujette à des visions d’ordre télépathique ou prophétique, et elle a la louable habitude d’en prendre note immédiatement dans un album spécial disposé en trois colonnes : dans la première elle enregistre la vision perçue, dans la seconde sa signification probable, dans la troisième les modalités de réalisation.

A la date du 20 mars 1897, elle notait ce qui suit : Je me vis moi-même sortir d’une boutique dont les vitrines étaient complètement vides. En vertu d’une intuition spéciale qui accompagne habituellement en moi ces visions, je sus que cette boutique, bien qu’organisée à l’anglaise, se trouvait en une contrée étrangère, et que tout cela signifiait que je devais entreprendre un voyage. Mais la partie amusante de la vision consistait en un énorme béret rouge de bouffon apparu subitement devant moi. Je n’avais jamais vu un béret semblable, et je n’arrivais pas à comprendre sa signification présumable.

Cependant, au commencement du printemps suivant, je le compris parfaitement, car je fus conduite d’une manière inattendue, et pour la première fois, sur la Riviera de Cannes ; et là je vis venir à moi un monsieur, l’air grave et se répandant en révérences, qui avait sur la tête un énorme béret rouge de bouffon, identique à celui de ma vision. Tout ceci s’explique par le fait que nous étions en carnaval !

Le lendemain, tandis que je m’acharnais en vain

pour trouver des fleurs, je me vis tout à coup moimême sortir en réalité de cette même boutique que j’avais visualisée un an auparavant, qui, étant données les demandes exceptionnelles de la saison, avait les vitrines et l’intérieur complètement vides !

... Je ne sais pas expliquer ces faits, mais je sais de science certaine qu’ils se produisent, et je le vois attester par une longue expérience personnelle, d’où semble émerger la preuve qu’il n’y a pas, dans le chemin de notre vie, de sentiers devant lesquels nous nous trouvions par pur hasard. (Signée : Effie Johnson, dans le Light , 1901, p. 149).

CXXII e Cas. — Il fut recueilli et étudié par Guyers, et Mrs. Sidgwick le publia dans son travail sur les prémonitions (Proceedings of the S. P. R., Vol. V., p. 343-4). La percipiente, Mrs. Mackenzie, écrit à la date du 14 juillet 1884 :

Un matin du printemps dernier, au cours du déjeûner, je me rappelai subitement un rêve fait la nuit précédente, que je racontai tout de suite à mes dix convives. Je dirai d’abord que ma famille et mes amis me plaisantaient souvent à propos des rêves véridiques racontés par moi, et auxquels je déclarais croire ; de sorte que lorsque j’annonçai un autre rêve de ce genre, je fus accueillie aussitôt par le chœur habituel d’apostrophes. Je dis alors :

« Au moins, écoutez-moi : voici mon rêve. Je me trouvais dans le salon avec plusieurs personnes de ma connaissance, parmi lesquelles M. J., et je quittai un instant mes hôtes pour m’informer si le repas était prêt. A mon retour, je vis le tapis parsemé de taches

noires ; ce qui m’irrita beaucoup, car il s’agit d’un tapis neuf, et quand M. J. observa qu’elles semblaient être des taches d’encre, je répondis : « Non, ce sont des brûlures », et j’en comptai cinq. Voilà mon rêve».

C’était un dimanche. Le déjeuner fini, nous allâmes tous à l’église, et au retour M. J. vint goûter avec nous (ce qu’il n’avait jamais fait encore) avec quelques autres personnes. Je quittai un instant mes hôtes pour aller voir si tout était en ordre dans la salle à manger, puis je rentrai au salon, et, tout de suite, je remarquai sur le tapis une tache noire près de la porte. J’étais très jalouse de mon tapis neuf, et j’observai, irritée, que quelqu’un était entré dans le salon avec des chaussures sales. Comme dans mon rêve, M. J. intervint, observant qu’on eût dit des taches d’encre, et me fit remarquer d’autres plaques répandues tout autour. Tandis qu’il parlait ainsi, je m’écriai : « Oh ! mon rêve ! Voilà un tapis perdu 1 Ce sont des brûlures ! »

Il résulta de l’enquête que la femme de chambre, ayant laissé éteindre le feu de la cheminée, avait pris avec la pelle des charbons allumés dans une autre chambre, et, rentrant dans le salon, s’était heurtée à la porte, répandant les charbons sur le tapis, qui produisirent cinq trous ... »

(La fille de la percipiente, Miss Gertrude Agnès Mackenzie, confirme pleinement le récit de sa mère)r

CXXIII e Cas. — Ce cas fut étudié par Myers, auquel la percipiente, Mrs. Atlay, veuve de l’évêque de Hereford,écrivait en mars 1893 :

Je rêvai que l’évêque était absent, et que par

conséquent les prières familières habituelles ne pouvant être récitées dans la chapelle, je les lisais dans le salon du palais épiscopal, à'un côté duquel s’ouvre une porte qui donne dans la salle à manger. Dans mon rêve, dès les prières finies, je me dirigeai vers la porte de la salle à manger, je l’ouvris et voulus entrer, lorsqu’à ma grande horreur et stupeur, se présenta devant moi un énorme porc interposé entre la table et le buffet. Le songe était étrangement vivace, et m’amusa fort.

L’évêque était absent ; et, à peine levée, je me rendis dans le salon épiscopal pour réciter les prières habituelles. Les serviteurs ne s’y trouvaient pas encore, mais il y avait la gouvernante et mes enfants, auxquels je racontai le songe, qui les fit rire à leur tour. Peu de temps après arrivèrent les serviteurs, et l’on récita les prières en commun ; après quoi, chacun retourna à ses affaires. Je me dirigeai vers la porte de la salle à manger, je l’ouvris et j’allais entrer, lorsqu’à ma grande horreur et stupeur, je vis devant moi le porc de mon rêve, au point identique où je l’avais vu !

Vous me demanderez, cher Monsieur Myers, si par hasard, durant mon sommeil, je n’avais pas pu entendre se promener le porc. — Absolumen non, parce qu’il se trouvait enfermé dans la por clierie qui se trouve de l’autre côté de la maison, au fond de la cour. Il put s’introduire dans la maison parce que le jardinier entreprit le nettoyage de la porcherie au moment où nous étions tous réunis au salon ; de sorte que manquant de surveillance, et les portes étant ouvertes, le porc eut l’occasion de s’aventurer dans son voyage d’exploration. (Proceedings of the S. P. R ., Vol. XI, p. 478).

(La gouvernante, M me Emily Nimmo, confirme ce qui précède).

CXXIV e Cas. — Miss Goodrich-Freer, dont nous avons déjà cité d’autres expériences prémonitoires obtenues par la « vision dans le cristal », écrit en octobre 1893 :

Il y a une quinzaine de jours, je me trouvais à la campagne, chez une famille amie. Le matin où je devais prendre congé, je dis : « Qui sait ce que vous ferez quand je serai partie ? »

Pour toute réponse, mon amie déposa devant moi un objet en acajou verni, très brillant, et observa : « Ceci est un cristal : regarde ».

« Je vis aussitôt apparaître une scène champêtre, et m’écriai : « Ceci est indubitablement la scène du goûter à la campagne durant la promenade projetée au moulin « Pin ». Mais où est ce moulin « Pin » ? Je ne le vois d’aucun côté. Je découvre au contraire un beau pré vert, et plusieurs buissons de pruniers au fond. Mais voici que M me K. et toi vous vous levez tout à coup et vous en allez : pourquoi ? M mes G. et S. demeurent, et la première se comporte de manière qu’on croirait qu’elle a mal aux épaules. Vous avez emmené avec vous aussi la nourrice avec l’enfant ».

Mon amie observa : Je ne sais^pas du tout en quoi consiste le moulin « Pin » ; mais, de toute façon, la nourrice avec l’enfant ne s’y rendront pas certainement ».

.Deux jours après, elle m’écrivait en ces termes : « Tes affirmations au sujet du moulin « Pin » résultent conformes à la vérité. En effet, il n’y a pas de moulins en vue, et nous avons goûté dans un beau pré vert.

M me K. fut tout à coup saisie de crampes, et je dus la prendre sous le bras pour la conduire faire quelques pas, tandis que M mes G. et S. restaient seules à l’endroit. — Il est vrai qu’aussi M me G. avait mal aux épaules, à cause d’un effort ; il est vrai de même que l’enfant et sa nourrice étaient avec nous. Les buissons au fond du pré n’étaient pas précisément des pruniers, mais des sureaux mêlés à des mûres sauvages, qui de loin, il est vrai, ressemblaient parfaitement à des buissons de pruniers ».

(Myers, citant le fait dans les Proceedings of the S. P. R., Vol. XI, p. 503, déclare avoir lu la lettre énoncée plus haut).

CXXV e Cas. — Myers, dans son ouvrage sur la « Conscience Subliminale », cite le fait suivant ( Proceedings of the S. P. R ., Vol. XI, p. 491) qui advint à M. Haggar , consul anglais a Trieste, et raconté par ce dernier en ces termes, à la date du 21 septembre 1893 :

Il y a quelques mois, j’eus un rêve très vivace, que je racontai à ma femme dès mon réveil, et qui se réalisa dans ses plus petits détails environ six semaines plus tard. Il ne semble pas que ce rêve ait eu un but quelconque, ce qui fait se demander : « A quoi bon tout cela ? »

Je rêvai que j’avais été invité à dîner par le Consul général d’Allemagne, et qu’on m’introduisait dans une vaste salle dont les parois étaient ornées de trophées d’armes et de boucliers provenant de l’Afrique orientale, région que je connaissais bien^pour l’avoir habitée longtemps. Après le dîner, j’allai observer de près les armes, parmi lesquelles je re-

marquai une belle épée à poignée dorée, que j’indiquai au vice-consul français, en lui disant que c’était probablement un don du Sultan de Zanzibar au consul allemand. Survint à ce moment le consul russe, observant que la poignée de l’épée était, si petite, que l’arme ne pouvait pas servir à un escrimeur européen ; et, ce disant, il leva le bras au-dessus de sa tête en l’agitant comme s’il avait brandi l’épée, voulant par là donner plus de force à ce qu’il assurait. C’est alors que je m’éveillai, tellement impressionné de la vivacité du songe, que je me décidai à réveiller ma femme pour le lui raconter.

Six semaines plus tard, nous fûmes invités à dîner par le consul général d’Allemagne. J’observe que dans cet intervalle, nous avions complètement oublié le rêve.

On nous introduisit dans une vaste salle où nous n’avions jamais pénétré, bien que j’éprouvasse l’impression que cet endroit m’était familier. Ses parois étaient ornées de trophées d’armes et de boucliers venant de l’Afrique orientale, parmi lesquels je notai une belle épée à la poignée dorée, cadeau du Sultan de Zanzibar au Consul allemand. — Bref : tous les détails rêvés se réalisèrent successivement, quoique je ne me rappelasse pas le songe, jusqu’au moment où le consul russe leva le bras sur sa tête en l’agitant comme une épée ; moment où le rêve se représenta subitement à ma mémoire. Je m’approchai aussitôt de ma femme, qui causait sur le seuil, en lui demandant : « Te souviens-tu de mon rêve au sujet des trophées d’armes de Zanzibar ?» — Elle répondit qu’elle se le rappelait dans tous ses détails ; de sorte qu’elle fut témoin avec moi de sa réalisation. Après quoi, je me décidai à raconter le rêve aux per-

sonnes co-intéressées qui se montrèrent grandement surprises.

M me Haggard écrit à son tour :

Je me rappelle avoir été réveillée par mon mari qui avait un rêve curieux à me raconter. Ceci s’est produit voici plusieurs mois, et je puis avoir oublié quelque détail secondaire, mais la substance du fait est la suivante. 11 rêva qu’il se trouvait avec moi à dîner chez le Consul général d’Allemagne, dont le salon était orné de trophées d’armes provenant de la côte orientale d’Afrique. Comme il avait longtemps habité ces régions, il s’intéressa à ces armes, et voulut les examiner de près. Tandis qu’il les observait, le consul russe s’approcha et fit observer que certaine épée avait une poignée si petite, qu’il était impossible qu’elle put être brandie par des mains européennes ; et il leva le bras l’agitant en l’air. Ceci est ce que je me rappelle du songe, qui se réalisa plusieurs semaines après, alors que nous l’avions déjà oublié.

Nous dinâmes en effet chez le consul général d’Allemagne, avec le consul russe et d’autres invités. Après le dîner, mon mari voulut examiner de près les trophées d’armes suspendus aux parois, et, tandis qu’il les observait, arriva le consul russe qui prononça les paroles du rêve, et finit par lever le bras et l’agiter avec la vivacité qui lui est habituelle ; ce qui rappela le songe à mon mari, qui vint aussitôt me demander si je m’en souvenais. Je me le rappelais très bien ; mais comme je causais à ce moment, la coïncidence me serait probablement échappée sans son intervention... {Signée : Agnes M. Haggard).

(Le consul russe A. de Kolemine, et le vice-consul français J. Michabelle, écrivent en confirmant ce qui les concerne respectivement).

A propos de cet intéressant et curieux épisode recueilli par Myers, je fais noter que l’observation du percipient de ne s’être rappelé le songe qu’au moment où le Consul russe agita le bras en l’air, suggère une réflexion analogue à celle de Lodge à propos du cas de Mrs. Verrall (CXII e Cas), où tous les détails de cet épisode furent préannoncés, sauf le nom du protagoniste ; réticence nécessaire à la bonne réussite de la prédiction, et par là faisant croire à une intentionnalité, car enfin si Mrs. Verrall avait su à qui s’adresser pour des informations, elle n’aurait pas manqué de le faire, donnant lieu par là à une enquête prématurée qui aurait tout gâté.

Dans l’épisode cité, il faut donc noter que pour la bonne réussite de la prédiction, il était nécessaire que le percipient oubliât le rêve pour ne se le rappeler qu’au moment où se manifestait l’incident final, c’est-à-dire l’action du consul russe. Si le percipient se l’était rappelé au moment où il fut introduit dans la salle, il n’aurait pas manqué de parler du rêve avec les assistants, ou de fixer sa pensée sur lui, dans l’attente de sa réalisation ultérieure, en gâtant ainsi la bonne réussite de la prémonition.

Il paraît donc évident que ces faits ne tirent pas leur origine d’un simple automatisme sub-

conscient, mais révèlent au contraire une intentionnalité, laquelle à son tour, tendrait à prouver que leur réalisation est déterminée au moyen de voies suggestives, par les personnalités médiumniques ou subconscientes qui les préannoncent. Ceci étant, il s’ensuit que ces épisodes ne peuvent qu’avoir une fin, qui resterait inexplicable s’il s’agissait de personnalités subconscientes, mais qui, d’après ce que nous avons dit au commencement, s’expliquerait au contraire d’une manière satisfaisante s’il s’agissait de personnalités extrinsèques ou spirituelles.

Et si l’on compare ces réticences dans les prémonitions d’ordre insignifiant et pratiquement inutiles , réticences manifestement voulues pour ne pas mettre obstacle à la succession préétablie des événements, aux réticences analogues dans les prémonitions d’infortunes ou de morts, à leur tour manifestement voulues pour ne pas mettre obstacle au cours fatal des événements, on est plus que jamais porté à concéder aux premières la même origine extrinsèque qu’on ne peut pas refuser aux secondes.

Je termine en observant que cette catégorie est presque entièrement composée de cas où les prémonitions furent confiées à des tiers ou enregistrées avant leur réalisation, circonstance qui élimine toute hypothèse tendant à les expliquer en les attribuant à des illusions mnémoniques.

Je fais noter enfin que tous les percipients insistent d’une manière spéciale sur l’extraordinaire

vivacité de leur rêves ; on peut affirmer que cette particularité, bien que commune à la grande majorité des songes prémonitoires, n’est nulle part aussi marquée que dans cette catégorie qui envisage les cas insignifiants et pratiquement inutiles ; c’est comme si la futilité du contenu portait les personnalités médiumniques ou subconscientes à leur imprimer une vivacité plus grande afin d’en fixer les détails dans la mémoire des percipients.

Sous-Groupe M

Prémonitions météorologiques et sismiques

Nous comprendrons sous ce titre les épisodes prémonitoires qui se rapportent à des catastrophes telluriennes, perturbations atmosphériques, accidents causés par la foudre, et ainsi de suite.

Je préviens qu’à cause des habituelles et inévitables difficultés delà classification, venant de ce qu’il existe des épisodes qui contiennent des détails classifiables dans plusieurs catégories, nous avons déjà passé plusieurs cas relégués ailleurs, et plus précisément les cas XVIII-XXXV-XLVI et CLIX, qui renferment des traits d’ordre météorologique et sismique. Dans le premier d’entre eux, il s’agit d’une prémonition de tremblement de terre ; dans le second, d orage^

dans le troisième de neige, dans le quatrième d’un cyclone dévastateur.

Les épisodes du genre indiqué sont fort nombreux ; néanmoins, le sous-groupe actuel sera pauvre d’exemples et peu intéressant, par suite de la difficulté qu’il y a à découvrir des cas de cette nature rigoureusement authentiqués.

Ceci est dû à la nature même des faits, qui, en général, émergent et pullulent après les grandes catastrophes sismiques ou atmosphériques, c’està-dire, une fois le fait accompli ; et par la condition même des choses, il est rare qu’on puisse les contrôler d’une manière scientifiquement satisfaisante.

Je commencerai par quelques exemples de prémonitions telluriennes.

CXXVI e Cas. — Le D r Wolff, dans son ouvrage : Voyages en Orient , raconte le fait suivant, où l’on voit la catastrophe d’un tremblement de terre prédite un an auparavant, et l’époque en être désignée.

Me trouvant à Aleppe en 1822, je demandai des nouvelles de Lady Esther l^mÏÏope. — « Elle est folle, ou presque », répondit M. Barker ; et, pour le prouver, il m’apprit qu’elle hospitalisait un gentilhomme français, nommé Lusteneau, qui avait été général de Tippoo SakLh dans les Indes, et qui avait la réputation d être prophète. Entre autres choses, il avait prédit à Lady Esther la fuite de Napoléon de l’Ile d’Elbe, en désignant le jour et l’heure.

Après ce préambule, M. Barker, en présence de M. Lesseps, M. Derche, interprète, et M. Maseyk, consul de Danemark, me lut une lettre de Lady Esther à lui adressée, en avril 1821, dans laquelle elle le priait de ne pas se rendre à Aleppe ou à Antioche, parce que Lusteneau avait prophétisé que dans un an, les deux villes auraient été détruites par un tremblement de terre. La date fatale s’approchait, et M. Derche ajouta que Lady Esther lui avait aussi conseillé récemment de ne pas rejoindre le consul à Aleppe, parce que la ville devait être détruite avant quinze jours.

Durant le repas, naturellement, les convives plaisantèrent sur le prophète et la prophétie.

