‹ Des phénomènes prémonitoiresChapitre 6 sur 15 · NATURELLES · texte numérisé non relu

NATURELLES

Au point de vue théorique, la définition de quelle doit être la limite de temps nécessaire à ce qu’un épisode prémonitoire puisse être considéré à « brève » ou à « longue échéance », ne peut être que facultative. Je préviens donc que le terme de six mois, marqué ici comme un minimum de temps pour les épisodes à longue échéance, ne représente rien de concret, mais n’est qu’un terme relatif adopté parce qu’il répond mieux à des critères personnels de classifications. Il est évident néanmoins qu’une distinction de cette nature était à conseiller, étant donné qu’en règle générale le temps est un facteur important dans les phénomènes étudiés.

Malgré cela, ce n’est pas précisément dans ce sous-groupe des auto-prémonitions qu’apparaît l’importance du facteur en question. Dans celui-ci comme dans le précédent, rares sont les cas auxquels on ne puisse appliquer l’objection autosuggestive. En effet, sauf circonstances auxiliaires, le fait en lui-même de l’cchéance plus ou moins lointaine d’une auto-prémonition de mort, n’est pas une garantie suffisante pour supposer que la personne intéressée, et d’autant moins la sub-

•conscience de cette dernière, aient pu l’oublier ; -c’est bien souvent le contraire qui se produit, comme dans l’exemple qui suit.

VII e Cas. — Je le prends dans l’ouvrage : A memoir of Mario , de MM. Godfrey Pearse et Frank FIird ; il regarde la mort de la célèbre cantatrice Giulia Grisi.

Au printemps de l’année 1869, Giulia Grisi eut une étrange vision : elle vit apparaître à son chevet le fantôme de sa fdlette Bella, morte à Brighton en 1861, qui annonça qu elles seraient bientôt réunies pour toujours. Le ténor Mario ne négligea rien pour dégager l’esprit de la Grisi de l’état d’abattement où elle était tombée, mais toute tentative fut inutile ; elle se montrait convaincue de la réalité de sa vision, et par conséquent sûre de sa fin imminente...

La grande cantatrice Giulia Grisi mourait, le 5 novembre 1869. Son dernier mot prononcé fut le nom de son enfant défunte... Elle s’était subitement soulevée et assise sur son lit, avait ouvert les bras comme pour y recevoir une personne invisible, avait murmuré : « Bella ! » et était retombée sur ses oreillers en exhalant le dernier soupir. (Ouvr. cité, p. 270-274).

La narration qu’on a pu lire n’indique pas s’il s’agissait d’une vision en rêve, ou d’une hallucination à l’état de veille, de même qu’on ne spécifie pas la nature de la maladie qui causa la mort de la Grisi ; il est donc impossible de s’aventurer dans des considérations sur les hypothèses éventuelles pouvant correspondre à ce cas.

En ligne générale, je ferai seulement remarquer que si, comme je l’ai dit plus haut, les cas de prémomtions avec visualisation de défunts, sont rares chez les enfants, ces formes sont au contraire très fréquentes chez les percipients adultes ; bien que dans ces derniers, ce caractère ne présente pas en soi une valeur inductive appréciable, il ne manque cependant pas de revêtir collectivement un intérêt suggestif auquel on peut difficilement se soustraire, considérant surtout qu’en grand nombre de cas, la spontanéité de l’apparition se montre telle à ne pouvoir être attribuée ù des dispositions d’esprit particulières du per- •cipient.

