NATURELLES
II e c as.— Je commence par un épisode de somnambulisme magnétique, tiré de l’œuvre citée du D r Teste, et qui s’expose aux mêmes critiques, quoique la somnambule s’exprime en termes tels à laisser une issue à l’hypothèse précogmtive. Voici le récit :
M lle Clary avait été magnétisée plusieurs fois ; on la consultait inutilement pour elle-même, parce quelle n’eut jamais Y instinct des remèdes ; mais a part cela, elle fut pendant quelque temps admirablement lucide, et si malheureusement elle ne put pas se tracer un traitement, elle nous fit jour par jour, et cela longtemps à l’avance, tout le pronostic de sa maladie. Voici le résumé de la dernière séance où elle fut endormie (15 mai 1840).
Comment vous trouvez-vous, mademoiselle .
— Très mal.
— Où souffrez-vous ?
— Partout.
Mais où souffrez-vous le plus ?
— Dans le ventre.
— Dans quelle partie du ventre ?
— Plus bas que l’estomac.
— Vous voyez vos intestins ?
— Oui, monsieur.
Et qu’y voyez-vous ?
— Des taches rouges de sang et d’autres noirâtres ; puis, dans une place longue comme la main, une multitude de petits boutons rouges.
— Est-ce tout ?
— Oui, monsieur.
Comment voyez-vous vos poumons ?
— Comme desséchés.
- Ne vous semblent-ils pas, dans leur partie supérieure, parsemés de grains blancs ?
Je ne vois pas assez bien pour le dire. (Réponse négative, qui dénoterait une absence de suggestionnabilité chez la somnambule;.
Et vous ne savez pas ce qu’il faudrait vous faire prendre pour vous guérir ?
— Non, monsieur.
Comment irez-vous demain ?
Un peu mieux qu’aujourd’hui.
— Après-demain ?
J’aurai beaucoup de fièvre.
Comment irez-vous le 25 de ce mois ?
— Très mal.
— Le premier juin ?
Plus mal encore ; j’aurai tout le corps enflé.
— Et ensuite ?
Le deux et trois !... oh ! que je serai malade ! mon Dieu ! mon Dieu !
— Et ensuite ?
— Attendez...
M lle Clary, réfléchit longtemps; enfin elle nous dit : « Le quatre... je ne vois plus rien. »
On l’éveilla ; elle ne garda aucun souvenir de tout ce qu’elle avait dit, et je recommandai expressément
au’on ne lui en parlât pas. Cependant tout se passa à neu près comme elle l’avait prédit, jusqu au quatre juin, jour où Mlle Clary D. mourut ! » (A. Teste ouvr. cité, p. 137.)
Dans ses commentaires, M. Teste polémise avec le D r Bertrand, et se demande : « Est-ce parce quelle a dit qu’au 4 juin elle cessait dy voir que M lle Clary meurt justement au 4 juin ? » — Il me semble que le D r Teste n’a pas tous les torts d’en douter, si l’on considère que par la phrase « je ne vois plus rien », la somnambule se rapportait évidemment au lait des visualisations subjectives brusquement interrompues, ce qui ferait croire vraisemblablement que la somnambule, avec ces mots, ne voulait pa* faire allusion à sa mort, et ne pensait donc nullement devoir mourir ; en ce cas la supposition que la mort ait été causée par auto-suggestion cesserait d’exister.
Il serait plutôt permis de supposer, d’apres les épisodes de cette nature, que le Moi subliminal a réellement la perception exacte des maladies rongeant le corps à lui i attaché, de façon a en déduire les phases qui devront avoir heu jusqu a la guérison ou à la mort, et qu’en certaines conditions psychiques, soit spontanées, soit provoquées, il parvient à renseigner sur elles plus ou moins clairement le Moi superliminal,, au moyen de visualisations hallucinatoires ou d autres formes subjectives qui s’y rapprochent. Cela correspondrait à la troisième des hypothèses proposées pour l’explication des phénomènes
prémonitoires dans l’introduction du présent travail, et nous aurions là une première forme de prémonition propre et véritable.