Après quelques jours, je quittai Aleppe, et, vers le soir, je campai sur la route qui conduit à Latakia dans le désert, près du village de Juseea. Tandis que je causais avec plusieurs hommes du village, les premiers frémissements du sol se firent entendre, et un instant plus tard le village de Juseea disparut dans une immense crevasse. Les secousses succédaient aux secousses, tandis que de loin nous arrivaient des roulements comme de mille canons. De toute part nous rejoignaient, à bride abattue, des hordes d’arabes et de bédouins, le capuchon rabattu sur le visage, criant : « C’est Allah qui l’envoie ! C’est Allah qui le veut ! » — Ces peuples orientaux s’en rapportent constamment à la cause première, c’est-à-dire à Dieu...

Immédiatement, j’envoyai à Aleppe un messager à cheval à la recherche de Barker. Il trouva la ville complètement détruite, et nous apprit qu’Antioche, Latakia, Hôms et Haina avaient subi le même sort avec tous les villages environnants dans un rayon de 20 lieues, et que 60.000 personnes avaient péri.

M. Barker et tous les membres de sa famille, s’étaient sauvés miraculeusement en glissant l’un après l’autre sous les ruines de leur propre maison. (Cité par William Howitt dans l’ouvrage : History of the Super natural , Vol. II, p. 26).

CXXVII e Cas. — Quelques jours après le tremblement de terre de Messine, une courte communication du D r Santi, spécialiste pour les maladies nerveuses, fit le tour des journaux italiens et étrangers ; il y racontait un cas intéressant de prédiction de ce cataclysme. Cependant, il ne me fut pas possible de mettre la main sur le périodique qui contenait la relation originale, et je dois me resigner a en donner un résumé, tel qu il fut publié par les autres journaux,

1 esume que je constatai identique par sa substance en trois publications différentes.

Le D r Santi raconte « qu’une dame de l’aristocratie romaine, soumise a ses soins pour accès d’hystérie et de neurasthénie, l’informa à la date du

2 décembre 1909, qu’elle avait eu une vision en songe, où « elle apercevait Messine détruite par le tremblement de terre et 1 invasion de la mer » j en même temps, 1 impression lui était restée que la catastrophe aurait lieu le 8, ou le 18, ou le 28 du même mois. Elle était tellement convaincue de la véridicité de sa vision, qu’elle écrivit une lettre au Roi d’Italie, le prévenant du grand cataclysme imminent ; lettre que le D r Santi se garda bien d’envoyer à sa destination, mais qu il conserva comme un document irréfutable à l’appui de la prémonition.

Les jours 7, 8 et 27 du mois, sa cliente souffrit de rechutes dans ses accès hystériques et neurasthéniques ; le 28, la catastrophe prédite se produisait, et les accès ne se renouvelèrent plus. ( Secolo XIX ,

15 janvier — Daily News, 22 janvier Light, 1909, p. 51).

CXXVIII e Cas. — Toujours à propos du tremblement de terre de Messine, le publiciste Enrico Scalea raconte à la date du 4 janvier 1909, dans l’Ora de Palerme :

J’ai parlé, à un moment de trêve à Milazzo, outre au marquis Del Carretto, maire de Naples, à la comtesse Cumbo, qui, aidée de ses fdles, assiste les blessés appartenant pour la plupart à l’aristocratie de Messine, recueillis dans sa villa de Milazzo, où la comtesse, qui est de Messine, se trouvait en villégiature.

« Mon mari et mon fds — me dit la comtesse — sont vivants, ici, auprès de moi, mais par un miracle, par Un hasard prodigieux. La nuit qui précéda celle du tremblement de terre, je rêvai de mon grand’ père : il me semblait le voir ; il était tout bouleversé.

« Ne fais pas partir ton mari — me cria-t-il — ne fais pas partir ton fds ! Vois que de ruines, que de tombes, que de morts !» — Et je vis en rêve ce que m’indiquait mon grand’père : tout Messine en ruines ! Le lendemain, mon mari et mon fds devaient partir : je m’y opposai absolument. Ils ne partirent pas et furent sauvés ; ils sont sauvés ainsi par mon avertissement, tandis que notre palais au bord de la mer, à ce qu’on dit, s’est entièrement écroulé ! »

CXXIX e Cas. — A l’époque du tremblement de terre de San-Francisco aussi les relations de prophéties du cataclysme pullulèrent de tous côtés, mais furent presque toujours trop vagues pour pouvoir être prises en considération. J’en rapporterai une seule qui semble suffisamment documentée.

M. N. F. Stiewig communique :

Voici la prophétie faite en ma présence, à la date du 1 er mars 1906 :

En compagnie du Rév. T. W. Woodrow, de Hobart (Oklahoma) je fis une visite à un ami spiritualiste, et j’eus l’occasion d’assister à une séance, où le frère de ce dernier (je tais son nom par égard pour sa famille) servait de médium. Entre autres choses, il dit ceci : « Dans un avenir très proche, San-Francisco sera éprouvé par un cataclysme. Je vois toutes les choses s’agiter. Beaucoup de personnes périront, beaucoup de propriétés seront détruites. Ils semblent que de grands incendies se déclareront. Les éléments apparaissent comme troubles et obscurs, le peuple est envahi par une folle terreur ; la confusion est partout ; il n’y a plus de distinctions de nationalités ; tous s’enfuient vers l’orient. Il s’agit d’un cataclysme physique, c’est du moins ce qu’il me semble, et il s’étendra vers l’orient jusqu’à Colorado. Là, il s’arrêtera, et la vallée du Mississipi ne sera pas dérangée... »

Ces paroles produisirent sur moi une grande impression, et lorsqu’arriva le tremblement de terre de San-Francisco, nous eûmes la preuve que ce qu’il avait prédit était la vérité ». (Signé : J. F. Stiewig, dans le Light , 1906, p. 302).

(Le Rév. T. W. Woodrow témoigne : « Je déclare que le récit ci-dessus est conforme à mes souvenirs ». — T. W. Woodrow).

CXXX e Cas. — En changeant de thème, je rapporterai un exemple curieux de prédiction du temps moyennant l’écriture automatique.

M. R. M. Brereton publiait dans le Journal of the American S. P. R. (1908, p. 675) et ensuite dans le Light (1908, p. 500, cette relation :

Ma femme et moi, quand nous sommes assis ensemble et nous servons de la « planchette », obtenons généralement des communications de toutes sortes, parmi lesquelles des prédictions météorologiques sur le temps qu’il fera : ce qui, si je ne me trompe, est un thème absolument nouveau dans le champ des recherches psychiques et scientifiques. Dans ces huit dernières années, j’ai recueilli de nombreuses prédictions de ce genre, toujours beaucoup plus correctes que celles publiées journellement par l’observatoire météorologique. Je dirai même que je les constatai si correctes, que je réglai mes voyages en me basant sur elles ; et souvent, les endroits où je devais me rendre étaient à des centaines de milles L.de distance.

J’obtins la dernière preuve de la correction* de ces prédictions le 12 du mois d’août courant. Le 24 juillet dernier, je demandai : « Quand aurons-nous la pluie ?» — La réponse fut : « Vous l’aurez le jour du mariage de Claudie ». C’est mon fils, et son mariage était fixé au 12 août. Du 24 juillet au 12 août, dix-neuf jours étaient intercalés, représentant un intervalle considérable pour une prédiction de cette

nature. Le temps continua d’être beau et chaud durant cette période entière, jusqu’à minuit du 11 août, et le baromètre anéroïde se maintint constamment entre un minimum de 29.70 et un maximum de 29.80.

Vers 7 heures du matin, le 12, il commença à pleuvoir, et il plut à verse toute la journée,- avec un vent du sud-est.

Le bulletin du Bureau Météorologique pour les prévisions du temps à Portland, annonce pour la journée du mercredi 12 août, ce qui suit : « Portland et alentours : mercredi, beau temps , température modérée, vent de nord-est ». Ce bulletin fut rédigé à 5 heures de l’après-midi, le 11 août.

Telles sont mes expériences. — Or, il doit exister une loi permettant les pénétrations psychiques sur le temps qu’il fera ; ce qui devrait former l’objet d’une intéressante étude dans le champ scientifique, bien que ces lignes doivent évoquer au contraire quelque sourire incrédule parmi les savants qui les lisent. Cependant, j’éprouve le devoir de publier les faits observés dans l’espoir d’être utile, quand ce ne serait qu’en induisant quelque chercheur à répéter mes expériences. (Signé : R. M. Brereton, B. Woodstock (Oregon).

CXXXI e Cas. — Dans l’épisode suivant, où il s’agit de la tombée de la foudre, la vision à distance de la foudre est probablement télépathique ; mais comme elle fut précédée d’un vague pressentiment de danger tout proche, et ceci impliquant chez le percipient la précognition subconsciente du fait, je me décidai à

classer cet épisode dans le sous-groupe présent.

Le D r Hodgson le recueillit et l’étudia ; Myers le publia dans son étude sur la « Conscience subliminale » (Proceedings of the S. P. R., Vol. XI, p. 507).

Le D r T. F. Leech, vice-président de la « Medical Society » dans l’État d’Indiana, écrit à la date du 14 août 1893 :

Je commence par dire que je souffre de rhumatismes chroniques, et que parfois les souffrances et les nuits d’insomnie, combinées aux préoccupations d’affaires, me rendent passagèrement nerveux. C’est durant une de ces périodes que se produisit l’expérience dont je vais vous faire le récit.

Mes deux fils, Ellerslie et Charlie, furent parmi les fondateurs de la « Société poûr les campements de la Virginie » (Juin 1892) et, depuis lors, avaient l’habitude de partir le soir, à des heures avancées, en voiture, pour leurs visites nocturnes aux différents villages ; chose dont je ne m’occupais et ne me préoccupais nullement. Un jour, pendant le déjeuner, Ellerslie me dit : « Papa, cette nuit je devrai me rendre à Mace ». Le village de Mace se trouve à une distance de six milles, et la route qui y conduit est excellente. Néanmoins, tandis que mon fils parlait, l’idée subite me vint qu’à son retour, il aurait couru un danger ; et alors, ma pensée s’exalta sur la possibilité d’un malheur soudain, d’une mauvaise rencontre, et ainsi de suite. Sans faire allusion à mes appréhensions, je lui demandai s’il n’avait pas songé à se procurer un compagnon de voyage. Il répondit négativement, et alors je lui proposai d’y aller avec Charlie. Il objecta que Charlie devait passer des

examens le lendemain, et ne pouvait pas. Alors je proposai le voisin Griffith, membre de la Société en question, mais lui aussi devait passer les examens... Je m’efforçai de chasser mes inquiétudes et me mis en route pour le bureau. A peine sorti, je rencontrai un jeune ami, nommé Wellington, auquel je demandai s’il voulait accompagner Ellerslie, et il y consentit. Je retournai sur mes pas pour en avertir mon fils, qui se montra satisfait, et, à partir de ce moment, je fus calmé ; ou, du moins, je le crus.

Je restai au bureau jusqu’à 9 heures ; et, lorsque je rentrai chez moi, ma femme s’était déjà retirée. Je me couchai, je lus pendant quelque temps, puis j’éteignis la lumière et m’endormis, sans plus songer à mon fds absent. Vers 11 heures, je m’éveillai en sursaut : dans mon sommeil, j’avais aperçu Ellerslie, seul dans la voiture, qui rentrait au petit trot, et se trouvait à un mille de Crawfordsville. Je reconnus si bien la localité, que je me sentirais capable de m’y rendre d’un trait. Tandis que je regardais, je vis s’abîmer la foudre au milieu de la route, à 15 mètres du cheval. Mon premier mouvement fut d’accourir sur le lieu ; puis, me rappelant qu’Ellerslie avait été à Mace, et qu’il y avait été avec l’ami Wellington, je fis un effort sur moi-même pour calmer l’injustifiable anxiété qui m’avait saisi... N’y parvenant pas, j’éveillai ma femme pour lui demander si Wellington avait accompagné Ellerslie, et j’appris qu’il y avait renoncé parce qu’il ne lui convenait pas d’assister à cette séance. Mon inquiétude augmentait, mais enfin nous entendîmes le bruit de la voiture, puis le pas d’Ellerslie qui rentrait. Mes anxiétés n’ayant plus raison d’exister, je me rendormis sans rien dire à personne.

A l’heure du déjeuner, Ellerslie nous dit : « J’ai vu la nuit dernière un spectacle terrifiant. Tandis que je rentrais à la maison, la foudre tomba au milieu de la route juste devant le cheval, faisant rejaillir autour d’elle une pluie d’étincelles aveuglantes. J’en fus terrorisé ». — On lui demanda : « Et le cheval, a-t-il pris peur ?» — « Il s’arrêta d’un trait, mais je lui donnai un coup de fouet, l’encourageant de la voix* Abstraction faite du danger couru, le spectacle fut magnifique, et dépassait en splendeur tous les feux d’artifices du monde ». —■ Je demandai s’il était seul, et si le cheval allait au petit trot, et il me ré* pondit affirmativement. Je demandai à quel point l’incident s’était produit, et la localité désignée fut celle que j’avais vue en songe. — Alors, je racontai mon expérience et mes pressentiments.

Quand je repense au fait, je trouve étrange que je me soie alarmé parce que mon fils avait parlé d’un de ses trajets habituels, étrange que j’ai pressenti qu’il aurait couru un danger, et précisément au retour ; étrange que je me soie endormi sans me rappeler mon fils absent (alors que je ne m’endors généralement pas tant que mes fils ne sont pas rentrés) ; étrange que je l’aie vu seul dans la voiture, alors que je le croyais accompagné, et que j’aie vu le cheval aller au petit trot, et que j’aie remarqué l’endroit précis où ils se trouvaient, et que j’aie distingué la foudre s’effondrer devant le cheval de la manière décrite par mon fils. J’ajouterai que tandis que mon fils racontait l’incident, j’eus l’impression de m’être trouvé sur les lieux et d’avoir assisté au fait... » (Signé : D r T. F. Leech).

Sa femme, Mary E. Leech, et son fils Ellerslie, confirment le récit).

dans une relation qu’un éminent ministre anglican envoyait au Prof. Oliver Lodge, son ami.

Il y expose ses propres expériences psychiques, celles de sa fille et de son père. A propos de ce dernier, il raconte :

Dans une matinée de juin, par un soleil splendide et un ciel sans nuage, il descendit demander à sa femme d’avancer de beaucoup l’heure du goûter, assurant qu’un orage formidable devait éclater, et qu’il n’aurait pas été prudent de se laisser surprendre avec tant d’objets de métal sur la table. Il raconta qu’il avait vu en songe l’orage se déchaîner, qu’à un moment donné la foudre avait pénétré dans la salle en forme de globe, et en même temps une série de tuyaux de cheminée posés sur le toit d’en face, frappés par une décharge électrique, avaient été précipités sur le sol.

Or, tout se réalisa comme il l’avait prédit, quoique l’orage survînt avec une précipitation si extraordinaire que ma mère, au commencement du goûter, indiqua en plaisantant le ciel absolument pur à mon père, en lui demandant quel compte il fallait tenir de son rêve. Vingt minutes plus tard, la foudre, sous forme de globe, nous avait tous éblouis, et les cheminées du toit d’en face étaient précipitées sur le sol, arrachées par la décharge électrique. ( Journal of the S. P. R., Vol. VIII, p. 265).

CXXXIII e Cas. — La Princesse Tola Dorian-Metzcherski raconte l’étrange cas suivant dont elle-même fut l’héroïne :

Le 3 juin 1902, je rentrais chez moi à 11 h. 1/2 du soir, lorsqu’une impulsion soudaine et irrésistible me fit ordonner au cocher de se diriger vers la maison d’une de mes amies, qui m’avait invitée à une séance médiumnique organisée pour ce soir-là. C’était au temps où je doutais encore de la réalité des faits médiumniques, et ne prenais guère d’intérêt aux problèmes spiritualistes.

Je m’approchai du guéridon, et demandai si des entités connues de moi étaient présentes. La table, frappant vigoureusement, épela le nom de mon mari : Charles Dorian. J’avais vu le jour précédent mon mari, qui était en parfaite santé et se préparait à un voyage. Je dis : « Comment ! tu es donc séparé de ton corps ?» — On répondit : « Frappé par la foudre à 9 h. 30 ce matin ». — Je répliquai : « Mais tu es député, et les journaux l’auraient aussitôt annoncé ». — Il répondit : « Ils en parleront ».

Quelques jours se passèrent sans que rien survînt à mon mari, que je voyais fréquemment, quoique je ne lui parlasse pas du message obtenu, sachant à quel point il détestait les pratiques spirites. Le vendredi 13 juin — dix jours après le message — je vis la voiture de mon mari entrer au grand trot dans la cour ; aussitôt le cocher frappa et me consigna un billet de mon beau-frère, où je lus : « Notre pauvre Charles a été frappé de la foudre à 9 h. 30 ce matin ». La mort avait été instantanée.

J’eus par la suite une autre séance avec le même médium et dans la même maison. L’esprit de mon mari se présenta, et je lui demandai s’il était enfin persuadé de la survivance. Il répondit : « Maintenant, je crois parce que je connais ». — Lorsque je l’interrogeai pour savoir comment il lui avait été possible de

communiquer, vivant, avec moi, le médium écrivit î « Il était onze heures et demie, et je dormais. Mon âme, prévoyant la fin imminente de son existence terrestre, voulut te la préannoncer ».

Les personnes présentes aux séances sont prêtes à témoigner de l’exactitude scrupuleuse de ce que j’ai exposé ». (Signée : Tola Dorian-Metzcherski ;

Light, 1906, p. 112).

La thèse fataliste, clans ce dernier cas, semblerait avoir le dessus. Reste le mystère imperscrutable d’un Moi subconscient qui préc.onnaît sa fin, même causée par un accident imprévisible, comme la chute de la foudre ! Ici ,1a pensée se tourne vers les considérations de Vincenzo Cavalli (CV e cas), que j’adapterai à la circonstance en substituant la parole foudre à celle de tuile adoptée par lui : « Si la foudre réduit un homme en cendres, cet homme a bien pu être conduit , soit par son propre esprit, soit par un autre esprit, à se trouver au point précis où tombait la foudre pour une raison qui s’ignore, mais qui doit cependant exister si la vie terrestre a une fonction pour des finalités ultra-terrestres... Le Hasard n’est que le gérant responsable de notre ignorance, et l’exécuteur judiciaire de la loi de causalité... »

Et l’on peut croire qu’il existe réellement «une raison qui s’ignore » de faits semblables, parce que si dans notre cas, le Moi subconscient du sensitif avait prévu l’accident fatal qui le menaçait en inférant Vavenir du présent , très libre comme

il était de pourvoir à sa propre sûreté, il aurait pu télépathiser à sa femme l’événement en termes assez clairs pour atteindre son but. Au contraire, comme il arrive d’ordinaire en des contingences semblables, il le fit en termes obscurs et oraculaires ; c’est-à-dire, suffisants pour laisser entrevoir à sa femme le destin qui l’attendait, mais insuffisants pour l’empêcher ; c’est comme s’il avait eu la notion très claire de ce qui allait se produire, mais qu’il ne dût pas et ne pût pas l’empêcher parce que cela lui arrivait pour son bien, ce qui ne pourrait être compris qu’en admettant la survivance. La thèse fataliste aurait par conséquent l’avantage, et avec elle l’hypothèse que le dormeur, en état de lucidité, aurait appris sa destinée par un phénomène de « mise en rapport » avec un « ambiant métaéthérique » enregistreur des événements préordonnés, ou, plus simplement encore, avec des Intelligences spirituelles préposées au gouvernement des destinées humaines.