Les cas analogues au précédent où le fantôme apparu au moment de la prémonition se représente au moment de la mort, sont en outre assez fréquents. Voici un second exemple du genre :

VIII e Cas. — M. Thomas James Norris écrit à la Society f. P. R. :

Il y a soixante ans, M me Carleton mourait dans le comté de Leitrim. Ma mère et elle étaient amies intimes. Quelques jours après sa mort, elle apparut en rêve à ma mère, et lui dit : « Tu ne me reverras plus, pas même en rêve, sauf une seule fois, c’està-dire vingt-quatre heures avant ta mort ». — En mars 1864, ma mère vivait à Dalkey avec ma fille et son gendre, le D 1 ' Lyon. Le soir du 2 mars, au moment de se retirer dans sa chambre, elle se montrait d’excellente humeur, riant et plaisantant avec

Mrs Lyon. La nuit même, ou plutôt vers le matin r le D r Lyon entendit du bruit dans sa chambre il réveilla aussitôt sa femme et l’envoya voir ce qui se passait. Celle-ci trouva ma mère à demi hors du lit, le visage figé dans une expression de grande terreur. Elle la remit au lit en la rassurant. Le matin venu, ma mère paraissait entièrement remise : elle prit son déjeuner au lit comme d’habitude et mangea de bon appétit. Comme ma femme s’apprêtait à la quitter, elle demanda qu’on lui préparât un bain ; dès qu’elle l’eut pris, elle fit rappeler sa fille, et lui dit : « Mon amie, M me Carleton, est enfin venue après 56 ans. Elle m’a dit que ma fin est imminente, et que je mourrai demain matin à l’heure où tu m’as trouvée à demi hors du lit. J’ai pris le bain pour que vous n’ayez pas à ablutionner mon corps ». A partir de ce moment, elle commença à décliner rapidement, et s’éteignit le 4 mars, à l’heure pré-annoncée.

(Le D r Richard St. John Lyon, confirme le récit ci-dessus). Proceedings of tlie S. P. R., vol. VIII, p. 376.

Myers, qui rapporte le cas, le commente ainsi : « L’épisode exposé semble accessible à trois différentes explications. En commençant par celle qui m’est personnelle, et que les lecteurs de ces Proceedings connaissent, je dirai que je suis parfaitement disposé à admettre dans le cas étudié,, que la défunte M me Carleton fût réellement à connaissance de la mort imminente de son amie* et que par conséquent le premier comme le deuxième songe aient été transmis télépathiquement par un esprit désincarné, à un autre incarné.

Cependant, nous pouvons aussi supposer que le premier rêve, bien que casuel, ait produit une telle impression dans la percipiente, que lorsqu’il vint par hasard à se répéter, il donna lieu à une auto-suggestion de mort qui se réalisa. Ou bien,nous pouvons encore présumer que le premier songe aurait été casuel et le second symbolique, c’est-à-dire, causé par des sensations organiques subconscientes qui préludaient à l’approche de Ja mort, sensations perçues dans le sommeil a vant de l’être dans la veille ». [Ivi, p. 377).

IX e Cas. — Il regarde le célèbre poète anglais Browning, et se lit dans le volume : Life and letters of Robert Browning , par Mrs. Sutherland (p. 277). En lui, comme dans les précédents, la prémonition se manifeste sous forme d’une apparition de défunt.

En juin 1863, Miss Arabel Barrett (sœur de Mrs Barrett Browning) mourait d’un mal cardiaque, et s’éteignait dans les bras de Browning, comme il était arrivé sept ans auparavant pour la femme de ce dernier. Le jour même, Browning communiquait la triste nouvelle à Miss Blodgen, touchant en ces termes à une étrange circonstance se rattachant à cette mort :

« 19 juin 1868. — Vous savez que je ne suis pas superstitieux : pourtant, voici une note inscrite par moi sur mon carnet à la date du « 21 juillet 1863 « : Hier, Arabel m’a dit avoir l’esprit fortement agité par l’effet d’un rêve qu’elle a eu la nuit précédente

(Dimanche 19 juillet). Sa sœur lui était apparue (la femme décédée de Browning), à laquelle elle avait demandé : « Quand viendra le jour où nous nous réunirons ?» — Et la défunte : « Ma chérie, dans cinq ans >: ; après quoi, Arabel s’était réveillée. Dans son rêve, elle avait pleine conscience de parler à une personne défunte ».

