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bruu ocre ; dans celle de M. Smetana, l'arrière bouche, le larynx et le pharynx étaient noirâtres, mais tout le vestibu'e était sain. Il semblerait donc que, dans l’arsenicisme, la coloration des muqueuses soit plus localisée que dans la maladie d’Addison. Il en est de même dans la mélanose buccale des phtiriasiques, ce sont surtout les faces internes des joues et les bords de la langue, qui sont atteints en même temps que le voile du palais.
En outre, M. Thibierge insiste sur ce fait que toujours chez les phtriasiques, 1l a troavé ce dernier organe, présentant des troubles de la circulation consistant en variquosités toutes spéciales etne pouvant tromper.
Somme toute, il y a des observations, comme celle de M. Richardière mise en doute par M. Rendu à la Société médicale des hôpitaux, qui ne sont pas probantes au point de vue du diagnostic de lamaladie causale. Mais dans beaucoup de celles que nous avons citées, il n’y avait pas le moindre soupçon de tuberculose et chez la plupart des malades, la mélanose a disparu ou s’est amendée avec la suppression du médicament. Nous savons qu'il y a des Addisonniens qui guérissent, mais ils sont rares el leur fin naturelle est la cachexie, Nous serions donc tentés ici de considérer comme pierre de touche non plus le médicament, comme on l’a fait pour le mercure dans la syphilis, mais bien la suppression du médicament, amenant la fin des accidents,
Nous ne parlons pas de la mélanose qui survient chez certains tuberculeux cachectiques, elle n’a que quelques rapports avec la mélanose arsenicale, el l’état général du malade ne permet pas de concevoir là une source d'erreur
possible.
b) Taches pigmentaires.
Nous étudierons séparément les pigmentations consécutives aux lésions bulleuses et celles qui surviennent à la suite des éruptions papulo vésiculeuses.
Lésions bulleuses. — Le nombre des maladies présentant des bulles au cours de leur évolutiou est très restreint, et de plus les bulles ne laissent pas forcément des cicatrices pigmentées.
Le diagnostic de la maladie causale est néanmoins très difficile, car la cicatrice pigmentée offre Loujours à peu près les mêmes caractères quelle que soit l'affection qui lui ait donné naissance.
IL est done important d'interroger soigneusement le malade, de reconstituer, si possible, avec son aide l’éruption primitive, de tenir compte du nombre des éléments de leur localisation, de leur groupement.
D'après GoldschmiLt, les Laches consécutives aux éruptions causées par l’antipyrine, ont été confondues avec des cicatrices d’érysipèle, de brûlures, de vésicatoires. 11 suffit de penser à ces causes possibles pour les éliminer s'il y a lieu.
Erythème polymorphe. — L'’érythème polymorphe peut revêtir le Lype vésiculo-bulleux et laisser des pigmentations consécutives. Nous avons vu, par l’observation de M. Hallopeau qu'il pouvait être causé par l’antipyrine, le grand signe à été donné par M. Brocq: une nouvelle ingestion d'antipyrine amène une récidive in situ, et la pigmentation augmente d'intensité. Ce caractère n'existe pas dans les
érythèmes fpolymorphes causés par des matières alimen-
do taires avariées ou par des élais infectieux comme le rhumaüsme, la syphilis le choléra, la grippe.
Ecthyma. — La pustule d’ecthyma guérit du quinzième au vingtième jour en laissant comme trace de son existence une tache d’un brun rougeâtre qui disparaît plus ou moins rapidement. Nous en avons vu persister pendant trois ans. Cette tache est biea plus pigmentée à la périphérie que vers le centre, il y a une sorte d'anneau qui n’est que le vestige des bords rouges de l’ulcération. En outre, on apprendra du malade qu'il y a eu suppuration, symptôme très rare dans les éruptions causées par l’antipyrine.