Tout ceci au sujet du dernier cas cité. Pour ce qui se rapporte à la valeur intrinsèque et à l’importance théorique des cas appartenant au groupe des prémonitions météorologiques , je conviens qu’ils sont peu nombreux et faibles, et que si on veut les considérer en particulier, ils ne suffiraient pas à prouver l’existence de prémonitions de cette nature, mais en les considérant, au contraire, en corps avec les autres énoncés et à énoncer, où l’on en trouve un grand nombre non

moins troublants et non moins merveilleux, force nous est de convenir qu’il n’y aurait pas de raison pour ne pas leur accorder une existence probable, qui, même, devrait être admise pour ne pas donner lieu à des solutions de continuité injustifiables dans la gamme ascendante et organique des faits.

Il ne me semble donc pas oiseux de discuter sur leur importance théorique même en se basarit sur des preuves de faits insuffisantes, importance qui serait très considérable, bien que non supérieure à celle de nombreux autres épisodes rapportés. En effet, s’il était possible de prévoir un mois avant le temps qu’il fera, ou un an avant un tremblement de terre, tout cela serait indubitablement merveilleux, mais comme les perturbations atmosphériques et les commotions sismiques obéissent à des lois physiques immuables, la chose semblerait moins extraordinaire que beaucoup d’autres faits prémonitoires d’ordre accidentel ou imprévoyable, auxquels il faudrait cependant comparer les cas où le percipient visualise le point précis de la chute de la foudre, ou spécifie le dommage que la foudre doit causer, ou la personne qu’elle doit frapper I Mystères certainement imperscrutables, mais théoriquement identiques à ceux de tout autre fait imprévisible, par conséquent susceptibles d’être comme les autres éclairci par celle d’entre les hypothèses énoncées, qui se conformera le mieux aux circonstances.

Sous-Groupe N

PRÉMONITIONS QUI SAUVENT

Bien que, si l’on compare le sous-groupe présent à ceux qui l’ont précédé, on puisse remarquer qu’il se trouve parmi les mieux fournis en fait de cas, on aurait tort d’en conclure que les prémonitions qui sauvent se réalisent avec une plus grande fréquence que les autres. Le contraire se produit plutôt, et les plus fréquentes sont de beaucoup celles qui ne sauvent pas. L’ampleur proportionnelle de ce sous-groupe dépend de ce que je n’ai rapporté dans les autres qu’une partie minime du matériel recueilli, tandis qu’en songeant à l’importance spéciale de celui-ci, j’y ai réuni autant d’exemples que possible, en n’excluant que ceux dont le côté probatif me semblait insuffisant. .

Leur importance spéciale consiste dans les résultats utilitaires qui en dérivent, considérés en rapport avec le\irs modes d’extrinsécation qui, très souvent, feraient supposer des interventions spirituelles, et aussi, dans les complications théoriques qui s’en dégagent sous forme de contradictions apparentes, dont le mystère entourant la genèse de la phénoménologie qui nous occupe paraît encore s’épaissir.

En effet, les prémonitions qui sauvent sembleraient en contradiction ouverte avec celles qui

ne sauvent pas , où non seulement aucun propos de conjurer les épreuves suspendues sur les intéressés ne se manifeste, mais où transparaît au contraire l’intention de leur taire les particularités dont ils pourraient se valoir pour les éviter ; caractère qui se prêterait à des inductions et à des déductions claires et explicites, n’étaient les cas antithétiques considérés dans ce sousgroupe, qui nous apprennent que le caractère en question ne se manifeste pas d’une manière absolue dans la phénoménologie prémonitoire, mais souffre de nombreuses exceptions. Comment expliquer ces dernières ? Comment les concilier avec la règle inflexible qui semble gouverner une si grande partie de la phénoménologie ?

Comme le jour est loin où les recherches basées sur les faits permettront de trouver une solution scientifiquement satisfaisante à ce problème si ardu, nous n’avons pour le moment qu’à nous contenter de simples inductions ne pouvant revêtir d’autre valeur que celle d’aider l’intelligence chancelante dans l’obscurité à discerner de quel côté quelque rayon de lumière pourrait être entrevu.

Ceci bien établi, je fais observer que pour concilier les faits avec les hypothèses « fataliste » et « réincarnationniste », il faudrait présumer que si une personne est favorisée par une prémonition l’arrachant à un danger de mort, cela signifie que cette prémonition même faisait partie — si

j’ose m’exprimer ainsi — du programme préétabli de son existence incarnée ; c’est-à-dire, que l’heure fatidique n’étant pas encore arrivée pour elle, cette intervention était prévue, et avait pour but de la préserver d’un accident intempestif qui aurait interrompu avant l’heure le cours de son existence terrestre.

Ou bien, voulant nous conformer à une induction précédemment exposée, selon laquelle une partie seulement des choses humaines devrait être considérée comme sujette à l’inflexible discipline fataliste , il faudrait en conclure que les prémonitions qui ne sauvent pas se rapportent à la partie préordonnée des choses humaines, et celles qui sauvent , à la partie non préordonnée ou libre, pour laquelle il n’existerait pas à?inhibitions supérieures qui empêcherait des entités spirituelles d’intervenir en faveur des vivant» chaque fois que l’existence de facultés médiumniques chez ces derniers le rendrait possible.

Mais si l’on voulait éliminer les hypothèses « fataliste « et « réincarnationniste » pour s’en tenir à celle « spiritualiste » proprement dite, selon laquelle les événements futurs ne seraient pas préordonnés, mais simplement accessibles (et dans leur forme plus complexe, uniquement accessibles) à des entités spirituelles hiérarchiquement élevées, auxquelles il serait donné de les inférer du présent ; dans ce cas, on expliquerait également les prémonitions qui sauvent et celles qui ne sauvent pas, en observant qu’en

ligne générale, le fait de discerner les événements futurs de la vie d’une personne donnée en vertu de l’enchaînement des causes et des effets, ne conférerait pas à des entités spirituelles le droit d’intervenir pour en dévier le cours, puisqu’il s’agirait d’un arbitre inconciliable avec l’existence d’un Ordonnateur suprême de l’Univers ; sauf, naturellement, en des circonstances spéciales, où la mort menacerait une personne qui, en survivant, conduirait mieux à terme son cycle d’évolution terrestre, ou accomplirait une mission utile sur terre (peu importe si très humble ou très grande) ; tout cela, bien entendu, au point de vue absolu des termes évolution et mission , et non au point de vue relatif de la courte vision humaine.

Ici, je prévois une objection, c’est que plusieurs croiront plus conforme aux méthodes de recherche scientifique de conférer ces mêmes pouvoirs à la subconscience humaine. D’accord, mais de quelle façon ? — Ayant exclu pour le moment les hypothèses réincarnationnistes, prénatale, fataliste, il ne nous resterait d’autre porte de sortie qu’expliquer en masse les prémonitions qui sauvent en réhabilitant pour la circonstance l’hypothèse des inférences subconscientes à latitudes illimitées et à la justifier en ce cas par l’observation que les prémonitions qui sauvent ne soulèvent pas l’objection insurmontable entraînée par les réticences et les symbolismes qui distinguent celles qui ne sauvent

pas ; réticences et symbolismes impossibles à attribuer à la subconscience, parce que manifestement voulus afin d’empêcher le sensitif d’éluder le destin qui l’attend.

Cependant, cette justification de la dernière hypothèse est sophistique au-delà de toute expression, car il n’est pas permis de sélectionner arbitrairement les faits pour les adapter à nos propres théories, vu qu’une hypothèse n’est valable qu’autant qu’elle se conforme à l’ensemble des faits, ou du moins, qu’autant qu’elle se concilie avec ceux qu’elle n’explique pas ; mais elle n’assume jamais la moindre valeur si elle se trouve en contradiction flagrante avec les plus importants.

Ce n’est donc pas le cas de discuter davantage l’hypothèse en question, tout en accordant que parmi les prémonitions qui sauvent, on en trouve un certain nombre qui, indubitablement, ont leur origine dans des inférences subconscientes ; circonstance qui ne résout rien, puisque, je le répète, il ne s’agit pas d’expliquer quelque fait singulier parmi les plus simples, mais bien l’ensemble des prémonitions étudiées, considérées en rapport avec les autres catégories de prémonitions. Pour atteindre ce but, il faut bien autre chose que l’hypothèse commode de l’omniscience subconsciente ; et si, dans cette question si mystérieuse, une chose peut être assurée avec certitude scientifique, c’est que l’ensemble des faits ne peut être expliqué qu’en admettant

l’intervention d’entités spirituelles et l’existence d’une âme survivant à la mort du corps ; et cela parce qu’avec l’hypothèse d’une personnalité subconsciente autonome et omnisciente, mais sujette à s'éteindre avec la mort du corps, on n’expliquera jamais les prémonitions que je viens d’indiquer : celles qui ne sauvent pas par suite du consentement tacite ou exprès de la cause agissante, prémonitions renfermant un problème à résoudre qui constituera la clef de voûte pour l’interprétation à venir de la phénoménologie tout entière.

Abandonnons donc les inductions théoriques et passons à la classification, que j’inaugure en exposant un certain nombre de faits où les pré monitions qui sauvent reflètent des circonstances qui existent déjà, ou des événements qui se déroulent déjà à la proximité des percipiènts au moment de la prémonition.

Comme on le comprendra facilement, ce sont les formes de prémonitions susceptibles d’être interprétées à l’aide des inférences, ou perceptions, ou réminiscences subconscientes ; toutefois, il n’est pas facile de les appliquer à certains des cas rapportés ci-après.

CXXXIV e Cas. —- Il fut étudié par le D r Hodgson, et publié par Myers dans son travail sur la Conscience subliminale (Proceedings of

dit* i «v tj fauû< » ,']• 41 ïi >»;i i i di <v« •

the S. P. R., Vol. XI, p. 422). M. Marshali.

Wait écrit au D r Hodgson à la date du 30 octobre 1892 :

Je vous envoie le récit d’un incident où vous verrez que ma vie fut sauvée parce que j’ai obéi à une impulsion qui n’a certainement pas pour origine une perception consciente.

Il y a quelques années, je débarquai à Stillwater (Minnesota) d’un bateau avec lequel j’avais descendu le fleuve Saint-Croix. C’était un petit bateau privé, ce qui fait qu’aucun véhicule n’était venu attendre à notre arrivée. Quand nous touchâmes Stillwater, j’étais l’unique passager à bord, et je dûs m’acheminer seul vers l’auberge. Il était neuf heures du soir, le ciel était sans étoiles, et les magasins qui surgissent le long des descentes m’empêchaient de discerner la clarté de la ville ; enfin, l’heure, les nuages, et l’ombre des magasins s’unissaient pour envelopper la descente dans les plus profondes ténèbres.

J’avais été une première fois à Stillwater, et j’avais conservé une idée générale de la ville, bien que plusieurs années se fussent passées depuis ; toutefois, je suis absolument certain de n’être jamais passé dans la localité où je me trouvais ce soir-là.

Quand je descendis du bateau, j’aperçus dans le lointain les fanaux d’un pont à ma gauche ; et me rappelant que le pont était situé en face de la rue où se trouvait mon hôtel, je m’acheminai le long des quais dans cette direction. J’avais parcouru une petite distance, lorsque tout à coup je fus saisi d’une impulsion irrésistible à revenir sur mes pas, à laquelle instantément j’obéis. Je ne vqyais rien, je ne sentais

rien, je n’éprouvais pas même l’impression d’un danger, mais uniquement le besoin irrésistible de revenir en arrière. Je me rappelle parfaitement que ma raison se rebellait, et je me traitais moi-même de sot pour avoir abandonné la voie directe et m’être acheminé de travers, avec la perspective de me perdre dans le dépôt de la gare si embrouillé, et de devoir me hisser en grimpant au-dessus de quelque grille de dix pieds de haut. Je riais de moi-même, et, chemin faisant, je continuais à m’apostropher : <c Mais fou que tu es ! Pourquoi fais-tu cela ? Où vas-tu ? » Avec tout cela l’impulsion était plus forte que ma raison, et je poursuivais toujours, jusqu’au moment où je retrouvai le bon chemin, puis l’hôtel ; et je ne tardai pas à oublier l’incident.

Le lendemain, je tombai par hasard à l’endroit en question, et je découvris que lorsque, le soir précédent, j’étais revenu brusquement en arrière, je me trouvais à quelques pas du point où se termine le plan du quai, qui aboutit ensuite à l’eau avec une descente si rapide, que personne n’aurait pu s’y maintenir, à moins qu’on ne s’y fût aventuré avec des précautions suprêmes. Si, dans l’obscurité, j’avais mis le pied en dehors du plat de la route, j’aurais immanquablement perdu l’équilibre, et j’aurais roulé dans le fleuve ; et comme je suis inexpérimenté dans la natation et que j’étais embarrassé par un lourd manteau et un sac passé en bandoulière, je me serais noyé sans conteste possible.

L’importance du fait consiste en ceci (et je l’affirme sur ma parole d’honneur) que mon tempérament n’est nullement impulsif, mais persévérant et raisonneur.

Donc mon acte était contraire à ma nature, et les protestations inutiles de ma raison contre un procédé

qui me paraissait absurde et fou, m’ont persuadé de ce que cet acte n’est explicable que de deux manières : ou j’ai été influencé par une intelligence extrinsèque, ou mon « subconscient » a agi d’après des perceptions que mon « Moi conscient » ne pouvait pas percevoir. — Je remarque que je n’ai jamais eu de ma vie d’autre expérience supernormale que celle-ci. ( Signé : Marshall Wait, Chicago, Madison Avenue Hyde Park, 5-144).

Myers, avec sa prudence habituelle, ajoute que le relateur pourrait avoir eu l’intuition du danger « par les exhalaisons de l’eau bourbeuse devenues plus intenses, ou peut-être une vague différence dans l’aspect des ténèbres, ou aussi dans la résistance de l’air ». — Toutes suppositions qui ne me convainquent guère ; on pourrait plutôt supposer un phénomène de perception supernormale subconsciente (télesthésie) avec transmission relative du message au Moi conscient ; mais il resterait alors à expliquer comment cette émergence sporadique des facultés supernormales s-ubconscientes se soit produite à si bon point chez un individu qui n’en avait jamais expérimenté de sa vie.

CXXXV e Cas. — Dans les Souvenirs Auto biographiques du grand sculpteur Jean Dupré, édités par les successeurs de Le Monnier (p. 353), on peut lire l’épisode suivant :

J’avais tu un fait que j’aurais dû raconter depuis longtemps, tout à fait domestique, intime, d’une

singularité extraordinaire, et cela par un sentiment que je ne sais pas bien définir ; en me rappelant désormais ma chère femme, et mes enfants morts, je sens comme une voix intérieure qui me dit : « Raconte, écris le fait comme il est, sans rien lui ajouter ou lui enlever, et même sans le juger ». — Le voici : Ma seconde petite fille, Caroline, fut envoyée en nourrice, et ce fut la seule ; les autres furent élevés par leur bonne mère, mais cette dernière ne put s’occuper de Caroline pour des raisons de santé. La nourrice de notre enfant demeurait à Londa, sur la Rufina ; l’enfant s’élevait bien ; mais tout à coup une éruption très étendue et très mauvaise la mit en danger et la nourrice nous écrivit d’aller la voir. Sans perdre un moment, je louai une calèche et partis avec ma femme. Arrivés au Pontassieve nous nous repliâmes vers la Rufina, et de là poursuivîmes notre route pour Londa ; en haut d’une montagne, en partie boisée de châtaigniers et en partie nue et pierreuse, nous atteignîmes enfin à la maisonnette de la nourrice de ma petite. La route contourne la montagne, et, à certains points, est si étroite, qu’à grand’peine une voiture peut y passer, et c’est naturel ; qu’a donc à faire une voiture sur cette montagne, parmi ces chaumières ? Mais, tant bien que mal, nous arrivâmes. L’enfant était très malade, et ne donnait plus désormais aucun espoir de guérison ; nous demeurâmes un jour et une nuit, et, lorsqu’elle eût donné les ordres pour le cas, hélas certain, de la mort du petit ange, j’emmenai sa mère en pleurs, avec beaucoup d’efforts. Comme je l’ai dit, la route était étroite ; et dans la descente, nous avions à notre droite le sommet de la montagne, à gauche et presque à pic un torrent très profond j j’ignore si

c’est le Rincine, ou la Moscia, ou un autre. Le cheval allait d’un trot raisonnable, pour la facilité de la descente, et la sûreté qu’il ressentait du frein que j’avais mis aux roues ; ma femme, les yeux en pleurs, murmurait des paroles d’espoir à propos de la guérison de l’enfant ; le ciel était limpide et le soleil s’était levé depuis peu ; on ne voyait personne sur la montagne, et nulle part ailleurs ; tout à coup, on entendit une voix qui dit : « Arrêtez ! » — La voix semblant venir du côté du mont, ma femme et moi nous retournâmes de ce côté, et je modérai 1 allure du cheval, mais nous ne vîmes personne. Je touchai le cheval pour continuer, mais en même temps la voix se fit de nouveau entendre, et plus forte disant r « Arrêtez, arrêtez ! »

Je retins les brides et j’arrêtai ; cette fois ma femme après avoir regardé et regardé comme moi sans apercevoir âme qui vive, eut peur. — « Courage, allons — dis-je — de quoi as-tu peur ? Vois, il n’y a personne, et par conséquent personne ne peut nous offenser ». — Et, pour mettre un terme à cette espèce d’angoisse que je ressentais aussi, je donnai un coup de fouet au cheval ; mais dès qu’il voulut faire un pas, nous entendîmes par trois fois distinctement et plus fort la même voix crier : « Arrêtez, arrêtez,, arrêtez ! » — J’arrêtai, et sans savoir que faire ni que penser, je descendis et j’aidai à descendre ma femme toute tremblante ; et quel fut notre étonnement, notre peur, notre reconnaissance, de cet avis qu’on nous avait donné d’arrêter ! L’esse était sortie de la roue de gauche ; celle-ci était toute pencnée et allait sortir de son pivot, presque rasant le précipice. Avec toute ma force, je relevai de ce côté la calèche et repoussai la roue à sa place, je courus en arrière

pour voir si je retrouvais l’esse, mais je ne la retrouvai pas, j’appelai et rappelai la personne qui m’avait avertie pour qu’elle me secourût et que je pusse la remercier, mais je ne vis personne ! En attendant, il était impossible de continuer de cette façon ; le village de la Rufina était éloigné, et nous aurions bien pu faire cette route à pied ; mais comment la calèche aurait-elle pu poursuivre sa route sans l’esse ? Je me mis à chercher dans la montagne un morceau de bois ; l’ayant trouvé, je le pointai et l’enfonçai à l’aide d’une pierre à la place de l’esse ; mais quant à remonter en voiture, il n’y fallait pas songer. Je pris le cheval par la bride, et nous descendîmes pas à pas à la Rufina j ma femme et moi ne parlions pas, mais de temps en temps, nous regardant, nous nous communiquions en silence le danger couru, l’avertissement extraordinaire. A la Rufina, un charron nous remit un esse, et nous retournâmes sans encombre à la maison. Si celui qui rit veut rire, libre à lui ; mais moi, je ne ris pas ; même, devant la vérité et le sérieux de ce fait, advenu il y a bientôt quarante ans, à présent comme alors je me sens envahi de confusion et de stupeur.