Au bout de cinq ans moins un mois, F événement s’accomplissait, et Browning écrivit : « J’avais oublié la date du rêve ; je supposais que plus de trois ne s’étaient pas passés, et que deux ans manquaient encore par conséquent à l’accomplissement de la prophétie. »

Si l’on veut se maintenir dans l’enceinte de la « moins large hypothèse » chaque fois que le conseillent les circonstances, on devra admettre que dans ce cas, l’auto-suggestion créée par le songe fatidique, majorée par la connaissance éventuelle de la maladie qui rongeait l’existence de la percipiente, ont pu de quelque manière déterminer la mort.

X e Cas. — Le relateur en est le Rév. E. D.

Banister, de Whitechapel Yicarage, Preston (Lancashire).

12 novembre 1885. — Mon père, lorsqu’il était écolier (probablement entre 1808 et 1815) eut un rêve en connexion avec son propre avenir, que bien souvent, ma sœur et moi, nous lui avons entendu raconter. Dans le rêve, il vit une pierre funéraire murée dans l’église de son pays natal, sur laquelle était gravé son nom en entier, la date de sa nais-

sance, et le jour et le mois de sa mort : mais non l’année.

Il lui semblait qu’il y eût, au sujet du mois marqué comme celui de sa mort, quelque chose d’imprécis, bien qu’il eût dans la tête que la date inscrite sur la pierre était « Jun.9 » ; mais comme le mot « June » n’est jamais abrégé par « Jun. » (Juin), il se demandait si la date réelle n’était pas « Jan. 9 » ( January - Janvier).

De nombreuses années se passèrent sans que rien ne vînt se rapporter aux circonstances du rêve, jusqu’au 9 juin 1835, date à laquelle mourut son fds aîné, ce qui causa l’immense douleur de mon père. Cette coïncidence dans les dates rappela à l’esprit de mon père, l’inscription du rêve, et, bien qu’il eût lu clairement sur elle son propre nom, il se persuada dès ce moment que la date gravée devait être « Jun. 9 » (9 juin). — Or, mon père est mort en 1883, à ladate du « Jan. 9 » (9 janvier) ».

La sœur du Rév. Banister écrit : « J’ai lu la lettre de mon frère se rapportant au rêve tant de fois raconté par mon père, et ne puis que confirmer dans tous ses détails ce qu’en a écrit mon frère ». (Signé : Agnès Banister). — (Phantasm of the Living, cas 79).

Dans le cas, l’hypothèse auto-suggestive est éliminée par* le fait que le pereipient s’était dernièrement convaincu que la date visualisée en rêve ne se rapportait pas à lui, mais à la mort de son fils aîné.

Le fait que dans la visualisation l’année de la mort avait été supprimée, dénoterait une intentionnalité dans l’agent transmetteur de la pré-

monition. Cette intentionnalité pourrait se retrouver aussi dans l’état d’incertitude où le percipient demeura sur le mois précis devant être celui de sa propre mort : de sorte qu’avec un « u » ce mois devait marquer la date de la mort de son fils aîné, et avec un « a», la date de sa propre mort.

Il est bien difficile de se prononcer sur l’hypothèse la plus idoine à expliquer comment le percipient ait pu avoir la révélation de la date de sa propre mort soixante-dix ans auparavant ; l’hypothèse « fataliste », celle « réincarnationniste », et celle « spiritualiste », parviendraient plus ou moins parfaitement à s’adapter au cas en question ; aux lecteurs de se prononcer, selon leurs tendances et convictions personnelles.

^XI e Cas. — Dans le cas suivant, recueilli par le D r Hodgson et cité par Myers dans sa monographie The Subliminal Self ( Proceedings of the S. P. j R., Yol. XI, p. 437) la prémonition de mort n’est qu’un pressentiment, mais cet épisode doit son importance au fait que la percipiente en laissait un souvenir écrit dans une enveloppe cachetée.