Pemphigus bulleux. — Trois autres dermatoses, la dermatile herpétiforme de Dühring, le pemphigus bulleux, Purticaire bulleux, laissent fréquemment à la suite de leurs lésions des cicatrices pigmentées couleur café au lait ou brunâtre, de dimensions variant de la grandeur d’une pièce de cinquante centimes à celle d’une pièce de deux francs. Même quand la pigmentation s'accompagne de lous Îles autres éléments éruptifs de la maladie, le diagnostic objectif, avec la dermatite bulleuse par l'antipyrine, devient presque impossible. |
Petrini de Galatz (1) fait rémarquer que son cas pouvait être pris à première vue pour un véritable pemphigus bulleux, tant l’éruption était généralisée et Pabattement de la malade considérable. Pourtant le prurit, qui ne manque guère dans l'éruption par l’antipyrine, ne se produit dans le pemphigus qu'au moment où, la bulle étant rompue, le derme est mis à nu et irrité. — Bien entendu il ne faut plus pen-
(1) Journal des maladies cutanées, 1892.
ser à l’antipyrine si la bulle rompue, il se produit une ul céralion végétante, si l’élat: général s’altère vite. si la cachexie survient si en un mot, on se trouve en présence de tous les symptômes d'un pemphigus malin.
Maladie de Dühring. — « Distinguer de telles éruptions (les érythèmes bulleux toxi-dermiques), a écrit M. Ernest Besnier, dans ses annotations à là traduction de Kaposi (1), des formes aiguës, récentes, initiales de la maladie de Dühring, est souvent impossible à tilre extemporané et parfois difficite, même après une observation prolongée, dans les cas où l'éruption, artificielle à l'origine, survit longtemps à l'action de la cause, ce qui n’est pas la règle, mais ce qui peul arriver ».
On connait les caractères cardinaux de la maladie de Düring : Prurit violent, polymorphisme des éléments, conservalion d’un bon état général, récidives constantes après lesquelles, au bout de plusiéurs années, la guérison survient presque toujours. Nous trouvons ces mêmes caractères dans les éruptions par l’antipyrine. Dans ces dernières, comme dans la dermatite herpétiforme, il y a des lésions bulleuses, laissant après elles des macules brunâtres.
Au mois de janvier dernier, nous avons vu une fillette ayant, depuis le mois d'août, des poussées d'éléments multiformes. À la fesse et à la cuisse gauches, on trouve quelques macules brunâtres, vestiges, disent les parents, de bulles qui ont marqué le début de l’éruption.
Le prurit est intense, l’état général n’a pas changé, il v a
tout lieu de penser à la maladie de Dühring; pourtant, les
(1) Page 850, T. E.
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parents, après avoir nié avoir donné des médicaments à l'enfant, se sont rappelé, qu'avant l’apparilion de ces bulles, la fillette prenait du sirop de Raifort iodé, dans lequel on ajoutait de l’iodure de potassium. Nous n'avons pas trouvé d'observations de pigmentations succédant à des éruptions iodiques, il serait intéressant de supprimer tout médicament interne chez celte enfartt, afin que la venue de nouveaux accidents vint confirmer le diagnostic d'une façon formelle.
Urticaire bulleux. — « Dans certains cas d’urticaire, dit M. le docteur Brocq (1), le processus exsudatif est poussé à un tel degré que la papule congestive d’urticaire est surmontée d'un soulèvement vésiculeux ou bulleux rempli de sérosité d’abord transparente, puis purulente. Cette forme laisse après elle des pigmentations brunes plus ou moins durables. »
Sauf la suppuration, voilà la description de élément bulleux qui dominait sur la malade de notre observation. I est très important de faire remarquer que, alors que la bulle de la dermatite Loxique s’affaisse simplement, celle de l’urticaire devient purulente et ensuile croûleuse.
Après cet exposé, et comme conclusion nous pensons, qu'en présence de taches pigmentaires survenues à la suite de bulles, il faut, avant de poser un autre diagnostis éliminer la dermatose médicamenteuse. Souvent le malade arrivera de lui-même à remarquer que chaque période d'accidents a suivi de près l’ingestion d'un cachet d’antipyrine souvent aussi, et malgré un usage fréquent de ce médicament,
le malade affirmera n’avoir rien absorbé. C’est dans ces cas
(1) Brocoet JacouEer, Dermatologie, tome V, page 98.
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et pour lever Lous les doutes, que le médecin sera autorisé à prescrire l’antipyrine à faible dose, dans l’espoir d'assister à une nouvelle récidive des troubles cntanés.