Dans le cas ci-dessus, le phénomène d’hallucination auditive véridique ne pourrait être que bien difficilement attribué à un fait de perception subconsciente de la perte de l’esse ; surtout si l’on songe que la voix hallucinatoire fut entendue par les deux protagonistes.

CXXXVI e Cas. — Le capitaine W. Everett, de la Société de navigation « Merthyr », qui

exerce le cabotage entre Bristol et Carmarthen, envoie au Light (1910, p. 47) le fait personnel suivant :

Je me trouvais dans le canal de Bristol, à la hauteur de Barry ; le pilote, homme très âgé, se tenait au timon, j’avais accompli mon quart, et je me trouvais dans ma cabine, plongé dans le sommeil, lorsque je fus éveillé tout à coup par une voix qui m’appelait. Je restai un moment aux écoutes, puis je reposai ma tête sur l’oreiller pour me rendormir, mais l’appel se renouvela avec un timbre vocal des plus insistants.

Sans demander qui m’appelait, ou, pourquoi on m’appelait, je sautai de ma couchette, et, tel que je me trouvais, je montai en courant. Malgré les ténèbres, j’aperçus à très brève distance l’ombre d’un autre paquebot qui nous coupait la route. Dans un éclair, je compris notre situation réciproque, je courus au timon (à 40 pieds de distance), j’en arrachai la roue des mains du pilote, et je changeai brusquement la direction, évitant ainsi le choc par un écart de quelques pouces !

La voix entendue était absolument humaine. Je dois ajouter que j’ai perdu père,mère, frère, et que parfois, assis tout seul dans ma cabine, j’éprouve l’impression de leur présence. (Signé : W. Everett).

A la rigueur, on ne pourrait pas exclure en ce cas la possibilité d’une action télépathique dérivant probablement de la pensée anxieuse du pilote de l’autre paquebot ; mais on pourrait objecter à cela que c’est le capitaine Everett qui changea de route, ce qui prouverait que

CXXXVII e Cas. — Il a été publié par Myers {Proceedings of the S. P. R ., Vol. VIII, p. 401) et je l’ai cité une première fois dans mon travail : Symbolisme et phénomènes métapsychiques.

Le percipient, Mr. Brighten, de profession légale, est une personne connue de Podmore, qui le tient pour un homme intelligent, perspicace, de tempérament pratique et équilibré.

Il raconte qu’en l’année 1861 un sien ami, James Clarckburn, ayant acheté un bateau à vapeur pour la navigation fluviale, l’invita à faire avec lui une excursion de plaisir. Ils partirent de Norwich, et après une journée de navigation le long du fleuve, ils s’amarrèrent le soir à Yarmouth, peu distant de l’embouchure, assurant avec des cordes le bateau, à la proue et à la poupe, à une embarcation voisine. Après quoi, vers 9 heures et demie, ils se retirèrent dans leurs cabines respectives. Il continue :

Je pouvais avoir dormi quelques heures, lorsque je commençai à rêver. J’imaginai que j’ouvrais les yeux et voyais à travers le plafond de la cabine, de manière à discerner deux ténébreux fantômes suspendus en haut près du tuyau de la cheminée. Ils paraissaient plongés dans une vive conversation, et faisaient allusion tantôt à l’embouchure du fleuve, tantôt aux câbles qui retenaient l’embarcation. Enfin, ils se séparèrent en gesticulant et en clignant

de l’œil comme s’ils s’étaient entendus sur un plan d’action établi entre eux. Toujours suspendus en l’air, ils se portèrent l’un à la proue et l’autre à la poupe, tenant tous deux l’index étendu, avec lequel ils touchèrent simultanément l’un des deux câbles d’amarre, qui flambèrent comme s’ils avaient été touchés par un fer rouge. Le bateau, désormais libre,, fut entraîné à la dérive ; il passa le pont suspendu, puis celui de fer, traversa le large de Braidon, le pont de Yarmoutli et la longue ligne de bâtiments qui y sont ancrés. Pendant ce temps, les deux fantômes, toujours suspendus en l’air au-dessus du bateau, émettaient d’étranges sons musicaux. J’aurais voulu réveiller mon compagnon, sachant bien que si le courant nous entraînait à l’embouchure, nous naufragions inévitablement en passant le barrage ; et, dans le rêve, je tentais de me délivrer de l’incube qui m’oppressait, mais inutilement. On courait toujours ; le long du parcours mes yeux discernaient chaque objet ; nous dépassâmes Southtown, puis le village de Gorleston, et enfin on arriva au dernier tournant du fleuve où l’eau court avec précipitation surmonter le barrage et se confondre à la mer. En un instant, nous fûmes engagés dans ces tourbillons, et je m’aperçus que le bateau commençait à couler. Cependant les sons musicaux émis par les deux fantômes se transformèrent en terrifiants hurlements de triomphe. L’eau m’arrivait à la gorge, je râlais, je me noyais. Avec un effort désespéré, je sautai au bas de ma couchette et je me dirigeais à la porte que j’enfonçai d’un coup. Je me retrouvai réveillé et en chemise en face d’une nuit sereine éclairée par la lune. Instinctivement, je tournai les yeux au cordage de poupe, et je constatai avec terreur qu’à ce mo-

ment précis, l’amarre s’était déchirée. Je me dirigeai vers le croc de la proue, et je vis à mon côté mon compagnon, accouru au bruit de la porte fracassée, qui, en criant, faisait allusion à l’amarre perdue. Nous nous accrochâmes tous deux désespérément aux crocs avec nos mains, sans faire attention au sang qui en sortait, et nous commençâmes d’appeler au secours. Des hommes de l’embarcation voisine ne tardèrent pas à arriver et purent nous fournir à temps de nouveaux cordages. Le danger passé, mon ami commença à me gronder pour la porte perdue, ce à quoi je répondis par le récit du fait, qui me laissait encore dans une grande agitation.

Le matin suivant, réfléchissant d’un esprit tranquille sur l’événement je me persuadai que si, au moment où les cordes lâchèrent les amarrres, nous avions tous deux continué de dormir, le drame rêvé se serait inexorablement réalisé dans tous ses détails ». (Signé : William E. Brighten.)

Si l’on veut expliquer cet épisode sans s’écarter de l’hypothèse subconsciente, il faut le considérer comme télesthésique pour la perception initiale, et prémonitoire pour les conséquences. En ce cas, la personnalité subconsciente de Mr Brighten, ayant perçu dans le sommeil que les amarres se relâchaient sous la tension du courant, se serait empressée de le réveiller au moyen de visions symboliques terrifiantes choisies dans le bagage onirique.

Myers est perplexe sur la vraie signification du symbolisme de ce rêve ; et, considérant ce dernier avec un autre plus significatif dont le

même percipient fut le héros, il est porté à y voir une intentionnalité d’origine extrinsèque.

CXXXVIIR Cas. — Le Rév. B. F. Austin raconte l’épisode suivant, sur lequel il fit des recherches :

Michel Quinn est un douanier de la voie de Buttzville (Oxford) qui fut remercié et récompensé par la Direction des chemins de fer pour avoir, mercredi dernier, conjuré une catastrophe du train direct.

La manière dont il la conjura est digne d’attention. Vingt minutes avant le passage du direct, il avait vu défiler un train de marchandises devant sa guérite de douanier, et tout de suite après avait été saisi par un sentiment étrange de danger imminent. Il ne savait pas se l’expliquer, ne comprenait pas à quoi il se rapportait, mais se sentait l’âme oppressée par une anxiété profonde ; enfin, l’anxiété devint une angoisse, et l’impression se concréta dans l’intuition qu’un grave dégât s’était produit en quelque point des alentours.

Alors il se mit à courir derrière le train de marchandises, et, à un quart de mille de sa guérite, il trouva un rail brisé et déplacé par le passage du train ; et comme il s’agissait d’un rail à forte courbure, le train suivant se serait inévitablement précipité dans la plaine située au-dessous. Il improvisa comme il put un drapeau rouge avec son mouchoir, et, revenu en courant à sa guérite, il l’agita devant le direct, réusissant à le faire arrêter. — En peu de temps les ouvriers du chemin de fer procurèrent un nouveau rail, et le direct put repartir ». (Signé : Rév. B. F. Austin, dans le Light , 1904, p. 416).

Le Rév. Austin ajoute :

On se demande spontanément : « Quelle est l’origine du sentiment de danger imminent dont fut envahie l’âme de Quinn ? Son « Moi subconscient »■ a-t-il peut-être pu percevoir à l’aide de la clairvoyance l’incident du rail ? Ou serait-ce au contraire une Intelligence spirituelle qui, trouvant chez le douanier un sensitif l’aurait impressionné télépathiquement sur le dégât et le danger imminent ? »

CXXXIX e Cas. — Je l’extrais du Light (1897, p. 135). On n’indique pas le nom de la relatrice, dont on parle en ces termes :

« ...L’incident se produisit dans la maison de la relatrice à Meerat (Indes occidentales), et aucun doute ne peut exister sur son authenticité ; les sœurs en question sont connues des principales familles résidant à cet endroit, et de différents officiers de l’armée anglaise...

...L’une d’elles était un soir assise et lisait à la clarté de la lampe ; à un moment donné, jugeant que l’heure était venue de se retirer, elle leva les yeux de son livre, et vit avec un immense étonnement un homme assis devant elle, et plus précisément interposé entre sa personne et la salle de bains . Elle ne connaissait pas l’intrus, qui dirigeait son regard sur elle dans une attitude calme et sereine » toutefois sa surprise était trop grande pour qu’elle pensât à lui demander le motif de sa présence chez elle. Elle demeura comme étourdie, le regardant, puis l’idée lui vint que l’intrus pouvait n’être pas une personne réelle, mais un visiteur de l’Au-Delà...

Elle continua de regarder en silence, tandis qu’en silence le mystérieux visiteur fixait sans interruption son regard sur elle. Combien s’est prolongée cette situation, la percipiente ne saurait le dire, mais probablement elle ne dura pas longtemps, et elle se termina par la dissolution rapide du fantôme...

C’était l’heure du bain du soir ; avant de s’apprêter à le prendre, elle voulut délivrer deux petits chiens attachés dans la chambre voisine. Elle ouvrit la porte, et les petits chiens se précipitèrent en aboyant furieusement dans la direction du bain. La dame regarda, et, au fond de la salle, vit un monstrueux petit serpent « cobra » dont la morsure cause une mort foudroyante. Elle fut prompte à fermer la porte, et, ce faisant, vit le reptile se retourner et s’introduire dans l’orifice où passaient les tuyaux de l’eau, orifice laissé par incurie plus large que le nécessaire.

Si la dame s’était directement rendue au bain, comme elle aurait fait indubitablement si le visiteur fantôme ne s'était pas interposé , sa vie aurait été sacrifiée.

Ici aussi, la vision prémonitoire pourrait être réduite à un phénomène de déterminisme symbolique causé par une perception subconsciente du reptile « cobra ».

Ici, je mets un terme aux citations d’exemples où les prémonitions qui sauvent reflètent des circonstances de faits déjà existants , ou des événements qui se déroulent déjà à la proximité des percipients

au moment de la prémonition, pour passer à ceux où les prémonitions qui sauvent reflètent des événements fortuits qui se sont réalisés après un intervalle de temps plus ou moins long.

CXL e Cas. — Le Prof. Th. Flournoy ; dans son ouvrage Esprits et médiums (p. 316), cite le fait suivant personnellement étudié par lui :

Le cas est celui d’un grand commerçant, que son esprit d’entreprise et ses affaires ont beaucoup fait voyager à travers l’Amérique du Sud. D’après les récits que j’ai recueillis de sa bouche, il a entendu à diverses reprises, au cours de son existence mouvementée, une mystérieuse voix blanche , toujours la même, lui donner des conseils ou des avertissements très courts et incisifs. De tempérement essentiellement pratique et positif, étranger à toute préoccupation philosophique ou religieuse, M. X. n’a aucune théorie sur cette voix, et il s’est contenté d’en enregistrer avec étonnement les manifestations.

Voici deux cas où elle lui sauva la vie, ainsi qu’aux Indiens qui l’accompagnaient et lui servaient de guides dans ses expéditions aventureuses.

Une fois, comme sa troupe venait de faire halte au pied d’un arbre énorme pour y préparer le repas, M. X. entendit tout à coup la voix lui commander : Sauvez-vous ! Et il força ses gens à déguerpir ; à peine s’étaient-ils éloignés, que l’arbre s’abattit avec fracas sur la place qu’ils avaient occupée. Ils eussent tous été écrasés sans cette prémonition. L’examen du tronc rompu montra qu’il était entièrement rongé, et pour ainsi dire, vidé, par des termites.

Une autre fois, descendant un fleuve en canot, ils allaient couper un contour en rasant un promontoire, lorsque cette même voix lui ordonna de traverser immédiatement le courant pour gagner au plus vite l’autre rive. Gela paraissait si absurde qu’il dut coucher en joue, avec son fusil, ses rameurs récalcitrants et les menacer de mort pour les obliger à obéir. Ils n’avaient encore traversé qu’en partie, lorsque le promontoire s’effondra, causant dansl’eau un tourbillon qui faillit les faire chavirer et qui les eût infailliblement engloutis s’ils avaient continué dans leur direction primitive.

Le Prof. Flournoy ajoute :

Dans ces deux occasions, la voix, au dire de M. X., avait un caractère tellement impératif qu’aucune hésitation n’était possible et qu’il fut absolument contraint de lui obéir et de faire obéir ses hommes. L’automatisme verbal, en d’autres termes, était doublé d’un automatisme cénesthésique et émotif (sentiment de danger imminent et impulsion à fuir) irrésistible dont le point de départ se trouvait sans doute, d’après tout ce que l’on sait des phénomènes de ce genre, dans des perceptions visuelles (traces de termites, aspect des rives minées par l’eau, etc.), ou auditives (craquement préliminaires),, restées inconscientes ou inaperçues pour la personnalité ordinaire.

J’observe que le Prof. Flournoy se montre' trop catégorique dans l’expression de ses convictions ; si les hypothèses qu’il énonce semblent scientifiquement légitimes, les déclarer sans doute réelles n’est pas conforme aux règles de prudence

■scientifique. D autant plus que s’il s’était agi <le perceptions « de traces de termites ou de cra^ quements préliminaires, ou de l’aspect des rives minées par 1 eau », les premiers à s’en apercevoir auraient été les Indiens, très familiarisés avec les dangers que présentent leurs forêts, et doués d un instinct incomparable pour les pressentir.

En outre, on ne peut que tenir compte du fait qu il existe un grand nombre d’épisode analogues constatés en des circonstances permettant d’exclure d’une manière absolue l’hypothèse des perceptions subconscientes ; il serait donc tout aussi légitime de supposer que si ces derniers sont probablement déterminés par des causes extrinsèques aux sensitifs, les mêmes causes peuvent parfois se mettre en œuvre aussi dans les cas où l’évidence est moindre (et parmi lesquels il y en a certains comparables aux meilleurs pour leur efficacité impressionnante).

CXLI e Cas. — Le D r Hodgson fit à ce propos une enquête rigoureuse, et Myers le publia dans les Proceedings of the S . P. R., Vol. XI, p. 424.

M. C. Hazen Brown écrit de Boston, à la date du 17 août 1894 :

... Il y a quelques semaines, il m’arriva de devoir consulter un dentiste, et à l’heure fixée je me rendis dans son cabinet j je l’y trouvai dans un état de surexcitation extreme à cause d’un incident étrange et dramatique qui lui était survenu un moment plus tôt. Le cabinet est situé rue Tremmont; c’est une belle et

grande chambre, à un angle de laquelle, et précisément au point le plus éloigné de la fenêtre, le dentiste a place son laboratoire, en l’isolant avec une cloison. La se trouvait une petite chaudière en cuivre, dont il se servait pour la fusion de la gutta-percha servant a fixer les dents postiches. Il était occupé à la réparation d’un dentier, et se tenait courbé sur son banc, près de la chaudière en ébullition, lorsqu il entendit tout à coup une voix lui crier avec un accent impérieux : « Cours à la fenetre . V îte . »

Et tout de suite la voix répéta, excitée, la meme injonction : Cours à la fenêtre ! Vite ! » Sans chercher d’où lui venait cet ordre, il courut à la fenetre, se pencha, regarda dans la rue : et voici que simultanément se produisit une explosion terrible dans son laboratoire. La petite chaudière avait éclate et un fragment s’était enfoncé dans le plafond. Le dentiste se précipita dans le laboratoire, où la violence de 1 explosion avait tout fracassé ; le banc lui-meme était réduit en miettes, quoiqu’il eût une épaisseur de deux pouces. Les voisins accourus au bruit turent stupéfaits du récit que leur fit le dentiste 11 était seul dans le cabinet, et ne peut pas s expliquer le mystérieux avertissement. a ,

La chaudière était munie d’une soupape de surete ; mais il résulta de l’examen des fragments quelle n’avait pas fonctionné parce quelle était oxydee et

Voilà le fait, tel que me le raconta le dentiste au milieu, des ruines du laboratoire et du cabinet, lesquelles confirmaient ses dires. Comme on sait, un fragment de la chaudière, du poids de 10 livres environ, s’était enfoncé au plafond, ce qui démontre que la puissance explosive était relativement

grande ; en effet, la pression, au moment de l’explosion, devait être environ de 30 livres par pouce carré. Il est indubitable que si cette mystérieuse voix amie n’était intervenue, le dentiste aurait été gravement blessé ou tué. Il s’agit donc d’un épisode du plus grand intérêt. (Signé : G. Hazen Brown).

(Le D r Hodgson alla interroger le dentiste, et obtint la pleine confirmation des faits. Le dentiste ajoute n’avoir pas reconnu la voix, et n’avoir eu dans sa vie aucune autre expérience supernormale).