III e Cas. Dans cet autre cas, la présomption en faveur de 1 hypothèse prémonitoire est fondée sur des détails d’ordre symbolique et imprévisibles où se dessine une prophétie de mort.
Je tire le cas des Annales des Sciences Psychiques (1903, p. 321) ; relateur, le Dr Barbillon.
M lle A. C. appartenait à ma famille par des liens assez éloignés. C était une vieille demoiselle remarquablement intelligente, fine, spirituelle et douée d une grande énergie morale. Les dernières années de sa vie furent cruellement éprouvées par la maladie. Atteinte d’un cancer du sein elle dut subir une opération chirurgicale qui la délivra de son mal pendant trois années, au bout desquelles la récidive apparut. En même temps évoluait chez elle une tuberculose pulmonaire qui devait l’emporter.
M 1]e C. était douée d’une piété fervente ; elle supporta son mal avec beaucoup de courage et de résignation ; dans les premiers jours de l’année 1901, elle était arrivée à la dernière période de sa maladie ; elle succomba le 7 janvier 1901, à l’âge de soixantetrois ans.
Quatre ou cinq jours avant sa mort, à la visite que je lui fis le matin, je la trouvai, contre son habitude, en proie à une impression profonde de tristesse et de découragement. Jusque-là j’avais pu croire qu elle se faisait quelques illusions, et qu’elle n a\ait pas perdu tout espoir de guérir. La cause de
ce changement brusque dans son état normal provenait d’un cauchemar dont elle avait été oppressée pendant la nuit, et quelle voulut bien me raconter avec une émotion que le réveil n’avait pas calmée. Tous les détails de son rêve se présentaient à elle avec une précision parfaite, et elle ressentait encore, au récit qu’elle m’en fit, le vif sentiment d’épouvante quelle avait éprouvé pendant la nuit. Dans son rêve, elle ,se voyait marchant, au milieu d’une demi-obscurité, dans un cimetière immense et inconnu. Elle était accompagnée de sa bonne, jeune fille qu elle affectionnait beaucoup et qui la soigna jusqu’à la fin avec le plus grand dévouement, et seules toutes les deux, dans le silence et dans les ténèbres croissantes, elles allaient suivant les allées, enjambant les tombes, s’efforçant de s’enfuir de ce lieu de désolation et d’en découvrir l’issue. Il lui semblait qu il y avait des heures quelle marchait ainsi; quelle était perdue au milieu de toutes ces tombes, de ces allées solitaires, de ces arbres sinistres. Une grande lassitude lui venait en même temps qu’une terreur affolée l’emportait dans une course de plus en plus précipitée. Jamais plus elle ne retrouverait son chemin, jamais plus elle ne sortirait de ce heu lugubre. Oppressée, hors d’haleine, elle se sentait mourir de fatigue et d’épouvante, quand soudain elle aperçut une fenêtre éclairée et la noire silhouette d une maison surgir au miheu des arbres. La bonne lui dit alors : « Mademoiselle, nous sommes arrivées, voici la maison du gardien ». Alors elle se réveilla, et tout le reste de la nuit, elle ne put dormir, tant elle conservait de son rêve une impression d angoisse, et tant aussi elle redoutait de retomber dans son cauchemar si elle cédait au sommeil.
Quelques jours, après M lle C. mourait.Si pendant les longues et mélancoliques méditations de la maladie M lle C. songea parfois au lieu où elle reposerait après sa mort, sa pensée dut assurément se porter vers le cimetière Montparnasse, voisin de son domicile, où plusieurs de ses proches parents étaient enterrés, et où l’un de ses*cousins possédait une sépulture de famille. Il fut question d’ailleurs du choix de ce cimetière : mais certaines 4jj£icultés empêchèrent de donner suite à ce projet, lorsque la famille prit les dispositions nécessaires en vue des obsèques. M lle C. était sans fortune : elle fut inhumée au cimetière de Bagneux. Peu de cimetières donnent autant que celui-là l’impression de l’immensité. En arrivant à l’endroit déterminé par l’ordre administratif des concessions, je fus surpris de constater que la fosse était creusée à l’extrémité du cimetière, tout près de la porte Ouest, où s’élève la maison du gardien-concierge. La tombe de M lle C. est l’avantdernière de la rangée : un massif peu épais borne la division et la sépare d’une large avenue où est située la maison du garde. Celle-ci n’est pas distante de plus de 25 mètres de la tombe de ma parente, et s’aperçoit très bien à travers les arbres.