Pigmentations à la suite d'éruptions papulo-vésiculeuses. — Ces taches présentent quelques caractères spéciaux que nous devons répéter. Leur nombre est toujours très restreint, leur localisation est indéterminée, la pigmentation n’a guère de lendance à disparaître. Quand il y a récidive des phénomènes aigus, les nouvelles papules se superposent à leurs aînées, dépassent leurs limites et laissent après leur disparition la pigmentation très augmentée en intensité. Enfin, il y a une très légère infiltration du tégument qui disparaît à la fin de la phase inflammatoire, moment ou la peau reprend sa souplesse habituelle.
Avant de discuter le diagnostic des maladies causales, comparons à ces papules pigmentées, les nœvi pigmentaires et le pityriasis versicolor.
Nœvi pigmentaires. — Les nœvi pigmentaires (1) sont constitués par des {taches pigmentaires dont la surface est lisse el souple, sans épaississement notable de la peau. Leurs dimensions varient de celles d’une lentille à celles d'unelarge plaque. Leur forme est des plus capricieuses. Leur couieur est également très variable : elle peut offrir toutes les teintes possibles du café au lait clair au brun noirâtre ». Objectivement c’est donc tout à fait la tache pigmentaire médicamenteuse. Là s'arrête la ressemblance, car le nœvi pigmentaire date de la naissance même du sujet, ce qui empêche toute espèce de confusion.
(1) D’après Broco et Jacquer, tome V, page 11.
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Pityriasis versicolor. — Le pityriasis versicolor offre lui aussi à la vue des placards qui à un examen superficiel peuvent en imposer pour une pigmentation toxique: « Il se manifeste sous la forme de taches très légèrement saillantes de dimensions variables, de couleur « café au lait » le plus souvent, et pouvant occuper toutes les régions du tégument externe à l'exception de la main et du pied » (Brocq). Il a pourtant ses sièges de prédilection, en particulier la région thoracique antérieure et postérieure, les épaules, la partié inférieure du cou, la région péri-ombilicale, les aisselles, les plis articulaires. La couleur peut être plus ou moins foncée, ce qui ajoute à la ressemblance.
Deux signes permettront toujours d'établir un diagnostic exact ; 1° Très facilement en grattantsimplementavecl’ongle, on arrive à décoller la couche cornée superficielle. Ce signe dit : « du coup d’ongle » est absolument carastéristique. 2° Si on dépose le produit du grattage sur une lame de verre dans une goutte de la solution de potasse à 40 °/, et qu’ensuite on examine au miscroscope, on reconnaîtra le microsporon furfur sous l'apparence de grappes, d'amas de spores plus ou moins nettement circonscrits et reliés entre eux par des tubes. (Brocq).
Zona. — Les vésicules de Zona, quand elles ne suppurent pas, laissent comme trace une pigmentation brune plus ou
moins foncée, suivie parfois de macules achromiques. On les reconnaîtra facilement aux caractères suivants : les lésions sont situées sur le trajet d'un nerf, le plus souvent elles sont unilatérales, les vésicules sont réunies, par petits groupes, et on observe pas de récidives.
Urticaire pigmentaire. — Raymond, dans sa thèse
RFA)
de 1888, a décrit une affection rare, l’urticaire pigmentaire, dont nous devons dire un mot.
« L’affection est constituée par des éruptions successives de placards érythémateux sur lesquels apparaissent des éléments urticariens rosés. Ces papules d’urticaire s’affaissent rapidement et en mêmetemps, se pigmentent eu Jaune plus ou moins foncé ou en brun.Quand la maladie est complètement développée, la peau des enfants est tachelée de plaques rouges érythémateuses, de papules ortiées et de macules pigmentaires. L'aspect de la peau a été comparé à la peau du léopard. A l’encontre de ce qui se passe dans la pigmentalion médicamenteuse, les éléments sont très abondants ils évoluent avec une grande rapidité et successivement ; ils ne récidivent pas 2n silu. En outre, l’affection est très rare et se déclare dans la première enfance.