Myers, en rapportant le cas, observe qu’il n’est pas facile de trouver pour lui une origine hyperesthésique ; et la chose est évidente, mais on ne manquerait pas d’hommes de science prêts à résoudre le mystère en émettant la sentence que la personnalité subconsciente du dentiste, ayant eu la perception de la soupape oxydée et du danger qui en dérivait, en avertit la personnalité consciente par la voie hallucinatoire. On pourrait objecter à tout cela que la soupape était oxydée depuis longtemps, et que depuis longtemps la chaudière fonctionnait ; donc, il faudrait expliquer comment la personnalité subconsciente a pénétré le danger justement le jour où l’oxydation devait causer le désastre, et comment elle a deviné justement l’instant mathématique où la chaudière devait éclater ; autant de mystères à résoudre, mais qui n’embarrasseraient nullement certains hommes de science : il existe une crédulité scientifique comparable en tout à la foi aveugle des vrais croyants. Entendons-

nous : les phénomènes des personnalités subconscientes existent, les automatismes existent; la cryptomnésie est fondée; les phénomènes en général de perceptions hypéresthésiques sont fondés; mais c’est une illusion inconcevable que l’obstination à vouloir tout resserrer dans les limites étroites de ces hypothèses ; et ceux qui s’y complaisent ne parlent plus au nom de la science; mais de la foi combinée à la fantaisie poétique.

CXLII e Cas. — Une dame amie de Myers écrivait à ce dernier le 3 juin 1890.

Dans la nuit du 21 mai 1890, je me trouvais à F. Angleterre) ; et comme ma petite fille dormait avec moi, je gardais dans ma chambre une veilleuse constamment allumée, qui était posée sur une console en bois, et consistait en une soucoupe remplie de substances grasses avec une mèche, ce qui n’avait jamais causé d’inconvénient d’aucun genre. Il était environ 1 h. 3 /4 du matin, lorsque je fus subitement éveillée par une voix qui m’appelait ; et il ne s’agissait pas d’une impression , mais d’une voix naturelle très distincte, qui résonnait à mon oreille quand je m’assis en sursautant sur mon lit. Et d’autant plus profond était mon étonnement, que je m’étais entendue appeler avec une abréviation de mon nom que personne n’employait en Angleterre. Quand je fus convaincue que tout était tranquille, je m’étendis de nouveau, réfléchissant sur la voix mystérieuse, et par dessus tout impressionnée par le fait de ce nom familièrement caressant avec lequel on m avait ap-

pelée, et que je n’entendais plus depuis si longtemps

Une demi-minute plus tard, Tabat-jour de la veil leuse prenait feu, et tout de suite la matière grasse contenue dans la soucoupe s’enflammait et entamait le bois de la console ; or, la flambée se serait étendue au lambris de la paroi, si je n’étais accourue prompt tement pour éteindre le feu lorsqu’il était encore temps ; et si j’ai pu le faire, je le dois à qui m’a éveillée. (Proceedings of the S. P. R ., Vol. XI, p. 419/

Ici, il ne semble guère possible d’attribuer le phénomène prémonitoire à des perceptions subconscientes, vu que lorsque la voix se fit entendre, éveillant le percipient, le péril annoncé n’existait pas encore, et que la percipiente, éveillée, ne parvint à rien trouver d’insolite, quoi qu’elle prêtât d’attention.

CXLIII e Cas. — M me Florence Montague, dont le nom est bien connu parmi les spiritualistes anglo-saxons, publiait dans le Philosopliical Journal de Saint-Francisco (Californie) à la date du 3 février,4e récit suivant :

J’étais secrétaire-correspondante de la Société féminine de secours aux marins, et, durant l’absence du chapelain, je le remplaçais. Ma tâche n’était pas bénigne durant cette période de luttes intestines, où de fréquentes crises éclataient entre nos protégés et les affiliés à l’« Union des Marins », à laquelle les nôtres n’avaient pas voulu adhérer. Des lettres anonymes étaient même parvenues à la direction, où l’on menaçait de faire sauter l’édifice...

Comme j’ai pour habitude de me lever tard le matin, et que la lumière dérangeait mon sommeil, T’avais obvié à cet inconvénient en plaçant la tête du lit dans l’arc de la fenêtre.

Une nuit de l’automne 1892, bien que tombant de sommeil, il m’arriva le fait étrange de ne pas pouvoir me coucher parce que chaque fois que je m’approchais du lit, une mystérieuse influence m’obligeait à m’en éloigner de nouveau. Je cherchai à me distraire par la musique et la lecture, mais je ne résistai pas longtemps, et je me couchai. J’allais m’endormir, lorsque tout-à-coup je fus possédée par la pensée que je devais écarter le lit de la fenêtre.

En ce temps là, je n’étais pas spiritualiste, et mes connaissances sur l’argument étaient très rudimentaires ; je luttai donc contre cette impression, qui me paraissait irraisonnable, aidée en cela par ma répugnance naturelle à me lever ; toutefois, je ne parvins à m’endormir qu’après de longs efforts.

Je ne saurais dire combien de temps je dormis, mais je m’éveillai au son de ma propre voix qui criait automatiquement : « Lève-toi et retourne le lit ». Même cette autre étrange circonstance ne réussit pas à m’impressionner ; toutefois, je me résolus à obéir à l’ordre pour en finir avec mon extravagante obsession, et pouvoir dormir tranquille. Je me levai, et sans même allumer le gaz, je me mis à traîner le lit en l’éloignant de la fenêtre ; mais le meuble était lourd, et j’étais pleine de sommeil; en outre un pied du lit s’embarrassa dans le tapis, de sorte que j’interrompis le travail au beau milieu, et le lit resta la tête dans l’angle opposé à la fenêtre, c’est-à-dire au point le plus éloigné d’elle. Je me recouchai, et me rendormis immédiatement.

Des heures ou des minutes pouvaient s’être passées, lorsque je me réveillai en sursaut éprouvant un sentiment de secousse et de pression par tout le corps, mais surtout à la tête ; et lorsque je me rendis pleinement compte de ce qui arrivait, j’étais au milieu d’un vacarme épouvantable, suivi d’un ébranlement indescriptible.

Tout le monde se rappelle à San-Francisco 1 attentat à la dynamite contre la « Maison des Marins >'. Cette nuit-là, heureusement, l’inexpérience des malfaiteurs fit que le vieil édifice et les centaines de personnes qui l’habitaient furent sauves. La construction fut d’ailleurs secouée dès les fondements ; tous les carreaux se brisèrent en miettes, des crevasses se produisirent dans les murs, et plusieurs s’écroulèrent. Un fossé d’une profondeur de 2C pieds ompêcha le trafic de la rue pendant plusieurs jours ; le grondement fut entendu à dix milles à la ronde.

La fenêtre où se trouvait la tête de mon lit n’était plus qu’un amas de pierres, de chaux et de vitres brisées ; la fenêtre entière et un morceau du mur étaient complètement abattus. Le mystérieux avertissement m’avait sauvé la vie !

Il y a dans ce cas la circonstance des lettres anonymes menaçantes, qui ne pouvaient qu avoir impressionné la relatrice. Il existait donc une prédisposition à craindre la réalisation dans la nuit des menaces criminelles, ce qui, infirmerait en partie l’interprétation de l’incident dans un sens prémonitoire, et pourrait ainsi le faire attribuer à une « coïncidence fortuite ».

Toutefois, pour peu qu’on réfléchisse aux

formes impulsives réitérées et irrésistibles qui poussèrent la sensitive à agir, on doit en conclure que l’hypothèse prémonitoire est encore celle qui se présente sous un aspect plus vraisemblable. En effet, s’il s’était agi d’impulsions subconscientes causées par l’appréhension générique d’un attentat imminent destiné à faire sauter la maison, impulsions qui, par pur hasard, auraient coïncidé avec la nuit même de l’attentat, alorsla sensitive aurait dû — tout au plus — se sentir poussée à fuir la maison qui devait crouler, et non à déplacer purement le lit de la fenêtre : ce dernier détail démontrerait dans la cause agente la perception exacte du point où le danger était circonscrit pour la sensitive, et la claire intention d’agir d’une manière strictement conforme à la situation.

CXLIV e Cas. — Je l’extrais de l’ouvrage de Dale Owen : Footfalls on the boundary of another world (p. 332-335) ; il fut personnellement étudié par l’auteur.

Dale Owen rapporte qu’un jour le sénateur • D r Lynn fut invité à un dîner diplomatique, auquel prenaient part les plus hautes personnalités politiques des États-Unis. Il était désireux d’y assister, mais à la suite d’une légère indisposition, il dut y renoncer, en priant sa femme de s’y rendre à sa place. Dale Owen continue :

Dès le commencement du dîner, M me Lynn fut prise d’un sentiment d’inquiétude très grand pour

son mari, et quoiqu’elle essayât de chasser cette impression en se répétant à elle-même que l’indisposition dont il souffrait était sans aucune importance, elle n’y parvint pas. Elle finit par confier ses inquiétudes au général Macomb, qui, pour la calmer, lui rappela ce qu’elle-même avait dit un instant auparavant, c’est-à-dire que le général Jones était resté tenir compagnie à son mari, et que par consé quent, en cas d’aggravation subite, il n’aurait pas manqué de l’en avertir. Malgré cela l’inquiétude inexplicable qui l’avait envahie augmenta toujours, si bien qu’à la fin du repas elle prit la forme d’une angoisse et d’une impulsion insurmontable à rentrer immédiatement ; elle sentait ne pas pouvoir demeurer un instant de plus.

Le sénateur Wright, remarquant sa pâleur, en fut inquiet, et dit : « Madame Lvnn, vous ne vous sentez pas bien ; dites-moi ce que vous avez ». — « Rien — dit-elle —- mais je sens que je dois rejoindre immédiatement mon mari ». — Le sénateur Wright essaya à son tour de la calmer, et elle lui répondit r « Si vous voulez me rendre un service dont je vous serai reconnaissante pour la vie, excusez-nous auprès du maître de maison, et accompagnez-moi chez mon mari. » — La voyant surexcitée au plus haut degré, il y consentit, quoique le dîner ne fût pas fini; il prit congé et l’accompagna avec sa femme.

Lorsqu’ils furent arrivés devant la porte de la maison, le sénateur Wright prit congé, disant r « Demain, je viendrai prendre des nouvelles, et rire de bon cœur avec votre mari et vous-même de vos frayeurs ».

M me Lynn gravit rapidement les escaliers, et,.

rencontrant la concierge, demanda anxieusement : « Comment va mon mari ?» — « Très bien, répondit cette femme — il a pris un bain voici une heure, et je crois qu’il dort profondément. Le général Jones m’a dit qu’il était complètement remis ». — Ce à quoi M me Lynn répliqua : « Alors, le général Jones est parti ?» — « Je crois que oui, il me semble l’avoir vu passer il y a une demi-heure '».

Rassurée dans une certaine mesure, M me Lynn se dirigea vers la chambre de son mari, et trouva la porte fermée. Dès qu’elle l’eut ouverte, des nuages de fumée très dense et suffocante la firent reculer et chanceler un instant. Elle se remit presqu’aussitôt et entra, constatant que les couvertures et les oreillers étaient en feu, et que de leurs plumes se dégageait cette terrible fumée. Elle se jeta de tout son corps sur le lit pour suffoquer le feu qui brûlait lentement, par manque d’air, mais tout-à-coup une flamme se dégagea par l’ouverture de la porte, et ses légers vêtements flambèrent. Elle fut prompte à se plonger dans le bain, dont une heure auparavant son mari s’était servi ; puis, se remettant à l’œuvre, elle arracha les oreillers et les couvertures, les plongeant à leur tour dans l’eau, non sans se blesser gravement aux mains. Enfin, avec une force redoublée par le désespoir, elle porta en sûreté le corps inanimé de son mari. Alors seulement, elle songea à demander du secours.

Le D r Sewell accourut promptement, et, mettant en œuvre les pratiques habituelles, parvint après plus d’une demi-heure à rappeler l’axphyxié à la vie ; celui-ci fut obligé de garder le lit durant une semaine, et ne se remit complètement qu’après trois mois.

Le D r Sewell put dire à M me Lynn : « Quel bon-

lieur que vous soyez arrivée à temps ! Cinq minutes de retard, trois, même, auraient suffi pour que vous ne retrouviez pas vivant votre mari... »

Ces détails m’ont été rapportés de vive voix par M me Lynn en personne, le 4 juillet 1859, à Washington, et elle me permit de les publier.

Dale Owen ajoute ces réflexions :

Il y a un point, en ce cas, qui mérite une attention spéciale. Dans l’hypothèse selon laquelle l’impulsion insurmontable dont M me Lynn fut envahie aurait une origine spirituelle, une question resterait à résoudre : c’est si l’impulsion doit être considérée comme un avertissement d’un accident déjà existant, ou un pressentiment d’accident qui n’existait pas encore. En d’autres termes s’agissait-il d’un phénomène de clairvoyance dans le présent ou de clairvoyance dans le futur ?

M me Lynn me dit que l’impression d’anxiété pour son mari s’empara d’elle une demi-heure avant qu’elle atteignît une intensité telle à l’obliger d’abandonner le dîner et les convives. Elle ajouta qu’en sortant avec les époux Wright, ils durent revenir à pied, car les voitures pour les invités étaient ordonnées pour onze heures. La distance était d’un mille et demi, et ils mirent plus d’une demi-heure à la franchir. Il s’ensuit que l’impression d’anxiété par laquelle M me Lynn fut obligée de revenir, s’empara d’elle une heure avant, et peut-être davantage, qu’elle n’ouvrît la porte de la chambre conjugale. Les choses étant en ces termes, et le fait ne pouvant être attribué à une « coïncidence fortuite », il faudra conclure qu’il s’agit d’un phénomène de clairvoyance dans le futur.

CXLV e Cas. — Les Docteurs Vaschide et Piéron, dans un article publié par la Revue des Revues (16 juin 1901) et intitulé : De la valeur prophétique du rêve , racontent le cas historique suivant, d’ailleurs très connu :

Une nuit la princesse de Conti vit en songe un appartement de son palais prêt à s’écrouler et ses enfants qui y couchaient sur le point d’être ensevelis sous les ruines. L’image affreuse qui s’était présentée à son imagination remua son cœur et tout son sang ; elle frémit, et dans sa frayeur elle fut réveillée en sursaut et appela quelques femmes qui dormaient dans sa garde-robe.

Elles vinrent recevoir les ordres de leur maîtresse,, elle leur dit sa vision, et qu’elle voulait absolument qu’on lui apportât ses enfants. Ses femmes lui résistèrent en citant l’ancien proverbe que tout songe est mensonge. La princesse commanda qu’on allât les quérir. La gouvernante et les nourrices firent semblant d’obéir, puis revinrent sur leurs pas dire que les jeunes princes dormaient tranquillement et que ce serait un meurtre de troubler leur repos.

La princesse voyant leur obstination et peut-être leur tromperie, demanda fièrement sa robe de chambre. Il n’y eut plus moyen de reculer. On alla chercher les jeunes princes, qui furent à peine dans la chambre de leur mère que leur appartement s’écroula.

M. César de Vesme, Directeur de la Revue d" Etudes Psychiques , rapportant le cas dans son numéro d’août (p. 229) ajoute les commentaires suivants :

Ôn remarquera tout de suite qu’il ne s’agit pas ici de l’appartement de la personne qui rêve, c’est-à-dire de la princesse de Conti, mais de l’appartement des enfants, appartement qui devait être assez éloigné de celui de la mère, sans quoi celle-ci n’aurait pas fait tant de façons pour passer d’une chambre dans l’autre prendre ses fils. Donc, plus de bruits avantcoureurs de l’effondrement. Et il faudra se résigner à faire rire son public en supposant que la princesse de Conti avait remarqué que l’appartement des enfants menaçait de s’écrouler ; mais que cette constatation, qui décelait en elle de si remarquables talents d’architecte, était restée cachée dans sa subconscience, pour ne se réveiller tout à coup — voyez donc quel drôle de hasard ! — que juste au moment où la catastrophe allait se produire. Voilà dans quel excès de crédulité il nous faut tomber, quand nous voulons être par trop incrédules.

CXLVI e Cas. — Le Professeur W. F. Barrett, en recueillant les lettres et les écrits inédits de C. C. Massey pour les publier en volume, retrouva la note suivante, tracée de sa propre main, qui décrit un incident prémonitoire :

Vers le milieu du mois de mai dernier (1897) dans le village de Bank (New Forest, Lyndhurst) où je séjournais, une jeune domestique tenta de se suicider en se jetant dans un puits qui avait 47 pieds de profondeur jusqu’à la surface de l’eau, et 25 autres pieds occupés par l’eau. Le jour se levait à peine au moment de ce fait, et une seule personne à cette heure matinale se trouvait dans le village. C’était un homme qui habilait à côté de moi,

nommé Wiltshire ; et il vit la jeune femme marcher hâtivement devant lui, et gesticuler comme quelqu’un qui est en proie aune grande douleur. Il la perdit de vue un moment, mais ne cessa pas de suivre ses traces, et, s’approchant du puits, entendit descris s’élever de l’intérieur. Il se pencha et la vit suspendue à un clou par ses vêtements. Aussitôt, il fit descendre le seau, auquel la jeune femme s’agrippa ; mais ne parvenant pas à l’attirer seul, il lui cria d’attendre un moment, lui donna des instructions sur la manière de s’accrocher pour ne pas s’exténuer, l’encouragea par de bonnes paroles, et courut dans le village pour ramener du secours.Enfin, il parvint heureusement à la tirer du puits, et la jeune femme dut la vie à la promptitude et à l’énergie de M. Wiltshire.

Je fus aussitôt averti du fait par mon hôtesse. Or, voici la partie étrange de l’épisode : M. Wiltshire, contre son habitude, s’était levé à cette heure si matinale, et il se trouvait dehors avant l’aube, parce qu il avait été appelé , et appelé par son nom à plusieurs reprises. Il n’avait pas reconnu la voix et ne s’en expliquait pas la provenance. Il réveilla son fils, qui lui répondit qu’il n’avait rien entendu; il se mit à la fenêtre, mais la rue était déserte, et personne dans le village n’était levé à cette heure. La voix avait un accent agité, et V impression lui était restée que quelque chose de malheureux se préparait , et quon aurait un urgent besoin de lui. Au commencement, comme il est naturel, il pensa que l’avertissement pouvait se rapporter à ses propres affaires ; comme il était éleveur de bétail, il dit à son fils qu’il allait inspecter les étables, et sortit. — Comme on voit, la tâche qui l’attendait était bien différente. ( Light , 1908, p. 161).

■ Ce cas est théoriquement très intéressant et très instructif. Dans l’hypothèse d’une intervention extrinsèque, il faudrait croire que l’entité communiquante connaissait l’acte de désespoir auquel la jeune femme allait se livrer ; qu elle désirait la sauver, et que, ne parvenant pas à l’impressionner psychiquement, et ne pouvant agir sur ses familiers, dont aucun n’était doué de sensitivité psychique, elle eut recours à 1 unique sensitif du village et l’impressionna conformément à sa propre nature, c’est-à-dire sous forme auditive-intuitive, parvenant ainsi à son but.