1 er septembre, 1893. — Au Dr Richard Hodgson. — J’accomplis le douloureux devoir de vous annoncer la mort de ma mère, Mrs Enoch Chase. Le 28 juillet, elle tomba malade d’une fièvre biliaire, qui lui dura dix jours ; après quoi elle se remit assez rapidement, et les 16 et 17 du mois courant elle fut à même de se

tenir assise dans son lit. Cependant le lendemain, vendredi, nous remarquâmes que sa faiblesse avait repris ; le jour même elle eût du délire, et elle perdit graduellement connaissance. Nous parvînmes après de grands efforts à la faire revenir à elle, mais à partir de ce moment elle commença à décliner rapidement, et elle s’éteignit le soir du dimanche.— J’attire votre attention sur les jours de vendredi, samedi, dimanche, signalés dans la prémonition écrite, qui correspondent aux trois derniers jours de maladie, commencée justement par la rechute de vendredi.

Après sa mort, nous retrouvâmes l’enveloppe cachetée dans un secrétaire réservé à ses papiers personnels. Du jour de la mort de notre père — le 24 avril 1888 — elle n’avait jamais cessé de nous rappeler qu’elle aurait survécu cinq ans à son mari ; et nous déplorons maintenant de n’avoir pas attribué à ses paroles l’importance qu’elles méritaient ». (Signé: Mrs. S. J. Crawford).

L’enveloppe cachetée dont il s’agit, portait à l’extérieur cette légende : « A ouvrir après ma mort, si je meurs cinq ans environ après la mort de mon mari, survenue en avril 1888. — Votre mère ».

(Contenu de l’enveloppe cachetée). — « Topeka, 28 décembre 1891. — J’ai pensé ce matin que je ferais bien de laisser un souvenir écrit de ma prémonition. .

« A partir du jour où mourut mon mari, le avril 1888, j’ai eu le sentiment que cinq ans marqueraient les limites de ma vie. Il n’y a pas eu de communications explicites en ce sens, mais la conviction de ce fait parut égaler en moi la connaissance d’un autre fait quelconque ; par exemple, si aujourd’hui, un vendredi, je pense que je devrai faire telle chose

dans deux jours, je serai amenée à penser que c’est demain samedi, après-demain dimanche, et qu’il ne me sera par conséquent pas possible de l’exécuter. En somme, j’ai toujours à l’esprit cette pensée simple et naturelle : Cinq ans. Donc, si je devais vivre six ans, je détruirai cet écrit : mais si ma prémonition se réalise, je désire que cet écrit soit envoyé au D r Richard Hodgson, 5, Boilston Place, Boston. Mass, avec les explications relatives. (Signé : Mrs. E. Chase). »

(Mrs. Chase mourait à la date du 20 août 1893 ; c est-a-dire cinq ans et quatre mois après la mort de son mari. Elle avait soixante-neuf ans, et eut la prémonition le jour même de la mort de ce dernier).

Il n est pas possible pour ce cas non plus d exclure 1 explication auto-suggestive, bien que personnellement je ne la croie pas fondée ; d autant plus que ce cas, outre la prémonition de mort, comporte la désignation précise des trois derniers jours de vie ; on remarquera qu’il s agit là d une désignation inconsciente, car la percipiente cite les jours de vendredi, samedi, dimanche, non dans le sens qu’ils doivent être les derniers de sa vie, mais bien comme termes d’une comparaison du reste assez ingénue et boiteuse — ce qui pourtant ajouterait presque un intérêt à 1 incident : on dirait, enfin, que seul 1 agent subconscient ou extrinsèque transmetteur de la prémonition, connaissait la signification réelle du symbole-comparaison télépathisé.

Sous-Groupe D

auto-prémonitions de mort, ou la mort est

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