Peut-être s’est-il produit dans ce rêve une sorte de prémonition qui a permis à M* lle C. d’entrevoir, quelques jours avant sa mort, le lieu exact de sa sépulture, dont rien cependant ne pouvait lui donner l’idée, n{(Signé : Doct. Barbillon).
Le D r Dariex commente :
11 y a, en effet, dans ce rêve deux détails assez précis pour ne pas faire éliminer la possibilité de prémonition par le rêve ; ce sont d’abord ces paroles'
entendues par la malade, lorsque dans son rêve, elle arrive près de la maison du gardien, là où elle a été enterrée : « Mademoiselle , nous sommes arrivées , voici la maison du gardien. » — C’est aussi l’immensité du cimetière qui, bien qu’à un moindre degré, contribue à préciser l’endroit vu en rêve...
IV e Cas. — Je le prends dans la Revue d*Etudes Psychiques (1900, p. 73) ; il se rapporte à la mort du grand peintre Giovanni Segantini.
Le Directeur de la Revue , M. C. de Vesme, fait précéder le récit des éclaircissements qui suivent :
Beaucoup parmi nos lecteurs se rappelleront comment's’est produite la mort soudaine de Giovanni Segantini. Le « solitaire du Maloja » travaillait à son tryptique de la Nature , destiné à l’Exposition de Paris. Les deux premiers tableaux du tryptique, sur lesquels nous n’avons pas de raison de nous arrêter, avaient pour titre : La Nature et La Vie ; ils représentaient des scènes lumineuses de la haute montagne, traitées comme aucun artiste n’était jamais parvenu à le faire. Le troisième tableau était celui de la Mort. Il se trouve, avèc ses deux compagnons, ici à l’Exposition de Paris, quoiqu’inachevé ; j’ai donc tout loisir de l’examiner en ces jours-ci. Lui aussi représente une scène de la haute montagne d’Engadine, "et précisément du Schalberg. Au fond, la chaîne des monts couverts de neige. Tout auprès un plateau également blanc de neige, où se tient, immobile, un cheval attelé à un traîneau ; à droite, un châlet alpestre, d’où quelques personnes ont tiré un cercueil. La mort, mystérieuse, solennelle, dans la silencieuse solitude de ce dernier faîte de la
TJ
terre; telle est la scène qui avait inspiré le peintre. ' On sait comment il travaillait.
Tous les jours — écrit M. de La Sizeranne dans la Revue des Deux-Mondes — il sortait et allait travailler, tantôt à une toile, tantôt à une autre, ayant toujours cinq ou six toiles commencées et répandues par la montagne à la distance de kilomètres l’une de l’autre. Pour reproduire les effets du soleil sur les glaciers, durant les terribles hivers de ces
on l’a vu rester debout, immobile, sur la
neige, enseveli sous les fourrures, le corps recouvert de plaques de métal garnies de charbon, travaillant avec une espèce de transport sauvage.
C’est ainsi qu’il travaillait au tryptique, sur le Schalberg, lorsqu’un mal soudain le saisit ; transporté dans ce même chalet qui est représenté dans le tableau de la Mort , il expira quelques jours après. Il ne revint donc à sa chère Maloja que dans son cercueil ; c’est là qu’il a été enterré.