CXLVII e Cas. — William Stead, dans le numéro d’octobre 1900 de la Review of Reviens, publiait l’épisode suivant dont la comtesse Schimmelmann, très connue en Norvège pour ses œuvres philantropiques, fut l’héroïne. Elle écrivait :

Il y a deux ans, au cours d’une croisière que nous fîmes avec mon yacht « Duen », nous jetâmes l’ancre dans le Lymfyord. Mon fils cadet, encore enfant, descendit en barque avec un marin, et tous deux s’éloignèrent à coups de rame à un mille et demi du yacht environ. Du haut du pont, je les observais, et l’atmosphère extraordinairement pure des pays du nord me permettait de les voir distinctement. A un moment donné, je vis mon fils se lever, et aussitôt l’embarcation chavirer ; je les vis tous deux nager en s’efforçant de se maintenir à la surface ; enfin je vis mon fils couler lentement, jusqu’au moment

où je ne discernai plus que ses abondantes boucles d’or. L’horrible scène occupa plusieurs minutes, mais j’avais donné l’alarme dès que j’avais vu la barque chavirer ; immédiatement les marins avaient descendu une chaloupe de sauvetage, voguant à Joutes forces vers le lieu du désastre, anxieux d’arriver à temps, mais il était impossible d’y parvenir en moins d’un quart d’heure.

Lorsqu’ils arrivèrent enfin, ils trouvèrent l’embarcation qui flottait de manière normale, et les deux jeunes gens occupés à pêcher tranquillement. Les marins ne comprenaient pas comment ] a\ais pu voir, du pont, ce qui ne s était pas produit, et firent volte-face sans plus, se dirigeant à bord. Mais ils n’avaient parcouru qu’une courte distance, que l’accident perçu par moi un quart d’heure plus tôt se réalisa dans tous ses détails ! Heureusement, la barque était toute proche, et le pilote parvint à s’accrocher à temps aux cheveux de mon fils au moment où il allait disparaître. Son compagnon s’était agrippé à la quille de la chaloupe, et fut sauvé à son tour.

Je ne suis pas sujette à des hallucinations visuelles d’aucun genre ; j’expose le fait tel qu’il se produisit en présence de tout l’équipage, et je ne puis 1 expliquer qu’en le considérant comme un avertissement supernormal ayant pour but de sauver la vie des deux jeunes gens.

Il semble difficile d’appliquer à ce lécit une hypothèse différente de celle que propose la comtesse Schimmelmann, si l’on pense que le fait fut accidentel, par conséquent imprévoyable, et que la vision hallucinatoire précéda

d’un quart d’heure l’accident ; c’est-à-dire, elle se produisit juste au moment mathématiquement nécessaire pour permettre à la chaloupe de sauvetage d’arriver à temps pour sauver les victimes d’un naufrage non advenu encore ; tout cela révélerait une prescience merveilleuse.

CXLVIII e Cas. — C’est Mrs. De Morgan femme du Professeur De Morgan, et auteur de l’ouvrage bien connu : From Matter to Spirit , qui en est la relatrice. Voici ce qu’elle écrit à la date du 11 octobre 1883 :

Voici cinq semaines, je me rendis dans le Dorsetshire avec ma famille, qui se compose de ma fdle, de ma belle-sœur, des quatre enfants de cette dernière, et d’une domestique. Quatre jours avant de quitter Londres, je m’étais réveillée en sursaut avec •cette vision très marquée dans l’esprit : Nous étions assises dans un pré, lisant, lorsque ma belle-sœur se leva d’un trait et courut vers un point du pré où pousssait un épais buisson de ronces, de roseaux, d’herbes sauvages entortillées entre elles. Je la vis retenir l’un des enfants qui courait vers le buisson, et se retourner en s’écriant qu’il y avait là un puits profond sans parapet. A cette nouvelle et à la vue de l’enfant sain et sauf, je poussai un grand soupir de soulagement.

Le rêve — ou la vision — me fit une impression profonde, et je la racontai sans tarder à ma bellesœur, — qui, à son tour, en fit part à d’autres.

Lorsque nous descendîmes à la station indiquée, notre hôte vint à notre rencontre avec la voiture pour

nous conduire au village. Le long du chemin, je demandai s’il y avait des puits découverts dans le voisinage de la maison qui nous était destinée, en lui faisant remarquer que nous avions quatre enfants à surveiller. Il répondit qu’il n’existait dans la maison qu’un puits couvert, surmonté d’une pompe.

Trois ou quatre jours plus tard, ma belle-sœur et moi nous lisions dans un beau pré vert appartenant au maître de la maison, tandis que les enfants jouaient un peu écartés. Tout à coup je vis ma bellesœur se lever et courir vers un point du pré où poussait une foison de ronces, de roseaux et d’herbes sauvages. En même temps, le plus petit enfant, âgé de deux ans, courut aussi vers le buisson, mais sa mère put le retenir à temps, et, se retournant, cria :

« Il y a ici un puits profond et sans parapet ! » — A cette exclamation, nous nous rappelâmes toutes deux la vision, et nous reconnûmes le bien-fondé de nos propositions de prudence. Cependant, le songe fut inutile au point de vue prémonitoire, puisque chacune de nous l’avait oublié après que notre hôte nous eût rassurées. (Proceedings of the S. P. /?., Vol. V., p. 339).

(La belle-sœur de Mrs. De Morgan, M me A. M.

De Morgan, confirme pleinement le récit ci-dessus).

L’observation de Mrs. De Morgan, que le récit fut inutile au point de vue prémonitoire, parce que toutes deux l’avaient oublié, ne doit pas être prise à la lettre, parce que le fait que sa belle-sœur se leva d’un trait pour courir vers l’endroit dangereux, arrivant juste à temps pour sauver le bébé, porte à croire que cet acte est

né d’une impulsion plus ou moins subconsciente, et en rapport avec l’impression demeurée en elle après la vision de Mrs. De Morgan.

CXLlX e Cas. — Myers rapporte le récit suivant d’un curieux incident communiqué par une dame de sa connaissance, dont il n’est pas autorisé à publier le nom (Proceedings of the S. P . R., vol. XI, p. 497).

Nous habitions Hartford Street (Mayfair) et, un jour, je décidai d’aller avec ma voiture trouver un parent à Woolwich, en emmenant la nourrice avec 1 enfant. Dans la nuit, j’eus une vision très vive et très pénible de moi-même en voiture, au moment où nous tournions pour prendre une rue de Piccadilly ; puis de moi-meme qui, descendue avec l’enfant dans mes bras, voyais notre cocher tomber sans connaissance, renversé de son siège sur le sol, et écrasant sous lui son chapeau haut de forme. Cette vision me déconcerta au point que lorsque j’envoyai le matin pour le cocher, j’espérais m’entendre répondre qu’on ne pouvait pas partir à cause de quelque incident ; ce qui m’aurait fourni un prétexte pour aller par chemin de fer. Ce cocher était depuis longtemps à notre service, et c’était un homme de toute confiance, très affectionné. Lorsqu’il se présenta je lui dis que je devais aller à Woolwich, et qu’il voulût bien apprêter la voiture pour dix heures. Sans alléguer de difficulté, il resta hésitant ; je proposai alors de partir à 11 heures, ce à quoi il parut acquiescer avec satis faction. 11 ne me donna aucune explication sur son hésitation, et dit que les chevaux étaient en excellent état. Je lui fis observer que je pouvais très bien par-

tir par chemin de fer, mais il répéta que tout était en ordre.

Nous partîmes pour Woolwich, où l’on passa la journée, et tout alla bien jusqu’au retour, où l’on traversa le quartier de Piccadilly ; là, mon attention fut attirée par le fait que les cochers que nous rencontrions regardaient tous le mien avec une expression étrange. Je regardai a mon tour a travers la vitre de face, et je vis qu’il était assis sur son siège le corps renversé en arrière, comme s’il avait dû refréner la fougue des chevaux emportés, ce qui n’était pas le cas. Nous tournâmes vers Downstreet, et, regardant de nouveau, je m’aperçus qu’il persistait à garder cette étrange position. Alors, je me souvins tout à coup de mon rêve. Je lui ordonnai tout de suite d’arrêter, je pris l’enfant dans mes bras et sautai à terre, après quoi j’appelai un policeman au secours du cocher. Juste au moment où le policeman survenait, le cocher tombait de côté, évanoui, de son siège dans les bras de cet homme ; de sorte que si j’avais tardé une seconde, il se serait abattu sur le pavé de la manière exacte où je l’avais vu en songe.

Je sus ensuite que le pauvre vieillard souffrait d’une grave attaque de dysenterie, et que la fatigue du voyage l’avait épuisé peu à peu jusqu’à provoquer la syncope, il était abstème, et son seul tort avait été de se croire assez fort pour supporter le long voyage.

Ma vision différa sur deux points de la réalité ; l’un, c’est que dans le songe nous arrivions à Downstreet du côté occidental, tandis qu’en réalité nous y arrivâmes du côté opposé ; l’autre que je voyais s’abattre sur le sol mon cocher avec la particularité très précise et très vive du chapeau haut de forme écrasé par terre, alors qu’en réalité cet accident

fut évité par la prompte action à laquelle me poussa le souvenir subit du songe. (Signé : Lady Z.)

Ici, l’accident que ce songe permit d’éviter n’est pas d’une importance aussi légère qu’il le paraît au premier abord, car, sans le songe, le cocher de Lady Z. se serait fracassé le crâne sur le pavé. Et il est extrêmement intéressant de voir que l’accident s’est déroulé à l’angle de la rue et de la manière identique où il fut visualisé, sauf la providentielle variante finale, déterminée par le* souvenir subit du rêve. Cette dernière inexactitude constitue le détail théoriquement le plus intéressant ; on dirait en effet que la cause agente entendit par là présenter un tableau subjectif de l’accident tel qu’il aurait dû se réaliser si l’aveugle chaîne de causes et d’effets s’était librement déroulée, presque en opposition avec la manière dont il évolua par suite de l’intervention prémonitoire. L’ensemble des faits ne saurait donc être expliqué qu’en ayant recours à l’une des hypothèses spiritualistes énumérées au commencement du chapitre.

CL e Cas. —- Ce cas fut en origine publié par la revue allemande Sphinx , et Mrs. Sidgwick l’engloba dans sa classification des phénomènes prémonitoires (Proceedings of the S. P. R ., Vol. V, p. 335). C’est un cas authentifié par de nombreux témoignages, dont les procès-verbaux sont en la possession du Directeur de la revue

citée ci-dessus. La, relatrice, Frau K., décrit en ces termes son expérience :

Une nuit du commencement d’août 1886, j’assistai en rêve à un incendie énorme, dont les phases grandioses provoquèrent en moi un sentiment de terreur paralysante. Quand je m’éveillai, je m’en ressentis au point que si j’avais assisté à un incendie réel, je n’aurais pu être impressionnée davantage. C’est étrange à dire, aussitôt éveilléej la pensée me traversa l’esprit que les cartes-valeurs que nous possédions, et conservées dans le coffre-fort à l’épreuve du feu placé dans la fabrique de bière de M. B., étaient en danger. Je ne me rappelle pas avoir rêvé cette particularité ; et, d’autre part, il n’y avait aucune raison pour la rattacher à l’incendie vu en rêve j cependant, et en dépit de tous mes raisonnements, cette impression non motivée devint intense au point de me remplir d’étonnement et me priver de toute tranquillité ; je me décidai donc à raconter à ma famille le rêve et les inquiétudes qui m’avaient saisie.

Trois jours plus tard, le même rêve se répéta avec une vivacité plus grande encore, comme si l’on avait voulu confirmer ainsi que mes craintes étaient fondées. Et l’inexplicable préoccupation persistait et s’intensifiait, tandis que je percevais comme l’écho d’une voix intérieure conseillant de mettre en sûreté les valeurs. La perte de ces dernières aurait entraîné notre ruine : je n’hésitai donc plus à suivre les conseils de la voix mystérieuse, en priant vivement moi mari de faire retirer ces valeurs du coffre-fort et de les placer ailleurs. Il s’y refusa, observant que mes craintes étaient absurdes, et plus absurde encore l’importance que j’attachais aux rêves* Mais l’anxiété

qui me possédait était assez forte pour me rendre malheureuse, et je ne me lassais pas un moment de l’importuner pour qu’il m’écoutât ; enfin après dix jours d’insistance, il s’y résigna, non pas en considération de mon rêve, mais pour me rendre ma tran- ^ quillité perdue. Dès que je sus les valeurs en sûreté à la banque de Munich, je redevins calme.

Quelques jours après nous partîmes pour le Tyrol, et je n’aurais plus songé à l’incident, si, une troisième fois, je n’avais assisté en songe au même grandiose incendie, et cela dans la nuit du 14-15 septembre. Cependant, au lieu de me sentir envahie par le sentiment de terreur paralysante habituel, j’éprouvai en cette circonstance une impression de grand soulagement à la pensée que nos valeurs étaient en sûreté.

Le matin suivant, je racontai le songe à ma famille, et le lendemain nous arriva la nouvelle que la fabrique de bière en question avait été détruite par un incendie qui avait éclaté le 14 septembre. Nous apprîmes par la suite que rien n’avait été sauvé, et que le coffre-fort à l’épreuve du feu était resté durant 36 heures enveloppé de flammes, de sorte que les papiers et les valeurs qu’il renfermait avaient été réduits en cendres.— Ce rêve nous préserva delà ruine.

(Suivent les attestations du mari de la relatrice, de tous les parents, des amis Herr von M., Frauvon A., Baron von E., et du propriétaire de la fabrique incendiée).

Mrs. Sidgwick ajoute :

Ce cas renferme plusieurs particularités dignes d’attention. D’abord l’anxiété éprouvée par Frau K. à propos des valeurs en danger, unique circonstance établissant un rapport entre l’incendie rêvé et celui

réalisé. Il ne semble cependant pas qu’elle fut causée par le rêve, bien qu’elle ait pu en faire partie et avoir été oubliée comme lui étant rattachée... Un autre point important, c’est le troisième rêve coïncidant avec le moment de l’incendie ; cette coïncidence ajoute indubitablement du poids à la supposition que la série entière des incidents est d’ordre supernormal.

CLI e Cas. *—• Gurney le recueillit, l’étudia, et Mrs. Sidgwick le publia dans les Proceedings of the S. P. R ., (Vol. V, p. 313). La percipiente et relatrice, Mrs. Ray, écrit à la date du 17 septembre 1884 :

Je devais aller passer une journée avec ma sœur résidant à Roehampton, et la nuit précédente, au moment où je m’endormais, j’eus une vision par laquelle j’assistais au versement de la voiture où je devais prendre place à la station de Mortlake, et la voyais se précipiter dans les buissons qui se trouvaient au-dessous. Je m’éveillai en sursaut,, sans accorder d’importance à la vision ; cependant,, au moment où j’allais me rendormir, elle se représenta à moi sous une forme identique ; ceci me rendit nerveuse, mais à la lin je me rendormis et le lendemain je ne pensais plus au rêve.

J’allai par chemin de fer à Mortlake, où je ne trouvai pas la voiture, qui arriva pourtant après quelques minutes. Tout alla bien pour un long trait de route, mais, lorsqu’on parvint au point où l’on monte à la villa de ma sœur, le cheval donna tout à coup des signes de nervosité. Le cocher descendit pour ins-

pecter le harnais ; mais ayant tout trouvé en ordre,, il se remit en route. L’incident se répéta une seconde fois, puis une troisième. Alors, tandis que le cocher rectifiait la disposition des rênes, je me souvins tout à coup de ma vision. Je devins nerveuse, et descendis immédiatement en disant au cocher que je ferais le restant du chemin à pied. Il voulut m’en dissuader, mais voyant ses insistances inutiles, il continua seul avec les valises. Il s’était à peine éloigné de quelques mètres ; le cheval devint si furieux, que Voyant le cocher en danger, je fis signe à quelques passants de courir à son secours, mais avant leur arrivée cheval et cocher se précipitaient du haut de la route dans le buisson situé au-dessous ; et cela de la manière exactement visualisée par moi la nuit précédente, bien que la localité ne fût pas précisément la même. La voiture fut mise hors d’usage, mais le cocher, lorsque je m’approchai, s’écria : « Vous êtes « heureuse d’avoir tant insisté pour continuer à pied ^ « si vous étiez montée en voiture, vous auriez bien « difficilement sauvé votre vie ».

Je fais observer que je n’ai jamais eu peur des chevaux, et que je ne serais certainement pas descendue de voiture si je n’avais eu le souvenir subit de la vision qui précéda le fait ». ( Signée : Emily Ray).

(Le mari de la relatrice confirme ce qui précède).

CLll e Cas. —Le D r Kinsolving, de l’Église Épiscopale de Philadelphie, écrit au D r Hodgson (.Proceedings of the S. P. R ., Vol. XI, p. 495) à la date du 14 octobre 1891, dans les termes suivants :

Voici le rêve au sujet duquel je vous ai écrit : Je

me trouvais dans un bois situé derrière l’Hôtel des Capon Springs, lorsque tout à coup je vis devant moi un serpent à sonnettes, que je parvins à tuer, après quoi je constatai qu’il n’avait que deux vertèbres caudales disséquées (sonnettes), que les os de la queue semblaient mal conformés et proéminents des deux côtés, et aussi que la couleur de sa peau était exceptionnellement déteinte. Au réveil, la vision du reptile resta imprimée dans mon esprit d’une façon très profonde, et j’allais raconter le rêve à ma femme, lorsque je me retins en songeant qu’il était inutile de provoquer en elle des anxiétés nuisibles, car j’avais l’habitude d’entreprendre de longues excursions dans les alentours.

Après le déjeuner, mon frère et moi partîmes pour une de ces excursions le long du versant le plus important des montagnes du nord, et après nous être éloignés de plus de douze milles de l’hôtel, nous résolûmes de descendre dans la vallée pour atteindre plus vite la route qui nous ramenait chez nous. Tandis que je marchais à mi-côte de la montagne, je me ressouvins avec une grande force de mon rêve, et cela avec une si grande brusquerie, que je tressaillis et fus mis en alarme. Je n’avais pas encore fait trente pas, que j’aperçus devant moi un serpent à sonnettes, roulé en spirale sur lui-même, la tête levée, prêt à s’élancer pour frapper. Je restai le pied en l’air, et si j’avais achevé le pas, j’aurais foulé le reptile. Je fus prompt à me jeter de côté en tombant pesamment à terre ; lorsque je fus revenu de ma terrible surprise, je me relevai, et, avec l’aide de mon frère, je tuai le reptile. Or, en l’observant, je constatai que dans tous les détails, il correspondait au serpent à sonnettes que j’avais visualisé en

songe ! Rien ne manquait : la taille, la couleur déteinte, et la conformation défectueuse et particulière des os de la queue.