Lèpre au début. — M. Morel Lavallée, dans son observation « Placards pigmentés indélébiles consécutifs à labsorpuion d'antipyrine, » dit qu'au début, les taches en accalmie jaune fauve, et ce fait que la piqûre de l’épingle n'était pas sentie lui firent penser à la lèpre à cause : 4° du ton violâtre éteint de la périphérie d’une de ces tâches ; 2° du dire affirmatif de la malade concernant une ulcération qui aurait occupé à sa phase régressive, le centre de la plaque où la peau paraissait légèrement déprimée, pâle et acuminée ; 3° de l'aspect des plaques coloriées du tronc. Dans un examen ultérieur, M. Morel-Lavallée constata que l’anesthésie n’élait que passagère et probablement dûe à l'état nerveux de sa malade.
Les lésions cutanées de la lèpre sont d'ordinaire précédées de phénomènes généraux prodromiques que l’on ne
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retrouve pas dans l'étude des lésions qui nous occupent et tôt ou lard l'apparition des nodules ou des tubercules de forme et de grosseur variables confirme ou non le diagnostic.
Syphilides. — Consulté pour une affection de caractère douteux et se trouvant en présence de taches pigmentaires concomilantes, le médecin pense toujours à la syphilis. Nous croyons qu'il doit être très circonspect dans linterprélation de ces taches qu'à elles seules elles n’autorisent nullement à poser le diagnostic rétrospectif de syphilis. Même si elles sont accompagnées d'autres manifestations, il ne faut pas se presser de conclure. -
M. Louis Wickham (1) a présenté, à la Société de Derma- Lologie, au nom de M. le professeur Alfred Fournier, une malade de son service, atteinte d’un érythème roséolique dû à l’antipyrine et revêtant si bien lPaspect d’une roséole syphilitique qu’on ne pouvait au premier aspect penser à autre chose qu’à une éruption spécifique, bien que les taches fussent un peu plus rouges, presque rouge vif sur certains points. Or, l'enquête a appris que l’éruption était survenue brusquement après la prise pendant deux jours de suite de 2 grammes d’antipyrine.
M. le professeur Alfred Fournier (2) a publié, sous le titre de « pseudo-syphilide palmaire déterminée par l’antipyrine, » la relation d’une éruption qui fut prise une première fois pour du psoriasis palmaire syphilitique. Ce ne fut qu’à l’occasion d’une récidive, et alors que le même diagnostic allait être porté à nouveau que M. le professeur A. Fournier
(1) 8 mars 1894.
(2) Bulletin de la Soc. de Derm. 10 mai 1894.
découvrit au centre de l’un des éléments une minuscule, mais indéniable vésicule aplatie, à peine saillante, d’où il put faire sourdre par piqûre une très fine gouttelette de sérosite, et, à ce moment, le malade, interrogé de toutes les façons, déclara que ses éruptions étaient (toujours consécutives à l'absorption d’un cachet d’antipyrine.
Quant à nos placards pigmentés, ils simulent parfaitement la syphilide pigmentaire, les cicatrices de syphilides papuleuses et bulleuses.
M. Morel Lavallée parle d’une tache siégeant à la partie latérale du cou, à gauche, irrégulière, floue, figurant deux cocardes à halo péripherique, sécantes sur un point, si bien qu’on a laspect à cet endroit d’une syphilide pigmentaire effacée ou mieux d’une de ces pigmentations consécutives a certaines syphilides érythémato-papuleuses et sur lesquelles à ces dernières années insisté M. E. Besnier. »
Dans ces cas, le traitement mercuriel, M. le professeur Alfred Fournier, nous l’a appris, ne sera d'aucun secours pour éclairer le diagnostic, car il n’a aucune action sur ces lésions qui ont une origine syphilitique, mais ne sont pas des manifestations directes de la syphilis.
Il ne faut pas s’empresser d’instituer le traitement spéeifique, surtout se garder de la médication intensive.
Nous avons vu les conséquences désastreuses qu’amena chez Je malade de M. le docteur Jacquet l'administration inopportune d’iodure de potassium à haute dose.
I faut examiner le malade à plusieurs reprises et ne pas oublier d’inspecter la langue avec soin, car c'est souvent grâce aux lésions chroniques de cet organe que l’on peut conclure d’une façon formelle à l'existence d’une syphilis antérieure.