Depuis quelques semaines déjà, j’avais reçu d’un des fils de Segantini le récit d’une vision, ,ou d’un rêve, que son père avait eu peu de jours avant de mourir, et qui est signée aussi par d’autres membres de la famille. Peu de temps après la veuve du grand artiste me fit parvenir la lettre suivante :
Maloja , 7 mai 1900.
Cher monsieur de Vesme,
A présent que tout est tranquille et que je me sens un peu plus calme, je vous raconte un fait survenu à mon mari peu de jours avant sa mort.
Segantini était un grand enthousiaste de vos doctrines et un fervent défenseur de vos idées. Il croyait, en somme, que les doctrines spirites devaient être la vérité de l’avenir. Oh ! si vous l’aviez entendu parler du spiritisme ! Pour moi, hélas, je combattais ses croyances; il m’est douloureux à présent de ne pas l’avoir écouté, et de n’avoir point partagé ses idées ; mais que voulez-vous ? Je ne croyais pas devoir vivre si peu avec cet homme sublime, qui s’intéressait à tout.
Le dernier dimanche qu’il passa à Maloja, il s’étendit dans son atelier sur plusieurs sièges pour se reposer. J’étais dehors, jouant avec nos enfants. En entrant, je crus qu’il dormait, et je dis : « Oh ! je regrette de t’avoir éveillé ; tu avais tant besoin de sommeil ! » — Et lui aussitôt : « Non, chère, tu as très bien fait d’entrer; figure-toi que je rêvais (et crois-moi, je rêvais les yeux ouverts, j’en suis sûr) que j’étais dans le cercueil qu’on transporte hors de ce chalet (et il montrait du doigt le tableau de la Mort ) ; l’une d’entre les femmes qui l’entourent, c’était toi, et je te voyais pleurer ».
Je lui dis naturellement, qu’il dormait, et qu’il avait rêvé. Mais il insistait, persuadé qu’il avait été éveillé, et avait tout vu les yeux ouverts. Il répéta ensuite à notre « Baba » les mêmes choses exactement qu’il m’avait dites d’abord.
Or, ce qu’il avait vu se vérifiait treize jours plus tard. Son tableau de la Mort représente réellement sa fin ; son cercueil fut sorti de ce châlet ; le paysage était tel qu’il l’avait dépeint dans son tableau ; la femme qui, dans la peinture, pleure auprès de la bière, c’était moi.
Remarquez qu’à l’heure où il eut sa vision sa santé était excellente ; ainsi, ce jour-là, il continua d’écrire^ le lendemain, il travailla de 4 heures du matin à 9 heures, transportant ensuite le tableau, renfermé dans une caisse, du lieu où il peignait jusqu’à la maison ; le soir même, il put faire encore trois heures de route fatigante, de Pontresina au sommet du Schalberg. Il était si croyant au spiritisme qu’ après sa vision, il n’aurait certainement pas quitté le Maloja, s’il ne s’était senti en parfaite santé... » (Signé : Bice, veuve Segantini).
Ce récit suggère quelques remarques. — On apprend par la lettre de la veuve que treize jours se passèrent du jour de la vision à celui de la mort. Celle-ci survint à la suite d’une péritonite suraiguë. Or, les manifestations de la péritonite très aiguë, en supposant qu’elle soit primitive, c’està-dire redevable à des germes pathogènes qui demeurent latents, et par conséquent inaperçus dans l’organisme jusqu’à ce qu’une cause occasionnelle ne vienne en exalter la virulence, n’existaient certainement pas treize jours auparavant. Dans l’hypothèse qu’elle serait due à une infection du sang, ou à une appendicite à action lente, ou à une inflammation, ou à une perforation d’organes abdominaux, ou à une
grave plaie à l’abdomen même, certainement des phénomènes symptomatiques de la forme déterminante l’auraient précédé, symptômes ressentis et dénoncés par Segantini ; celui-ci se trouvait au contraire en des conditions de résistance physique telles à lui permettre d’affronter les fatigues qu’il ne s’épargnait jamais dans l’accomplissement de son œuvre. Il découle de tout cela qu’on pourrait bien difficilement soutenir l’hypothèse de l’existence latente du mal au moment de la vision de Segantini ; mais, quand même l’on voudrait admettre cette possibilité, cette circonstance ôterait bien peu d’importance au récit, car celle-ci consiste, d’une part, dans le fait que Segantini a peint dans un tableau qu’il désigna par ce titre : la Mort , les circonstances de ses propres funérailles : et de l’autre, en ce qu’il en a eu la visualisation tout aussi précise treize jours auparavant. Ceci une fois établi, la supposition que le Moi subliminal de Segantini fût à connaissance de la maladie latente lorsque se produisit la vision, ne suffit pas à réduire le cas à un phénomène d 'inférence subconsciente , car on n’expliquerait ainsi que le pressentiment de mort, mais non point la précognition des circonstances dans lesquelles devaient se réaliser la mort et l’enterrement, circonstances qui, de plus, avaient déjà été fixées par Segantini lui-même dans une peinture. Le phénomène prémonitoire, donc, ne paraît pas douteux.