Il est certain que si je n’ai pas marché sur le reptile, je le dois au souvenir subit du rêve qui me mit sur mes gardes ; toutefois, je ne formulerai aucune théorie spéciale à ce sujet ; car, chaque fois que j’arrête mon esprit sur de telles expériences anormales, j’en sors passablement confus et désorienté. (Signé : G. H. Kinsolving).

(Le frère du relateur, Arthur B. Kinsolving, écrit une longue lettre où il décrit indépendamment le fait ; les deux récits concordent dans tous leurs détails, sauf qu’il parle d’une vertèbre caudale disséquée, au lieu de deux).

S’il s’était agi dans ce cas de la visualisation prémonitoire d’un serpent à sonnettes générique , le phénomène n’aurait pas manqué d’être très intéressant ; mais lorsqu’on pense que le sensitif eut en rêve la représentation fidèle de l’identique reptile mal conformé qu’il aurait rencontré sur son chemin en traversant un bois sans routes, le phénomène devient absolument troublant.

Néanmoins les faits sont les faits, et sans aucun doute les hypothèses des « inférences subconscientes » ou des « coïncidences fortuites » n’expliquent pas celui-ci.

CLIII e Cas. — Le Rév. Phillips raconte le fait personnel suivant :

J’avais quatorze ans, mon père était employé de chemins de fer, et une nuit je rêvai que je le voyais

sur le point de tomber dans une large fente ouverte dans le pont sur l’Hook, à deux milles du pays de Goole. Je m’éveillai en sursaut ; et constatant que mon père était absent de la maison, je m’habillai en hâte, j’appelai le plus jeune de ses subordonnés, le priant de vouloir bien m’accompagner jusqu’au pont en question.

Lorsque nous y fûmes arrivés, nous entendîmes un pas cadencé qui venait dans notre direction ; en même temps se présenta devant mes yeux identiquement le spectacle que j’avais visualisé en rêve : dans le pont s’ouvrait une large fente d’où se dégageaient des nuages de fumée. Mon père était à vingt pas du point, et continuait son chemin en avant parmi le brouillard, avec son habituel dandinement de pas, ignorant de ce qui l’attendait.

Je n’avais jamais traversé le pont, puisque nul n’avait le droit de s’y aventurer en dehors des employés de la compagnie, qui y passaient à leurs risqueset périls.

Mon père n’a jamais douté un instant que mon arrivée providentielle au bout du pont lui ait sauvé la vie, car il ne pouvait pas s’imaginer qu’on eût transporté une partie de l’armature du pont ; et r d’autre part, le brouillard et la fumée l’empêchaient absolument d’apercevoir le manque du court morceau. ( Light , 1905, p. 461).

Le Rév. Phillips, en commentant le cas, voit une intentionnalité et un dessein manifestes dans ce qui lui arriva, et conclut :

Quelque influence ignorée provoqua en moi la visualisation subjective du pont interrompu, la rattachant à l’idée d’un danger imminent pour

mon père, juste au moment nécessaire, c’est-à-dire quand mon père se trouvait encore à trois ou quatre milles du lieu du danger.

CLlV e Cas. — C’est William Stainton Moses qui le rapporte dansleLigfo (1892, p. 181). Il ne donne pas le nom de la protagoniste ; mais d’une autre relation du même fait, parue bien des années plus tard dans la même Revue (1907, p. 64) il résulte qu’elle se nommait Miss Gray, et que la ville où se déroula l’incident était Chicago. Moses écrit :

Une amie personnelle me rapporte ce très remarquable rêve prémonitoire. — Il lui sembla entendre un fort coup frappé à la porte de la maison ; elle regarda et vit un char funèbre arrêté devant la porte. Stupéfaite, elle courut ouvrir. Un homme à physionomie caractéristique et au regard étrange était assis sur le siège du char funèbre, et, la voyant apparaître sur le seuil, il lui demanda : « Mademoiselle, n’êtes-vous pas encore prête ?» — Elle répondit : <( Oh ! non, certainement non ! » et elle lui ferma la porte au nez. L’écho du coup sembla la réveiller en sursaut. Elle resta très impressionnée et très perplexe, ne sachant que penser du rêve et de sa signification probable. Les traits de cet homme demeurèrent imprimés dans sa mémoire comme une obsession, et quoiqu’elle s’efforçât d'en distraire son esprit, elle ne parvenait pas à l’oublier. Elle raconta le rêve à ses parents et à ses amis, qui le discutèrent et le commentèrent avec elle.

Plusieurs semaines se passèrent ; un jour, mon amie entra dans un grand magasin situé au centre de la

ville ; et, devant monter aux étages supérieurs, elle allait entrer dans l’ascenseur, lorsqu’il lui arriva de regarder l’homme préposé au fonctionnement de l’ascenseur. Aussitôt elle recula, terrifiée, ayant reconnu en lui l’homme de son rêve. Et sa consternation s’accrut intensément lorsqu’elle l’entendit l’inviter à entrer avec ces exactes paroles : « Mademoiselle, n’êtes-vous pas encore prête ? — Cette extraordinaire coïncidence raffermit plus que jamais dans son propos de ne pas entrer, et l’ascenseur partit. Il n’était pas encore arrivé au second étage, que le mécanisme se dérangea, la « cage » se précipita dans le vide, brisée, et l’homme fut tué sur le coup.

(Dans le récit publié avec le nom de la protagoniste én 1907, on dit que l’ascenseur, lors de sa chute, était parvenu au quatrième étage, et qu’outre l’homme de l’ascenseur, deux autres personnes furent tuées).

Voilà un autre épisode symbolique où les circonstances prophétisées sont extrêmement complexes et troublantes. Il faut songer que la « cause agente », pour avoir la possibilité de télépat hiser la vision salvatrice à la sensitive, devait connaître plusieurs semaines d’avance qu’à un jour, une heure, une minute donnés, le mécanisme d’un ascenseur de Chicago se serait détérioré, et qu’au momejit précis où il devrait s’élever pour la dernière fois,.la sensitive se serait présentée pour y entrer !

CLV e Cas. ■ —- Je l’extrais du Journal of the * S . P. R ., Vol. VIII, p. 45 ; ce cas est rigoureu-

sement authentique. C’est le'D r Lockart Robertson, de Gunsgreen (The Drive, Wimbledon) r qui le communique. La relation fut publiée d’une manière privée en 1878, et fut rédigée par la percipiente, M me W., femme du Rév.

docteur W., dont il est question dans le récit. Ce dernier ne désire pas que les noms soient publiés. M me W. écrit :

En juillet 1860, j’allai passer quelque temps à Trinity, près Edimbourg, avec ma fille A., alors enfant, et une domestique. Le dimanche 15 du même mois, le Rév. Dr. W. vint d’Edimbourg me trouver, et arriva tard dans l’après-midi. En chemin, il avait entendu parler d’un terrible désastre de chemin de fer qui s’était produit à ce moment sur la ligne Edimbourg-Granton, où une machine avec tender avait déraillé, s’était précipitée du haut du parapet, et trois des cinq hommes qui la guidaient avaient été tués. Il demanda si je ne savais rien là-dessus, et je lui répondis que n’ayant vu personne dans l’aprèsmidi, j’ignorais l’accident, mais que j’avais eu une étrange impression nerveuse dont je ne comprenais pas la raison, et qui probablement se rapportait au désastre ; et je la lui exposai en ces termes :

« J’avais dit à ma fille A. que de trois à quatre heures je la laissais libre d’aller se promener ; et comme elle était seule, je lui conseillai d’aller dans le « jardin du chemin de fer » (nom qu’elle donnait à une étroite bande de terrain posée entre la mer et le chemin de fer). Quelques minutes après son départ j’entendis distinctement une voix intérieure qui, m’ordonnait : « Envoie vers elle immédiatement, ou il lui arrivera quelque chose d’épouvantable ».

Je pensai qu’il s’agissait d’une étrange auto-suggestion, et je me demandai ce . qui aurait bien pu lui arriver par une journée si belle, avec une mer à peine crêpée, dans un si bref trait de route où elle n’aurait rencontré personne, sauf quelque gouvernante, car c’était l’heure du service religieux; et je ne l’envoyai pas chercher.

Cependant, un moment après la même voix recommença à me parler avec des paroles identiques, mais une emphase plus grande. Je résistai encore, et je mis à l’épreuve mon imagination pour deviner ce qui aurait pu arriver à l’enfant ; je pensai à la rencontre d’un chien enragé, mais la chose était si improbable^ qu’il aurait été absurde'de la rappeler sur la base de pareille fantaisie ; et bien que commençant à me sentir inquiète, je résolus de n’en rien faire, en tâchant de songer à autre chose. J’y parvins durant quelques instants, mais bientôt la voix renouvela l’insinuation avec les mêmes paroles : « Envoie vers elle immédiatement, ou il lui arrivera quelque chose d’épouvantable. » En même temps, je fus saisie d’un tremblement violent, et d’une impression d’extrême terreur. Je me levai brusquement, agitai la sonnette, et ordonnai à la domestique d’aller immédiatement chercher M lle A., répétant automatiquement les paroles de l’insinuation : « autrement il lui arrivera quelque chose d’épouvantable ». La domestique, qui avait remarqué mon agitation, essaya de me calmer, en observant que rien de mauvais ne pouvait arriver par une journée si belle, avec une mer calme, et à l’heure où tout le monde était à l’église ; et elle ajouta : « Mademoiselle a déjà été se promener seule à plusieurs reprises, et je n’ai jamais vu madame s’inquiéter ». — « C’est vrai —

repris-je — mais à présent allez tout de suite, il n’y a pas de temps à perdre ». — La domestique en sortant, raconta à la maîtresse de maison, M lle O., pour quel motif injustifié elle allait à la recherche de l’enfant.

Durant son absence, la terreur inexplicable qui m’avait saisie s’accrut encore, et je craignais de ne plus revoir ma fille. Au bout d’un quart d’heure, la domestique revint avec l’enfant, qui, déçue de se voir rappelée si tôt, demanda si je voulais vraiment la garder à la maison toute la journée. — « Non — répondis-je — et si tu me promets de ne plus aller au « jardin du chemin de fer », tu peux aller où tu veux; par , exemple* chez ton oncle le major S., où tu pourras jouer dans le jardin avec les petits cousins » Et je pensais qu’entre ces quatre murs, elle se trouverait en sûreté ; car, bien que l’enfant me fût revenue saine et sauve, je sentais clairement qu’à l’endroit où elle se trouvait auparavant, le danger existait toujours, et je voulais empêcher qu’elle y retournât. Dès qu’elle eut quitté la maison, toute crainte à son égard s’évanouit en moi ; ma pensée ne s’arrêta plus sur le sentiment éprouvé, qui s’était dissous comme un rêve dans mon esprit, et si vous ne m’aviez pas informée de ce terrible désastre, je ne vous en aurais probablement jamais parlé. »

C’est ainsi que j’achevai mon récit. — Quelque temps après entra ma petite A. ; le D r W. lui demanda ou elle se dirigeait lorsque la domestique la rejoignit pour la faire revenir sur ses pas, et elle répondit quelle traversait le jardin du chemin de fer avec l’intention d’aller s’asseoir sur les grands rocs au bord de la mer, pour entendre le passage des trains. « — Dimanche dernier — ajouta-t-elle —

je suis restée là avec mon frère pendant presque deux heures, pour entendre les trains courir en avant et en arrière : quel bruit lorsqu’ils passaient sur l’arc ! » — Or, c’est précisément à ce point que la locomotive et le tender déraillèrent, rompant le& parapets et allant se briser contre ces mêmes rocs où l’enfant avait l’habitude d’aller s’asseoir, et où trois hommes sur cinq qui se tenaient sur la machine furent tués.

Quelque temps après, l’enfant et son frère, âgé de treize ans, visitèrent la scène du désastre et se frayant un chemin parmi la foule accourue à la triste nouvelle, virent la locomotive en morceaux gisant exactement à l’endroit où la fillette se dirigeait, et où tous deux s’étaient arrêtés longtemps le dimanche précédent.

Dans la suite, recherchant toutes les circonstances du fait, je crus cou prendre très clairement la raison pour laquelle je fus poussée à agir avec une hâte qui, au premier abord, ne m’avait point paru nécessaire, vu que le désastre ne devait se produire qu’un peu plus tard ; c’est que, si j’avais opposé même un léger retard, la fillette serait passée de l’autre côté de l’avenue, et aurait rejoint sa position favorite auprès de la mer, où elle aurait été complètement cachée aux regards qui la cherchaient, de sorte que sa gouvernante serait rentrée sans elle. En outre, si je n’avais pas explicitement défendu à l’enfant de retourner à cet endroit, elle y serait certainement revenue (comme elle me l’avoua), car il avait pour elle plus d’attraits qu’aucun autre ; et dans ce cas, elle se serait trouvée sur les grands rocs lorsque le train de Granton aurait passé.

(Le D r W., M lle A. W., protagoniste de l’épisode^

le D r C. L. Robertson et la maîtresse de la maison écrivent en confirmant ce qui précède).

Ce cas, étayé par des témoignages indiscutables, est des plus intéressants ; et les considérations dont la percipiente fait suivre son récit démontrent avec quelle^ exactitude mathématique la « cause agente » a calculé le moment utile de l’intervention supernormale pour le salut de l’enfant.

En même temps, ce cas se prête à l’observation déjà si souvent formulée sur les prémonitions qui ne sauvent pas par suite du consentement tacite ou exprimé de la cause agente ; et cela, parce que si l’enfant a été soustraite à une mort certaine,, il n’en fut pas de même pour trois hommes du personnel qui voyageaient, et qui furent victimes du désastre. Et pourtant, la manière de se comporter de la « cause agente » dénote qu’elle n’était pas seulement vaguement instruite du désastre qui se préparait, mais qu’elle était tout à fait au courant de l’heure exacte et de la loca^ lité précise où il devait se produire. On ne peut s’empêcher de penser qu’elle aurait pu le conjurer en modifiant le message télépathique adressé à la sensitive ; c’est-à-dire, qu’au lieu de l’injonction vague et oraculaire : « Envoie vers ta fille immédiatement, ou il lui arrivera quelque chose de terrible », rien ne l’empêchait de transmettre cette autre phrase : « sur le pont de la mer s’est produit un dégât qui fera dérailler le train ;

envoie immédiatement en avertir les dirigeants » ; et par là, quatre vies auraient été sauvées au lieu d’une.

Comme on le voit, même dans les prémonitions qui sauvent , on remarque les habituelles réticences, mystérieuses et troublantes (bien que sous une forme moins évidente que dans les prémonitions qui ne sauvent pas ) et que l’on dirait voulues pour limiter l’influence bienfaisante à une personne désignée, abandonnant à leur sort les victimes du même désastre. Ces réticences, à leur tour, dénoteraient une intentionnalité agissant sur la base d’un but préétabli et inexorable, et qui serait littéralement inconciliable avec l’hypothèse de l’origine subconsciente des prémonitions étudiées.

£LVI e Cas. — Mrs. Leigh Hunt Wallace, après avoir assisté à une conférence du D r Richardson, qui expliquait tous les songes par les lois de .la psycbo-physiologie, écrivit au Directeur du Light (1892, p. 263) la lettre suivante :

Londres, N. W. — Regent’s Park- Road.

Monsieur,

La conférence du D r B. W. Richardson, tendant à réduire n’importe quel rêve à l’enceinte des lois physiologiques, est indubitablement intéressante ; cependant j’ai fait dernièrement un rêve d’où dérivèrent des conséquences suffisantes pour me faire

croire que les lumières clu docteur en question 11 e suffiraient pas à l’expliquer. — Je ^rapporte aussi brièvement que possible.

Samedi dernier, je m’étais couchée fort tard, et le lendemain j’étais pleine de sommeil. Dans 1 aprèsmidi, je m’endormis un instant ; ce sommeil ne dépassa peut-être pas deux minutes, mais je m’éveillai en sursaut, tremblante et terrifiée, car, dans ce moment fugitif, j’avais eu la vision de ma fille, âgée de huit mois, noyée dans son bain. Le reve avait été si vif et si réalistique, qu’il provoqua en moi une crise insurmontable de pleurs et de cris desesperes *, ceci plongea dans un grand étonnement mon mari et sa secrétaire, M lle Simpson.

Dans la matinée du lundi, une amie vint me trouver; pour aller la recevoir, je dus confier le bébé, qu’on venait de sortir du bain, à M lle Simpson.

Cependant, un moment plus tard cette dernière fut aussi appelée d’urgence ; elle s’en alla, mais, arrivée au bout de l’escalier, se rappelant soudain le rêve, elle remonta en courant et arriva juste à temps pour retirer du bain le bébé,„qui y avait glissé accidentellement.

De la chambre où je me trouvais, comme j’avais entendu crier M Ue Simpson, je quittai mon amie sans cérémonie, et montai précipitamment; je la trouvai avec ma fille dans ses bras ; celle-ci avait le visage déjà noir, et était complètement trempée.

Après cette expérience, que penser au sujet des rêves ? Je dirai que je suis immensément reconnaissante à la physiologie de m’avoir concédé,Te -EfiV.e bienfaiteur ; car si M ir ® Simpson ne s’en était pas souvenue juste au moment voulu, ma fille se serait noyée.

Mais on expliquera que si la physiologie n’a rien à voir là-dedans, il s’agit en tout cas d’une « coïncidence fortuite » ; en ce cas, je me déclare profondément reconnaissante à l’inventeur des « coïncidences fortuites »; et ce d’autant plus qu’en une autre occasion, cette ingénieuse invention m’a sauvée aussi de la mort en même temps que d’autres personnes. (Signée : Mrs. C. Leigh Hunt Wallace).

CLVII e Cas. — Le D r Abercombrie, dans l’ouvrage : Intellectual Power (p. 215) rapporte l’épisode suivant, qui fut ensuite l’objet d’une enquête par Robert Dale Owen.

Le major Griffith et sa femme avaient pour hôte dans leur château d’Edimbourg leur neveu Joseph d’Acre, de Kirlingl*m, dans le comté de C.umberland. Le jeune garçon était venu à Edimbourg pour ses études, et on l’avait chaleureusement recommandé à son oncle et à sa tante.

Une après-midi, il annonça que le lendemain matin, il aurait été à Inch-Keith avec plusieurs personnes pour faire une partie de pêche ; ce à quoi l’on n’eut rien à objecter.

Durant la nuit, M me Griffith se réveilla en sursaut, en proie à une grande terreur, criant : « Le bateau coule ! Sauvez-les ! Sauvez-les ! » Son mari, qui s’était réveillé à ces cris, attribua l’incident à l’anxiété causée par cette promenade du neveu ; mais M me Griffith déclara n’en avoir éprouvée aucune, et qu’elle n’avait même pas arrêté sa pensée sur cette excursion.