V e Cas. — Dans cet autre cas. l’auto-prémonition de mort a lieu quinze jours auparavant,, et la mort est due à une attaque apoplectique ; on pourra donc tout aussi difficilement appliquer à cet épisode la thèse d’une inférence subconsciente provoquant la préannonce symbolique.
Dans la Vie de la Comtesse de Huntington , fondatrice de la « Lady Huntington Society », écrite par le Rév. Alfred New, on lit ce qui suit :
Son mari, le comte de Huntington, doué du fait caractéristique de n’avoir presque jamais conscience de rêver, rêva une nuit que la Mort, sous les apparences d’un squelette, apparut aux pieds de son lit où elle se mit à le regarder quelque temps, puis souleva les couvertures, se glissa au-dessous, et se coucha entre lui et sa femme. Le matin venu, le comte raconta le rêve à sa femme, qui parut l’accueillir en plaisantant. Quinze jours après, le comte mourut subitement d’une attaque apoplectique, dans sa cinquantième année ». (Ouvr. cité, vol II, p. 74).
VI e Cas. — Je l’extrais des Proceedings of the S. P. R., Vol. XIV, p. 259 ; il a été étudié par le D r Hodgson, et est amplement documenté. Le récit a été signé par cinq membres de la famille de la percipiente.
Chicago , 18 septembre 1896. — Au mois de mars de cette année, ma sœur, Mrs X., attendait un accouchement, et était inquiète sur ses conséquences, à tel point qu’elle se disait convaincue de devoir en
mourir. Dans la nuit du 5 mars, elle rêva quelle se trouvait à la cuisine, et en même temps elle apercevait dans la chambre au-dessus son père (mort depuis onze ans) qui conversait avec sa mère. Elle n’entendait p"as la conversation, mais elle vit son père prendre un grand calendrier et poser le doigt sur la date du 22 mars. Le matin suivant, elle raconta le songe à ses parents, ajoutant qu’elle était convaincue d’avoir su ainsi' la date où elle serait devenue mère. Cependant, l’événement tant attendu eut lieu au contraire le 12 mars ; ce qui provoqua des plaisanteries et des mots à l’adresse de la jeune femme, assez ingénue, disait-on, pour croire à un rêve. Nous ignorons si, après l’accouchement, elle a pensé à d’autres interprétations du rêve ; en ce dernier cas, cependant, elle n’y fit aucune allusion. Le médecin qui s’occupait d’elle continua journellement à la visiter, trouvant toujours ses conditions normales, jusqu'au jour du 21 mars, où elle perdit subitement connaissance, et ne la recouvra plus jusqu’à sa mort qui eut lieu le 22, des suites d’une maladie soudaine de la gorge, indépendante de son état.
Mon mari, mes sœurs et ma mère ont appris le rêve et toutes les circonstances qui l’accompagnent, avant sa mort ; tous signent donc avec moi la relation présente, en confirmation du contenu. En cas de publication, nous désirons que les noms soient supprimés.
(La relation est accompagnée du certificat de mort, ainsi que du témoignage d’un ami et du médecin ; ce dernier affirme avoir appris également le rêve avant la mort de Mrs. S., qui, jusqu’au 21 mars, s’était maintenue dans des conditions absolument normales. La cause jde la mort fut un foyer tubercu-
leux aux amygdales, avec propagation purulente aux méninges).
L’épisode cité semble devoir exclure l’interprétation auto-suggestive ; en premier lieu, parce que les effets létifères de celles-ci auraient du se produire dans la crise de l’accouchement, moment que la percipiente craignait beaucoup, et non dix jours après des couches régulières ; en second lieu, parce que la percipiente n’est pas morte de ses couches, mais bien d’une méningite purulente.
Quant à l’hypothèse d’une « coïncidence fortuite )> — hypothèse vers laquelle penche plutôt la commentatrice du cas, Miss Alice Johnson — on pourrait légitimement l’accueillir s’il y avait eu un pressentiment générique de mort, et rien de plus ; mais il y eut au contraire dans le cas qui nous occupe, la désignation précise de la date de la mort ; ce qui ne pourrait être attribué raisonnablement à une coïncidence fortuite.
On arriverait ici à l’hypothèse d’une inférence supernormale subconsciente extrinséquée sous forme symbolique, hypothèse licite en ce cas, si l’on tient compte de l’existence d’un foyer tuberculeux latent, et de l’absence de particularités auxiliaires imprévisibles dans le rêve.
VII e Cas. — Il a été communiqué par Mr B.
Kingsburg au Religio Philosophical Journal , et ensuite étudié par le D r Hodgson. Je l’extrais des Proceedings of the S. P. R. (Vol. XI, p. 428) ; il se rapporte à une auto-prémonition de mort en
personne d’un enfant de deux ans et sept mois, dont la mère rend compte en ces termes :
Existe-t-il une vie d’outre-tombe ? Si j’en avais douté (ce qui ne fut jamais), mes doutes se seraient dissipés devant les c< visions » dont je fus témoin.
En 1883, j’étais la mère heureuse de deux enfants beaux et vigoureux. L’aîné avait deux ans et sept mois ; l’autre était un petit ange de huit mois. Le 6 août 1883, je perdis mon dernier-né. Je restai avec le petit Ray, qui jouissait alors d’une parfaite santé ; néanmoins, du jour ou s éteignit son petit frère, il avait pris l’habitude de me dire plusieurs fois par jour : « Maman, le petit frère appelle Ray ». Souvent, il interrompait ses jeux pour courir à ma rencontre, en criant sa phrase habituelle : « Maman, le petit frère appelle toujours Ray ». Et dans la nuit, il m’éveillait pour répéter encore la même phrase : « Maman, le petit frère appelle vraiment Ray ; il veut l’avoir avec lui ; tu ne dois pas pleurer quand Ray s’en ira avec le petit frère; tu ne dois pas pleurer, parce que le petit frère le désire »
Un jour que je veillais au nettoyage du salon, il vint à moi en courant de la salle à manger, où se trouvait la petite chaise ayant appartenu au petit frère mort, et je ne l’avais jamais vu aussi excité ; il saisit un pan de mon tablier, et me tira vers la salle en criant : « Maman, maman, viens vite voir le petit frère assis sur sa chaise » — Au moment où il ouvrait la porte pour me le montrer, il s’écria : « Oh ! maman, il fallait venir plus vite... Il n’y est plus ! Si tu avais vu comme il a souri à Ray, quand Ray est passé près de lui ! Ray va s’en aller avec lui ; mais tu ne dois pas pleurer, maman ».
Peu de temps après notre petit enfant tomba gravement malade ; nos soins et nos larmes n’eurent aucun effet : le 13 octobre 1883, deux mois et sept jours après la mort de son frère, lui aussi mourait. Il avait une intelligence de beaucoup supérieure à son âge...