Bientôt, elle se rendormit, mais pour rêver une seconde, puis une troisième fois la même chose. A

la dernière reprise, elle vit le tableau de l’embarca tion engloutie par les flots avec toutes les personnes à bord : ce qui acheva d’alarmer sérieusement M me Griffith, laquelle, sans attendre au matin, passa une robe de chambre et alla réveiller son neveu, le suppliant de renoncer à la promenade et d’envoyer un domestique à Leith, avec une excuse quelconque. Elle eut une grande peine à le convaincre, mais elle finit par y parvenir.

La matinée s’annonçait magnifique, et le groupe s’embarqua sans le jeune d’Acre. Vers trois heures de l’après-midi un ouragan éclata tout-à-coup ; l’embarcation ne put résister et disparut engloutie par les flots avec tous ceux qu’elle portait.

Dale Owen put lire un récit de ce fait tracé de la main de M me Mary Clarke, fille de M. d’Acre, protagoniste de l’épisode, et l’on y apprend que les personnes prenant part à l’excursion étaient : MM. Patrick Cunning, commerçant, Colin Campbell, capitaine de marine, un neveu de ce dernier nommé Cleland, et deux matelots. Le bateau fut renversé par un coup de vent de sud-est, et tous furent noyés hormis le capitaine Campbell, qu’on recueillit épuisé cinq heures après l’accident. — (R. Dale Owen : Footfalls on the boundary of another world , p. 103).

CLVIII e Cas. — Je l’extrais du Vol. 1, p. 283, du Journal of the S. P. R. ; le prof. W. F. Barrett le recueillit et fit une enquête à son sujet. —■ Le capitaine Mac Gowan raconte le fait personnel suivant :

En janvier 1877, me trouvant à Brooklyn avec

mes deux fils tout jeunes encore, et qui étaient en vacances, je leur promis de les conduire, un soir fixé, au théâtre. Dès la veille j’avais été choisir et louer les trois places ; après quoi, je m’étais amusé à visiter l’intérieur du théâtre, y compris le plateau.

Le matin du jour fixé, je commençai de percevoir une voix intérieure qui me répétait avec insistance : « Ne va pas au théâtre ; reconduis tes fils au collège ». Malgré mes efforts pour me distraire, je ne pouvais empêcher cette voix de continuer à répéter les mêmes phrases avec un accent plus impératif que jamais ; si bien que vers midi, je me décidai à informer amis et enfants que nous n’aurions pas* été au théâtre. Mes amis me reprochèrent cette détermination, me faisant observer qu’il était cruel de priver les enfants d’un plaisir si inusité pour eux, et si impatiemment attendu, après leur avoir fait une promesse formelle ; et cela me fit encore une fois changer d’avis.

Cependant, durant tout l’après-midi cette voix intérieure ne cessa jamais de répéter l’ordre avec une insistance si impressionnante, que, le soir arrivé, et une heure avant le commencement du spectacle, j’annonçai péremptoirement à mes fils qu’au lieu de nous rendre au théâtre, nous aurions été à New-York pour passer la nuit dans un hôtel voisin de la gare, et partir avec le premier train du matin. En parlant ainsi, j’avais presque honte de moi-même, me voyant obligé de me comporter de façon cruelle à cause d’un sentiment absurde qu’il était au-dessus de mes forces de dominer. Malgré tout nous partîmes pour New-York.

Or, il advint que durant cette même nuit le théâtre fut entièrement détruit par un incendie, et que 300 personnes périrent dans les flammes.

Si j’avais été présent, j’aurais indubitablement tenté la fuite par le plateau, au fond duquel j’avais remarqué le jour précédent une sortie réservée ; or, j’y aurais ainsi trouvé la mort, comme la trouvèrent tous ceux qui choisirent cette voie de sortie, et cela par suite d’un accident qui rendit la fuite impossible de ce côté.

Et si j’avais été au théâtre, ma sœur, qui s’y trouvait, aurait péri inévitablement avec les autres, car nous avions décidé de nous en revenir ensemble ; tandis qu’étant seule, elle se décida à retourner avant la fin du spectacle.

Je n’ai jamais eu de ma vie un autre pressentiment, je n’ai pas l’habitude de changer d’avis sans bonnes raisons, et, en cette occasion, je le fis avec la plus grande répugnance, tout à fait malgré moi.

Quelle fut donc la cause qui m’obligea, contre ma volonté, de ne pas aller au théâtre après avoir payé les trois coupons et tout disposé pour passer agréablement la soirée ?

(Le capitaine Mac Gowan explique au Prof. Barrett que la voix intérieure résonnait très clairement pour lui, « comme s’il s’était agi de quelqu’un qui lui aurait parlé effectivement de l’intérieur du corps », et quelle avait persisté de l’heure du premier déjeuner jusqu’au moment où il conduisit ses enfants à New-York... La sœur du percipient conserve les trois tickets des places louées le jour précédent par lui. — La nuit de l’accident, 305 personnes trouvèrent la mort).

CLIX e Cas. — Le Rév. Elder Myrick publiait dans la Revue The Progressive Thinker (Chicago, octobre 1900) un article profond et pondéré

sur plusieurs cas de pressentiments dont il fut le percipient, et qui, au point de vue théorique, le troublaient, et le préoccupaient moralement. 11 écrit :

J’avais pris l’engagement de faire deux services religieux dans une petite ville des environs (de Chicago).Lorsque, le matin venu, je me disposai au premier service, il faisait un temps splendide, et les fidèles étaient accourus nombreux au-delà de toute attente. J’avais donc motif de me sentir flatté et satisfait; cependant, lorsque le moment fut venu d’annoncer le sermon que je devais faire à 4 heures de l’après-midi, je fus subitement envahi par un sentiment inexplicable et impérieux qui me força malgré moi de déclarer que je renonçais à le faire. Le soleil continuait à briller dans un ciel sans nuages, ma santé était parfaite, et mes dispositions oratoires excellentes ; et cependant, je m’étais libéré arbitrairement d’un engagement pris, en laissant profondément déçue toute une réunion de fidèles désireux de m’écouter.

Ce jour-là, j’étais invité à dîner par le sénateur de cet Etat, dont la résidence était proche de l’église ; mais par suite de la même impulsion, j’allai chez lui pour prendre congé en m’excusant, et lui avouant en toute sincérité par quel sentiment mystérieux et insurmontable je me comportais ainsi. Il se mit à rire et à se moquer aimablement de moi, et je l’écoutai, résigné, sans pour cela rien changer à mon projet de rentrer chez moi.

A quatre heures de l’après-midi, moment où j’aurais dû commencer le sermon si attendu, auquel une foule d’auditeurs n’aurait pas manqué d’assister,

un cyclone épouvantable éclatait subitement et, en quelques instants, enveloppait et démolissait l’église, qui ne fut plus qu’un amas de ruines.

Une autre fois, j’avais achevé le cycle des services religieux auquel je m’étais engagé, et, aussitôt fin? le dernier sermon, je me disposais à repartir immédiatement, lorsque je fus pris du même sentiment non motivé et insurmontable, qui m’obligea de passer au village une nuit encore. — Or : le train par lequel j’aurais dû partir alla s’abattre sur un autre, et il en résulta un désastre épouvantable.

Ici, une question surgit spontanément : Si Dieu le bon Dieu — a daigné me prévenir de manière à me sauver, pourquoi n’a-t-il pas sauvé avec moi tant d’autres pauvres malheureux qui prirent ce tram, ignorants de leur sort ? J’ai de moi-même une assez modeste opinion pour croire qu’ils étaient aussi justes et bons que moi, et méritaient autant que moi la clémence divine. Pourquoi donc ne furent-ils pas avertis ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Si un Dieu personnel existe en quelque région de l’Univers, ce n’est pas moi qui songerai à lui attribuer directement ces choses. Un père qui dispenserait arbitrairement ses « grâces particulières » serait un père inhumain. Me sauver d un desastre, et permettre avec sérénité que cent autres périssent, ce ne peut être l’œuvre de Dieu ; et, à la vérité, je ne sens nul besoin d’un Dieu dispensateur arbitraire de <( grâces particulières ».— Et pourtant, il reste un mystère à résoudre, c’est que j’ai été averti et sauvé ! Mon Dieu, pourquoi, pourquoi ? C’est si étrange !

Voici un dernier fait : Je me trouvais dans un grand édifice en construction. Subitement, je fus saisi de l’habituelle impression mystérieuse et insurmon-

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table, qui m’obligea à me déplacer avec une telle précipitation, qu’on eût dit que j’avais été arraché de l’endroit de vive force. Un instant après, une poutre énorme échappait aux ouvriers qui travaillaient sur le toit, et s’abattait en brisant tout ce qui se trouvait au point précis où je me trouvais auparavant. Encore une fois, j’avais été sauvé grâce à l’avertissement mystérieux.

Mais j’avais un ami, un brave garçon, un homme splendide, orgueil de sa mère, nommé Georges Sharp. Un jour, il était assis dans la forêt, près d’un arbre desséché. Aucune intuition, aucune prémonition, aucune «grâce particulière» n’intervint en sa faveur, et l’arbre s’abattit soudain de son côté, en tuant sur le coup mon pauvre ami.

Mon Dieu... je ne comprends pas... Pourquoi ces préférences ? Jésus a dit : « Des deux qui sont à la meule, l’un sera accueilli et l’autre congédié ». — On dirait que celle-ci est la loi : je ne me rebelle pas, mais je me sens préoccupé, et je voudrais pouvoir comprendre d’où proviennent les pressentiments qui sauvent.

A propos du mystère qui préoccupe à tel point le Rév. Elder Myrick — l’apparente injustice divine dans les pressentiments qui sauvent quelques-uns et abandonnent tous les autres à leur destin —nous observerons d’abord que dans l’hypothèse d’une intervention extrinsèque, il faudrait dire que le Rév. Myrick doit son salut à ses propres facultés de sensitif , qui permirent à des entités désincarnées affectivement rattachées à sa personne, de l’influencer télépathi-

quement au moment critique ; et, par contre, que son ami et les voyageurs du train détruit allèrent fatalement à la rencontre de la mort parce qu’ils étaient privés de cette sensitivité psychique indispensable pour récepter les messages spirituels. Ceci résoudrait en partie le mystère.

Nous disons seulement « en partie », parce qu il faudrait expliquer encore comment, parmi les sensitifs même, quelques-uns sont favorisés par des prémonitions qui les sauvent, et d autres ne reçoivent que des prémonitions manifestement entendues pour les prédisposer àl’événement fatal, mais sans les sauver ; de même qu’il resterait à expliquer comment la « cause agente », qui, en certains cas, semble en pleine connaissance du désastre qui se prépare, et par conséquent très capable d’en transmettre la nouvelle au sensitif de façon à sauver avec lui les autres personnes impliquées dans le désastre, se montre malgré tout intentionnellement réticente, comme si elle entendait en réalité circonscrire le bénéfice à lui seul ; tous mystères dont on ne saurait pour le moment contribuer à la solution qu’avec les vagues inductions exposées au commencement du chapitre.

Sous-Groupe O

PRÉMONITIONS QUI DÉTERMINENT l’aCCIDENT PRÉDIT

Dans les cas appartenant à ce sous-groupe, on trouve i ette caractéristique curieuse que si la prémonition ne s’était pas produite, le fait prédit ne serait pas arrivé, c’est-à-dire que, c’est seulement par suite de la préannonce que lessensitifs furent amenés à agir ou à se comporter de manière à en provoquer l’accomplissement.

Cependant, les cas de cette nature, dont la valeur théorique serait très grande s’il était possible d’en recueillir un nombre suffisant, sont au contraire si rares, que je n’ai pu en trouver que trois. Le sous-groupe présent demeure donc à l’état embryonnaire, et les trois cas rapportés ne devront servir qu’à indiquer la possibilité de le constituer dans l’avenir.

CLX e Cas. — Je le prends dans l’étude de Myers sur la « Conscience subliminale » ( Procee dings of the S. P. R., Vol. XI, p. 488). — Mrs. C. écrit à la date du 29 février 1888 :

J’éprouve une horreur insurmontable pour les singes, que je ne regarde jamais lorsque je peux ne pas le faire. Une nuit, je rêvai que j’étais poursuivie avec persistance par une grand singe différent de tous ceux que j’avais vus, et dont je ne pouvais pas

me libérer, ce qui me causait une terreur indicible.

L’impression que je gardai au réveil était si désagréable et si insistante, que, dans l’espoir de la chasser, je résolus d’en parler à ma famille. Mon mari me conseilla d’essayer de sortir pour une promenade. Contrairement à mes habitudes, je fis venir mes enfants et je sortis avec eux, sans appeler la gouvernante pour les accompagner ; et comme leur promenade favorite était dans la direction de Nightingalelane, où se trouvaient les domaines entourés du Duc’d’ Argyll, je me dirigeai vers cet endroit. Lorsque nous arrivâmes à Argyll Lodge, je vis avec horreur sur le toit de la remise ce même grand singe que j’avais rêvé. Surprise et effrayée, je me mis à courir en criant :

« Oh ! mon rêve ! Mon rêve ! » plongeant ainsi dans l’étonnement le cocher du Duc, arrêté sur le seuil de la remise.

Mes cris, probablement, attirèrent l’attention du singe, qui se mit à nous suivre du haut du mur d’enceinte, tandis que nous fuyions le long du même mur, toujours en danger de le voir sauter et tomber sur nous ! La terreur que j’éprouvai fut identique à celle éprouvée en songe. Pour comble d’infortune, l’un des enfants était trop petit pour courir assez vite, ce qui contribuait à accroître mon épouvante. ^

Enfin, nous réussîmes à nous mettre en sûreté.

A peine rentrés à la maison, j’envoyai la femme de chambre s’informer au sujet du singe, car je me sentais en proie à un état de nervosité extreme. Elle apprit que l’animal appartenait à la Duchesse d Argyll, qu’il s’agissait d’une race très rare et de grande valeur, et que, le matin même', il avait échappé par hasard à la surveillance de ses gardiens. — Tout cela expliquait l’incident dont j’avais été victime, mais

le reve de la nuit precedente demeurait et demeure inexplicable.

(Le mari de Mrs. C. et la gouvernante écrivent respectivement à Myers en confirmant ce qui précède).

Myers ajoute :

Dans notre collection de faits, celui-ci est presque unique en ceci, que la prémonition est justement ce qui détermine son propre accomplissement, en suggérant les modalites de conduite qui devront porter le sensitif vers l’incident redouté !

En effet, le récit du rêve détermine le mari à conseiller une promenade à sa femme ; et celleci accepte le conseil et, contrairement à ses habitudes, prend le chemin qui devra la conduire à la réalisation du rêve.

Tout ceci appellerait plutôt l’explication que nous proposions au sujet des prémonitions insignifiantes et pratiquement inutiles : c’est-à-dire que la « cause agente » (peu importe si subconsciente ou extrinsèque) provocatrice du songe, en a aussi déterminé télépathiquement l’accomplissement. La chose est d’autant plus vraisemblable que le cas en question appartient, par le peu d’importance de l’incident, à la ' même catégorie.

On peut en dire autant pour le fait qui suit.

CLXI e Cas. — Je l’extrais du Vol. II, p. 495, de YHistoire du Spiritisme de César de Vesme. Il écrit :

Un rêve prémonitoire qui a tout le caractère de ceux que les psychistes étudient de nos jours nous est rapporté par le fameux Pierre Gassendi (1592- 1655). Voici ses paroles :

—* M. Pereisch partit un jour pour Nîmes avec un ami, un certain M. Rainier. Celui-ci, durant la nuit, s’étant aperçu que Pereisch parlait en dormant, le réveilla et lui demanda ce qu’il avait. Celui-ci lui répondit : « Je rêvais que nous étions déjà parvenus à Nîmes et qu’un de ces joailliers m’offrait une médaille de Jules César pour le prix de quatre écus : tandis que j’allais justement lui remettre l’argent, vous m’avez réveillé, à mon grand regret ».

Lorsqu’ils furent arrivés à Nîmes, et tandis qu’ils se promenaient dans la ville, M. Pereisch reconnut le magasin du joaillier vu en rêve. Il y entra, demanda s’il n’avait rien de curieux à lui vendre, et obtint pour réponse que si : une médaille de Jules César. A la demande : combien il l’estimait, le marchand répliqua : Quatre écus. M. Pereisch s’empressa de les payer et fut enchanté de voir son rêve heureusement accompli.

Ici également, raccomplissement de la prémonition fut déterminé par le souvenir de la prémonition elle-même, parce que ce Pereisch ne serait pas entré dans la boutique du joaillier s’il ne s’était pas rappelé le rêve.

CLXII e Cas. — Le D r Charpignon, dans l’ouvrage : Physiologie , médecine et métaphysique du magnétisme (p. 3 2), raconte le fait suivant, extrait par lui des Souvenirs de M rae de Créqui :

Le prince de R.adzrvvill avait adopte une de ses nièces orpheline. Il habitait un château en Galicie, et ce château avait une très grande salle qui séparait les appartements habités par le prince de ceux occupés par les enfants ; en sorte que pour communiquer des uns aux autres, il fallait traverser cette salle, à moins de passer par la cour.

La jeune Agnès, âgée de 5 à 6 ans, jetait toujours des cris déchirants toutes les fois qu’on lui faisait traverser la grande salle. Elle indiquait, avec 1 expression de la terreur, un énorme tableau suspendu au-dessus de la porte, lequel représentait la sibylle de Cumes. On tenta pendant longtemps de vaincre cette répugnance qu’on attribuait à quelque obstination d’enfance ; mais des accidents sérieux résultant de cette violence, on finit par lui permette- de ne plus dntrer dans cette salle, et la jeune fille am mieux, pendant dix ou douze ans, traverser par la neige et le froid, la vaste cour ou les jardins, plutôt que de passer sous cette porte qui lui faisait une impression si désagréable.

L’âge était venu de marier la jeune comtesse, et, déjà fiancée, il y avait un jour réception au château. La société voulut, dans la soirée, se livrer à quelque jeu bruyant, et on alla dans la grande salle où, d’ailleurs, le bal de la noce devait avoir lieu. Animée par la jeunesse qui l’entourait, Agnès n’hésita pas à suivre les conviés ; mais à peine a-t-elle franchi le seuil de la porte, qu’elle veut reculer et qu’elle avoue sa frayeur. On l’avait fait passer la première, suivant l’usage, et son fiancé, ses amis, son oncle, riant de son enfantillage, ferment la porte sur elle. Mais la pauvre jeune fille veut résister, et en agitant un battant de la porte, elle fait tomber le tableau qui était

au-dessus. Cette enorme masse lui brise le crâne par un de ses angles et la tue sur le coup.

Cet épisode, dont la valeur suggestive, au point de vue fataliste et réincar nationniste , serait très grande, a malheureusement le défaut d’être trop ancien, puisque la relatrice — M me de Créqui — vivait au temps de Louis XV. Je renonce donc à en dégager les points théoriquement remarquables.

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