Le D r Hodgson écrivit à la relatrice, obtenant ainsi la confirmation suivante :
En réponse à votre lettre du 27 novembre (1894), je n’ai qu’à confirmer dans tous les détails ce qu’a publié M. Kingsbury dans le Religio-Philosophical Journal . Lorsque l’enfant arriva en courant pour m’annoncer que son petit frère était assis sur la chaise qui avait été sienne, il n’y avait à la maison que la domestique, à laquelle je ne dis rien, mais lorsque mon mari rentra pour le déjeuner, je le mis au courant ; ce même jour, je racontai l’épisode à des personnes amies. Le petit Ray ne pouvait pas savoir ce qu’était la mort, et personne ne le lui avait expliqué ! La dernière fois que je fus visiter en sa compagnie la tombe de mon petit enfant — * c’est-à-dire peu de temps avant qu’il tombât malade — nous nous assîmes tous deux à côté d’elle, et je pensais :
« Oh ! si je pouvais prendre mon bébé dans mes bras et le voir une seule minute ! Que je serais heureuse ! » — Simultanément, Ray s’écria : « Oh ! maman, prenons le petit frère dans les bras pour une seule minuta ; alors, nous serons contents ». Comme nous nous apprêtions à partir, il arrangea de sa petite main plusieurs mottes de terre sur la tombe, observant : «Bientôt Ray dormira ici près de son petit frère ; mais tu ne dois pas pleurer, maman ». Et il.
dort à présent au point qu’il avait désigné (Signé :
Je tire ce passage d’une lettre écrite au D r Hodgson par le père de l’enfant :
^ J e confirme que ma femme me raconta l’épisode (de la vision sur la chaise) le jour même où il se produisit, lorsque je rentrai pour le déjeuner. J’ai été moi-même présent bien des fois lorsque l’enfant annonçait à sa maman que le « petit frère l’appelait à lui avec insistance ». (Signé : W. H. H.).
(Mrs. J. H. Shulsters, amie des époux W. H., reconfirme ce qui a été exposé).
Cet épisode se revêt d’un intérêt particulier, comme toutes manifestations supernormales ayant des enfants pour percipients, car la mentalité vierge de ces derniers peut être considérée comme exempte de toute influence d’ambiance capable de prédisposer leurs esprits aux formes variées d’hallucinations sensorielles. Et chaque fois qu’à la visualisation d’un défunt de la part d’un enfant, se rattache une prémonition de mort réalisée, cette dernière circonstance peut servir d’induction légitime en faveur de la véridicité de la vision. Je n’insiste cependant pas sur cela, sachant bien que pour conférer la solidité nécessaire à des inductions de telle sorte, il faudrait établir des rapprochements avec un grand nombre d’épisodes analogues, qui pour le moment nous font défaut. J’aurai l’occasion d’en citer plusieurs autres, dans la présente classifica-
tion, que pour commodité de recherche j’insérerai en dernier dans chacun des sous-groupes.
Au sujet de la valeur intrinsèque de la prémonition dans le cas étudié, je fais remarquer qu’il faut exclure avant tout l’auto-suggestion du nombre des causes qui en provoquèrent la réa^ lisation, à cause de l’âge extrêmement tendre du percipient. On pourrait jeter sur le chantier l’hypothèse d’une inférence subconsciente provocatrice du phénomène prémonitoire, inférence due à l’existence latente de la maladie dont mourut l’enfant ; je ne peux m’empêcher pourtant d’observer combien il semble invraisemblable que la subconscience d’un bambin de deux ans et sept mois puisse démontrer une maturité de jugement telle, à donner naissance à une forme aussi complexe de symbolisme prémonitoire.
En tenant compte de cela, et si l’on voulait exclure l’hypothèse en question, il ne resterait qu’à chercher l’agent transmetteur de la prémonition dans une entité extrinsèque au petit percipient.
Sous-Groupe C
ÀUTO-PRÉMONITIONS DE MORT A LONGUE ÉCHɬ ANCE ET OU LA MORT EST DUE A DES CAUSES